EXOSTOSES INFECTIEUSES OBTENUES EXPÉRIMENTALEMENT PAR M. L. DOR
Les exosloses infectieuses les plus communes (syphilüiques, rhumatismales, ostéomyélitiques, tuberculeuses) ont été l’objet de nombreux travaux et leurs caractères cliniques sont bien établis.
C’est ainsi que les exostoses syphilitiques, les plus fréquentes, se développent de préférence sur les os du crâne, sur la face interne du bia et du cubitus, sur la clavicule et le sternum, en des points où le tissu osseux n'est protégé contre les chocs extérieurs que par une mince couche de parties molles.
Elles s'’accompagnent de souffrances très vives, surtout pendant la nuit, et peuvent disparaître sous l’influence d’un traitement spécifique.
Dans le rhumatisme les lésions sont plus diffuses ; elles retentissent sur tout un segment de los.
L'hyperostose est plus où moins prononcée, occupant toute l'épaisseur de los. Le plus souvent cependant on constate, surtout dans le rhumalisme chronique, des ossifications sous-périosliques. des saillies ostéophytiques persistantes, des stalactites.
Ces saillies osseuses sont douloureuses à la pression,
RE REY ee mais les douleurs n'augmentent généralement pas pendant la nuit.
L'ostéomyélite prolongée peut se montrer également sous forme d’exosloses. À côté d'hyperostoses totales, : entourant la diaphyse dans {oute sa longueur, il y a, en effet, des hyperostoses partielles s’atténuant d’une épiphyse à la diaphyse, ou même localiséessur un point de la circonférence osseuse. |
Cette exostose, à l’état isolé, n'indique pas qu'un travail inflammatoire s'opère dans la profondeur du système osseux. Elle est le témoin d'une ancienne ostéopériostite dont la cause peut être actuellement éteinte. … Lesexostoses tuberculeusessontfréquentes; les dépôts caséeux agissent comme épine,et les couches osseuses nouvelles, qui apparaissent aux limites de leurs foyers, ne sont pas nettement circonscrites.
Pendant la grossesse, 1l se développe souvent, entre la Lable interne des os du crâne et la face externe de la dure-mère, des productions osseuses qui forment des plaques composées d’un tissu spongieux enfermé entre deux lames de tissu compact. Elles disparaissent après l'accouchement. Quelquefors l’état puerpéral semble avoir une cerlaine influence, sinon sur la production des exostoses, au moins sur leur développement : les exostoses augmentent de volume après chaque accouchement (Hauff.).
Signalons encore les exostoses qui surviennent pendant la convalescence de la fièvre typhoïde, à côté de lésions osseuses diverses.
« L’infection typhique, dit Dieulafoy *, donne aux
! Dieulafoy, Manuel de path. intl., Paris, 1897.
less os,surloul aux os qui sonten voie d'accroissement, une suractivilé qui se traduit anatomiquement par une prolifération exagérée de la moelle de l'os et de la couche sous-périostique…
« Dans quelques cas, l'infection osseuse passe à l'état chronique ou revêt d'emblée une marche lente. Elle évolue pendant des mois ou des années, sous le masque d’une ostéopathie syphilitique ou d’un abcès froid tuberculeux (Chantemesse et Vidal). Même quand la lésion est chronique d’emblée, il y a toujours un moment où elle est douloureuse ; tantôt la douleur coïncide avec les débuts de la lésion, tantôt elle ne survient que des mois ou même des années plus tard; la tumeur osseuse s'accroît très lentement, et elle se termine par résolution, par exos{ose où par suppuration. L'exostose peut acquérir les dimensions d'une orange, déformer les membres et en gêner le fonctionnement. »
A loutes ces exostoses infectieuses 1l convient d'ajouter celles que M. le D' Dor a obtenues expéri1-mentalement chez le lapin, et que nous allons maintenant décrire :
Par la culture du liquide recueilli au cours de l’opéralion, chez une femme atteinte d’abcès séreux paros- (al, opération pratiquée par M. le professeur Poncet, M. Dor avait obtenu un microbe un peu particulier.
