‹ Des fièvres intermittentes et rémittentesChapitre 23 sur 24 · CHAPITRE VL · texte numérisé non relu

CHAPITRE VL

De la manière cV agir des médicamens employés dans les fièvres intermittentes .

Une des lois de l’économie animale, c’est qu’une cause irritante , appliquée sur une partie quelconque du système, tend à provoquer des mouvemens tels, qu’ils semblent calculés pour éloigner cette cause. Ainsi un corps étranger, introduit sous la peau, excite l’inflammation et la suppuration , par le moyen desquelles il est chassé au dehors. Ainsi une irritation dans les fosses nazales, produit une contraction soudaine et violente de tous les muscles qui sont en action lorsque nous faisons une forte expiration ; et par suite de cette soudaine et forte expiration, l’air étant violemment forcé dans les fosses nazales , le corps étranger qui les irritoit est expulsé ; ainsi la trachée se débarrasse, au moyen de la toux, des choses qui l’incommodent. La même chose arrive dans le vomissement, dans lequel l’irritation, appliquée sur l’estomac, sollicite Faction de tous les muscles qui ont la propriété de chasser ce qu’il contient.

Il s’est élevé q uelques discussions sur Faction

des muscles qui servent à cette opération : on a généralement supposé que les muscles abdominaux et le diaphragme agissent conjointement • et que, par ce moyen , l’estomac étant follement comprimé entre ces muscles, ce qui! renferme est expulsé au dehors par l’œsophage. Un célèbre professeur observe que, si dans Facte du vomissement le diaphragme se contracte, à mesure que le malade inspire, une partie des matières contenues dans l’estomac doit , à son passage sur la trachée-artère , etre attirée par l’inspiration; il suppose donc qu immédiatement avant l’acte du vomissement le diaphragme est fixé par une forte contraction permanente, et que les matières contenues dans l’estomac sont jetées au dehors pat suite de la contraction soudaine des muscles abdominaux , qui pressent ce dernier contre le diaphragme dans un état de contraction.

On peut observer, sur cette théorie du vomissement, que dans aucun cas nous ne trouvons un muscle qui agisse de la manière dont le diaphragme est ici supposé le faire. Cela seul doit nous faire au moins hésiter à l’admettre : autant que je puis en juger, l’observation suivante la fait entièrement rejeter. Soit dans cette théorie, soit dans celle communé-

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men t admise, on n’a pas fait attention qu’un effet de la contraction violente des muscles abdominaux est d’attirer les côtes en en-bas ; tout le monde1 peut s’assurer de cette vérité en appliquant la main sur le côté pendant l’action d’un émétique. Or, nbus savons que si les côtes sont attirées en en-bas, le diaphragme doit au même moment ou se contracter , ou céder à la pression des muscles abdominaux; ce que nous ne pouvons pas supposer se faire dans le vomisseinent. II. sembleroit donc que îe diaphragme et les muscles abdominaux doivent se contracter au même instant - les derniers, en attirant les côtes en en-bas, diminuent la capacité du thorax d’un côté, tandis que le diaphragme, en descendant, l’élargit de l’autre. L’expiration favorise la dépression du diaphragme , parce qu’elle est absolument suspendue par la pression forcée qu’elle exerce sur l’épiglotte - ce dont encore tout le monde peut s’assurer sur soi-même (i). «

Ci) Il est remarquable que dans ces théories il n’est parlé que de la contraction des muscles abdominaux et du diaphragme , comme si l’estomac ne prenoit aucune part au vomissement; il est vrai quecette opinion, autrefois soutenue par Chirac , vient d’être reproduite par un physiologiste moderne; mais MM. Portai, Marquais, Laiiement et Broussais en ont déjà fait justice ; ce En elfet.

Nous ne pouvons pas parler avec la même certitude des effets particuliers par lesquels le

b dit ce dernier dans le Journal unive?~sel des Sciences )> médicales (novembre 1818), ni les efforts violens de » l’accouchement, ni les crjs excessifs , ni les sanglots la- 5) borieux des enfans au berceau, ne déterminent le vomissement, quoique la pression exercée par les muscles )) de l’abdomen et par le diaphragme soit énorme dans » ces cas. Ainsi la fameuse expériencè de la vessie de 3) cochon , mise à la place de l’estomac , peut servir 3) contre ceux qui veulent en induire la passivité de 33 1 estomac dans lacté du vomissement, puisque cette 3) vessie se laisse vider par toutes les contractions du 3> diaphragme et des muscles abdominaux, quelle que soit 3) la cause qui les provoque. 3) D’ailleurs, comme la dit M. le docteur Bousquet dans le Journal général de la Société de Médecine (octobre 1818), cc Ce qui arriva dans cette expérience devoit arriver. Il suffit, pour » sen convaincre, de considérer un instant la position 3) et le jeu des organes pendant le vomissement. Alors 33 le diaphragme s’abaisse et les muscles abdominaux se 33 contractent, de sorte que l’estomac, ou, dans notre )3 supposition , la vessie se trouve entre le diaphragme >3 et le paquet intestinal d’un côté, entre la colonne 3> vertébrale et les parois de l’abdomen de l’autre. Or,

