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Pour traduire en une formule simple le haut pouvoir nutritif du kéfir, on pourrait définir ce produit : un aliment complet à son maximum de digestibilité.
Rôle thérapeutique du kéfir.
Ce rôle se réfère tout naturellement aux propriétés physiologiques de la boisson, et l’on pourrait déterminer à priori les cas où son usage est indiqué,
Le képhir trouve son principal emploi :
lo Dans la tuberculose : « Les personnes, dit le professeur D' G. Huguenin de Zurich, dont les poumons sont malades, supportent le kéfir extraordinairement bien, et, en supposant un commencement d'amélioration locale du côté de l'organe atteint, paraissent, sous l'influence de ce régime, augmenter plus rapidement de poids qu'au moyen de n'importe quelle autre nourriture. Depuis l'apparition du kéfir, beaucoup de difficultés difficiles à surmonter dans la nutrition de tels malades, ont disparu. J'ai une foi profonde en ce remède, spécialement pour les maladies de poitrine, et je crois que c'est là une acquisition précieuse parmi le nombre assez limité des remèdes réellement efficaces. —
2° Dans les affections de l'estomac. Fe
« J'ai institué, dit le même docteur, au moyen du kéfir, une série d'expériences qui ont porté sur les affections stomacales. Deux sujets entre autres, atteints d’une affection de l'estomac? (Magenerweiterung) arrivèrent par l’emploi exclusif du kéfir, à pouvoir de nouveau absorber n'importe quelle nourriture. Dans les cas de cancer
; S | stomacal le kéfir s'est manifesté comme lé meilleur remède à ordonner. de :
Le D" professeur H. Eichhorst écrivait en décembre 1884. « Le kéfir expérimenté a produit d’excellents résultats dans certaines affections de l’estomac (ulcère..…. erwerterung ?) Les malades prennent le remède facilement, le supportent très-bien, en supposant toutefois que l'application en soit faite avec les précautions préliminaires prescrites. Accusent souvent un relâchement dans les douleurs stomacales, et, avant tout, augmentent en poids d’une manière très-sensible. » Onze mois après, (16 novembre 1885) cet auteur confirmait tout-à-fait les résultats favorables publiés précédemment.
Le D' Dimitrieff ajoute « le képhir, tout aussi bien que le koumys, est très bien supporté par l'estomac le plus faible, il n'y provoque ni sensation de pesanteur, ni sensation de trop plein, il augmente l'appétit. Le goût et l’odeur du kéfir, sont pour la plupart des malades plus agréables que ceux du koumys qui laisse un arrière-goût spécial.
3° Dans les affections intestinales. Voici comment s’exprimait le D' Kühne, au troisième congrès de médecine à Berlin, en 1804. « Le kéfir faible favorise un peu les mouvements péristaltiques : Le kéfir moyen et le kéfir fort au contraire,. produisent un effetopposé. Le kéfir fort exerce une influence constipante extraordinaire. On voit journellement des diarrhées chroniques céder à l'application du kéfir fort.
4° Dans l'anémie, les convalescences languissantes, les épuisements de causes diverses :
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« Cinq sujets profondément anémiques, dit le D" A. Beust de Hottingen (Zürich), furent mis au régime du kéfir. [ls acceptèrent tous facilement le remède et ne tardèrent pas à éprouver sous son influence un accroissement de forces sensibles. Chez tous les malades l'appétit fut accru d’une manière extraordinaire et l’accroissement de poids hebdomadaire fut en moyenne de 200 à 500 grammes, Chez une jeune dame de 22 ans, le maximum d'augmentation, soit 1200 grammes fut constaté. Seule, une dame, âgée de 50 ans; ne témoigna & aucun accroissement de poids. Les effets observés continuèrent encore après les six semaines de cure. Des troubles digestifs, ou d’autres symptômes anormaux ne furent pas constatés. »
Les résultats des essais exécutés avec le kéfir dans la clinique propédentique de l’hôpital cantonal de Zürich, sous la direction du professeur D' 0. Wyss, ont été les suivants :
« Les essais ont été continués pendant six mois et ont nécessité l'emploi d'environ 1000 bouteilles ; ils ont, en général, bien réussi. Chez la plupart des sujets mis en expérience on constata une augmentation de l'appétit, une diminution de la douleur, une amélioration du sommeil, un état de bien-être général ainsi qu’une augmentation de poids du corps. Les globules sanguins d’un des sujets s’élevèrent de 3.420.000 à 4.448.000 pendant 35 Jours de cure, et ce même patient affecté d’un ulcère de l'estomac, vit le poids de son corps augmenter de 12 —Jivres pendant le même laps de temps (Extrait des « Blässer für gesundheisspflege. Journal d'hygiène », 1885, art. 10. Zürich).
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Le D' Dimitrieff, a constaté une augmentation de 13 livres russes (environ 5 kilogr.), chez une malade atteinte d’un catarrhe chronique du poumon gauche. Le traitement avait duré 7 semaines. D’après le même observateur, pendant la cure du kéfir on peut constater encore des effets secondaires précieux. « La sécrétion urinaire augmente, les selles sont régulières, l'excrétion des organes respiratoires devient moins dense. Les urines deviennent également plus claires et plus abondantes ».
