CONCLUSION
La conclusion naturelle de notre thèse serait l’explication de cette disproportion dans les accidents engendrés par des marais qui semblent du moins en apparence présenter des conditions identiques pour le développement de l’intoxication palustre.
Nous n’avons pas assurément la prétention de résoudre la question, car il nous faudrait au moins être fixé sur la nature du miasme paludéen et savoir si la fièvre intermittente est occasionnée plutôt par les palmellæ de M. Salisbury que par le miasme tellurique de M. Colin. Mais si nous négligeons le miasme luimême pour ne nous occuper que des circonstances qui peuvent influer sur son mode d’action, nous arriverons peut-être à nous rendre compte de cette immunité dont jouissent les habitants du marais de la Vendée.
Hallé avait reconnu que l’influence nuisible des marais est supérieurement corrigée toutes les fois qu’un air très-libre et très-mobile en balaie aisément la surface, et Boudin avait observé que les fièvres son t bien plus meurtrières dans la plaine que sur le littoral. Quel que soit en effet le miasme paludéen, les vents de la mer qui soufflent d’une façon presque continue au travers de cette immense prairie où nul arbre, nul rocher ne vient entraver leur course, soulèvent et dispersent au loin ces germes d’infection qu’ils vont distribuer aux pays circonvoisins; et tandis que les marais
de la Bresse, par exemple, g-ardent pour eux leurs produits, les vents sur le littoral les répartissent entre différentes populations souvent à des distances fort considérables, le miasme g’ag’ne en étendue ce qu’il perd en g*ravité. Se développant sans cesse il soumet l’organisme à des attaques incessantes ; mais il semble qu’il ne soit pas en forces, il semble qu’au moment où il s’attache à un individu, où il va l’accabler, balayé par les vents il est oblig'é de lâcher sa proie, et disséminant son action de la rendre inoffensive.
Aussi l’homme éprouve souvent ses atteintes, mais il les éprouve sous leur forme la plus bénig-ne, cette forme tierce dont Hippocrate a dit : Febres non intermittentes, si per tertiam diem vehementiores fiant, periculosœ.
En résumé, nous croyons que l’homme et 1 élément paludéen se trouvent dans les marais en lutte permanente : si l’élément paludéen l’emporte, il ne ménage à son adversaire aucune des terribles conséquences de la cachexie palustre; si l’homme est victorieux, sa constitution semble se jouer des attaques de son ennemi.
Or, pour que le miasme ait le dessus, il lui faut pouvoir concentrer ses forces ou s’attaquer à un org-anisme affaibli : laissez-le s’accumuler sans obstacles, sans même vous occuper des causes qui favorisent son développement, et il triomphera; faites-le ag-ir, alors même que vous l’aurez entravé dans le déploiement de sa puissance, sur un individu qui ne présente pas toutes les conditions favorables pour lui résister, et il triomphera.
Mais pour que l’homme ait le dessus, il faut que les miasmes ne puissent s’accumuler, comme cela a lieu,
par exemple sous l’influence des vents : d’où intégrité relative de sa constitution, d’où manifestation de la fièvre sous sa forme la plus bénigne; mais malgré ses conditions défavorables dans lesquelles se trouve l’élement paludéen, si l’homme est affaibli, il l’accable : d’où maximum des fièvres en automne après les travaux des champs, d’où tribut plus fort payé par l’enfance et le laboureur.
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