‹ des feesChapitre 8 sur 18 · GRISELIDIS · texte numérisé non relu

GRISELIDIS

>u pied des célèbres montagnes Où le Pô , sVchappant de dessous des roseaux^ Va dans le sein des prochaines campagnes Promener ses naissantes eaux , Vivait un jeune et vaillant prince.

Les délices de sa province.

Le Ciel , en le formant, sur lui tout à la fois

Versa ce qu'il a de plus rare , Ce qu^'entre ses amis d'ordinaire il sépare, .Et qu'il ne donne qu'aux grands rois.

Comblé de tous les dons et du corps et de l'ame^ n fut robuste,adroit, propre au métier de Mars^ Et, par l'instinct secret d'une divine flamme ^ ^ Avec ardeur il aima les beaux-arts, il aima les combats , il aima la victoire , Les grands projets , les actes valeureux £t tout CQ qui fait vivre un beau nom dans l'histoire ^ Mais son cceur tendre et généreux iFut eacor plus sensible à la solide gloire

6RI8XLIPI8.

De rendre ses penples heureux.

Ce tempérament héroïque Fut obscurci d^une sombre vapeur ,

Qui, chagrine et mélancolique, Lui faisait voir dans le fond de son cœur Tout le beau sexe infidèle et trompeur; Dans la femme où brillait le plus rare mérite ,

n voyait une ame hypocrite.

Un esprit d^orgueil enivré.

Un cruel ennemi , qui sans cesse n^aspûrv

Qu'à prendre un souverain empire Sur Phomme malheureux qui lui sera livré.

Le fréquent usage du niQnde , Où Ton ne voit qu'épofix snbjugu^$ ou trahis ,

Joint à Tair jaloux du pay^ , Accrut ^ncor cette haine prpfop^e»

n jura donc plus d'un^ fois.

Que quand même le Ciel ^ potir l^i pleio d# tendresse >

Formerait une autre LpcrÀce ^ Jamais de Thyménée il ne si4iTn4t }es Ipis.

Ainsi quand le n^atin,qu*il donnait ai^ affairai^

n avait réglé sagement

Toutes les choses nécessaires

Au bonheur du gouvernement ; Que §M faiblç qrpheliq , de la veuve oppressée

P «Tiil conservé les droits ,

Oa banni ^elque iàipÀt qn^ùne guerte forcée Avait iniràdoit autrefois ^ L^autre moitié de la jonriiéè A la chasse était destiûée , Où les sangliers et les ours , Malgré letir furent et leurs armes.

Lui doïliiàiént encor moins d^alalmei Que le seie charmant qu'il étitait toujours.

Cependant ses sujets , que leur intérêt presse

De s^assurer dW successeur Qui les gouverné uti jour àteè même douceur»

A leur donner un fils lé CoUViaient sans cesse. Un jour dans le palais ils vinrent tous en corps» Pour faire leurs derniers efforts.

Un orateur d^uué grave apparence , Et le meilleur cpii fCit alors.

Dit tout ce C[u'on peut dire en pareille occurrence.

n matqua leur désir pressant De voir sortir du prince une heureuse lignée » Qui rendit A jamais leur état florissant.

H lui dit lUéme en finissant , Qu'il voyait un astre naissant »

Iséu de son chaste hym'énée , Qui faisait pâlir le croissant.

D'uit ton moins simple et d'une voix plusforte» Lt prince à tes sujets répondit de la sorte :

i44 GKI8ELIDI8.

Le sèle ardent dont je yob qu'en ee jour Vous me portez aux nœuds du mariage , Me fait plaisir , et m'est de TOtie amour Un agréable témoignage j J'en suis sensiblement touché.

Et Toudrais dés demain pouvoir tous satisfaire;

Mais à mon sens Thymen est une affaire Où plus l'homme est prudent , plus il est empêché.