Le D' Rosenblith aurait obtenu des résultats heureux à l’Hôtel-Dieu de Paris, dans le service de M. Germain Sée; mais les observations n'ont malheureusement pas été conservées.
Tous les médecins, dit le D' Podwypotytic, qui ont expérimenté le kéfir, sont arrivés aux conclusions una:imes suivantes : le kéfir améliore la nutrition de l'organisme à la suite de graves maladies aiguës, limite la destruction interstitielle durant les fièvres, contribue à la résorption des produits d’inflammation, facilite la sécrétion des mucosités, détermine la guérison des maladies chroniques de l’estomac et, enfin, élève le poids du corps.
Enfin le kéfir est un excellent remède pour les femmes en couche délicates, pour les nourrices qui ont peu de lait, il peut constituer la nourriture partielle ou totale d'enfants en cours d’allaitement ou après le sevrage.
Contre-indications. — Le kéfir étant moins riche en alcool que le koumys, a moins encore de contre-indications que celui-ci. Cependant, il va sans dire qu'il faut se garder de le prescrire aveuglément aux malades qui ont pour ce breuvage une répugnance instinctive.
be On devra simplement essayer deles y habituer en leur ordonnant, au début, un kéfir très faible et à petites doses. Sur 117 malades, le D' Dimitrieff en a trouvé onze qui se sont refusés de se soumettre à l'absorption du kéfir. Quelques-uns d’entre eux n’ont même pas voulu y tou- : cher, les autres l’ont goûté mais n’y sont pas revenus. Il n’est rien là qui puisse nous surprendre. Chacun sait qu'il y a des remèdes et même des aliments très bons auxquels certaines personnes ne peuvent se faire.
Application thérapeutique et mode d'emploi.
Plusieurs facteurs, avons-nous dit, peuvent intervenir pour modifier la nature du kéfir.
Nous distinguerons six variétés de kéfir :
Trois variétés d'après l’âge du kéfir, ou, si l’on veut, d’après son degré de fermentation :
1° Le kéfir faible qui a un jour de fermentation ;
2° — moyen — deux jours —
3 — fort — ‘trois jours — et trois variétés d’après son facteur en mat. grasses.
4° Le kéfir gras fait avec du lait non écrémé ;
20 — mi-gras — à moitié écrémé ;
DE PME UNE complètement écrémé.
Nous ajouterons que le kéfir faible sera spécialement chargé de combattre la constipation ; que le kéfir moyen sera prescrit dans les cas de selles irrégulières, ét que le kéfir fort sera opposé aux selles diarrhéiques. Que le kéfir gras trouvera son emploi chez les malades dont l’estomac fonctionne assez bien. Il sera surtout précieux, à la
7e < 57 - ro fin de É cure, chez ies fuberculeux, Le kéfir mi-gras et à moyen doit être considéré comme le kéfir type et doit servir, qu'on nous pardonne l'expression, de pierre de touche. Enfin on prescrira le kéfir maigre aux malades dont l'estomac ne peut rien supporter. FE FES Le régime du kéfir comprend une cure ni de 6às8 semaines, On commence durant les 4 premiers jours Fe par 1/2 litre; pendant chacun des 10 jours suivants 1 litre ; pendant les trois semaines suivantes on doit arriver progressivement à une dose journalière de 2 litres: enfin, durant la dernière semaine, il faut diminuer peu à peu cette quantité afin d'éviter une suppression trop
brusque à la fin de la cure.
Il faut répartir l'absorption sur les divers moments de la journée et diviser la dose journalière en trois, par exemple. La première portion sera prise le matin au réveil. Une heure après, le malade peut, si son état le lui permet, faire un léger déjeuner. L’heure qui suit ce premier repas est-elle écoulée, on commence à boire la seconde portion de façon
à avoir fini au moins une heure avant le repas de midi. On boit la dernière portion deux heures après ce repas.
On ne doit jamais boire un verre de kéfir d’un trait, mais bien par gorgées. Cette recommandation nous paraît surtout utile aux personnes d’une irritabilité nerveuse exagérée, ou à celles qui sont atteintes de maladies de cœur ; l'absorption consécutive de plusieurs verres pourrait déterminer chez de tels sujets, une légère congestion à la face, l'accroissement des battements cardiaques, parfois même des symptômes d’ébriété.
Saillet. 8
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Les personnes qui ne pourraient pas supporter l’absorption du kéfir à l'état froid peuvent le faire dégourdir dans un verre à boire trempé dans un bain-marie. D'ailleurs Le kéfir ne doit pas être bu froid, mais à la température de la chambre.
Dès qu’on a vidé un verre, on se donne un peu de mouvement, et l’on ne boit le second que 10 ou 15 minutes après. Si les forces du malade et la température le permettent, il est bon de boire le kéfir en plein air et de faire une courte promenade après l'absorption de chaque verre. Au commencement de la cure, 1l est préférable de se contenter d’une nourriture légère et fortifiante. Lorsque l'appétit, sous l'influence du kéfir, a augmenté, on peut varier davantage le genre de nourriture sans pourtant se permettre les mets de trop difficile digestion.