33 le liquide, comprimé de toutes parts, est bien forcé » de sortir par la seule ouverture qui lui est offerte ;

>> ainsi cette expérience 11e prouve rien , sinon que les 33 muscles de l’abdomen et le diaphragme se contrac- 33 tent pendant le vomissement , ce que personne ne >3 s est jamais avisé de nier. 33 J’ajouterai que si au lieu

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vomissement tend à mettre fin au période du froid et à amener celui du chaud des fièvres intermittentes ; on peut présumer que cela arrive soit en conséquence de la sympathie que nous savons exister entre l'estomac et la peau, soit parce que l'agitation qu'occasionne le vomissement devient un stimulus pour le système en général.

Quant aux selles, elles sont amenées par l'opération des médicamens, qui agissent toujours comme dans le cas de vomissement, en excitant des mouvemens qui tendent à les expulser du corps. Ces médicamens agissent donc partie en augmentant le mouvement péristaltique des intestins, et partie en augmentant la sécrétion de leurs surfaces.

Il est presque inutile d’observer que différens médicamens sont propres à exciter différentes parties du système. Le poivre et les . .

de faire communiquer la vessie avec l’oesophage, M. Magendie eût établi cette communication avec le duodénum, le liquide seroit sorti vraisemblablement par le rectum. Il faut donc admettre un mouvement anti-péristaltique de l’estomac, qui , de concert avec les muscles abdominaux et le diaphragme , produit le vomissement. oyez encore sur ce sujet le Mémoire que vient de publier M. Bourdon. Paris, chez Méquignon-Marvis, libraire , 1819. ( Note du Trad.)

aromatiques affectent fortement le goût , et excitent un flux de salive, mais ils n’occasionnent ni vomissemens ni selles. Les préparations d’antimoine , qui agissent si énergiquement sur l’estomac et les intestins, sont presque fades.

L’opium et la saignée sont , de tous les moyens employés pendant les paroxysmes des fièvres intermittentes, ceux dont la manière d’agir a demandé le plus d’attention de la part des médecins.

Dans un traité intitulé : An experimental Essay on the manner in which opium acts on the living animal body (Expériences sur la manière dont l’opium agit sur l’animal vivant), j’ai cherché , en comparant les nombreuses expériences qui ont été faites à ce sujet , soit par moi, soit par d’autres, à répandre quelque jour sur la manière d’agir de ce médicament. Il seroit hors de propos d’entrer ici dans les détails par lesquels je suis arrivé à cette connoissance ; je citerai seulement les résultats de ce traité (i).

(i) D’autres auteurs ayant donné une relation différente du résultat de plusieurs expériences rapportées dans mon Essai , je saisis l’occasion de les répéter publiquement dans l’été de 1796 , pendant que je faisois à Edimbourg un cours sur les maladies fébriles. Les

Les effets de l’opium sur le corps animal peuvent se diviser en trois classes i la première comprend son action sur les nerfs de la partie

élèves étoient placés en aussi grand nombre qu'il étoit possible, près de la table sur laquelle je les faisois , et ils témoignèrent leur satisfaction sur leur résultat. Plusieurs d’entre eux étoient familiarisés avec ce sujet, et connoissoient même la médecine en général. J’ai fait mention, dans mon Traité, de plusieurs circonstances qui se présentèrent dans ces expériences , et de quelle manière elles avoient pu donner, à d’autres auteurs, des effets différens de ceux que j’avois reconnus. Un homme distingué qui assistoit à mon cours , le docteur Woolcomb , m’en suggéra cependant une, à laquelle je suis aujourd’hui porté à attribuer presque entièrement ces différences de résultat ; savoir : que les auteurs dont je viens de parler, n’avoient pas distingué le spasme produit par une forte dose d’opium des mouvemens volontaires de l’animal qui se débat ; on explique par là toutes les contradictions. Il est probable qu’ils s etoient laissé tromper de cette manière , et qu’ils ne tenoient pas compte des spasmes occasionnés par l’opium : spasmes qui sont d’une nature particulière. Cette circonstance les eût frappés s’ils eussent convenablement distingué les spasmes qui prennent toujours , dans les animaux à sang chaud ou froid , les dehors de cette espèce de tétanos , qu’on appelle opisthotonos. Le docteur Woolcomb fit même cette observation, parce qu’il avoit assisté quelque temps auparavant aux expériences des auteurs ci-dessus indiqués, et qu’ils n’avoient pas fait cette distinction.

sur laquelle on l’applique ; cette action ne diffère pas essentiellement de celle des autres irritations locales. On ne sait pas si la première impression faite sur le système par l’action de l’opium sur les nerfs de la partie où on l’applique , a jamais été suffisante pour détruire la vie.

