‹ Des états seconds; variations pathologiques du champ de la conscienceChapitre 6 sur 35 · OBSERVATION I · texte numérisé non relu

OBSERVATION I

i"" Anesthésie chlorofoimique chez un alcoolique. — A l'hôpital marillme de Brest ud homme de plus de cinquante ans, que Ton devait opérer d'une tumeur bénigne, présenta d abord sous le chloroforme une longue et violente période d'excitation, puis se calma un peu tout en continuant à parler et à répondre aux questions avec ce ton emphatique que signale M. Richet. Ayant remarqué l'insensibilité à la douleur, mais non au contact, de la peau, on se décida à commencer l'opération qui fut d'ailleurs très rapidement faite; le malade s'en rendit parfaitement compte, sentit, comme contact, les coups de bistouri, puis les points de suture, qu'il comparait à des piqûres de puce, il voulait relever la léte pour se rendre compte par luimême de l'opération. Celle-ci finie et rapporté dans son lit il tomba dans une sorte de somnolence qui dura une heure environ et se réveilla n'ayant plus aucun souvenir de ce qui s'était passé depuis l'inhalation des premières bouffées de chloroforme.

f.e lendemain, en causant avec lui, on lui raconta qu'il avait beaucoup parlé, mais aucun souvenir ne revint lorsque, trois jours après, le matin, à la visite, il nous demanda si telle et telle choses ne s'étaient pas passées pendant son opération, en particulier si Ton n'avait pas été forcé d'aller chercher une aiguille Reverdin de rechange ; le fait était exact. Le malade nous aftirroa alors que personne ne lui avait donné ce détail, mais que, pendant la nuit, il avait revu, en rêve, toute son opération, comme s'il y était.

OBSERVAtïON II

2*» Anesthésie chlorofoi^iqne chez un hystérique mâle. — Le second cas a étc observé par nous chez un malade de THôpilal Saint-André de Bordeaux à qui, pour une cystite purulente, on fut obligé de pratiquer lacystotomie ; le malade avait toujours été très nerveux, rêvant la nuit et, bien que la gravité de son état ne nous ait pas permis de faire un examen complet, nous croyons pouvoir affirmer qu'il était atteint d'hystérie mâle. Sous le chloroforme il présenta, lui aussi, une longue et violente période d'excitation, puis s'endormit complètement et enfin se réveilla & moitié, selon l'expression consacrée, un peu avant la fin de l'opération; à ce moment il ne parut sentir absolument rien, mais commença à causer intelligiblement.

L'opération terminée, on ne put le tirer de ce demi-sommeil, on le transporta dans la salle où nous pûmes, avec un de nos camarades, longuement l'observer. Il était manifestement en état second, ayant peu d'hallucinations, acceptant certaines suggestions, en repoussant d'autres; c'est ainsi qu'il sentait la douleur violente qu'il éprouvait se calmer quand nous le lui affirmions, puis peu à peu elle reprenait en augmentant gra'iuellemcnt d'intensilé, malgré tous nos efforts; le fait se reproduisit plusieurs fois. II voulait, dans son délire, que l'interne de la salle vint le sonder, bien qu'il eûl une sonde à demeure; nous lui suggérons de voir l'interne entrer dans la salle, s'approcherde lui elle sonder ; la première partie réussit, il le voit entrer, s'approcher de son lit, puis àcemomentse retourner et sortir sans s'être préoccupé de son état ; cet état se prolongea sans modifications, de dix heures du matin à cinq heures du soir, puis le malade, jusque-là très agité, resta somnolent pendant quelques minutes et se réveilla ne se rappelant rien de ce qui s'était passé.

Dans ce cas surtout il eût été intéressant de chercher ensuite, par l'hypnose provoquée, à rappeler le souvenir de la fin de l'opération et des heures i-uivantes, mais la faiblesse du malade ne nous le permit pas, car il mourut quelques jours après.

Page 1