Observez bien tontes les jeunes filles , Tant (fu'elles sont au sein de leurs famîQeft :' Ce n'est que vertu, que bonté ^ Que pudeur, que sincérité ^ Mais sitôt que le mariage Au déguisement a mis fin , »

Et qu'ayant fixé leur destin ^ Il n'importe plus d'être sage , Elles quittent leur personnage , Non sans avoir beaucoup pâti , Et chacune dans son ménage , Selon son gré prend son parti.

•IL'ane d'humeur chagrine, et que rien ne récréi^ Devient une dévote outrée , Qui crie et gronde à tous momens j L'autre se façonne en coquette.

Qui sans cesse écoute ou caquette, %% n'a jamais assez d'amaas.

GftISELIBIS. ^4$

Celle-ci y des beaux'^rts follement curieuse. De tout décide avec hauteur , Et critiquant le plus habile auteur.

Prend la forme de précieuse ^ Cette autre s'érige en joueuse ,

Perd tdut, argent , bijoux, bagues, meubliM de prix.

Et même jusqu'à ses habits»

Dans la diversité des routes qu'elles tiennent^ Il n'est qu'une chose où jt yoi Qu'enfin toutes elles conyiennent^ C'est de vouloir donner la loi :

Or je suis convaincu que dans le mariage^ On ne peut jamais vivre heureux.

Quand on y commande tous deux.

Si donc vous souhaitez qu'à l'h jmenje m^engagc^

. Cherchez ime jeune beauté ' Sans orgiieil et sans vanité , D'une obéissance achevée , D'une patience éprouvée.

Et qui n'ait point de volonté ; Je la prendrai quand vous l'aurez trouvée;.

Le prince ayant mis fin à ce discours moral ,. Monte brusqutjment à cheval, Et court joindre , à perte d'haleine ,

StL meute qui l'attend au milieu de la plaine?

Apres avoir passé d«s prés et des guérets ^

246 e&ISELIBIS.

Il ùrouye ses chasseurs couchés surFherbe rtttêa Tous se lérent , et tous alerte ,

Font trembler de leurs cors lés hôtes deS forêts* Des chiens courans Faboyanté famille , Deçà , delà , parmi le chaume brille { Et les limiers à Fœil ardent y

Qui, du fort de la béte , à leur poste rerieniienV Entraînent, en les regardant y Les forts valets qui les retiennent.

SMtant instruit par un des siens »

Si tout est prêt, si Fon est sur la trace ,

Il ordonne aussitôt quW commence la chasse.

Et fait donner le^£rf aux chiens.

Le son des cors qui retentissent , . Le bruit des chevaux qui hennissent ,

Et des chiens animés les pénétrans abois ,

Remplissent la forêt de tuihulte et de trouble ;

Et pendant que P^cho sans cesse les redouble,

S^enfoncent arec eux dans le plus creux du bois.

Le prince , par hasard ou par sa destinée , Prit une route détournée, Où nul des chasseurs ne le suit :

Plus il court , plus il s^en sépare.

Enfin, à tel point il s'^are.

Que des chiens et des cors il n^entend plus* le bruit.

L^endi^oitoù 1« mena sa bizarre aycnturc^

©RISBLIDiS. 24f

dût âe rttMseaut et sombre de rtrâuté.

Saisissait les esprits d'une secrète horreur $ lia simple et naiVe nature S> faisait roir et si belle et si pure, Que mfflc fois il bénit son erreur.

Bempli âëà douces récries Qu'inspirent leS grands bois^ les eaux et les

prairies, n sent soudain ft^ppet et son cœur et ses veux Par robjet le plus agréable , Le plus doux et le plus aimable Qu'il eût jamais vu sous les cicux.

C'était titie jeuue bergère Qui m^it au boid d'un ruisseau.

Et qui, conduisant son troupeau.

D'une main sage et ménagère Tournait son agile fuseau.

Elle aurait pu domptët les cœurs les plu* sautages :

Des lis son teint à la blancheur , Et sa naturelle fraîcheur S'était toujours sauvée à l'ombre des bocagea: Sa bouche de l'enfance avait tout l'agrément ; ««f^ y«"f > qu'adoucit ùtie brune paupière.

