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slovaque. Tandis que les gouvernements voisins d’Autriche et d'Allemagne se laissaient aller à la solution parèsseuse des émissions à jet continu, dont chaque manifestation, en consolidant l'étape précédente de hausse des prix, ouvrait le champ à une suivante, le gouvernement tchéco-slovaque renonça dès 1919 à tout expédient monétaire ; la limite d'émission pour compte de lPEtat ne füt pas dépassée, et si le nombre des billéts émis en contre-partie d’escompte de traites ou d’avances sur titres, allait sans cesse en augmentant, c'était du moins une inflation gagée commercialement.
Cette action mécanique fut renforcée de tous les heureux effets d'une saine politique financière. Des em-. prunts, tant intérieurs qu'extérieurs, permirent au Gouvernement de solder les premiers déficits budgétaires. La considérable progression des recettes à partir de 1921: et la réduction progressive des dépenses à partir de 1922 permirent d'approcher de l'équilibre. Le déficit de près de 5 milhards de couronnes en 1919 et en 1920, fut rame-: né à Kr 727.000.000, environ, en 1921. L'assainissement des finances publiques donna confiance à l'opinion étrangère et la spéculation se retourna dans un sens favorable au relèvement de la couronne. La balance commerciale, régulièrement créditrice (plus de 4 milliards en 1919, et de 5 milliards en 1920), avait permis au Gouvernement la constitution d'un gros portefeuille de devises étrangères. Cette réserve s’accrut en 1921 des investissements étrangers, — notamment de ceux que les Allemands et Autrichiens multipliaient pour sauver une partie de leurs . capitaux de la ruine, — et, en 1922, du produit de lemprunt international de £ 10.000.000 souscrit par les places de New-York, Londres et Amsterdam. Sous ces di-:
verses influences, à l'origine desquelles il faut très certainement placer le redressement budgétaire, la couronne: ichéco-slovaque perdit toute solidarité avec les mon. naies allemandes et autrichiennes, et commença un mou-; vement en sens inverse de celui qui les conduisait à l'effondrement final. FAR ; Il a donc fallu attendre deux années en Tchéco-Slova-, quie, pour constater les premiers symptômes d'une amélioration que l’on avait cru préparer par la déflation brutale de 1919. La réduction automatique des prix, que l'on escomptait alors, fit place à une élévation lente mais continue, correspondant à une baisse progressive du change, et qui entraîna le gonflement de la circulation au-delà de son chiffre antérieur. Par contre, lorsqu'en 1921, sous l'heureux effet moral résultant d’une saine politique, les, capitaux étrangers vinrent renforcer le solde positif de. la balance des comptes, la couronne ralentit d’abord sa, chute, se stabilisa, puis s'orienta nettement, dès le mois. de novembre, vers la hausse. Alors seulement, les prix commencèrent à baisser, puis, comme il est naturel, le mouvement s’accéléra aussitôt que déclanché, les vendeurs cherchant à se défaire au plus vite de stocks qui: perdaient chaque jour de leur valeur nominale, tandis que les acheteurs boudaient, escomptant toujours des: conditions plus favorables. Au cours de l’année 1922, l'index des prix de gros passa ainsi de 1875 à 999. Indirectement, cette baisse entraîna la déflation monétaire :: les billets, dont on avait un moindre besoin, regagnérent : les banques, et l'afflux des dépôts provoqua la baisse du taux de l'intérêt, et, comme conséquence, du prix de re-: vient. Profitant des circonstances favorables, le Gouvernement put amortir un grand nombre de billets qui fu-:
rent détruits, sans que les transactions aient à en souffrir. De 12.000.000.000 en décembre 1921, la circulation était réduite, au début de 1925, à moins de 8.000.000.000 de couronnes (1).
