‹ Des esprits et de leurs manifestations diversesChapitre 81 sur 341 · De Augm. scient., p · texte numérisé non relu

De Augm. scient., p

IMPORTANCE HISTORIQUE, ETC

On eût dit qu’en s’attachant à la défense du surnaturel, il pressentait David Hume, et qu’il lui répondait à l’avance, puisque tout le monde sait que ce grand sceptique ramenait, comme le xviii® siècle, toute la controverse religieuse au même point. « Quand tout Paris, disait-il, m’affirmerait qu’un mort vient de ressusciter à Passy, je me garderais bien d’en rien croire, attendu qu’il est plus possible à tout Paris de se tromper qu’il ne l’est à un mort de ressusciter ; » mais pouvait-on lui répondre : « Si au lieu de tout Paris vous aviez seulement 1500 témoins vous affirmant le fait avec toutes les conditions qui en feraient un miracle, vous seriez, dès lors, obligé de supposer une folie générale, envahissant h. la fois tous ces cerveaux sans fièvre et sans délire, et par conséquent vous vous mettriez sur les bras 1500 miracles au lieu d’un. »

Les l’éfutateurs ne manquèrent pas à Hume, et son propre pays lui fournit les plus forts. Il eut surtout affaire à Lardner et à Paley, dont les travaux sur le miracle furent souvent mis à contribution par nos théologiens catholiques. Ils avaient vraiment enseveli Hume et tous ses paradoxes, et la meilleure preuve que la résurrection n’est pas un miracle impossible, c’est qu’on le ressuscite encore aujourd’hui^.

La défense ne faisait donc jamais défaut; mais l’Angleterre, qui s’était indignée avec tant de raison contre le rationalisme allemand, allait enfin payer son tribut au même dieu; cette critique historique, que nous appelions tout à l’heure une bande noire intellectuelle, venait enfin de traverser la Manche. « Moraensen détruisait comme Niebuhr les cinq premiers

^ . Nous demandions raison tout à l’heure, à M. de Rémusat, de sa colère contre de Maistre appelant Bacon le « père du matérialisme moderne, » au lieu de l’appeler, comme lui, « son prôneur et son guide. » Maintenant, nous demanderons raison à M. Douillet de cette autre inconséquence sur Hume; « Ce sceptique d’un nouveau genre, dit-il, mit en doute la providence, la religion, les miracles... mais... il introduisit la philosophie dans l’histoire, etc...» Voilà ce qui peut s’appeler pousser un peu trop loin l’aijaour des amendements et des teintes grises... tout l’éclectisme est dans ces deux exemples, et combien de catholiques pourraient aussi s’y reconnaître I...

DERNIER MOT DE l’iNCROYANCE ANGLAISE. 71

siècles de Rome, M. Sybal montrait que l’histoire des premières croisades par Michaud n’était qu’un roman ; Guillaume Tell était rentré dans le domaine de la fable, etc., etc.; or, le christianisme étant, avant tout, une religion historique, la critique anglaise devait finir par l’attaquer à son tour^. »

Alors l’histoire traditionnelle s’évanouit comme un rêve ; mais loin de faire place à une histoire mieux établie, « elle ne fut guère remplacée, comme te remarque la Revue des Deux Mondes, que par des résultats simplement approximatifs, des conjectures plausibles, quelquefois même par une ignorance dont le seul avantage était de se connaître^. » Malheureusement, l’apologétique chrétienne anglaise faiblissait au prorata des. forces acquises par l’ennemi. Comme notre école des Bergier et des Bannier, etc., celle de Coleridge, Hard, Arnold (l’auteur d’une histoire des premiers temps de Rome) faisait de nombreuses concessions, confessait la possibilité des interpolations dans la Vie du Sauveur, l’altération des premières traductions, et surtout consentait à la radiation de certains miracles dans les récits évangéliques. « Les disciples de cette école, dit toujours notre Revue, devinrent les chefs du parti libéral de l’école d’Oxford. Ce furent surtout Stanley et Jowett qui donnèrent lieu à la célèbre réaction puyséiste appelée haute église opposition à la large église. »

Et l’on voudrait que dans un tel état de choses, c’est-à-dire « le remplacement de l’église traditionnelle par les conjectures de l’ignorance, » les pères de famille n’eussent pas le droit de demander la suppression de l’enseignement historique!...

La Revue des Deux Mondes met encore le doigt sur la plaie et nous donne la meilleure raison, selon nous, de toute cette révolution; « une incurable défiance s’est glissée, dit-elle, dans l’esprit moderne au sujet du merveilleux. Cette incrédulité est le résultat

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