Plus biens ^e n'est le firmament , Avaient aussi plus de lumière, ht prince,af ec transport dans le bois se glissant.

a4â GRisirLiDi^.

Contemple les beautés dont son ame est e'mne ;

Mais le bruit qu'il fait en passant ,

De la beUe sur lui fit détourner U vue.

Dès qu'eUe se vit aperçue , D'unbiiUantincamatlaprompteetviveardeur,

De son beau teint redoubla la spUndeur , Et sur son visage épandue , Y fit triompher la pudeur.

Sous le voile innocent de cette honU aunablc ^ Le prince découvrit une simplicité , Une douceur , une sincérité , Dont il croyait le beau sexe incapable , Et qu'il voit là dans toute leur beauté.

Saisi d'une frayeur pour lui toute .nouvelle B s'approche interdit 5 et, plus umide qu elle.

Lui dit, d'une tremblanU voix, Que de tous ses veneurs U a perdu la ttace.

Et lui demande si la chasse N'a point passé quelque part dans le bois.

Rien n'a paru, seigneur, dans cette soUtude , Ditrelle;etnul ici que vous n'est parvenu;

Mais n'ayez point d'inquiétude , Je remettrai vos pas sur un chemxn eonnu.

De mon heureuse destinée Je ne puis , lui dit^il, trop rendre grâce aul

dieux :

. Depuis long-tftinp* i« fré^«at*ces li«i»xi.

Mais j'avais ignoré jusqu'à cette jûurtiée ,

Ce qu'ils ont de plus précieux^ Dans ce temps elle yoit que le prince se baissa Sur le moite bord du ruisseau , Pour étancher, dans le. cours de son eatky La soif ardente qui le presse :

Seigneur, attendez un moment, Ditrelle ; «t courant promptement Vers sa cabane , elle y prend une tasso^

Qu'avec joie et de bonne grâce Elle présente à ce nouvel amant. Les vases précieux de cristal et d'agate^

Où For en mille endroits éclate , Et qu'un art curieux avec soin façonna , rTeurent jamais pour lui , dans leur pomp« inutile.

Tant de beauté que le vase d'argiU Que la bergère lui donna.

CSependant, pour trouver une route facile ^

Qui mène le prince à la ville , Us traversent des bois , des rochers escarpés^

Et de torrens entrecoupés.

Le prince n'entre point dans de route nouvelle. Sans en bien observer tous les lieux d'sdentour i Et son ingénieux amour, Qui songeait au retour, ' &i fit une carte .fideU«,

a5o «BI8KLIBI8.

Dam vm bocage sombre et fraû . Enfin la bergère le mène , Oà , âe dessous ces branchages ^àis , n Yoit au loin, dans le sein de la plaine.

Les toits dores de son riche palais.

S'étant sëparé de la belle , Touché d*ntte vire douleur , A pas lents il s'éloigne d^elle , Chargé du trait <jin lui perce le cœur.

Le souvenir de sa tendre atenttfiie , Ayec plaisir le cotf duisit che£ hd ; Mais, dès le leùdemaitt, il sentit sa blessure. Et se vit accablé de tristesse et d^e&irai.

Dès qu'il le peut, il Retourne à la èfaasM Où de sa suite àétoltemeàt n s'échappe et se débftrràsM , Four s'égarer héùiteuseitieiit.

Des arbres et des monts lés cîmes élètéeS ,

Qu'aTéc grand soin il arait Obserréee, Et les avis seCterts de soh fidèle amoAr, Le guidèrent si bien, ^e, malgré les trattsrtei,'

De cent routes diverses , .

De sa Jeune bergère |1 trouva le s^nr.

Il sut qu'elle n'a plus que son père avec elle ,

Que Griselidis On l'appeUe, Qu'ils vivent doucement du lait de leurs brebis. Et que de leur toison , qu'elle Mole elti file ,

$»as afoîr recouvs à la rille , Ib font eux-mêmes leurs habits.

