‹ Des essais de stabilisation monétaire par le retour à la convertibilité-orChapitre 33 sur 35 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

Des questions monétaires, on peut dire que simples au premier abord, elles deviennent d'une complexité et d'une difficulté sans égales pour qui les approfondit. Par l'ampleur et la gravité des problèmes qu'elles posent, elles mettent en jeu la vie même des nations, et les exemples contemporains de pays à monnaie malsaine donnent tout son relief à la maxime de Copernic: « Parmi les causes de l'abaissement des nations, l'une des plus importantes, mais que, seules, quelques personnalités comprennent, c'est la dépréciation de la monnaie. Sans violence, et par des routes cachées, elle conduit un royaume à sa perte. » La multiplicité des cas de monnaies avariées, qui n’a pas été lune des moindres conséquences mondiales de la guerre de 1914, a fait se familiariser le grand public avec des questions jusqu'alors réservées aux préoccupations de quelques spécialistes. Aussi, a-t-on vu éclore toute une floraison de théories improvisées, séduisantes parfois; mais le retour à la monnaie saine nest pas ce qu'un vain peuple pense. Du monde économique, il est également vrai de dire qu'il y a plus de questions sur là terre et dans le ciel que n'en résolvent les théories courantes. EL la conclu-

sion de cet essai sur la stabilisation monétaire ne peut .

qu'incliner à la modestie.

Tant d'erreurs ont été commises par des gouvernants de bonne volonté, tant de ravages ont découlé de ces erreurs, que le mot d'ordre devrait s'imposer enfin, de: Prudence. Et ce court exposé aurait son utilité, s’il pou- . vait convaincre certains qu'il n'y a pas, pour résoudre un des problèmes les plus angoissants de l'heure présente, de ces panacées dont, telle la stabilisation immédiate, on voudrait convaincre la foule qu'elle y trouvera sans heurts la fin de tous ses maux.

Les problèmes monétaires contemporains n'ont pas déconcerté ceux qui avaient approfondi les expériences d'avant-guerre. Les mêmes causes ont produit les mémes effets, et les crises se déroulent sur un plan qui, dans ses grandes lignes, reste uniforme dans tous les cas. Les exemples actuels ont sans doute plus de relief, les traits en sont plus accusés : mais la façon dont les problèmes se posent et doivent se résoudre n’en est pas modifiée. Aussi doit-on trouver dans leur étude scientifique, les éléments d’une solution pour les cas actuels.

Si l’on groupe ces données de l'expérience, on en arrive à celte constatation que le relour à la monnaie saine ne peut se faire que par la convertibilité-or. Cette réforme nécessite une œuvre de longue haleine et condilionnée par toute une série de facteurs favorables : politique d'union nationale, budgets en équilibre et finances saines, tant publiques que privées. Ce n'est pas impunément qu'un Etat peut jeter dans la circulation des milliards de billets sans aucune contrevaleur, et la malfaisance de l'inflation s'étend sur de longues périodes de

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temps et dans tous les domaines de l'activité économique. Pour réparer tout ce que ce désordre peut avoir de nocif, il faut consentir à des mesures réparalrices pour expier les fautes passées. Le retour à la monnaie saine comporte souffrances et restrictions, car l'inflation crée une prospérité factice qui trompe une nation sur sa situation véritable : lorsqu'elle cesse, cette situation apparaît brutalement, et l'ère des sacrifices commence.

Ainsi qu'il a été sagement proposé, ces sacrifices doivent peser d'abord sur les bénéficiaires de l'inflation. De ceux-ci, doit supporter la plus large part, l'Etat moderne qui, par la modification unilatérale de son contrat monétaire, se trouve avoir amorti la majeure partie de sa dette intérieure. La simple équité commanderait du reste que l’auteur de l'inflation donnât l'exemple des restrictions, et qu'en face d’une dette impossible à rembourser au terme fixé, fût placé l'actif considérable que constituent les domaines et monopoles. Cet actif, sans être aliéné, doit servir à gager la dette envers l’Institut d'émission jusqu'à sa disparition.

La restauration monétaire exige ensuite une modification complète de l'attitude qui à conduit à l'inflation. Pour reprendre une expression de M. V. Auriol, «il faut renverser la vapeur ».

A l'insouciance qui caractérise les gouvernements s’abandonnant à l'inflation doit faire place une sévérité rigoureuse. Les dépenses doivent être limitées à l'indispensable et subordonnées à la création préalable de recettes certaines (1). De même doit-on prendre le contre-

(1) M. Encar ALLIX a cité cet exemple de l’insouciance var-

lementaire, en matière budgétaire : ER + : | Un député formulait à la tribune cette théorie simpliste :

Etre

pied rigoureux de la plupart des corollaires habituels des méthodes inflationnistes, tels que le cours forcé du seul papier-monnaie et les restrictions apportées aux mouvements des capitaux. L'institution d'une monnaieor de compte, el la liberté d'importation ou d’exportalion des capilaux seront au contraire de précieux auxiliaires pour le rétablissement monétaire.

Un autre enseignement général,se détache des différents exemples de stabilisation, c'est l’inutilité, pour arriver au but, de pratiquer des médications isolées. La médicalion monétaire ne vaudra rien si les circonstances politiques et économiques génératrices d'inflation ne sont pas modifiées, et réciproquement. Seule sera efficace une politique d'ensemble, et cette politique de restauration monétaire ne peut être que de déflation. Non point qu'il faille accepter dans toute sa rigueur la théorie quantitative, mais parce que la politique d'amortissement des billets émis pour compte de l'Etat commande une altitude générale qui seule paraît susceptible de conduire à la convertibilité-or.

Ainsi : prudence dans les conceptions, difficultés dans la réalisalion et parlant énergie pour les surmonter, telle pourrait être la conclusion de cet exposé. L'avenir

« Nous exposons les dépenses ; le gouvernement doit aviser aux moyens d'y faire face et nous soumettre ces moyens (mouvements divers). » — M. le Ministre des finances : « La solution est fort élégante ! (on rit) ». J. O., Ch. des dép.,' 2 séance du 9 nov. 1905. — Enregistrons à l'honneur du Parlement les « mouvements divers » qui ont accueilli cette étrange conception du rôle des Assemblées en matière budgétaire. — E. ALLIX, Traité élémentaire de Science des Finances et Législation Financière Française, 4° éd., Introduction, p. XII

resle ainsi sévère pour la nation qui veut se relever financièrement. Mais si la conclusion parait pessimiste, il faut rappeler que le véritable pessimisme est dans le découragement. Trop de beaux exemples nous sollicitent qui peuvent être imités, pour n'être pas convaincu quen travaillant pour la restauration monétaire, on travaille pour la grandeur même de son pays, et le but est assez noble pour récompenser tous les efforts et tous les sacrifices.

Vu : VUE Le Président Le Doyen GERMAIN MARTIN H. BERTHÉLEMY

Vu et permis d'imprimer :

Le Recteur de l'Académie de Paris

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