‹ Des esprits et de leurs manifestations diversesChapitre 311 sur 341 · PREMIÈRE SCÈNE DE HAUTE MAGIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE SCÈNE DE HAUTE MAGIE

mier tous les genres de divination et distingué des songes les visions véritables »

C’est l’art de nos voyants modernes. Bien des lecteurs vont peut-être se scandaliser de nous voir ainsi moderniser et rappeler le plus antique et le plus sérieux de tous les enseignements; mais ils vont se convaincré aussitôt que nous ne sommes pas le seul coupable, et que, modeste imitateur, nous ne faisons que nous placer sur un terrain occupé avant nous par d’assez grandes autorités.

En effet, ce ne sont pas seulement quelques magnétiseurs, hommes d’esprit, qui ont cru trouver dans cet imposant chapitre le point de départ, le principe générateur de leur art. Le R. P. Lacordaire n’a-t-il pas, dans un moment d’oubli et sans y attacher probablement d’importance, laissé tomber du haut de la chaire de Notre-Dame quelques paroles en faveur de cette opinion ? N’a-t-il pas appelé les forces magnétiques et la clairvoyance qui en résulte « une tuile brisée , un débris de l’ancien état prophétique ? »

Un autre homme de génie, l’illustre Gôrres, n’est-il pas venu à son tour développer cette illustration des forces magnétiques de la manière la plus formelle et la plus dangereuse selon nous? Pour tout dire en un mot, la plupart des catholiques allemands, les Sepp et les Dôllinger ne le suiventils pas plus ou moins dans cette voie ?

Voyons donc ce qu’il peut y avoir de vrai dans cette singulière assimilation.

Il est parfaitement certain que, vivant dans un milieu angé- , liqueet divin, le premier homme, présenté par la Bible comme le maître absolu de la nature, devait être èn même temps tenu pour un être favorisé de toutes les illuminations ou dons divins, résultat de ce merveilleux commerce avec Dieu et ses anges.

« L’homme est un dieu tombé qui se souvient des deux... »

Cet état, rien ne nous empêche de l’assimiler à celui que

<• Eschyle, v. 483.

tous les patriarches et prophètes de l’ancienne loi ont plus ou moins connu , mais qui ne paraît jamais avoir développé chez eux. les merveilles extatiques que nous admirons chez les saints. Chez les premiers il ne semble pas que la familiarité habituelle avec les êtres supérieurs ait dégénéré souvent en théurgie et en pneumatologie mystiques. C’était, pour ainsi dire, le surnaturel à l’état naturel et normal. Si le premier homme eût été ce qu’on appelle un mystique, jamais le serpent n’eût pu lui proposer quelque chose d’inconnu et de miraculeusement transcendant. Qu’on veuille bien le remarquer toutefois : en écartant l’état extatique, nous n’ôtons rien à l’état surnaturel dont il est de foi que le premier homme a été dépouillé , « brisé dans les dons surnaturels et blessé dans sa constitution naturelle, » a dit le concile de Trente. Communications , participations , lumières divines , nous ne pouvons ni ne voulons le priver d’aucun de ces dons et secours surnaturels gratuits, fallût-il même y comprendre l’extase. Toujours est-il que voici venir un autre ordre de clairvoyance, et le programme de celle-ci ressemble trop à celui que nous lisons tous les jours, pour que nous puissions nous y méprendre. Il ne s’agit plus cette fois d’un don, il s’agit d’un traité qui promet VEdot, c’est-à-dire la divination^ mais la divination curieuse, la divination voulue, usurpée, et présentée comme une conquête de la volonté, quoique l’Apôtre depuis ait eu bien soin de proclamer que « la vraie prophétie n’a jamais été obtenue par une uo/ontê humaine^. »

Mais pour l’obtenir, cette divination séductrice, il faut entrer dans l’état extatique, forcer l’entrée du monde des esprits, bons et mauvais, et sortir artificiellement de son état normal et naturel. A ce prix-là seulement on peut entrer dans la gnose, c’est-à-dire dans la double intimité psycho-physiologique du bon et du mauvais esprit.

1. Numquam alla ta est prophelia volunlale humana. (Saint Pierre, première épitre.)

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