Plus il la Toit, plus il s^enflamme Des rires beautés de soa am* ; n connaît, en Voyant tant de dons précieux , Que ^ la borgére est si bçUe »

G%st qu'une l^ére étincelle De Fesprit qui Fanime 9. pass^ dans ses yeus.

n tressent une joie extrême D^aToir si bien place ses premières amours ; .^inai, sans plus tarder, il fit, dès le jour mém#^ Assembler son conseil, et lui tint ce disoouÀ: Enfin a^ lois de Thyménée, Suiraut yps Tcenx, je me rais engager :

Je ne prends point ma femme en pays étraçgef : Je la prends panui y9vi$ , belle , sage , bien née 9 Ainsi que mes aïeux ont fait plus d'une fois j Mais j'attendrai cette grande journée A TOUS infprmer de mon cboix* Dés que la nouyelle fut sue , Partout elle fut répandue.

On ne peut dire avec combien d*iurdetir L'allégresse ppblique De tous côtés s'explique; Le plus content fut l'orateur.

Qui, par son discours pathétique, Crorait d'iiiLsigrand biea^txe ISuiique auteur*

6RX8XLXDIS. .

Qu^il seirouvait un homme d'importance!

Bien ne peut résister à sa grande ëloc[uence , Disait-il sans cesse en son cœur.

^Le plaisir fut de voir le trayail inutil* Des belles de toute la ville, Pour s'attirer et mériter le choix

Du prince leur seigneur , qu'un air chastt cC modeste

•Charmait unic[uement et plus quetoutlerest^ Ainsi qu'il l'avait dit cent fois.

D'habit et de maintien toutes elles changèrent. D'un ton dévot elles toussèrent, Elles radoucirent leurs voix; De demi-pied leurs coiffures baissèrent,

La gorge se couvrit, les manches s'allongèrent:

0i peine en leur voyait le petit bout dès doigts. Dans la ville avec diligence , pour l'hymen dont le jour s'avance.

On voit travailler tous les arts :

Ici se font de magnifiques char»

D'une forme toute nouvelle.

Si beaux et si bien inventés.

Que l'or qui partout étincelle.

Eu fait la moindre des beautés. .

I^à, pour voir aisément et sans aucun obstaid« Toute la pompe du spectacle , Ou ànêsn de longs échafauds;

6RISEL1DI8. 253

Ici y de grands arcs triomphanz , n

Où du prince guerrier se câébreot la gloire , Et de Famour sur lui IVclatante victoire.

lAy sont forgés , d'an art industrieux , Ces feux qui par les coups dW innocent tonnerre.

En ef&ayantla terre , De mille astres nouveaux embelUssentlcs cieiiz.

Là , d'un ballet ingénieux Se concerte arec soin Tagréable folie'; Et là , d'un opéra peuplé de mille dieux , Le plus beau que jamais ait produit Tltalie»

On entend répéter les airs mélodieux.

Enfin du fameux byménée Arriva la grande journée.

Sur le fond dVn ciel vif et pur A peine l'aurore vermeille Confondait Tor avec l'azur , Que partout en sursaut le beau sexe s'éveille : Le peuple curieux s'épand de tous côtés :

En différens endroits des gardes sont postM Pour contenir la populace.

Et la contraindre à faire place.

Tout le palais retentit de clairons, De flûtes , de hautbois , de rustiques musette f Et l'on n'entend aux environs Que des tambours et des trompettes.

Enfin, le prince sort entouré de sa cour :

^54 Q«I9BLlDi&

n s^éi^ un long en de îoie ^ Mbis on JBst bi«ii soipris^ ^piand z» prfiaîçr

détour De ia focét prachaine ob xqIi qvî'û prend la voie. Ainsi qu'il Ç^Mit chaque Jour.

