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Des états seconds; variations pathologiques du champ de la conscience

Frappé de l'oubli presque complet dans lequel on a jusqu'à ces dernières années laissé l'étude de l'état mental, nous avons eu l'idée de prendre, comme sujet de ce travail, un coin de la psychologie morbide et d'étudier les états seconds dans leur ensemble et le mécanisme qui préside à leur production. Nous avons été guidé dans cette recherche surtout par les remarquables travaux de M. P. Janet, par son livre de V Automatisme psychologique et par les leçons qu'il a faites à la Salpêtrière il y a quelques mois à peine.

Dans un article publié par nous il y a deux mois dans les Archives cliniques de Bordeaux, nous avons déjà traité Tun

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(le nos chapitres les plus importants, Vétal mental des hystériques. Aujourd'hui nous voudrions montrer l'analogie de tous les affaiblissements de rintelligence, prouver que si notre esprit est soumis à mille causes de dépression, il n*a qu'une seule façon de manifester son affaiblissement, le rétrécissement du champ de la conscience. De ce seul phénomène pourrait découler Tétude de Tétat mental dans toutes les maladies, les symptômes variant, mais le fonds étant toujours le même; nous n'avons pu ici entreprendre un tel ouvi^ge auquel ni nos forces ni notre faible expérience n'auraient suffi et nous nous sommes borné au travail suivant que nous allons exposer rapidement.

Dans une première partie nous essayons de grouper en un seul faisceau tous les états seconds, états où agit une conscience différente de notre conscience ordinaire et de montrer leur analogie, ce sont : les états seconds types (Azam, Dufay, etc.), les somnambulismes naturel et provoqué, l'automatisme ambulatoire, auxquels nous joignons les intoxications par lalcool, l'éther, le chloroforme, lehachich, la veille somnambulique, le rêve, enfin, les manifestations de l'état second pendant la veille, et, brièvement l'état mental des malades, des mourants, des fébricitants et certains cas de délire des paralytiques généraux.

Dans la deuxième partie, nous examinons les différentes théories données jusqu'à présent pour expliquer ces phénomènes, et nous nous arrêtons à la théorie psychologique du rétrécissement du champ de la conscience. Nous examinons alors les troubles que peut produire ce phénomène dans l'état mental et les stigmates mentaux de l'hystérie, nous montrons l'inconscient se développant graduellement, sortant du rôle secondaire qu'il doit jouer chez l'individu sain et arrivant peu à peu à se substituer au conscient pour former le véritable état

second, le somnambulisme hystérique, etc. Reprenant enfin les conclusions de notre première partie, nous montrons à nouveau, nous appuyant sur Tanalyse psychologique, Tanalogie de tous ces états, liés entre eux par les mêmes phénomènes de désagrégation morbide de la conscience.

Certes, dans une science si neuve que la psychologie morbide, les recherches sont difficiles et la méthode n'est pas encore bien ferme; nombre d'expériences sont contestables peut-être, et nombre de théories ne sont pas affermies, mais il est des faits qu'on ne peut nier et qui commandent l'attention, quelle que soit la conclusion qui doive en résulter plus tard ; le mieux est de les exposer simplement, autant que possible sans parti pris, s'attendant à toutes les objections, prêt à les accepter ou à les combattre, avec le seul espoir que, de la discussion jaillira la lumière qui plus tard éclairera toutes ces questions.

C'est là ce que nous avons tenté de faire, et nous devons, avant tout, remercier M. le professeur Pitres de la continuelle bienveillancequ'ilnousatémoignée; bien que nous nepartagions parfois pas ses idées, il a bien voulu nous laisser toute liberté d'allures, nous arrêtant seulement en nous montrant les erreurs dans lesquelles nous allions tomber et nous guidant souvent dans nos recherches.

Pendant les mois de congé que nous passions à Brest, nous xivons rencontré la même bienveillance, les mêmes conseils chez M. le D"" Bremaud, ce serait pour nous de Tingratitude que de ne pas l'associer aux remerciements que nous adressons de tout cœur à M. le professeur Pitres.

Nous lui garderons toujours la plus grande reconnaissance pour ses excellents conseils dont nous avons toujours profité et pour les facilités qu'il nous a données en mettant les malades de son service à notre disposition.

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