‹ Des ExostosesChapitre 44 sur 50 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Considérations générales anatomo-pathologiques et pathogéniques

Les faits précédents permettent de réunir dans une vued'ensemble les principaux caractères anatomopathologiques, et pathogéniques des exostoses infectieuses et d'en donner une description générale, s'appliquant à la majorité des cas. On doit, tout d’abord, en considérer deux espèces; lesunes sont de simples produits réactionnels sans aucun caractère spécifique, les autres, au contraire sont Île produit d’une infection déterminée maistrop atténuée pour avoir pu occasionner les désordres graves de l’ostéomyélite.

Les exostoses infectieuses présentent les aspects les plus variés, et peuvent simuler absolument les exostoses de croissance. Tantôt ce sont de fines aiguilles, tantôt au contraire, de grosses masses arrondies mais à peu près toujours sessiles, et en

général plus volumineuses que les exostoses ostéogéniques. Elles sont assez souvent isolées, mais c'est un caractère absolument inconstant ; nous avons observé un malade qui en avait plus de quinze.

Participant aux caractères communs à toutes les exostoses, celles que nous avons en vue sont également constituées par un tissu osseux normal, mais dont la structure est plus ou moins modifiée suivant qu’il existe ou non des traces d'ostéite.

Les exostoses sans lésions d’ostéite sont de véritables ossifications régulières dont aucun trouble n’a modifié l'architecture. Le périoste qui les recouvre plus ou moins épaissine présente pas de traces d’inflammation et ses fibres viennent se perdre directement dans l'os sous-jacent La moelle est tout à fait au repos et les systèmes de Havers des travées osseuses perpendiculaires à l'axe de l'os.

Les secondes au contraire témoignent d’un trouble profond; les trabécules osseuses sont bouleversées, les canalicules de Havers ont une direction irrégulière et il est absolument impossible de reconstituer par la pensée l'ensemble des systèmes Havériens modifiés qui ont servi à l'édification de l'os.

Suivant le siège de leur développement, sous le périoste à la suite d’une prolifération de la couche ostéogène ou dans l'épaisseur de l'os, elles prennent les noms de périostoses ou d'exostoses parenchymateuses.

Les exostoses infectieuses dues à l'ostéo-périostite sont de beaucoup les plus fréquentes ; elles se produisent par Île mécanisme habituel comprenant

une première phase d'inflammation simple caracté- risée par un épaississement du périoste en un point limité avec œdème inflammatoire du tissu conjonctif environnant, et une deuxième phase durant laquelle les cellules rondes de la couche interne du périoste, se transformant en ostéoplastes, forment les travées osseuses d’une ossification pathologique nouvelle. Au début, elles sont constituées par du tissu spongieux creusé de grandes cavités ; plus tard, il seforme des couches nouvelles à l'intérieur des arédles et elles passent à l'état compact. :

Les périostoses constituent la grande majorité des exostoses infectieuses.

Les exostoses parenchymateuses sont elles qui ont pris naissance dans l'épaisseur de l'os. L'inflammation du tissu médullaire devient le point de départ d’une production osseuse exubérante : formant un os nouveau, dont les canaux de Havers ont une direction générale perpendiculaire à celle des canaux de l'os ancien.

Les exostoses parenchymateusesplus rares que les periostoses sont de véritables ostéomyélites chroniques d'emblée maïs sans perte de substance préalable et, par conséquent, ne recouvrant pas de séquestres ; mais elles renferment parfois les germes qui les ont produites.

Nous avons insisté suffisamment au cours de ce travail sur les signes cliniques et sur les caractères différentiels pour qu'il soit inutile d’y revenir. Mais par contre, nous regrettons de n'avoir pu comple-

tement élucider beaucoup de points encore obscurs.

Les prédispositions individuelles, l’influence exacte de l'affection prédisposante, le rôle des microorganismes enfin, dans la genèse des exostoses infectieuses, demanderaient à être éclaircis.