Voilà , dit-on , son penchant qui remporte ; £t de ses passions, en dépit de l'amour ', La chasse est toujours la plus-£one.

n traverse rapidement Les guérets de laplaine^etiga^ant lamontagnc, P entre dans le bois» au grand étonnement

De )a troupe qui Faecompagne* Après avoir passé par diffcârens détours Que son cœur amoureux se plaît à recoçnattre. n trouise enfin la cabane cbampâtra

Où logent-ses tendres amours.

Griselidis , de lliymen informée

Par la voix, d» la renommée.

En avait pris son bel habillement ; Et , pour en a^er voir la pompe magnifique « De dessous sa case rustiqu9 Sortait en ce même moment.

Où cofireï-votts , si prompte et si légère; Lui dit le prince en l'abordant.

Et tendrement la regardant ?

Cesses de vous hâter , trop aimable bergère : La noce où voua ailes , et dont je suis l'époux ',

OftISSLiBiS. fiSS

Ne saurtdt Be fidre sans vous.

• Otti y je TOUS aime , et je tous ai chcÂste,

Entre siilie jeunes beautés, Pour i>à$ser avec to«s le teste de ma ^e.

Si toutefois mes vorax ne sont pas rejetés.

Ah ! dii^Ik , seigneur , je n^ai ganle de eroir» Que je sois destinée à ee eomble de ^oixe!..«

Vous chenues à ynyts divertir.

"Non , non , dit-il , je suis sincère ;

Pai déjà pour moi votre père , (Le prince avait ensobi de Ten faire mvertir)*

Daignei , bei^gèn, y consentir :

Cest-là tout ee ^qni nste à faire.

Mais afin ^^entre nous «ne soMde paix

Etefndlement se maintienne, n faudrait me jurer q«e tous n^nres jamaia

D^ntre volonté ffnt la mienne.

Je le jure, ditHeOe , et je vous le promets ;

Si 3*^8 vais épousé le moindre du village ^

J'obéirais ; son joug me serait doux:

Hâas ! combien donc davantage ,

Si je viens à trouver en vons

Et mon seigneur «t mon ^poiu !

Ainsi Ife prince se déclan; Et pendant que la cour afyplanidit à son cfaoîx , n porte la bei^gèie à sonftir quVm la pwre Des onumeas ^'on donae aux éponses des rvi'Si»

«56 GRISBIlDia..

Celles qu'à cet emploi leur devoir intéressé. Entrent dans la cabane ^ et là , diligemment , Mettent tout leur savoir et toute leur adresse A donner de la grâce à chaque ajustements

Dans cette hutte où Ton se presse ,

Les dames admirent sans cesse

Avec quel art la pauvreté

S'y cache sous la propreté; .

£t cette rustique cabane Que couvre et rafraîchit im spacieux platane ^

Leur semUe un séjour enchanté.

Enfin , de ce réduit sort pompeuse et bnllaiitft

La bergère charmante :

Ce ne sont cpi'applaudissemens Sur sa beauté, sur ses habiUemens; ' Mais sous cette pompe étrangjère ^ Déjà plus d'une fois le prince a regretta

Des omemens de la bergère

L'innocente simplicité* ^

Sur un grand char d'or et d'ivoire.

La bergère s'assied, pleine de majesté^

Le prince j monte avec fierté,

Et ne trouve pas moins de gloire A se voir comme amant assis à son c6té^ Qu*à marcher en triomphe ainrès une victoire^

La cour les suit, et tous gardent le rang Que leur donne leur charge on l'éclat de leur saB|^

lliA ville, dans les champs presque toute sortie^

Courrait les plaines d'alentour , ^

Et du choix du prince avertie , Avec impatience attendait son retour, n parait) on le |oint. Parmi Tepaisse foultf Du peuple qui se fend, le char à peine roule; Par les longs cris de joie à tout coup redoublés.

Les chevaux émus et troublés y

Se cabrent ^ trépignent , s'élancent ,

Etjeculent plus qu^ils n'avancent, v^*^*. i} ^

Dans le temple on arrive enfin» /.

