‹ Des études classiques et des études professionnellesChapitre 3 sur 18 · LIBRAIRIE DE M»« V» POUSSIELGUË RUSAND · texte numérisé non relu

LIBRAIRIE DE M»« V» POUSSIELGUË RUSAND

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A0TOR, LENOX AND TilJDKN FOUNDATiONS.

DES

Le clergé de France se préoccupe à bon droit des mesures à prendre pour faire refleurir la Religion, les sciences et les lettres dans ses nouveaux collèges. Mais, dès le début, son zèle se trouve en présence d'une double difficulté.

D'une part, le décret du iO avril partageant les études en deux sections, l'une littéraire, qui prépare aux facultés des lettres , de droit et de théologie, l'autre scientifique, qui mène aux carrières industrielles et militaires , aux facultés des sciences mathématiques et de médecine, fait à l'enseignement secondaire une position toute nouvelle dans les collèges de l'État.

D'une autre part, le zèle du Catholicisme pousse, depuis un an, à la réforme des auteurs classiques dans les collèges libres. Aux modèles profanes, qui, dans les siècles précédents, furent la base de l'enseignement littéraire, on veut substituer des modèles chrétiens.

Voilà donc les études classiques soumises, en même temps, à deux épreuves de nature et d'obligation différentes.

L'une diminuera, de moitié peut-être, le nombre des élèves destinés au cours complet des études classiques -, et par là elle a paru menacer l'avenir littéraire de la France;

l'autre pourrait changer radicalement'la nature des études classiques , en changeant la nature des lettres grecques et latines, qui en sont le principal fondement; et par là elle semblerait compromettre leur avenir.

Mais la première, en diminuant le nombre des élèves destinés aux études classiques , a pour but de décharger les classes littéraires d'une foule d'esprits préoccupés d'autres études, d'une foule d'enseignements accessoires qui troublaient et ralentissaient leur marche : c'est un incontestable avantage. La seconde, en changeant les modèles et les oracles littéraires, se propose de remettre les choses à leur place, la science avant l'art, la foi avant la poésie, les apôtres du Christianisme avant les sages de la Grèce, David avant Pindare , S. Jean Chrysostome avant Démosthène , S. Jérôme et S. Augustin avant Cicéron : n'est-ce pas un devoir?

La première épreuve enfin, ordonnée par le décret du Prince Président pour les collèges de l'État, peut être tentée dans les collèges libres. La seconde, uniquement demandée par le zèle du Catholicisme, ne sera certainement admise que dans les collèges chrétiens.

En présence de ces deux essais, quelle doit être la détermination des établissements que le clergé dirige?

La question est embarrassante. Toute é{Hreuve est chanceuse; et ces deux-ci, de quelque manière qu'on les envisage , auront des conséquences , bonnes ou mauvaises, d'une suprême gravité. Peut-il être indifférent de hausser ou de baisser en France le niveau du génie littéraire; de relever et de purifier tout ensemble les études classiques tombées et dégénérées depuis quatre-vingts ans, ou de les faire tomber davantage sous prétexte de les rendre plus chrétiennes?

Le Conseil supérieur de l'instruction publique, en déterminant, au commencement du mois d'août dernier les programmes que vont essayer les lycées de l'Etat, semble avoir

calmé les appréhensions soulevées par le décret qu'il applique (1). Mon dessein n'est pas de combattre ce règlement : l'expérience le jugera, et cette expérience légale ne nous est pas ordonnée. Mais si nous voulons prendre part à ces essais de bifurcation dans les études , il nous importe de joindre aux lumières du présent celles du passé. Voilà pourquoi je rappellerai les anciennes habitudes scientifiques de la France.

Quant à la polémique engagée sur la nature des classiques, sa vivacité et sa persévérance prouvent l'importance et la difficulté du problème. Je n'ose pas dire que je viens le résoudre \ mais j'espère aider sa solution en étendant les principes, en réparant de nombreux oublis, en éclaircissant des malentendus inévitables dans une discussion journalière , ardente et par là même précipitée.

Les principes seront étendus : mon titre l'indique, puisqu'il joint les études professionnelles aux études classiques. Nous verrons, en effet, combien ces deux questions sont intinvement liées dans l'intérêt de l'Eglise et de la France. Aujourd'hui l'une ne peut se résoudre sans l'autre.

De graves oublis seront réparés , quelques malentendus éclaircis. Mon mérite en cela ne sera pas grand. C'est tout simplement celui d'un homme qui, arrivant après les autres, profite de leurs études^ qui, étranger à la polémique, en peut apprécier les débats avec plus de calme et d'impartialité^ qui enfin, et par dessus tout, doit à ses habitudes littéraires, à sa vocation religieuse, la connaissance d'anciens programmes qu'il est permis à d'autres d'avoir oubliés.

L'auteur de cette brochure ne vient, donc pas se poser en arbitre, mais en témoin, qui éclaire les débats par de nouveaux faits, et serait heureux d'avoir contribué à la conciliation des esprits.

(1) Voyez V Univers du 6 août et le Plan d*études des lycées, signé par M. Fortoul, le 30 août 1852. (Paris, J. Delalain.)

La pensée qui Tinspire date de vingt ans. S'il Tavoue, ce n'est pas pour recommander son œuvre; c'est par respect pour le public qu'il invite à la lire. Aux voix nombreuses et graves qui partagent l'attention des catholiques il n'aurait pas osé mêler la sienne , s'il n'avait aussi longtemps vécu dans le milieu où ces questions d'enseignement s'agitent, où l'expérience les élabore^ si surtout il n'avait pas longuement, journellement étudié les programmes que, d'une part, on attaque et que, de l'autre, on défend, sans peut-être avoir mis dans le blâme et dans Testime toutes les distinctions nécessaires.

Deux choses l'excitent et le rassurent : la conscience du vrai dans la partie historique de son travail, la modération de ses conjectures dans la partie morale.

Calculons donc, en premier lieu, les expériences littéraires et religieuses du passé, qui peuvent nous faire redouter l'épreuve que le décret du iO avril nous propose -, en second lieu, les exigences religieuses et sociales du présent, qui peuvent la commander à notre zèle. Nous verrons, en troisième et quatrième lieu , les mesures à prendre dans, le double essai des études professionnelles et des études classiques, pour concilier les intérêts de l'Église et de la France, du Christianisme et des belles-lettres.

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