Il est probable qu’elles sont engendrées par des microbes atténués : « les microbes sécrètent des produits solubles variables suivant leur virulence. Au premier stade de la virulence ils sont septogènes, c'est-à-dire qu’ils intoxiquent tout l'organisme; au deuxième stade ils sont pyogènes, c'est-à-dire qu'ils intoxiquent seulement les globules blancs, et au troisième stade ils n’intoxiquent plusles globules blancs qui leur offrent une grande résistance, mais ils exercent une action localisée sur certaines cellules plus délicates. C’est à ce dernier stade de virulence que sont les microbes qui engendrent les exostoses et cette conception explique pourquoi on peut rencontrer des exostoses qui sont produites par des microbes habituellement pyogènes. En fait, les exostoses relèvent plus volontiers de microbes qui ne sont jamais pyogènes et qui au deuxième stade de leur virulence provoquent des exsudations séreuses (rhumatisme, syphilis, périostite, albuminurie, etc.). »

Malgré cette ingénieuse hypothèse, de nombreux points d'interrogation persistent encore. Nous nous estimerons heureux si ce modeste travail peut donner naissance à de nouvelles recherches destinées à éclairer complètement la question si obscure encore des exostoses.

CONCEUSIONS

I. — Les exostoses sont des saillies osseuses plus ou moins exubérantes développées à la surface d’un os; elles sont formées de tissu osseux normal et dérivent des mêmes éléments, cartilage, moelle ou périoste, par les processus ordinaires de l’ossification. Elles ne doivent pas être confondues avec les tumeurs.

On en distingue deux variétés : les exostoses ostéogéniques et les exostoses inflammatoires.

IT. — Les exostoses ostéogéniques naissent d'un cartilage de conjugaison, en parcourant dans leur évolution les stades ordinaires de l’ossificationenchondrale, sans adjonction d’aucun élément inflammatoire; elles cessent d'augmenter de volume et il ne s’en produit plus de nouvelles lorsque le squelette a terminé sa croissance.

III. — Identiques au point de vue de leur origine anatomique, les exostoses ostéogéniques ne se développent pas toutes dans les mêmes conditions pathogéniques.

Les unes, ne raccourcissent pas l’os sur lequel elles sont nées, paraissent être le résultat d'une véritable exagération de l’ossification enchondrale; elles se produisent aux dépens de portions cartilagineuses restées incluses dans l'os et sont vraisemblablement liées au rachitisme.

Les autres sont consécutives à une déviation dans l'ossification normale d’un cartilage de conjugaison. Leur apparition coïncide parfois avec un arrêt de développement de l'os, mais il est exceptionnel que l’on puisse établir une proportion exacte entre cet arrêt de développement et Île volume ou le nombre des exostoses.

Très souvent enfin,lesexostosesostéogéniques arrivent à un volume assez considérable sans occasionner aucun trouble dans l’ossification régulière de l'os.

IV. — Les exostoses inflammatoires sont des productions osseuses dues à l’exagération localisée des propriétés ostéogéniques de la moelle et du périoste sous une influence irritative.

V. — Il est des exostoses inflammatoires qui relèvent d’une cause directe, traumatique ou irritative ; d’autres qui se produisent indirectement au cours de certaines maladies générales infectieuses.

VI. — Les exostoses infectieuses sont le résultat d'une réaction des éléments du tissu osseux, à une action microbienne atténuée, réaction produite en un ou plusieurs points du squelette. On les rencontre

au cours de certaines maladies générales (syphilis, fièvre typhoïde, tuberculose, blennorragie, etc.).

VII. — Les exostoses infectieuses se produisent ordinairement par ostéo-périostose. L'examen histologique démontre qu’elles sont formées de tissu osseux normal, sans caractères spécifiques, avec ou sans traces d’ostéite.

Vu :

Le President de la Thèse :

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