‹ Des essais de stabilisation monétaire par le retour à la convertibilité-orChapitre 32 sur 35 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

La convertibilité-or.

Gold standard et Goldexchange standard

« La perfection des monnaies, disait M. Bérenger, le 17 fructidor an X, est un terme qu'on ne peut atteindre, mais dont on doit se rapprocher autant que possible ». Les différents exemples de restauration monétaire montrent tous qu'il n’est point, à l'heure actuelle, de bonne Monnaie sans converlibilité du billet en or. L'étalon véritable de la valeur n'existe pas : mais il est généralement admis qu’en l'état actuel des choses, l'or reste le meilleur « terme de comparaison » parce que le plus stable.

La convertibilité-or peut revêtir deux aspects : elle peut être absolue, générale, ou seulement réservée aux paiements extérieurs. Le Gold standard correspond à la première hypothèse : les pièces d'or circulent comme les billets à l'intérieur du pays. Ce système nécessite un Stock considérable en métal jaune, et comporte les inconvénients du frai et de la perte d'intérêts. Le Gold Exchange standard, plus accessible, réserve pour les besoins extérieurs les disponibilités métalliques, et laisse subsister, à l'intérieur du Paÿs, une circulation de pa-

pier. L'institution d'un change fixe entre le billet et l'or assure au premier la stabilité. Ce système, créé spontanément par les circonstances, aux Indes et en République Argentine, connaît une faveur particulière de nos jours.

Le passage d'une monnaie instable à une circulation rattachée à l'or, exige, nous l'avons vu, une minutieuse préparation. Dans certains pays, tels l'Argentine, de 1885 à 1900, et l'Allemagne, depuis la guerre, la transition fut grandement facilitée par l'existence d’une monnaie de compte, le peso-or en Argentine, le dollar en Allemagne, lesquels pouvaient servir de bases aux conrats, en pleine période d'instabilité du papier-monnaie nalional. L'intérêt de cette double circulation réside en ceci, qu'il permet de découvrir plus facilement le niveau de conversion réellement adéquat à la situation économique du pays. Ce que l’on à appelé le miracle du rentenmark” a certainement été facilité par la généralisation des clauses-or, bilans-or, etc...

Lorsque, durant plusieurs mois, la courbe des changes s’est rapprochée de l'horizontale, le Gouvernement peut préparer la conversion, mais il convient de procéder par étapes. La première mesure consiste à s'assurer une réserve suffisante en or ou en devises. Puis, l'Institut d'émission disposant d’un stock ou de crédits suffisants, peut aborder la période de stabilisation de fait : par achat et vente de devises aux environs d'un cours déterminé, les variations du change sont contenues dans des limites étroites, jusqu'au jour où intervient enfin la stabilisation de droit, avec l'instauration d’une nouvelle unité monétaire, réévaluation des espèces-or, etc...

Pour préparer la stabilisation de fait, la politique des interventions sur le marché des changes est une arme précieuse, mais d’un maniement délicat. L'histoire de la Tchéco-Slovaquie est, à cet égard, particulièrement intéressante. Le relèvement, dû, à l’origine, à un revirement de la spéculation étrangère, fut appuyé et renforcé par les interventions de l'Office bancaire qui s'était constitué un gros portefeuille de devises, grâce aux excédents de la balance commerciale. Ces interventions, non officielles, servirent par la suite à stabiliser approximalivement la couronne tchèque, l'Office achetant et vendant des traites dans la mesure où le change s'écartait du cours de 34 couronnes par dollar. Cette méthode de convertibilité fut également instaurée en divers pays, en attendant que soit repris l'emploi généralisé de la monnaie d'or. Ce procédé est la forme moderne de l'étalon-or de change, forme plus souple que celle des anciens bureaux de change ou des caisses de conversion, mais tout aussi efficace. C’est une étape nécessaire sur la voie du retour à la circulation-or.

Le Gold Exchange standard présente, outre son économie, l'avantage de ne pas préjuger d’une amélioration future du taux de conversion. Il permit ainsi au Brésil d'élever, en 1910, le taux de conversion du muilreis de 15 à 16 pences. Mais cela ne va pas sans troubler gravement la vie économique du pays. Fermeture de marchés extérieurs, crises commerciale et industrielle, diminulion de valeur des créances en monnaies étrangères, tous les inconvénients de la revalorisalion monétaire se retrouvent dans celle mesure, sans que les avantages

qu'on en retire puissent parfois les balancer (1).

