CHAPITRE PREMIER
Les conditions de Ia stabilisation.
Les exemples précédents ont montré la nocivité de l'inflation sous toutes ses formes, inflation-argent lorsque le cours du métal a fléchi par rapport à l'or, inflationcrédits en divers pays européens, inflation-papier qui est la manifestation la plus courante. Partout où ce mal est apparu, on s'est efforcé, pour revenir à une monnaie saine, de donner à la circulation la même base métallique, l’étalon d’or. Sur ce point, de nos Jours, il n'y a pas discussion, tout au moins dans les sphères officielles (1).
La stabilité de la monnaie reste donc l'idéal de tous les pays à change instable. Les divergences de vue n'apparaissent que lorsqu'il s’agit de fixer l'heure de cette stabilisation. Avant comme après la guerre, l'opinion publique se partage alors en deux clans : les uns, et plus spécialement les rentiers, tiennent pour la revalorisation intégrale de la devise nationale avant toute stabilisation; les autres, et ce sont alors tous les
commerçants et industriels, prônent au contraire une
stabilisation immédiate, à quelque taux que ce soit, afin
-(1) En sens contraire, il convient de citer les polémiques de M. J. M4 Keynes, qui qualifie l’étalon d’or de « relique barbare ».
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que les affaires ne soient plus troublées par de continuelles variations du change.
Sans vouloir aborder par aïlleurs le problème de moralité qui se pose lorsque l'on fixe « ne varietur » un nouveau cours légal de la monnaie — et ce problème ne doit pas être négligé — on peut se demander si les partisans d’une stabilisation immédiate ont quelque chance d'atteindre le but qu’ils se proposent. L'histoire nous montre, en effet, que la stabilisation légale, en aucun pays, na pu être pratiquée sans une préparation longue et minutieuse. En Russie, par exemple, la célèbre réforme de Witte n’a fait que consacrer une stabilisation de fait portant sur plusieurs années. La récente et malheureuse tentative du ministre Janssen en Belgique est au contraire un exemple de stabilisation rapide, insuffisamment préparée, et qui n’a pu tenir contre des circonstances politiques et économiques contraires.
L'expérience prouve ainsi que la stabilité d'une monnaie ne se décrète pas. Elle se prépare par toute une série de mesures, les unes de politique pure, les autres de politique financière et monétaire s'appuyant sur une politique économique d'ensemble.
$ 1. — LEs FACTEURS PoLiTiQuEs
En matière monétaire, la bonne politique d’un pays est à la base de toute tentative d'amélioration. Un Gouvernement ne peut stabiliser une devise sans le concours de tous, producteurs et consommateurs. Lorsqu'une circulation monétaire est composée de billets inconvertibles, leur valeur dépend en grande partie de la confiance qui leur est-accordée; une mesure législative, fixant un
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aux de conversion légal du billet peut bien arrêter quelque temps ses fluctuations; mais aucune réserve métallique ne tiendrait contre la méfiance publique, contre la « fuite devant la monnaie légale », si la politique générale n'inspire pas la confiance.
On peut s'étonner qu'il en soit ainsi el faire observer que, quelle que soit la situation politique d'un pays, sa circulation fiduciaire comparée aux réserves métalliques dont il dispose, donne pour chaque unité une valeur-or déterminée. Säns doute, mais dans la proportion où la circulation est, d'autre part, représentative d'Avances à l'Etat, le crédit du billet de banque s'identifie avec celui de l'Etat: et le billet lui-même ne constitue alors qu'une promesse de monnaie à laquelle on ne peut donner que la valeur spéculative d'un espoir. Selon que la politique générale semblera s'orienter vers l'assainissement financier ou au contraire s'abandonnera à des mesures démagogiques, la confiance en la promesse de payer, que constitue le billet, sera plus ou moins forte, et de même la valeur de ce billet. Le contraste reste ainsi frappant entre l'évolution, dans ces dernières années, des différentes monnaies de l'Europe Centrale Du jour où la Société des Nations s'est occupée de l'Autriche, la chute verticale de la couronne fut arrêtée, avant que rien n’ait été fait, sous la seule influence de l'espoir en une politique nouvelle. En Tchéco-Slovaquie de même, lorsque la restauration monétaire est apparue à tous comme la principale préoccupation du gouvernement, la chute de la couronne tchéco-slovaque fut ralentie puis arrêtée. Ce souci de restauration monétaire exclut toute politique de parti, tout gouvernement de combat :