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LE TRADITIONALISME DANS ÉDEN. 3S

tionisme. Voici maintenant que parmi les révélationistes euxmêmes, c’est-à-dire au sein de la même famille, il y aurait une autre dissidence, qui serait loin d’être sans gravité.

C’est ainsi que le R. P. Ventura pose et résout tout à la fois la question : « L’homme peut-il, à l’aide du seul raisonnement, s’élever à la connaissance de la vérité ? Le rationalisme absolu répond par un oui tranchant, pour toutes les vérités essentielles de l’ordre intellectuel et moral... Le rationalisme catholique et mitigé répond par un oui timide, un oui à moitié, pour quelques vérités et non pour toutes... Quant au traditionalisme, il répond « oui, pour toutes les vérités de déduction, non pour celles dont on ne lui aurait encore donné aucune notion*. »

On comprendra, qu’au delà- et en deçà du point précis qui sépare ces deux dissidences catholiques, l’une ou l’autre puisse se laisser entraîner et glisser très-facilement dans l’exagération. Nous ne prétendons nullement nous aventurer sur un terrain aussi périlleux. Tout ce que nous croyons savoir parfaitement, c’est qu’on a bien des fois déplacé ou mal compris la question, et que nous entendons tous les jours accuser « d’enlever toute espèce de valeur à la raison humaine » des gens qui n’y ont jamais songé, et qui d’ailleurs auraient eu trop à perdre à un tel sacrifice, puisqu’ils n’ont jamais cessé et ne cesseront jamais d’employer la leur à démontrer la vérité.

On voit donc qu’entre les révélationistes et les rationalistes purs, il s’agit de savoir si l’homme tient de Dieu ses vérités premières, en un mot, s’il y a jamais eu un prœcepit quelconque ; et qu’en outre, entre les traditionalistes et leurs adversaires catholiques, il s’agit de savoir, i'si l’homme, comme être raisonnable, ne pouvait pas, à l’origine, acquérir de lui-même quelques vérités importantes ; 2° quel a été, quant aux vérités révélées , le mode de cette révélation ? Laissons de côté la première de ces deux questions 2 et passons à la seconde.

.De la tradition, p. 29.

2. Voir pour cette première question l’Appendice F à la fin du chapiire.

Le prœcepit, ce point culminant de la discussion entre le rationalisme et la foi, doit-il, une fois accordé à celle-ci, s’entendre d’un ordre oral, et par conséquent d’une révélation extérieure, personnelle, objective, ou d’un ordre purement mental et par conséquent psychologique, subjectif, intérieur et nullement articulé ?

On sait que Dieu parle à l’homme « de bien des manières différentes

Le traditionalisme se garde donc bien d’être exclusif à, ce sujet. Mais il réclame la même tolérance de la part de ses adversaires. Or, il faut bien le dire, M. l’abbé M..., doyen de la Faculté de théologie de Paris, paraît avoir été, dans ces dernières années, un défenseur presque exclusif du mode purement intérieur, et dans la lutte, cette dernière opinion a profité de toute l’autorité que donnaient à la fois à un tel défenseur sa position, un admirable talent d’écrivain, et, après tout, le désir, toujours très-louable, d’arriver à la conciliation à force de condescendance et de modération.

L’opinion de la révélation mentale est donc l’opinion triomphante en ce moment; malheur à celui qui l’attaque! Mais comme les théologiens paraissent être encore loin de l’unanimité en faveur de cette opinion, et semblent quelquefois la trouver infiniment trop conciliante, nous espérons ne pas sortir de notre droit en risquant quelques raisonnements sur tout ce qui est évidemment de notoriété et de discussion publiques.

Nous l’avouerons sans détour. Nous avons tremblé un des premiers en entendant un professeur officiel de théologie laisser tomber de ses lèvres et de sa plume les quelques lignes qui vont suivre :

« On ne trouve dans les livres saints aucune trace d’une révélation extérieure des idées et de la parole ^ ; car bien que l’impossibilité de l’invention de la parole soit présentée avec raison par le traditionalisme comme un fait incontestable,

t. Saint Paul, aux Hébreux, ch. i.

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