Le Gold Exchange standard, sous la forme moderne où il à fonctionné en Tchéco-Slovaquie, est destiné à rendre encore de réels services. Il paraît ainsi s'être adapté à la période de crise où nous vivons. Les caisses de conversion n'ont pu subsister lorsque l'horizon mondial s’est assombri : à la période d’après-guerre, caractérisée par la disparition des gold-points dans de nombreux pays, il fallait un organisme moins rigide dont l'Office bancaire tchéco-slovaque a été un excellent exemple.

Mais la difficulté capitale, en la matière, reste la fixalion du taux de conversion et la date de sa mise en application, Dans la période actuelle, les changes anormaux,

c'est-à-dire non canalisés entre des gold-points, réagis-

sent les uns sur les autres, et c'est dans ce sens que l'on a pu écrire que l'instabilité du change français exerçait en Europe occidentale une influence démoralisatrice. Les opérations techniques pour la défense de certaines devises pèsent parfois louflement sur le change de

(1) L'argument de justice, que l’on peut faire valoir en faveur de cette mesure, ne tient, si la dévaluation est déjà ancienne, car la hausse de la valeur de la monnaie ne profitera pas à ceux qui ont autrefois souffert de ia baisse. Deux arguments paraissent seuls pouvoir être retenus en ce sens : d'une part, la baisse générale des prix, à l’intérieur du pays, qui neutralise l'effet de la hausse du change (théories de la valeurindex et de la parité des pouvoirs d'achat, du professeur Cassel), et d'autre part, l'intérêt qu'un Etat fortement débiteur de l'étranger peut trouver à cette réduction automatique de sa dette extérieure.

A l'opposé, il convient de tenir compte de la difficulté plus grande qu'il y aura à défendre la nouvelle parité. On ne doit pas négliger, en outre, l'effet moral pouvant résulter, dans le pays, du soupçon de spéculations avantageuses de la part des initiés.

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pays voisins, et l’on peut craindre qu'une fois décrélée, la stabilisation légale ne fût mise à contribution par l'étranger pour se procurer à un taux avantageux des devises-or. [Len fut ainsi en Belgique, en mars 1926, et l'arbitrage passait généralement par Bruxelles pour se procurer Livres ou Dollars.

Cet argument n'est pas une condamnation de la converlibilité-or par le Gold Exchange standard. Ce n'est qu'un témoignage de plus en faveur de ceux qui préconisent la prudence en matière de réformes monétaires. Lorsque les différents facteurs, précédemment exposés, de politique générale, budgétaire et économique, ont été réalisés, muni par ailleurs de réserves suffisantes en or et devises ou en crédits extérieurs, un pays peut aborder la stabilisation de sa monnaie, par l'établissement de l’étalon-or de change. Ce régime ne sera qu'une étape vers le rétablissement du Gold standard, comme aussi ses avantages pourront en faire le but même de la reslauralion monétaire. Parmi ces avantages, l'économie de métal que représente le Gold exchange standard est d'un attrait particulièrement actuel. A une heure où la moitié environ de l'or mondial se trouve concentrée aux Etats-Unis, le problème du métal jaune est devenu plus spécialement américain. Dans la mesure où un pays pourra économiser le métal, il se libérera proportionnellement de l'emprise américaine. A ce titre tout spécialement, le Gold Exchange standard, dont les économistes allemands préconisent l'emploi sous le nom de «noyau d'or » (Goldkdern), est appelé à rendre encore de véritables services. Le Gold standard system à contre lui de nécessiter, au contraire du précédent, un stock d'or

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très considérable. Or, le métal subit des variations importantes de valeur, représentant à l'heure actuelle une perte d'environ 40% par rapport à l’avant-guerre. Ces variations proviennent pour partie de l'accumulation dans les caves des Etats-Unis des réserves anciennes et de la production annuelle. La valeur de l'or peut ainsi dépendre en une certaine mesure de la politique du Federal Reserve Board. Pour ces divers motifs, il est préférable de recourir au Gold Exchange standard dont la mise en application moins coûteuse peut permettre de s'affranchir de la tutelle américaine, tout en assurant avec souplesse une stabilité monétaire absolue.

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