‹ Des essais de stabilisation monétaire par le retour à la convertibilité-orChapitre 22 sur 35 · ROLE · texte numérisé non relu

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mais personne n'en voulait plus. Les emprunts étaient tous conclus en or ou en valeurs matérielles : charbon, blé, kilowatts, etc... La situation était telle que la réforme monétaire ne pouvait plus être retardée.

La première réforme à accomplir consistait à doter le pays d’une monnaie nouvelle pour remplacer l'ancien mark quiravait perdu toute valeur. Tant que celte première tâche ne serait pas accomplie, tout effort vers l'équilibre budgétaire, toutes les prévisions et évaluations étaient vains. Dans l'impossibilité où il se trouvait d'instaurer une circulation basée sur l'or (1), le gouvernement allemand, poussé par les partis agrarien et ouvrier, décida d'émettre des billets gagés par des « valeurs réelles ». Une ordonnance du 15 octobre 1923 créa une nouvelle banque d'émission, la « Rentenbank », au capital de 3.200 millions marks-or, consistant en une hypothèque générale grevant tout le capital product allemand, — une moitié frappant l'agriculture, et l’autre, le commerce, l'industrie et les banques, — à raison de 4 % de la valeur. Cette créance n'était pas exigible, mais s'ils ne se libéraient (en er ou monnaies étrangères), les débiteurs étaient tenus de servir à la Rentenbank un intérêt de 6 %. La nouvelle banque, munie de ce gage extraordinaire, illiquide et irréalisable, émettait en contrepartie des billets appelés « Rentenmarks », sans cours forcé, mais acceptés par les caisses publiques au pair du mark-or. Ils n'étaient remboursables qu'en « lettres de rente » (Rentenbriefe), portant intérêt à 5 %. En même temps, l'émission des marks-papier était arrêtée. La mise

(1) L'encaisse de la Reichsbank n’atteignait en Septembre

1923 que : M. O. 469.727.000. D'autre part, un recours à l'étranger paraissait voué à un échec certain,

en circulation des nouveaux billets commença le 15 novembre 1923. La spéculation étrangère, d’abord méfiante, se retourna, et le dollar, après avoir coté à New- York, le 26 novembre, 8,3 trillions de marks, se stabilisa vite au cours de 4,2 trillions, correspondant à la parité or fixée. L'échange des rentenmarks se faisait en effet sur la base de 1 rentenmark = 1 trillion markspapier = 1 mark-or = 1/4,2 dollar. La Reichsbank parvint à stabiliser l'ensemble de la circulation allemande, aux environs de ce cours, pendant de longs mois, donnant ainsi au gouvernement le répit nécessaire au rétablissement financier.

L'arrêt de l'inflation, décidé en octobre 1923, privait l'Etat de toute ressource. La Trésorerie, qui ne vivait que d’expédients depuis plusieurs années, se trouvait très strictement démunie du jour au lendemain (1). Aussi l'ordonnance du 15 octobre ouvrait-elle au Gouvernement, auprès de la Rentenbank, un crédit de 1.200 millions de rentenmarks, dont 300 sans intérêts (2), le surplus à 6 %. De son côté, la Reichsbank, pour lui permettre de parer à la crise de crédit qu'entraïnerait l’arrêi de l'inflation, se voyait ouvrir un crédit équivalent, de 1.200 millions, à répartir entre elle et les autres banques d'émission.

La Rentenbank devait s'abstenir de toute autre opération de banque, notamment de toute ouverture de crédit en faveur de particuliers ou de Sociétés.

Ce système, compliqué au premier abord, fut à l’ori-

Gen

(1) L'arrêt de l'inflation emportait suppression de la faculté de présenter des Bons du Trésor à l’escompte de la Reichsbank.

(2) Ces 300 millions étaient affectés au remboursement des Bons du Trésor, escomptés par la Reichsbank.

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gine du redressement monétaire en Allemagne. Le mark-rente ne pouvait être qu'une étape vers le rétablissement de la monnaic-or décidé en principe. Dès son apparition, il se maintint à peu près au pair du markor, bien que le cours n’en fut pas officiel. Son succès vint uniquement de la confiance qui lui fut accordée et du désir général en Allemagne de retrouver une monnaie stable. Le principal danger provenait des exigences du Reich. Le crédit de 1.200 millions était déjà épuisé en décembre 1923. En dépit des sollicitations pressantes du Gouvernement, la Rentenbank refusa d'en ouvrir un nouveau. Pour se procurer les ressources immédiatement nécessaires, l'Etat émit des bons à court terme, libellés en rentenmarks et souscrits par le public à des taux variant de 8 à 9 %. L'émission en fut heureusement limitée, car elle aurait pu entraîner une inflation nouvelle.

