‹ Des esprits et de leurs manifestations diversesChapitre 44 sur 341 · LES DEUX TÉLESCOPES · texte numérisé non relu

LES DEUX TÉLESCOPES

pôle intellectuel, jusque-là réservé exclusivement à la terre?»

Notre réponse sera facile; nous conviendrons bien franchement que la pluralité des mondes, ne pouvant signifier que l’habitation passée, présente ou future des globes suspendus sur nos têtes, ces globes nous paraissent si bien disposés à cet effet, que le contraire nous a toujours semblé difficile à comprendi'e.

Nous poussons même si loin à cet égard le respect de l’analogie, que bien loin d’accepter cette l’épouse ordinaire et banale « prouvez-nous-le, » nous croyons que lorsque toutes tes probabilités, toutes les inductions possibles nous portent vers une vérité, c’est à ceux qui la combattent, à fournir la preuve du contraire. Jusqu’à cette preuve, nous supposerons toujours que le double anneau lumineux et les sept satellites de Saturne ayant été créés pour éclairer cette planète, ce n’est pas uniquement sur des cimes de montagnes, ou sur des steppes inhabités, que doit se répandre le bienfait de leur lumière.

Mais, dans la création, les mondes et leurs habitants ne sont pas tout ; chose bizarre ! rien de plus à la mode aujourd’hui que ces colonies planétaires; et-peu importe, à ce qu’il paraît, la nature des colons, pourvu qu’un organisme quelconque ne puisse jamais leur manquer, pourvu qu’ils tiennent au sol même de leur empire par toutes les lois de la pesanteur et des affinités matérielles : dans ces conditions-là, on pardonne volontiers à tous les philosophes anciens et modernes d’avoir donné carrière à leur imagination, et de nous avoir soumis à cet égard les plus curieuses et même les plus amusantes hypothèses.

Mais, trois fois malheur, au contraire, à l’imprudent qui essayerait de rappeler tant soit peu sérieusement, ces armées angéliques dont la Bible peuplait « les deux des deux » et que, parfois, elle associait si étroitement aux étoiles, qu’il devenait très-difficile, nous l’avouons, de distinguer l’astre de l’esprit (Sabaoth). Ici le génie moderne ne répondrait que par le sourire ou par l’indignation : « pas de pluralité des mondes à ce prix-là, » dirait-il, et, nous le voyons tous les jours, lorsque, nous armant d’un principe accordé, nous es-

10 IMPORTANCE COSM O LOGIQU E , ETC.

sayons d’étendre tant soit peu de ce côté cette théorie de l’infini proclamée dans tous les autres , lorsque nous tentons de développer en ce sens l'échelle des êtres qu’on déclarait tout à l’heure « sans limite et sans fin, » aussitôt les promoteurs des lois de continuité les rapportent ou les violent ; ils brisent leur échelle^ et déclarent hardiment , qu’entre les créatures organisées et « la grande cause intelligente et mystérieuse^ » qu’ils veulent bien reconnaître encore, il ne saul'ait exister de créatures possibles. C’est révoltant d’illogisme, mais c’est ainsi et nous en chercherons la raison tout à l’heure.

Comment ne comprend-on pas cependant, qu’un tel parti pris de prohibition angélique est une vraie monstruosité dans l’ordre intellectuel et moral , un hiatus arbitrairement imposé dans l’évolution générale des êtres, 'et que c’est pousser un peu loin l’horreur de toute aristocratie hiérarchique que de vouloir absolument la bannir de toute une création dont elle paraît être la loi fondamentale ?

Malheureusement, il faut bien le reconnaître, cette grande conspiration date précisément du jour où l’on commençait à dérober au monde phénoménal et sensible ses plus brillants secrets. Pendant que d’une main, l’esprit moderne déchirait avec audace tous les voiles de l’infini matériel, on le voyait de l’autre ébaucher la première trame de ce grossier linceul dans lequel il allait ensevelir pour trois siècles l’infini spirituel. Il les déclarait anéanties à jamais, ces hiérarchies d’intelligences célestes, bien autrement importantes cependant que toutes ses pierres enflammées, bien autrement conformes surtout aux plus magnifiques traditions du genre humain ! Que de grandeur, et pour le moins que de poésie dans ces innombrables armées sidérales (Zebaoth) répondant à leurnom, obéissant h la voix de leur souverain, se réjouissant devant ses œuvres et chantant sa puissance et sa gloire Phalanges plus dilficiles à nombrer

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