Et là , par la chatne étemelle

D'une promesse solennelle , Les deux époux unissent leur, destin \

Ensuite au ]^alais ils se rendent^

Où mille plaisirs les attendent , Où la danse , les Jeux , les courses , lès tournois: Képandent l'allégresse en différens endroits :

Sur le soir le blond hyménée De ses chastes douceurs couronna la journée;. Le lendemain les différens états De toute la province Accourent haranguer la princesse et le princ*

Par la voix de leurs magistrats.

De ses dames environnée, Griselidis, sans paraître étonnée ,

£b princesse Im entendit ^

a*S8 6Ât5ELIBI8.

Ëû fkthicèsse leur répondit.

Elle fit totale choftë avec tàfit èe pmàtiït^, Qu'p sembia q[tae ^e ciel «^Ét Vefté ses ItégàU Avec encot plus à^bottÂftHCé Sur soa àttiè qjûLt fSùi Soft <cbtps.

l^ar son esprit , par tes >»)VBS lumiéirt» , Du grand monde aussitôt èâè prît les mftnièire»;

Et métne dès le ptemièr jout, Des talens , de Thumeur dès danies dé sa tour Elle se fit si bien instruii-e , Que son bon sens , jamais embarrassé ^ Eut moins de peine à les conduire Que ses brebis du temps passé.

Avant là fin de Tan , des fruits de lliyménéè

Le ciel bénit leur coucbe fortunée.

Ce ne fut point un prince:on relGk.tbien souhaité) Mais la jeune prinfeesse avait tant de beauté , Que Ton ne songea plus qu^à conserver sa vie. Le père , qui lui trouveun air doux et cbàrm^nt^ La venait voir de moment en moment ; Et la mère , encor plus ravie , La regardait incessamment, ^e voulut la nourrir elle-même:

Ah ! ditreilé , comment m^exempter de Temploi Que ses cris demandent de moi , Sans t^e ingratitude extrême ?

Par un motif >de nature ennemi^

PoinYfti»-}e biiBii votioir et uioit «n&bt qu»

N'être ià uiéfe ^^ d^ini?

Sok que le priXRïe eût l^atne >bmi )^ tneioi^ etiftftuiftree

Qa'auxprettdèts joints de 9611 ï^l^deiDr,

Soit que de sa ttad^^ humeur

La masse se ftt vdiumée ,

Et de 8im ^ài2»e fiaa^ Eût obscurci Sou s«&s et tùfttmipyi «on bt»xr »

Dans tom te l|^ ^dt là |»ritatteMfe il s'ivuagifie r<At p&i de stucéiitt^) . Sa trop fiufede fetfu le blteftfte :

Cest un ^^ i^'cH tettd À Sa isffédttlki.

Son esprit iuq«iet , et fàe YK>ubte A^té> Croit tfiWft lèS«Mi{iiÇdlil6 qu'à éteJOUlè^ Et prend |hiHit 4 y^é««qui» «u dfotetè LVxcte ide «à Mk^«^ Ptiut goétit hs eha^ftft «feiit son a«àe e$l

Atteinte, Il la suit, il l'ohserra , â àifue à la trottUer Pat les ennuis de la èouttàiftte, Par les alàftiies ê» là tfràf&te »

Pat tout ee qui peut dllkuélet La yéntè d'aveb là fbittte.

Cest ttop, dit-il, Aie làisset eudMUttit f Si ces irettu3 sont yér&abled»

2fo ORISELISIS^

Les traitemens les plus insupportahle»

Ne feront que les a£fennir.

Dans son palais â la tient resserrëe, Xioin de tous les plaisirs qui naissent à la cour^. Et dans sa chambre , où seule eUe vit retirée y

A peine il laisse entrer le jour.

Persuadé que la parure

Et le superbe ajustement , Du sexe que pour plaire a formé la nature.

Est le i^us^ doux enchantement,

n lui demande avec rudesse Les perles , les rubis ,. les bagues , les bijoux .