Un autre danger résultait du rétrécissement monétaire. L'ancienne circulation s'était dépréciée bien plus vite en valeur-or qu'elle ne s’accroissait en marks-papier, et, au 31 octobre 1923, elle ne représentait plus que 300 millions de marks-or, soit environ 4,95 % de sa valeur d’avant-guerre. L'arrêt de l'inflation devait rendre brusquement tangible cette réduction considérable et multiplier les demandes de crédit de la part du commerce. Effectivement l'émission commerciale, non suspendue, s'accrut à la Reichsbank dans une proportion telle qu’elle risquait d'entrainer le Rentenmark vers la chute. Le change fléchit au début de 1924, mais ce fut un phénomène passager, grâce à la restriction des crédits, et aux interventions que put pratiquer la Reichsbank, chez qui avait été créée une centrale des devises avec monopale.

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L'année 1924 devait, du reste, marquer un changement complet dans la situation économique de l'Allemagne. Avec la confiance retrouvée par l'arrêt de l'inflalion, la panique avait cessé. L'ancienne « fuite devant le mark » (Flucht aus der Mark) fit place à des conversions de devises étrangères en monnaie nationale. Les prix baissèrent de 15 à 20 % en deux mois, et l'on assista à la reprise de l'épargne. Avec la stabilité relalive de la monnaie, les calculs du commerce et de l'industrie retrouvèrent un fondement, ainsi que ceux du Gouvernement qui put à nouveau prendre des mesures pour rétablir l'équilibre budgétaire.

L'œuvre d'assainissement financier porta d’abord sur la réduction des dépenses, plus facile à obtenir en ce pays, par la cessation de subsides politiques ruineux. Dès le 15 novembre, la réduction, opérée notamment sur les subventions accordées à la Rubr et à divers Offices et municipalités, permit de ramener les dépenses budgétaires à un chiffre relativement faible, et qui s'explique surtout par la disparition de la dette publique. Les recettes furent améliorées par trois ordonnances en dates des 7 et 19 décembre 1923 et 14 février 1924. Le Gouvernement avait recours à un nouvel aménagement des impôts existants, plutôt qu'à la création de taxes nouvelles. Les prévisions budgétaires furent dépassées de 1,79 % pour les dépenses, 26 0/0 pour les recettes, et le premuer semestre de l'exercice financier commencé au 1® avril 1924, accusait, après rachat de la dette intérieure, un excédent de 148 millions de marks-or, déduction faite des paiements au titre des Réparations.

L'amélioration très netle dans le domaine des finan-

ces publiques coïncidait avec une crise des plus graves

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dans l’industrie et le commerce. Lorsque, le 7 avril 1924, la Reichsbank décida de restreindre les crédits, les entreprises se trouvèrent démunies de tout fonds de roulement. Le loyer de l'argent atteignit des taux jusqu'alors inconnus, s’établissant couramment au-delà de 20 %. Pour atténuer les fâcheuses conséquences de cet état de choses, il fut créé à la même date une banque d’escompte, la « Golddiskontbank », chargée de fournir aux industriels les fonds dont ils auraient besoin, par l'intermédiaire de l'étranger. Disposant d’un capital de 10 millions sterling, souscrit moitié par la Reichsbank et moitié par 140 établissements financiers, la « Golddiskontbank » put se faire consentir en outre des crédits à l'étranger : £ 5.000.000 en Angleterre, F. S. 25.000.000 en Suisse, $ 25.000.000 aux Etats-Unis. La Banque d’escompte émettait des billets libellés en Livres, pour un montant maximum de £ 5.000.000, sans cours légal, et non admis dans les caisses publiques. Du 7 avril, date de sa fondation, au 23 août 1924, époque où la Reichsbank relâcha sa politique de restrictions, la « Golddiskontbank » escompta ou réescompta des traites pour un total de 75 millions sterling. La crise en fut bien atténuée, mais resta grave, les industriels allemands n'ayant pas compris que si, en période d'inflation, toutes les disponibilités doivent être employées immédiatement en capitaux fixes, au contraire, en période de stabilisation, le premier souci des chefs d'entreprises doit être dans le renforcement du fonds de roulement. La balance commerciale éta't déficitaire de 321 millions de marks-or en avril 1924, de 354 en mai. Le mouvement, s'il avait continué, aurait compromis toute l'œuvre d’assainissement monétaire. Ii fut heureusement compensé par l'af-

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flux des capitaux étrangers jusqu'au mois d'août où la Situation se rétablit progressivement. La Reichsbank augmenta alors de 10 % son contingent de traites escomptées, et cette mesure rendit un peu de souplesse aux lrésoreries privées, qui commençaient déjà à bénéficier, par ailleurs, de l'amélioration monétaire et de la reconstituüon de l'épargne.