Ï apparaît ainsi qu'en 1919, les promoteurs de la réforme monétaire {chéco-slovaque ont engagé leur politique au rebours de la direction qui s'est révélée par la suite comme bonne. S'il est exact que la plupart des actions et réactions économiques sont réciproques, l'expérience montre qu'elles agissent beaucoup plus rapidement dans un sens que dans l’autre. Tandis que l’action de l'inflation sur les prix est presque immédiate, celle de la déflation est très lente, souvent contrecarrée par les circonstances; les prix, au contraire, paraissent agir plus. efficacement en faveur de la déflation, lorsqu'ils baissent; cette baisse, dans un pays à monnaie instable, a pour facteur principal la hausse du change national. En résumé, l'inflation pour compte de l'Etat est à l’origine du désordre monétaire et du dérèglement économique; pour révenir à une situation normale, en l'absence, bien en-: tendu, de toute nouvelle émission non gagée commercialément, le remède doit être cherché d’abord dans la hausse du change national qui provoquera la déflation par son action sur les prix. Cette hausse du change a pour condition essentielle, une politique budgétaire
saine.
(1) A cet amortissement a été affecté le produit de l'impôt sur le capital et sur l’enrichissement, tous deux institués par le ministre Rasin, et qui au 31 janvier 1925 avaient donné plus de 4 milliards de couronnes,
Il nous reste à voir comment se sont consolidés les heureux résultats de cette politique, en Tchéco-Slovaquie, à partir de 1921. Au cours de 1922, les réserves-or ne cessèrent de s’accroître à l'Office bancaire chargé de les centraliser. À partir de cette année, et sans que le Gouvernement ait jugé bon de fixer un taux fixe de conversion, l'Office intervint sur le marché, achetant et vendant des traites sur l'étranger à un taux voisin de 340 couronnes par 100 dollars. La situation économique, gravement troublée en 1922 par la hausse rapide du change national, s'améliora à parür de 1923 (1); le solde créditeur de la balance commerciale allait en diminuant avec la hausse de la couronne, mais atteignait encore Kr : 2.351 millions en 1923, et Kr : 1.160 en 1924. La revalorisation n'allait pas sans gêner considérablement le monde des affaires et la politique de déflation gouvernementale provoqua en 1925 une grave crise de crédit. Il semblait que l’on était arrivé alors au point où la compression élait suffisante. Selon le procédé classique, le Gouvernement eut recours à l'emprunt extérieur et intérieur en devises pour fournir une base métallique à son « résidu d'inflation ». L'Office bancaire fit place à la fin de 1925 à une Banque Nationale au capital — partie en couronnes, partie en dollars — de 413 millions de couronnes environ. La circulation s’élevant au 15 novembre 1925 à un total de Kr : 8.401 millions (2), et l’encaisse (3)
(1) A la fin de 1922, le nombre des chômeurs s'élevait à 278.000. Fin 1923, il était ramené à 73.000.
(2) Ce montant représente le total des billets en circulation et des comptes courants créditeurs.
(3) Cette encaisse comprenait le produit de la liquidation de l’ancienne Banque d’Autriche-Hongrie, les disponibilités de l'Office bancaire à l'étranger, le solde de l'emprunt international de 1922, le capital de la nouvelle Banque, et la mai- Le l'emprunt en dollars émis pour gager le résidu d’in-
ation. :
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de la Banque à celui de Kr : 2.754 millions, la couverture représentait tout près de 33 %. Proportion un peu faible ; mais, grâce à la permanence d’une balance des comptes favorable, la Banque a pu maintenir sans variation Jusqu'à ce jour la couronne tchéco-slovaque à son taux officiel. Le change sur Londres, dont le pair était de Kr : 24,02 pour 1 £, s'établit depuis le début de 1926 aux environs de Kr : 164 1/4. Les 100 Krs sont cotés à Genève F. S.: 15,30 environ.
. La Tchéco-Slovaquie est ainsi entrée dans la période de la stabilisation monétaire officielle. Mise à part la courte période de démagogie qui menaça de la ruiner en 1920, elle doit son relèvement à l'énergie de ses chefs et à la discipline d'une population qui sut se plier aux sacrifices nécessaires. S'il lui reste un pas à faire dans la voie des économies, c'est au Gouvernement qu'il faut s'adresser. Les particuliers l'ont devancé en réduisant les salaires et les profits, tandis que les dépenses budgéaires restent considérables. Dès à présent, cependant, on peut voir un indice favorable dans la réduction légère des dépenses depuis 1923 et l'abandon déjà opéré de certains monopoles, qui furent avantageusement remplacés par des taxes indirectes à réndement supérieur.