LES DEUX TÉLESCOPES
que les grains de sable du désert et « dans la lumière desquelles Dieu s’enveloppe comme il le ferait dans un vêtement ! » C’est devant toute cette poésie des deux animés, si bien rationalisée par Schelling, que dans un de ses derniers Entretiens Lamartine voyait se déployer devant la sienne des horizons inconnus. « Je me mis à rêver, dit-il, à ces géants de flamme, animés vraisemblablement par l’intelligence et l’amour. C’en est fait! m’écriai-je, j’ai trouvé mon poëme ; et ce n’était pas seulement un poème que j’avais cru trouver : création, théogonie, histoire, celle de ces myriades d’Esprits invisibles mais évidents, qui comblent le vide entre Dieu et le néant, qui pullulent dans ses rayons et qui sont , je n’en doute pas, aussi multipliés que les atomes flottants qui nous apparaissent dans un rayon de soleil... je crus tout comprendre en un instant^. »
Lamartine a raison ; ce n’est pas seulement un poëme, car en fait d’œuvres divines, le chant du poëte peut ayoir plus de crédit, que la prose du savant. Sœur du beau, la vérité ne se sépare guère de son frère.
Il aura donc fallu de bien puissantes raisons, pour opérer le divorce, pour répudier de si magnifiques données, ou, pour parler plus juste, de si vraisemblables conceptions? Nullement; on n’en allègue aucune; mais que voulez-vous? le cristal cette fois ne pouvant plus rien objecter, le télescope abdiquait; dès lors, au prorata de l’acquisition des globes, on en vint à détrôner les archanges; au prorata des mondes, on bannit les vertus, et Yempyrée de nos pères se dissipa complètement en éther et en fluides.
A partir de ce moment, l’univers cosmologique fut mutilé d’abord, décapité plus tard, et l’angélologie s’en alla, s’abîmant de plus en plus sous le feu continu de trois siècles de négations et de sarcasmes, jusqu’à sa radiation définitive de l’encyclopédie des sciences morales et physiques.