THEORIE DE L AUTOMATISME
Pour MM. Luys et Despine (de Marseille), le somnambule, rhypnotisé, nous l'avons déjà signalé, sont des automates.
« Chez les somnambules, l'expression somatique extérieure, le mouvement en retour n'est plus Tefifet d'une impression extérieure en activité, elle edt produite par une stimulation autogénique, subjective, localement engendrée dans les réseaux de la substance corticale et servant ainsi d'appel aux divers phénomènes de motricité qui se manifestent et, chose remarquable, les zones perceptives du sensorium étant accidentellement silencieuses; puisque les somnambules cessent d'être en conflit avec le milieu ambiant, les actes qu'ils accomplissent ainsi aveuglément sont revêtus du triple caractère des actions réflexes, en ce qu'ils sont involontaires, automatiques et inconscients ».
Ce passage sert de conclusion à la remarquable étude de M. Luys sur l'automatisme cérébral assimilé à l'automatisme réflexe spinal. Pour lui, et nous ne le suivrons pas dans ses données anatomiques, les différentes couches de grandes, de petites cellules, de cellules anastomosées correspondent à diverses fonctions du cerveau, à Tintelligence, aux fonctions automatiques; or, pendant le somnambulisme, les autres parties (zones perceptives et intelligentes du sensorium), étant inhibées,
les actions réflexes persistent seules, et le somnambule se trouve alors dans Tétat d'un paralytique général accomplissant automatiquement une action toujours la même.
Ces zones présidant à Tautomatisme auraient une grande importance, car l'écriture, la parole, l'adresse des mains du musicien, en un mot tous les actes qui seraient habituels à l'individu en dépendraient et, de même que dans le somna^nbulisme les fonctions automatiques persistent seules, de même, chez l'aphasique, Tintelligence serait conservée alors que les parties du cerveau correspondant aux zones automatiques seraient lésées. Cette perte de l'automatisme peut être presque totale ou partielle, causant alors des troubles légers qui pourraient même passer inaperçus, tels que certains^cas d'agraphie motrice, de cécité musicale, etc., cas variables à l'infini.
M.^Despine, dans son livre « du somnambulisme considéré au point de vue scientifique » , arrive, sans s'appuyer sur les* données anatomiques, aux mêmes conclusions que M. Luys : «S'il y a eu travail fait, dit-il, il n'a pas été produit par l'esprit, mais par l'organe qui a le pouvoir de manifester les facultés dites psychiques, par le cerveau alors qu'il n'agit que par son activité consciente automatique »? Et, plus loin : « Faut-il s'étonner que le cerveau puisse automatiquement raisonner, quand on voit les centres nerveux présider aux actes si intelligents de la vie organique »? Ainsi donc, d'après les auteurs que nous venons de citer, s'expliqueraient la vie différente du somnambule et, l'intelligence n'y ayant pas pris part, Toubli au réveil.
Il est à peine besoin de dire que nous croyons que la théorie de l'automatisme, du moins envisagée ainsi, a fait son temps. Nous croyons l'avoir suffisamment prouvé dans notre première partie, le somnambule est loin d'être un automate, c'est un être conscient, ce qui le prouve, c'est qu'il a une mémoire, et que
la mémoire suppose une conscience. Il est vrai que, si Ton en croit M. Despine, il n'y a rien d'étonnant à ce que le cerveau puisse automatiquement raisonner. Raisonner! c'est-à-dire penser, se souvenir, associer des idées, prendre une détermination en en pesant le pour et le contre, mettre en jeu, en un mot, les fonctions les plus élevées de l'intelligence; mais alors ce serait revenir absolument à la théorie de Descartes de ranimai-machine, et dire que le somnambule non anesthésique qui se plaint quand nous le piquons ne souffre pas, non plus que le chien auqliel Descartes pinçait la queue. Pourquoi ne pas alors pousser la théorie à l'extrême, et puisque Thomme peut penser automatiquement en état second, supposer qu'il peut en être de même en état premier et que nous ne sommes tous que des automates plus ou moins bien construits?
La théorie de M. Luys renferme encore d'autres erreurs de
•fait lorsqu'il dit : « Chose remarquable, les zones perceptives
du sensorium étant accidentellement silencieuses, puisque les
somnambules cessent d'être en conflit avec le milieu ambiant,
les actes qu'ils accomplissent ainsi aveuglément » Les zones
perceptives du sensorium ne sont jamais silencieuses et le somnambule n'est jamais dépourvu de sensations; il peut s'en trouver une partie d'inhibées, les autres peuvent être mal interprétées, mais il en existe toujours, sans cela comment pourrait-on se trouver en rapport avec lui, comment M. Luys lui même eût il pu étudier ses somnambules?