BUT ET RAISONS DE CET OUVRAGE
Beaucoup de personnes peut-être vont s’alarmer de la résurrection d’un ennemi dont elles avaient béni la mort; nous leur devons quelques mots d’explication.
D’abord, il ne s’agit plus exclusivement d’ennemis à conjurer; désormais les vrais consolateurs ne nous feront plus défaut, puisque sous ce titre d’EspRiTS nous allons réunir toutes les forces surintelligentes, divines, angéliques, démoniaques et surhumaines (ou manales).
Les dimensions d’un tel cadre sont donc en rapport avec les dimensions du sujet, puisque c’est l’invisible tout entier, autrement dit l’infini spirituel qui va s’y trouver renfermé.
Toutefois, comme dans V antiquité profane toute la terre, sauf l’héritage réservé, appartenait à l’ennemi , c’est encore lui qui obtiendra le plus souvent la parole ; c’est encore dans ses rangs que nous serons forcé de rechercher les ancêtres, l’aristocratie primitive et princière de ces phalanges dégénérées, dont nous n’avons combattu que les misérables satellites dans notre campagne spiritique de 1853 : or cette campagne n’est pas tellement ensevelie dans l’oubli que l’on doive à tout jamais y renfermer avec elle et son histoire et les hauts enseignements qui, selon nous, en découlent. Avant donc de recommencer les hostilités, il est indispensable de bien se rappeler la position des deux camps et d’en causer paisiblement.
Qu’on veuille donc bien nous permettre l’évocation d’un souvenir
INTRODUCTION
personnel et familier dont nous garantissons la plus complète exactitude.
Il y a cinq ou six ans, un de nos amis entrait un jour chez un membre de l’Institut que nous appellerons M. N***, et lui disait: « Vous me voyez, mon cher ami, plus préoccupé que jamais des récits qui depuis quelque temps bouleversent ma raison, et c’est vous que je choisis pour la tranquilliser; voyons, vous êtes honnête homme, soyez donc bien franc avec moi, et dites-moi ce que vous pensez, au fm fond de votre conscience, des phénomènes spirites et de la question des esprits? » L’académicien, comprenant tout le sérieux et en même temps toute la délicatesse de l’interrogation, fronça le sourcil, réfléchit un moment, puis (après avoir bien poussé toutes les portes): « Voyons, dit-il, qui prétendez-vous consulter en ce moment? Est-ce N***, l’historien, ou bien M. N***, tout simplement l’honnête homme? Si c’est N***, l’historien (ici la voix s’élève), ai-je donc besoin de vous dire, mon bon ami, que votre question me fait pitié, et que, pour ma part, je ne connais pas de sottise plus digne d’être clouée au pilori de la science et du bon sens public? — A la bonne heure, vous me faites du bien, vous. Oh ! je n’ignorais pas à qui je m’adressais, et jamais je ne vous ai confondu... — Doucement, doucement, mon bon ami, vous êtes trop vif; fermez donc mieux la porte, s’il vous plaît, et écoutez-moi bien. Vous rappelez-vous certain personnage de Molière cumulant deux professions fort diverses, et changeant de costume chaque fois que les injonctions du maître se rapportent à l’une ou à l’autre? Eh bien, mon cher ami, je me trouve un peu dans la même position que ce personnage. Vous l’avoueraije? en ce moment, et à l’égard de ces faits, je sens en moi deux hommes, l’homme officiel et l’homme privé... Le premier, vous venez de l’entendre; quant au second, vous pensez bien qu’il ne s’est guère soucié de se compromettre en s’en allant bourgeoisement (sic) constater par lui-même ; mais certaines personnes dont il lui est absolument impossible de récuser le témoignage lui ont certifié de telles aventures, elles lui en ont fourni de telles preuves, qu’elles l’ont plongé comme vous dans le plus mortel embarras. Vous me connaissez trop bien pour penser un moment que j’en conclue quelque chose... Mais enfin, tout ce que je puis vous dire, mon cher ami, c’est que cette question-là, voyez-vous, nous serons foi'cés de la reprendre un jour ou l’autre, car il ne faut pas se faire illusion (ici l’on ne parle plus qu’à demi-voix), si nous V avons éconduite, nous ne r avons pas jugée, et toutes c<"s histoires de revenants pourraient fort bien... revenir à leur tour. Et alors, vous m’entendez : « il faudra voir. » — Et quand vous