Certaines cullures se présentaient sous l’aspect de fins bacilles courts, tous isolés les uns des autres et tous de dimension égale, alors que d’autres cultures élaient composées exclusivement de staphylocoques : mais ceux-C1 avaient des dimensions inégales.
À côté de cocei volumineux il y en avait d’autres
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beaucoup plus petits. Quelques-uns étaient disposés en chaînettes, et lon pouvait voir dans le même chapelet des grains (rès petits à côté d'autres très gros.
Ce qui me fait croire, dit M. Dor, que je n'avais pas une culture impure, c’est que sous l'influence de conditions que je n'ai toutefois pas pu déterminer exactement, les cultures se transformaient, et jamais il n'y avait dans la même culture des bacilles et des staphylocoques. Toutes les cultures, aussi bien dans la forme bacilluire que dans la forme staphylococienne, étaient constituées par des colonies d'apparence identique. C'étaient, au début, des gouttelettes rondes, jaune eilron, saillantes ; puis ces gouttelettes s'arrondissaient ‘etformaient par leur confluence une nappe étendue à bords assez réguliers.
Au bout de quatre à cinq semaines, il survenait une liquéfaction lente de la gélatine et, au bout de deux mois, les cultures étaient tombées au fond du tube.
Un caractère important, sur lequel M. Dor attire l'attention, c’est qu'à 38 degrés le développement s’arrêtail, et même à 37 degrés la culture se faisait mal. L'optimum de la température était de 25 degrés.
Tels sont les caractères essentiels de ce microbe, appelé provisoirement Bacillus cereus citreus en attendant de savoir s'il est oui ou non identique, soit à celui qu'on a décrit sous le nom de Bacillus cereus cadavertis, soit à celui qu'Unna a appelé Aschobacillus citreus.
Inoculalions. — Une dizaine d’inoculations intraveineuses furent pratiquées à des lapins, soit avec des
pro cultures à forme bacillaire, soit avec des cultures à forme staphylococienne.
Avec ces dernières, on n'obtint rien, mais avec les cultures bacillaires, deux ou trois fois il y eut des intoxications mortelles au bout de dix à quinze jours sans aucune lésion.et deux fois des lésions intéressantes que nous allons exposer.
La première est une collection séreuse, du volume d’une noix, développée au niveau de la hanche droite et que M. Dor reconnut être en connexion avec une surface rugueuse et enffammée de l'os iliaque, c'est une véritable périostite albumineuse, qui s’est manifestée en un mois après l'injection intraveineuse et; sans l'intermédiaire d'aucun traumatisme.
La seconde est une hyperostose avec incurvation des deux humérus et une volumineuse exostose de l’humérus droit. Nous uous occuperons uniquement de cette dermière lésion.
Mais, au préalable, voici les détails de cette seconde expérience
Le 2 mai 1893, une petite quantité de culture est prélevée sur un tube de gélatine et diluée dans du bouillon. M. Dor fait à deux lapins une injection inlraveineuse de 1 centimètre cube de cette dilution.
Voici les notes prises sur ces deux lapins :
Lapin n° 1. Injection le > mai. Poids 1720 grammes.
6 mai, température 39°8 — 1700 — 9 — — 38°6 — 1999 — POULE — 39°9 LOT LORS
10 = Le 39°7 GA de lo le
so maitempérature 39°9 Poids 1455 grammes.
BAAUIES — 39°9 — 1340 —
Mort le 30 mai. Poids 1260 grammes.
À l’autopsie, aucune lésion apparente ; l'attention n'était pas attirée sur le squelette.
Lapin n°2 inoculé le 2 mai.
6 mai,température 38°6 poids 1430 grammes.