Qu'il lui donna pour marque de tendresse, I^oisque de son amant.il devint son époux.

Elle y dont la vie est sans tache ,

Et qui n'a jamais eu d'attache ^

Qu'à s'acquitter de son devoir^

Les lui donne sans s'émouvoir ; .

Et même ,. le voyant se plaire à les reprendre g,

]Va pas moins de joie à les rendre

Qu'elle en eut à les recevoir. Pour m'éprouver mon époux me tourmente.

Dit-elle , et je vois bien qu'il ne me fait soufiirir Qu'afin de réveiller ma Tertu languissante , Qu'un doux et long repos pourrait faire périr. S'il n'a pas ce dessein, du moins sui»-je assurée Que telle est du seigneur la conduite sur moi ^

GRISKLIBIS. ^6t

Et que de tant de maux Tennuyeuse darëe N^est que pour exercer m^ constance et ma foi. Pendant que tant de malheureuses Errent au gré de leurs désirs , Par mille routes dangereuses , Après de faux et vains plaisirs ; iPendant que le seigneur, dans sa lente justice» Les laisse aller au bord du précipice , Sans prendre part à leur danger ; Par un pur mouvement de sa bonté suprême , n me choisit comme un enfant qu^il aime , ■ n s^applique à me corriger.

Aimons donc sa rigueur utilement crueUe 9 On n'est heureux qu'autant qu'on a souffert : Aimons sa bonté patemeUe ^ Et la main dont elle se sert.

Le prince a beau la voir obéir sans contraint»

•A tou& ses ordres absolus ; Je vois le fondement de cette vertu feinte , Ditrilj et ce qui rend tous mes coups superflu»^ C'est qu'ils n'ont porté leur atteinte Qu'à des endroits où son amour n'est plus.

Dans son enOaint y dans la jeune princesse »

Elle a mis toute sa tendresse :

A l'éprouver si je veux réussir ,

C'est-là qu'il faut que je m'adresse Cest-U que je puis m'édaircic.

%t}A' Û&I8SLIDIS.

Elle Tenait dé donnar la maiûallb Au têûdre objet de «on amotur ardent ^ ^ui , couohd ftttt sôfi Min , Se jouait ftYM elle ,

Et riait ett la regardant.

Je vois que youè Faimefe , lui dit-il; cependant Il faut que je YOttâ Tôte en cet ftge encor tendre , ï?ôur lui former les mœurft et pour la |>rfeerv*r De certaine mauvais air* qu'àveô tottS l'on peut prendre :

. Mon heureux sort m^afkit trouver Une dame d'esprit qui »aura Tâcirer Dans toutes les vertus et dans la poUtaftsa Que doit aYoir une prinoesse :

Dispose«-ToUs à la quitter ; Onr va venir pour i'emporter.

n la laisse à ce» mots , n'ayant pas le courage Ni les yeux asset inliumains Pour voir arracher de ses mains De leur amour Tunique gage.

i3l6 , de mâle pleuts , se baigne le visage ,

Et dans nn morne accablement Attend de son malheur le funeste moment.

Dès que d'une action si triste et si cruelle Le ministre odieux à ses yeux se montra:

n faut ob^ir , lui tUt^elle« Puispitnant son enfant, qu'elle considéra »

QuVUe baba d'une ardeur maternelle;

OHissKiDis: 263

Qui de' ses petits bras tendrement la serra.

Toute en pleurs ellç le livra.

.. Ah ! que sa douleur fut amère I

Arracher l'enfant ou le cœur

Du sein d'une si tendre mère , .C'est la même douleur. Prés de la yiUe était un monast^ra

Fameux par son antiquité , Où des vierges vivaient dans une régie austère^ S^us les yeux d*une abbesse illustre en pieté ^

Ge fut là que dans le silence ,

Et sans déclarer sa naissance , On déposa l'enfant, et des bagues de prix.

Sous l'espoir d'une récompense Digne des soins que l'on en aurait pris.

