‹ Des esprits et de leurs manifestations diversesChapitre 340 sur 341 · De naissance · texte numérisé non relu

De naissance

EXORCISMES DU BAPTÊME

cramentaires, les Pères du ii® et du iii® siècle de l’Église, tous nous affirment que, des le commencement, le baptême était précédé des exorcismes de l’eau qui devait servir à ce baptême et du sujet qui allait le recevoir.

Nous possédons encore les paroles sacramentelles de cette première cérémonie ; « Sors de ce cœur, sors de ce poumon, sors de ce front, sors de ces jointures. » Rien n’était plus formel que la croyance à cette expulsion. Saint Justin (dans son Dialogue avec Tryphon), Tertullien (de PræscripL, ch. 6), saint Cyprien (dans sa deuxième épître), le pape Gelase (dans son épître. 7), ne peuvent laisser aucun doute à ce sujet; mais saint Augustin surtout [Contra Julian., 1. vi, ch. 5) paraît encore plus explicite que les autres. « Quoique aucun discours, aucune raison ne puissent, dit-il, expliquer le péché originel, il est certain que de toute antiquité la foi catholique a professé cette croyance, et qu’elle n’eut jamais exorcisé et exsufflé les enfants des fidèles, si elle n’avait cru les arracher à la puissance des ténèbres et du prince de la mort... Celui-là même risquerait de se faire exsuffler du monde entier, ab orbe toto exsufflandus esset, s’il voulait contredire à cette exsufflation par laquelle le prince de ce monde est expulsé de ces petits enfants. »

Rien ne saurait être plus formel. Aussi ne comprenons-nous pas pourquoi M. l’abbé Bertrand, dans son excellent Dictionnaire des religions (art. exorcisme), distingue cette possession de la possession réelle des adultes : il nous semble qu’elle n’en diffère que par les symptômes et par les phénomènes.

Dans la religion grecque, on a conservé l’usage de procéder à l’exorcisme en dehors de l’église pour que le démon sortant ne souille pas le saint lieu, et de changer l’eau des fonts baptismaux à chaque baptême, pour que l’infection démoniaque ne nuise pas au nouveau baptisé. Nous tie serions même pas étonné que c’eût été là la raison de l’érection de tous les anciens baptistères en dehors de l’église.

Tous ces usages, abandonnés depuis, ne sont que les déductions très-logiques du fait dogmatique qui nous fait souffler trois fois aujourd’hui sur la face de l’enfant en disant : « Sors de cet enfant, esprit immonde. »

On comprend donc que l’Église, en permettant l’ajournement des cérémonies du baptême pour des raisons d’urgence, exige le danger de mort pour le retardement des exorcismes. Rien n’était et n’est encore plus imposant que ce grand acte initiateur ou plutôt rénovateur des grandes destinées primitives de l’homme.

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U Que veux-tu ? demande le prêtre, — Le baptême. — Veux-tu vivre dans la religion catholique, etc.? — Oui, avec la grâce de Dieu. — Promets-tu de renoncer à Satan ? — Je le promets. » Et soufflant alors trois fois sur le visage de l’enfant : « Sors donc , ô Satan , de cette image de Dieu , qui te l’ordonne , et cède ta place au Saint- Esprit.

(( Enfant, je trace sur ta poitrine le signe de la croix du Sauveur. Romps, Seigneur, tous ces liens qui l’attachent encore à Satan..,

« Je t’exorcise, ô créature du sel, afin qu’au nom de la très-sainte Trinité tu puisses mettre en fuite notre ennemi. »

Viennent ici les onctions; l’appel à fange gardien les suit.

« O Dieu, qui confias les enfants d’Israël à la garde de ton ange, nous te conjurons d’envoyer ici un ange de paix qui pareillement puisse conduire ce chrétien,... etc. »

Puis, se tournant vers foccident (parages traditionnels de la puissance expulsée), le prêtre commence les exorcismes.