L'Allemagne paraissait alors mûre pour le rétablissement de l’étalon d’or. Ses finances publiques, par la disparition de la dette intérieure, se retrouvaient des plus prospères, tandis que son industrie, grande bénéficiaire de l'inflation, et soutenue depuis par les crédits étrangers, était prête à reconquérir, sur les marchés mondiaux, toute son ancienne suprématie.

A l'intérieur, le pays tout entier réclamait l’achèvement de la réforme. A l'extérieur, les Etats créanciers s'y trouvaient également intéressés. Dans le rapport du Comité Dawes, il était constaté que la stabilité du renlenmark « ne peut être que temporaire ». Les membres du Comité, avec l'aide de l'actif président de la Reichsbank, Dr Schacht, établirent le plan général du rétablissement de l’étalon d’or, laissant à un Comité spécial de deux membres — Dr Schacht, et l'expert anglais sir Arthur Kindersley

le soin de le compléter par des dispositions particulières. Le plan Dawes, légèrement modifié par ce Comité, fut accepté par le Gouvernement allemand et sanctionné par la Loi monétaire du 30 août 19044

Selon une prescription essentielle du Plan, il était spécifié que la Reichsbank, maintenue dans son ancien rôle, «est une banque indépendante du Reich ». Au capital de 300 millions de marks-or, elle à le privilège de l'émis-

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sion (conjointement avec les 4 autres banques d'émission dont le contingent est limité à 194 millions). Ses billets, libellés en Rcichsmarks ont seuls cours légal, et doivent être garantis par une réserve minimum de 40 % en or ou devises-or. Au-dessus de ce pourcentage, un impôt fiduciaire progressif est perçu par le Gouvernement. Les anciens billets. libellés en marks, doivent être retirés progressivement sur la base en vigueur de I trillion marks-papier = 1 rentenmark = 1 mark-or = 1 Reichsmark. La convertibilité-or est provisoirement suspendue. Des monnaies divisionnaires sont également créées el rattachées au Reichsmark. L'émission en est limitée à 20 reichsmarks par tête d’habitant.

- Le retrait prévu des rentenmarks et la liquidation de la Rentenbank doivent s’opérer progressivement, en dix années, par la liquidation des crédits accordés à l'Etat et aux banques d'émission.

Ainsi fut réalisé le retour de l'Allemagne à l'étalon d'or. Le redressement, habilement conçu, fut rapidement exécuté, mais, ainsi qu'on l’a fait observer, l'admiration « s’atténue lorsque l'on songe que l'Allemagne a peu souffert depuis la fin de la résistance passive et ne s'est imposée que des sacrifices restreints. Si elle a pu consacrer tous ses efforts à l'assainissement de sa monnaie, c'est qu'elle à su confier aux capitaux étrangers le soin de soutenir son économie... Il n'en est pas moins vrai que l'Allemagne a su attirer ces capitaux grâce à la confiance inspirée par un effort fondé sur les deux principes invariables d'une vie nationale saine: le travail et l'autorité » (1).

(1) Revue Politique et Parlementaire, 10 mai 1925, XXX, L’assainissement monétaire allemand. É

LLAOSTES

L'année 1925 a vu l'Allemagne redevenir au moins aussi puissante qu'avant guerre sur les terrains financier, budgétaire et économique. Au 30 juin, l'émission des reichsmarks se montait à 2.363 millions, dont la couverture en or atteignait 44 %, en or et devises 58,7. Le Dr Schacht prévoit que la circulation en atteindra le chiffre de 5 milliards qui était celui d’avantguerre (1). Le change sur New-York reste fixé à 4,20.

L'amélioration générale constatée en 1925 s'est encore développée dans le premier semestre de 1926. Le meilleur symptôme en est dans l’abaissement du taux de l'escompte de la Reichsbank, ramené à 7 % le 27 mars, à 6 À le 7 juin, et à 6 % le 16 juillet. Le nombre des chômeurs et celui des faillites sont en régression et les bourses de valeur se montrent optimistes. Des progrès remarquables tendent à accroitre la production et améliorer le prix de revient: les exportations sont en notable excédent.

(1) Il est à observer qüe l'or a, depuis, perdu environ 40 % de sa valeur : les prix se sont enflés d'autant et pour retrouver l’élasticité monétaire d’avant-guerre, la circulation devrait s’accroître dans la même proportion. Pour le cas particulier de l'Allemagne, les diminutions de territoire consécutives à sa défaite apportent un correctif peut-être équivalent et la république actuelle n’aurait alors pas besoin d’un volumie monétaire supérieur à celui de l’ancien empire .

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