BUT ET RAISONS
aurez vu, mon ami, qne ferez-vous? — Ah! il sera toujours temps alors de se rejeter sur l’étroitesse de la question, et de demander : « a quoi BON? )) Car, après tout, nous ne sommes pas de l’Académie des sciences occultes,... nous. » A ces mots, le questionneur, suffisamment édifié, s’élança vers la porte et prit congé dans ces termes : « Je vous remercie de votre franchise, monsieur, mais je vais la dépasser, retenez bien mes paroles; votre U faudra voir est pour moi synonyme ôenfai beaucoup trop VIO, » et quand vous demanderez à quoi bon? on pourra vous répondre : A briser tout ce que vous avez élevé depuis deux siècles sur les débris de cette vérité, et par conséquent à relever complètement ce que vous brisez tous les jours au nom de la même négation... Bonsoir I »
Eh bien ! nous en sommes toujours là, et pour notre part, nous venons tout simplement reprendre le dialogue au point précis où nos deux causeurs l’ont laissé; mais nous ne nous faisons pas illusion ; lorsqu’on achève une phrase commencée depuis sept ans, on s’expose à rappeler un peu trop la conversation de ces deux Anglais, dont l’un disait à la porte de Rome: « Voilà un beau pays; » et dont l’autre répondit en descendant à Naples : « Oui, et magnifiquement cultivé. » Aussi, pour prévenir une assimilation si fcàcheuse, nous sentons qu’il faut des raisons tout autres que « le désir de causer, » en un mot , des raisons péremptoires. Dieu veuille maintenant que les nôtres ne paraissent pas trop sérieuses!
La première devrait suffire, en vérité. Quand, vers cette même époque, nous eûmes prophétisé, sans la moindre inspiration, il est vrai, mais cependant deux années à l’avance, le débarquement prochain et tout le programme de ces prétendues facultés; quand nous eûmes salué ces n électricités railleuses)) de leur véritable nom que tout le monde ignorait, nous voulûmes aussi donner notre programme, c’est-à-dire que nous nous engageâmes à tirer de ces phénomènes tout cet enchaînement de hauts enseignements philosophiques, théologiques, scientifiques, historiques et sociaux qu’ils portaient dans leur sein, et devant l’immense portée desquels le R. P. Ventura s’était un jour écrié ; « Voici le plus grand événement du siècle! » Or, programme oblige, et comme beaucoup de nos lecteurs veulent bien, depuis plusieurs années, réclamer l’accomplissement de celui-ci, l’honneur seul nous obligerait à livrer ce travail, dût cet honneur paraître à beaucoup un véritable déshonneur.
^ Notre seconde raison consiste dans les encouragements que nous et nos amis avons eu le bonheur de recevoir des autorités les plus vénérables à nos yeux, et particulièrement de la plus auguste de toutes.
INTRODUCTION
Bien des catholiques, qui en sont encore à chercher et à comprendre le but de nos travaux, s’étonneront plus que jamais d’une semblable assertion; mais s’ils s’étaient donné la peine d’étudier la lettre et l’esprit de tous les mandements de nos évêques, et de suivre avec attention l’heureux effet de leurs prohibitions sur tous les véritables catholiques, ils ne se seraient pas scandalisés d’entendre un de ces pasteurs « remercier publiquement les laïques dont les travaux ont éclairé la question ^ »
Que tout ceci ne reste consigné, bien entendu, que pour l’honneur de la cause et pour l’encouragement des incompris découragés.
Nous avons, hélas! une troisième raison, et celle-ci résout à elle seule le problème que nous posions tout à l’heure, car elle dérive du progrès toujours croissant de la doctrine proscrite, parmi tous ceux qui ne s’inquiètent pas des mandements. Ce progrès, on ne l’aperçoit guère, il est vrai; parce que les expériences ont déserté les salons, on ne se met plus en peine de savoir si r expérimentation réelle et sérieuse n’a pas gagné en profondeur tout ce qu’elle paraissait perdre en surface. Nos esprits légers ne peuvent donc se douter que, plus inexplicable mille fois dans sa disparition subite que dans son invasion même, cette frénésie, de générale et publique qu’elle était dans les premières années, est devenue privée, secrète, mystique, et, grâce aux folles dénégations de la science, infiniment moins guérissable qu’elle ne l’était dans le principe. Tout fanatisme* en effet, se développe en raison de l’injustice, et toute conversion se roidit contre un prédicateur qui ment à l’évidence. Aussi plus que jamais l’épidémie subsiste-t-elle avec tous ses dangers ; nous en verrons les fruits, nous en lirons les œuvres, nous en compterons les victimes, et nous nous assurerons que, si jamais erreur ne fut plus séduisante en théorie, jamais illusion ne fut plus désastreuse en pratique.
Enfin notre dernière raison, c’est que la prophétie de notre académicien de tout à l’heure ne s’est pas fait attendre, que la question est reprise tous les jours, et que malgré son « il faudra voir » on paraît plus que jamais décidé dans la philosophie et dans la science, tout en en parlant beaucoup, à dire « il ne faut rien voir.»
Commençons par la philosophie.
1 . Entre autres feu Ms** l’évêque de Marseille. On peut encore relire la série dfarticlesde la Civilta cattolica, reproduits par VUnivers en 1856, ceux des Annales catholiques de Genève, de Berlin, de Munich, etc.; et, pour peu qu’ils le désirent, nous pourrions, nons le répétons, produire aux étonnés un témoignage particulièrement confidentiel qui vaut à lui seul tous les autres.