« Je t’exorcise, esprit immonde, au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Sors de cet enfant, et n’aie jamais, esprit damnable et damné, l’audace de violer le signe sacré de la croix que nous imposons sur son front... Ne te fais pas illusion, Satan, il approche, il approche ce jour de feu, qui te plongera dans les tourments éternels, toi et tous tes anges... Sors donc de ce serviteur régénéré par la grâce et par les saintes eaux du baptême. Je te l’ordonne au nom de notre Seigneur Jésus-Christ. »

Le prêtre touche les oreilles et le nez de l’enfant en prononçant : « Ephrem, » c’est-â-dire ouvrez-vous , et il ajoute encore : « Et toi, Satan, prends la fuite, car il approche le jugement.

« Maintenant , chrétien , entre dans le temple de ton Dieu pour y recevoir la vie éternelle et vivre dans tous les siècles des siècles ! »

Suit la récitation du Credo.

Se tournant enfin vers les parents : « L’enfant que nous vous rendons, dit le prêtre, était entré ici pécheur, esclave du démon, ennemi du Dieu vivant, le baptême en a fait un enfant du Très-Haut, un héritier du céleste royaume. )>

Quel drame! Mais essayez d’en retrancher un seul mot, et immédiatement vous rentrez dans le chaos le plus incompréhensible.

L’exorcisme surtout en est la base, parce que la possession est le point de départ; traqué, poursuivi dans chaque organe, chassé de poste en poste, le démon cédait enfin la place au Saint-Esprit, dont on purifiait ainsi préalablement le nouveau tabernacle.

Nous avons entendu les deux premiers siècles ; on arguait encore

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au V® de cet usage général , pour prouver aux hérétiques et le péché originel et la possession des enfants au moment de leur naissance.

On ne comprend pas, en vérité, comment les protestants ont pu s’y prendre pour supprimer de tels rites et les ranger parmi les superstitions. Selon Mosheim {Dissert, 1, p. 215), « nous les avons empruntés aux païens; » d’après Leclerc {Hist. ecclès., an. 65-8), « ces rites n’ont été en vigueur que depuis que les pères se sont faits platoniciens; )) enfin, si nous en croyons Calvin, « c’est le diable tout seul qui a pu inventer de pareilles doctrines. »

Saint Thomas se faisait mieux comprendre lorsqu’il disait : « La cause de la puissance du diable sur l’homme et sur toute la nature résidant dans l’homme par le péché originel, il est de toute convenance que l’on commence par dire à ce possesseur : « Retire toi, Satan, » et autres paroles semblables L »

Saint Grégoire* allait plus loin : « De même, dit-il, que l’eau bénite conserve quelque puissance contre le démon, de même si un enfant vient à mourir entre les exorcismes et le baptême, ces exorcismes ont eu assez de pouvoir sur sa vie ® pour débiliter en lui la puissance du démon.»

Aussi renouvelait-on quelquefois ces exorcismes après le baptême, et, si nous avons bonne mémoire, saint Augustin a dit dans le même traité * « qu’il serait à désirer qu’on pût les renouveler tous les jours. »

Pourquoi? si ce n’est parce que, tout en supposant le démon chassé du fond du cœur par le baptême, on savait que par la concupiscence, qui est son ouvrage, il avait toujours des intelligences et des rentrées dans la place.

Quant au reproche d’imitation païenne , nous répondrons que l’on trouve effectivement chez presque toutes les nations et l’eau lustrale et tous les dehors du baptême. Sur un des cylindres assyriens publiés par M. Layard, nous pourrons même admirer un initié agenouillé, qui reçoit les eaux célestes épanchées de deux vases placés dans le ciel. Sur quelques monuments égyptiens, nous avons déjà vu la grâce céleste tomber sur la tête du néophyte en pluie de petites croix, ce qui, certes, est déjà fort remarquable; mais jusqu’ici nous ne connaissons rien dans le paganisme qui approche de cette ^céré-

L IV* partie, disl. 6, cité par le Malleus. t. Sur Ézécliiel.

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