‹ Des états seconds; variations pathologiques du champ de la conscienceChapitre 33 sur 35 · CONCLUSIONS · texte numérisé non relu

CONCLUSIONS

Nous conclurons donc, pour nous résumer, qu'il existe une série d'états psychiques, désignés sous le nom d'états seconds, caractérisés, dans les cas les plus nets, par une véritable altération de la personnalité, le sujet étant autre qu'à l'état de veille et perdant, lors de son retour à l'état normal, le souvenir de tout ce qui s'est passé pendant la période pathologique.

Ces états ne doivent pas être étudiés séparément, mais bien groupés en un seul faisceau, car il n'y a entre eux qu'une différence de forme, déterminée par leur cause occasionnelle. Le phénomène psychologique est, au fond, toujours le même, fait bien prouvé par la facilité avec laquelle ces états peuvent se transformer l'un dans l'autre et par la persistance presque constante de la mémoire des actes accomplis pendant l'un, dans l'autre.

A ces cas bien tranchés (altérations de la personnalité, somnambulisme naturel ou provoqué, automatisme ambulatoire, sommeil produit par l'éther ou le chloroforme, dernière période de la grande attaque), il faut joindre un certain nombre d'états frustes, caractérisés par la prédominance des phénomènes subconscients et le souvenir partiel et souvent vague au moment du retour à l'état normal ; ce sont : les états frustes de Bernheim, de distraction de P. Janet, de fascination et de baschanie de Brémaud, le sommeil naturel et le rêve, l'ivresse, etc.

Cette prédominance des actions inconscientes et subconscientes peut même se rencontrer pendant la veille chez une classe particulière d'individus, les hystériques. L'étude clinique de ces malades permet de constater chez eux un stigmate mental constant, le rétrécissement du champ de la conscience, phénomène qui, mieux que tout autre, permet d'expliquer les troubles de leur état mental et certains de leurs stigmates physiques, bien qu'il reste encore à trouver la raison de la systématisation des anesthésies que la distraction seule ne suffit pas à expliquer.

Le rétrécissement du champ de la conscience permet chez ces malades l'organisation d'un personnage inconscient ou subconscient toujours prêt à se manifester, ce qui permet de comprendre que le somnambulisme naturel ne se produit que chez les hystériques, que le somnambulisme provoqué ne peut être nettement et facilement produit que chez eux et que, chez l'homme psychologiquement sain, à conscience large, on ne pourra jamais déterminer que des états frustes d'hypnose.

Cet état particulier de débiUté mentale, qui peut coïncider pourtant dans l'hystérie avec un certain brillant de l'intelligence, se produit également chez l'homme sain sous diverses influences dont l'effet général est d'affaiblir la puissance mentale et la répétition peut amener la production artificielle d'un état mental analogue à celui de Thystérique.

Page 1