À ce monient survint le décès du lapin n° r. Comme il n'y avait aucune lésion à l'autopsie, M. Dor cessa de s'intéresser à l’expérience et ne prit plus la température n1 le poids de ce lapin n° 2, qui succomba le 30 juin.
À l'autopsie des viscères, on ne remarqua rien d’anormal.
Au niveau des tibias et des fémurs, seulement un peu de rougeur et d’incurvation.
Mais aux membres supérieurs, 1l y avait des lésions plus accentuées et localisées surtout aux extrémités carpiennes des os de l’avant-bras et aux extrémités scapulaires de l'humérus, c’est-à-dire dans les points où se fait le maximum d’accroissement de ces os.
Ces lésions consistaient essentiellement en une tuméfaction des portions juxta-épiphysaires des diaphyses,
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EDR en sur une étendue de 1/4 à 1/3 de la longueur totale des
os (fig. 1 et 2).
Outre la tuméfaction, il y avait une ineurvation el une déformation comparables à celles qui se produisent dans un os rachitique.
Les os étaient lisses, mais il s'était développé, à par ür de l'extrémité supérieure de l’un des humérus, une exos(ose longue de 18 millimètres, large de 8 à 9 millimètres, el épaisse de 3 à 4 millimètres, exostose qui suivait la direction descendante des muscles de la région (fig. 1).
Après un séjour de vingt-quatre heures dans l’alcool, ces os furent placés dans de l'acide picrique saturé, et au bout de quelques semaines on en pratiqua des coupes.
Nous nous occuperons spécialement de l'exostose de l'humérus.
La lésion occupe presque exclusivement la portion juxta-épiphysaire de la diaphyse et s'étend jusqu'au cartilage de conjugaison.
Elle consiste essentiellement en une vascularisation extrêmement abondante, à tel point qu'il n'y a presque plus dans la moelle qu'un tissu caverneux.
Les cellules du cartilage de conjugaison ont complètement disparu, et il ne se fait plus aucune ossification à leurs dépens. Les trabécules osseuses indiquant la limite nette où se trouvait le cartilage sont partellement érodées et en voie de résorption.
Il existe aussi à la périphérie de l'os un processus d'ostéite destructive.
Le tissu médullaire qui sépare les vaisseaux em-
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bryonnaires néoformés est composé de très petits amas d'une substance colorée en orangé par le picrocarmin et dans lesquels on voit se former des ostéoblastes qui paraissent naître là, directement au sein de la moelle, par une transformation des cellules. Enfin, fait capital, il n'existe pas le moindre abcès, pas le plus petit amas de globules blancs, aucune infiltration embryonnaire, en un mot, rien qui rappelle une ostéomyélite ordinaire.
L’exostose se présente sous un aspect un peu différent, elle est constituée par un os beaucoup plus normal que les parties que nous venons de décrire. Il y a de la moelle osseuse saine et des trabécules osseuses saines. |
La vascularisation est beaucoup moins prononcée ; à la périphérie on voit nettement des fibres musculures en train de disparaître et de se transformer en tissu fibreux (fig. 3).
À l'extrémité périphérique de l’exostose, le Lissu fibreux qui l'enveloppe devient fibro-cartilagineux, et en ce point, il existe une vascularisation beaucoup plus développée. C’est par là que l’exostose semble surtout s'accroître.
in faisant une coupe longitudinale de l’exostose et en colorant par la méthode de Gram un point de cette coupe, on voit nettement de nombreux bacilles dans le tissu osseux (fig. 4.).
Il s'agissait donc bien d’une exostose inflammatoire infectieuse : remarquons que ces exostoses,au lieu d’être petites et disséminées sur le squelette, sont volumi-
neuses el localisées à la région juxta-épiphysaire. Ce
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Fic. 3. — Un point d'une coupe longitudinale de l’exostose, colorée par la méthode de Gram, montrant le bacille dans le tissu osseux.
Fic. 4. — Fibres musculaires striées devenant fibreuses à la périphérie de l'exostose.
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