LUCIDITÉ ET VERDICT
— Lucidité et verdict.
Revenons donc au récit. Quoi qu’il en soit, et quel que soit le mode du crime, ce crime est consommé. Volontairement et furtivement introduit dans la gnose, on ne sait pas bien encore à quelles conditions, l’humanité connaît le grand mystère du bon et du mauvais; mais, qu’on le remarque bien, le mauvais ayant été son guide devient nécessairement son maître. C’est grâce à lui qu’elle a obtenu sa clairvoyance et . que ses yeux se sont ouverts. Lucidité fatale ! Elle voit sa faute et prévoit le châtiment.
Alors une voix se fait entendre dans le jardin. « Où es-tu ? » lui crie-t-elle; et cette fois, du moins, la voix paraît bien extérieure, puisqu’on se cache pour ne pas lui répondre. Néanmoins, la réponse est exigée : l’humanité se confesse et le verdict est rendu.
Il n’est donc que trop vrai. L’humanité s’est vendue, elle appartient désormais au maître de son choix, et non-seulement elle et sa postérité, mais tous ses biens avec elle, toute cette nature inanimée ou vivante qui lui avait été donnée comme palais ou comme amie; Satan possède tout, usurpe tout, souille tout, et, théologiquement parlant, cette usurpation est tellement consommée que, plus tard, la restauration divine n’aura jamais lieu sans un exorcisme préalable. L’Eglise ne posera pas une croix sur le sommet de ses montagnes , elle n’empruntera pas une goutte d’eau aux sources de ses fontaines, sans en avoir au préalable chassé l’usurpateur qui les souille Désormais tout homme naît véritable-
1 . On a trop rétréci le cercle du désastre, en ne l’appliquant qu’à l’homme; qu’en est-il résulté ? C'est que le savant, qui voit la mort dans toute la création, n’entendant jamais attribuer au péché que celle de son semblable, n’a pu consentir à dissoudre les deux causes. 11 fallait au contraire fixer son attention sur ces beaux passages de l’Épître de saint Paul aux Romains, ch. viii :
« Toute créature gémit et se trouve dans V enfantement malgré elle (non volens), et à cause de celui qui Vy a soumise par sa faute; mais elle sera affranchie et délivrée de la servitude de corruption. » Et pour que
ment possédé , un ange de Satan habite au plus profond de ses entrailles et semble naître avec lui. C’est là le vrai génie natal, aYy£>.o; yevéôîiio;, le penate (penes nos natus, ou né avec nous), l’hôte soudé à nos organes, que les exorcismes préparatoires du baptême expulsent en ces termes : « Sors de ce front, sors de ces yeux, sors de ce cœur, etc. *», sorte de Sosie congédié , qu’il faut bien se garder de confondre avec l’ange gardien , présent divin , dont nous avons parlé tout à l’heure.
C’en est fait. Le principe sensible est souillé, vicié, puni dans la nature entière. Le Cosmos vivant n’est plus qu’un Cosmos dégénéré; quant à l’humanité, elle naîtra désormais vassale de son ennemi. Sa volonté lui a fait perdre l’Éden , une volonté plus forte l’en exile. Les portes sont franchies, et si, le désespoir dans le cœur, les deux bannis se retournent encore et donnent un dernier regard à l’asile de leurs félicités, l’épée flamboyante des chérubs tes repousse et les éloigne.