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Des études classiques dans la société chrétienne

Un des plus graves préjudices que nous ait causés 80, c'est d'avoir affaibli ou égaré chez nous le sens traditionnels Jamais peut-être une société n'avait si complètement renié son passé; jamais une nation en travail d'institutions nouvelles n'avait tenu si peu de compte des antécédents de toute espèce sous l'empire desquels son tempérament s'était formé, et par lesquels se trouvaient fixées d'avance les con^ ditions normales de son bien-être. De celte situation particulière, qu'est-il arrivé? Les uns, avec une inconcevable audace, se sont élancés vers un avenir chimérique; et, comme il leur semble qu'autour d'eux tout a commencé hier, ils ne voient pas d'inconvénient à ce que demain tout soit changé : utopistes dangereux, contre lesquels on ne saurait trop se mettre en garde. Les autres veulent

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être fidèles au passé, ou, pour mieux dire, ils voudraient renouer avec lui; mais parce que ies traditions actuelles, très-discutables au reste dans l'ordre purement humain, ne leur inspirent qu'une médiocre confiance, c'est à l'histoire qu'ils s'adressent, et là ils courent le risque de tomber à leur lour dans de fâcheuses méprises.

L'histoire et la tradition sont deux choses bien distinctes : l'une est écrite, l'autre ne l'est pas, mais elle est vivante. Quand la tradition sert d'interprète à l'histoire, elle lui prête sa vie, et l'aide à intervenir d'une manière utile dans nos décisions; c'est elle qui la fait descendre du milieu de la science dans le milieu réel et pratique de notre existence : autrement, l'histoire, lettre morte, donne lieu aux jugements les plus contradictoires ; ce n'est plus un guide auquel on puisse se fier, elle engendre aussi des utopies. .,

C'est quelque chose sans doute de s'être mis à l'abri des utopies d'avenir, mais prenons garde encore aux utopies rétrospectives.

Loin de moi la pensée de diminuer par ces considérations la valeur et l'autorité des travaux historiques ; j^irais contre mon but, contre la donnée même de ce livre. Ce queje veux, c'est que la tradition, là où elle est infaillible, ait toujours le pas sur l'histoire.

Il n'est qu'une société au monde où la tradition jouisse de ce caractère : la société chrétienne, l'Eglise catholique. Partout ailleurs , entre le passé et le présent il peut intervenir de déplorables ruptures. Appuyée sur la parole de Jésus-Christ, l'Eglise ne connaît pas de défaillances, elle n'est sujette ni à l'erreur ni à l'oubli; dans tous les temps, parmi toutes les traverses, elle conserve intact le dépôt de son dogme, de sa morale, de sa discipline. Aussi le chrétien n'a-t-il jamais besoin dans ses incertitudes de consulter

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