Le prince, qui tâchait d'éloigner, parla chttsse.

Le vif remords qui l'embarrasse

Sur l'excès de sa cruauté ,

Craignait de revoir la princesse , Comme on craint de revoir une fiére tigresstf

A qui son faon vient d'être 6té :

Cependant il en fut traité

Avec douceur , avec caresse ,

Et même avec cette tendresse Qu'elle eut aux plus beaux jours de sa prospérité. Par cette complaisance et si grande et prompte, U fat io«€h{ dt regcetel de honte ;

5t64 O&ISELIDIS.

Mais son chagrin demeura le plus fort :

Ainsi deux jours après, avec des larmes feintes. Pour lui porter encor de plus vives atteintes.

Il lui vint dire que la mort De leur aimable enfant avait fini le sort.

Ce coup inopiné mortellement la blesse :

Cependant , maigre sa tristesse , A jant vu son ëpouz qui changeait de cooleor , r £Ue parut oublier son malheur,

Et n'avait même de tendresse Que pour le consoler de sa fausse douleur»

Cette bonté, cette ardeur sans ^ale ,

D*amitié conjugale, Du prince toutrà-Hsoup désarmant la rigueur , Le touche , le pénétre , et lui change le cœur.

Jusque-là qu^il lui prend envie

De déclarer que leur enfant

Jouit encore de la vie :

Mais sa bile s'élève , et , fière , lui défend

De rien découvrir du mystère Qu'il peut être utile de taire. • Dès ce bienheureux jour , telle des deux ^poux

Fut la mutuelle tendresse.

Qu'elle n'est point plus vive , aux momens les plus doux.

Entre l'amant et la maltresse.

Quinse fois le soleil pour former les saisons ,

Habita toiir à tour dans ses douze maisons , Sans rien voir qiii les désunisse :

Que si quelquefois par caprice Il prend plaisir à la fâcher , C'est seulement pour empêcher Que l'amour ne se ralentisse :

Tel que le forgeron, qui, pressant son labeur ^ Répand un peu d'eau sur la braise , De sa languissante fournaise , Pour en redoubler la chaleur.

Cependant la jeune princesse Croissait en esprit, en sagesse; A la douceur, à la naïveté Qu'elle tenait de son aimable mère | Elle joignait de son illustre père L'agréable et noble fierté :

L'amas de ce qui platt dans chaque caractért Fit une parfaite beauté. ' Partout comme un astre elle brille ; Et par hasard un seigneur de la cour , Jeune , bien fait, et plus beau que le jour.

L'ayant vu parattre k la grille , Conçut pour elle un violent amour.

Par Finstinct qu'au beau sexe a donné la nature.

Et que toutes les beautés ont ^ De voir l'invincible blessure

Que font leurs yeux au taioment qu'ils la font^

il. 24

a66. GRI^ELIBIfi.

La pnncesse fut informée Qu^elle était tendrement aimédk Après avoir quelque temps résisté.

Comme on le doit , avant que de se renjdi^ »

DVn amour également tendre.

Elle Faima de son câté.

Dans cet amant rien n'était à reprendre :

Il était beau, vaillant, né d^illustres aïeux , Et dés long-temps, pour en faire son gendre»

Sur lui le prince avait jeté les yeux.

Ainsi donc avec joie il apprit la nouvelle De Tardeur tendre et mutuelle Dont brûlaient ces jeunes amans ; Mais il lui prit une bizarre envie De leur faire acheter par de cruels tourment Le plus grand bonheur de leur vie.

Je me plairai^ ditrU, à les rendre contens{ Mais il faut que Finquiétiide ,, Par tout ce qu'elle a de plus rude, Eende encor leurs feux plus constans^ De mon épouse en même temps J'exercerai la patience, Non 'point comme jusqu'à ce jour ^ Pour rassurer ma folle défiance , *

( Je ne dois plus douter de son amour j ) I^ais pour faire éclater aux yeux de tout 1«. monde

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