‹ Des états seconds; variations pathologiques du champ de la conscienceChapitre 5 sur 35 · SOMMEIL PRODUIT PAR L'ÉTHER ET LE CHLOROFORME · texte numérisé non relu

SOMMEIL PRODUIT PAR L'ÉTHER ET LE CHLOROFORME

Chacun connaît les différentes phases du sommeil chloroformique : excitation pharyngée, période d'excitation générale, puis d'anesthésie, réveil partiel, réveil complet. Nous ne parlerons ici que de la seconde et de celle de réveil partiel qui sont, à proprement parler, les périodes intermédiaires, et nous citerons, pour la période d'excitation, la description qu'en a faite M. Ch. Richet (1) :

« Quand quelqu'un commence à respirer du chloroforme, les premières bouffées commencent par Télourdir ; il est pris d'une sorte de verlige et d'éblouissemenf fort désagréable. Ce vertige va en augmentant; à mesure que le patient continue à respirer la substance toxique, ses idées s'exaltent de plus en plus. Il entend tout ce qu'on dit et y répond; mais il répond comme un individu ivre, en exagérant ses impressions, et en dépassant la juste mesure ; son jugement a déjà disparu, et il donne aux réponses les plus insignifiantes un accent théâtral qui fait souvent un effet grotesque. Puis les idées deviennent de plus en plus confuses; la volonté et le jugement n'existant plus, la conception des idées, abandonnée à elle-même, devient désordonnée et délirante. En un mot c'est un état de sommeil avec rêve, presque analogue à ce qui se passe dans le sommeil ordinaire

(i) Ch. Richei. V homme et V intelligence.

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nous voyons qu'il y a un antagonisme entre les différentes facultés

intellectuelles; d'une part les facultés volontaires, d'autre part les facultés iuconscientes. Celles-ci disparaissent les dernières ; la conception des idées, alors que leur direction est altérée ou détruite, suit ses lois habituelles; l'association des idées a toujours lieu, la chaîne continue qui relie la première de nos conceptions à la dernière n'est pas brisée par le poison Les sensations extérieures nous parviennent encore, et chacune d'elles éveille une longue série de conceptions. Comme c'est le sens de l'ouïe qui disparaît en dernier lieu, alors que le malade ne peut plus ni voir ni sentir, il entend ce qui se dit autour de lui, et aussitôt les paroles des assistants font naître dans son intelligence des idées de toutes sortes qui se succèdent régulièrement ».

M. J. Janet fait remarquer que beaucoup d'individus nerveux, quand ils sont soumis au chloroforme, s'endorment brusquement dès les premières inspirations et attribue ce fait à la production du sommeil d'abord par auto-suggestion, se complétant ensuite par l'action du chloroforme. A l'appui de son opinion, nous citerons l'observation suivante de Despine : «... On l'endormit par l'éther et, au bout de quelques minutes seulement, la figure prit tout à coup l'expression de celle d'un somnambule; toute la peau était insensible; si on lui parlait, il répondait lentement, avec justesse, mais ne prenait pas la parole de son initiative. Pendant l'opération, pas une action réflexe, on l'aurait dit étranger à ce qui se passait et, cependant, il répondait aux questions qu'on lui faisait. Quelques minutes après l'opération, il revint à lui, ne se souvenant de rien » . Le malade de Despine avait subi l'amputation de la cuisse, et quelle analogie entre la description qu'il nous en donne et celles de Broca ou d'Esdaïle!

Despine explique ce cas, comme M. Luys le somnambulisme, par la persistance des fonctions des régions automatiques du

cerveau; mais, avec M. J. Janet, nous préférons l'expliquer par Tapparition transitoire d'un état second fruste dans la plupart des cas, mais pouvant devenir plus net chez un hystérique ou un alcoolique, comme nous pouvons en rapporter trois observations personnelles, et, dans ce cas, les deux périodes intermédiaires arrivent à se prolonger tellement qu'elles remplacent la période dite anesthésique ou de sommeil complet.

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