D'ailleurs les indications qui précèdent ne peuvent rien avoir d’absolu, et doivent seulement servir de point de repère.
Le D" Dimitrieff, aux remarquables travaux duquel nous avons emprunté les prescriptions qui précèdent, ajoute : La durée d’une cure ne peut être déterminée a priori. Le kéfir n’est pas une boisson minérale dont l'usage trop prolongé peut avoir de fàâcheux inconvénients. |
Quand on le prescrira à des enfants à la mamelle, on aura soin d'ajouter quatre à cinq cuillerées d’eau par litre de lait destiné à faire le kéfir.
Suivent nos observations.
OB<ERVATION Ï Salle Chauffard. Lit n° 93.
Chomier Amédée, tonnelier, 29 ans, souffre, depuis 10 mois d'une affection de l'estomac caractérisée par crampes d'estomac après le repas, vomissements alimentaires, constipation ou diarrhée. À été traité à l'hôpital Tenon parlavages et régime lacté. Il en est résulté un peu d'amélioration. Actuellement, le 34 mars, l’appétit est nul, la langue est saburrale, l'estomac paraît un peu dilaté. Aussitôt après les repas surviennent des régurgitations, puis des vomissements accompagnés de légères coliques et de selles diarrhéiques.
Le malade est faible, triste, maigri. Il pèse 128 livres.
Ce même jour nous prescrivons un litre de kéfir maigre. Les deux premiers tiers sont presque aussitôt rejetés, mais le reste du litre est bien digéré. |
Le 1° avril, un nouveau litre est prescrit : il est bien supporté. Le 2 avril, idem. Le 3 avril, id. Un peu de diarrhée seulement. Du 4 au {2 avril, deux litres sont prescrits. Ils sont digérés sans encombre. Les autres aliments ne provoquent également aucun malaise. Dès le 1° avril les vomissements ont cessé. Le 12 avril le malade demande à sortir. L’appétit est revenu, et avec lui des forces et de la gaieté. Nulle douleur à l’épigastre, les selles sont régulières. Il pèse 432 livres. Ce malade a donc augmenté de 2 kilogs de poids, en deux semaines de traitement.
OgservaTioN II
Salle Woillez. Lit no 1.
Bontemps Victor, raboteur de parquets colorés au bichromate, 52 ans. Rien du côté héréditaire. S’est toujours bien porté jusqu’au mois de décembre 1885. Pesait alors 144 livres. Entre dans le service le 12 avril dans un état de faiblesse extrême, et profondément anémié comme cela arrive fréquemment aux personnes de son métier. Facies et muqueuses décolorés. Les pieds enflent vers le soir. La promenade est presque impossible : rien au cœur. L'appétit est conservé et le sommeil également. Chaque repas est suivi de vomissements abondants, et constamment le malade ressent au creux épigastrique une douleur qu’accentuent la toux, la pression, et même la respiration. Le 20 mai, son état est à peu près le même. Il pèse 120 livres.
Un litre de kéfir m1-gras et moyen est prescrit, il est parfaitement digéré. |
Du 20 mai au 6 avril, le litre de kéfir prescrit chaque jour est très bien supporté. Le malade prétend qu'il le “préfère comme goût et comme digestion au lait pur lui-même. Le 6 avril déjà, le malade se croyant remis, demande à sortir. I a en effet repris des forces et une meilleure figure. Il se promène un peu dans le courant de la journée, les pieds n’enflent plus. Les vomissements ont cessé. Plus de douleur à l’épigastre. Il pèse 122 livres.
Il a augmenté de 2 kilogs en 16 jours de cure.
= Gi
OBSERVATION HI Salle Chauffard. N° 26.
Léon Maurin, graveur, 35 ans. Père et mère bien portants. Fut pris, il y a 4 ans, à la suite d’un refroidissement, d'un point au côté gauche et d’une toux opiniâtre qui l’ont obligé à garder le lit pendant 10 jours. Dès lors a toujours toussé. A craché le sang il y a 3 ans. Entre dans le service le 8 avril : amaigrissement considérable, ongles hippocratiques (1). Sueurs nocturnes. Toux très forte, crachats nummnulaires et purulents. Un peu de douleur à la gorge. L'appétit est bon et les selles sont régulières.
A la percussion matité aux deux sommets. A l’auscultation : craquements disséminés dans les deux sommets, souffle et gargouillements dans les deux fosses sus-épineuses. Pèse 109 livres.
Le 5 avril un litre de kéfir gras et moyen est prescrit ; il est bien supporté.
Du 5 au 28 avril, chaque jour un litre est prescrit et est bien digéré. Mais le 28 avril, le malade crache un peu de sang, la toux devient très fatigante et occasionne des vomissements répétés. Le malade est très fatigué, il refuse son litre de kéfir.
Le 6 mai, il en demande un litre.
Nous lui en donnons encore un par jour, les 6, 8 et 9 mai. Mais le malade n’a plus appétit, il est complètement décou-: ragé et se refuse à continuer l’absorption du kéfir, plutôt par prévention que par dégoût.