Il est possible qu’une grande quantité d’opium , appliquée à la fois sur une surface trèsétendue 7 tue à l’instant des animaux moins vivaces que des grenouilles et des lapins , qui étôient les sujets des expériences dont je viens de. parler; il est bien reconnu que de fortes impressions, celle par exemple produite pour avoir bu une grande quantité d’espritde-vin ou de l’eau très-froide, le corps étant en sueur , ont occasionné la mort. Cependant je ne connois pas de fait où l’opium ait fait mourir de cette manière.

La seconde classe des effets de l’opium se compose de ceux qu’il produit sur le cœur et les vaisseaux rouges; savoir, d’augmenter leur action lorsqu’on l’applique en petite quantité, et de ki détruire totalement lorsqu’on l’applique à plus forte dose. Toutefois dans aucun de ces effets son action ne diffère essentiellement de celle des autres agens. La plus grande partie des substances actives , appliquées en

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petites quantités , excitent des contractions dans la fibre musculaire , et détruisent son action si on les applique à plus grandes doses. Il paroît que , quoique la quantité d’opium absorbée par les vaisseaux lactés soit très-forte, elle ne suffit pas pour détruire faction musculaire du cœur seulement par son action sur cet organe. On peut avancer avec assurance que f opium ne tue jamais en détruisant faction musculaire du cœur , à moins qu’on n’en injecte une grande quantité dans cet organe ou dans les vaisseaux rouges. Ainsi l’opium reçu dans l’estomac ne produit jamais la mort en enchaînant les mouvemens du cœur.

Je me suis assuré, par les expériences rapportées dans mon Essai, que faction des plus fortes solutions d’opium appliquées sur le cœur est purement locale ; elles détruisent l’excitabilité de cet organe, mais ne produisent pas d’autre effet; car l’excitabilité de tous les autres muscles du corps reste la même. Il est presque inutile d’observer que je parle ici des effets de l’application de l’opium restreinte au cœur ; car s’il est reçu dans le cours de la circulation , et qu’il parvienne au cerveau , il produit alors les effets de la troisième classe.

Ces effets , lorsque la dose est modérée, sont

de diminuer la sensibilité, de produire la langueur et le sommeil • tout cela est occasionné à un degré plus ou moins grand par toutes les autres légères irritations du cerveau. L'opium, directement appliqué sur cet organe, produit les memes effets sur le système nerveux que s’il circuloit avec le sang. Il paroît, d’après les expériences dont nous avons parlé, que lorsqu’il est appliqué directement sur le cœur, il ne produit aucun effet de cette nature.

Lorsqu’il est appliqué à plus fortes doses sur le cerveau, l’opium produit les mêmes effets que ceux des autres violentes irritations de cct organe, les convulsions, et la mort. Il se comporte de la même manière lorsqu’il est reçu dans l’estomac , parce qu’il est pris là par les vaisseaux lactés , et par suite de leur circulation immédiatement appliqué sur le cerveau. Suivant la quantité ainsi transportée, il produit le sommeil, les convulsions, ou la mort; car chez l’homme il ne donne pas toujours la mort lorsqu’il excite des convulsions. Il paroif, d’après les observations précédentes^ que parmi les effets de l’opium sur l’animal vivant, il y en a beaucoup qui lui sont communs avec d’autres agens ; nous pouvons cependant apercevoir dans chaque effet quelque

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chose de particulier , ainsi que je Fai remarqué dans mon Essai (i).

L’avantage qu’on retire de l’opium dans les fièvres intermittentes , semble provenir de l’impression qu’il fait sur le système nerveux , et de l’augmentation qu’il produit , de l’action du cœur et des vaisseaux sanguins. Ces propriétés , combinées avec les efîets des médicamens qui relâchent la peau, tendent à exciter la transpiration.

Il n’y a pas de remède dont la manière d’agir demande plus d’attention que la saignée.

Nous savons que le cœur, privé du stimu-

(i) Il est très-vrai que la premiere impression de l’opium est d’irriter la partie avec laquelle il est mis en contact ; mais cette irritation ne se soutient pas, eLe est bientôt suivie d’un état d’asthénie très-prononcé ; en effet , la sensibilité diminue , la contractilité s affaiblit, etc. Je pense que l’opium agit dans le premier moment à la manière des corps étrangers. Il n’a pas encore eu le temps de produire les effets qui lui sont propres , mais à mesure que la première impression perd de sa force, ces effets se manifestent peu à peu ; le système nerveux tombe dans un état de stupeur , le pouls se ralentit, la respiration devient rare, les capillaires s’injectent, le visage se gonfle, il paroit à la peau des éruptions pétéchiales, gangréneuses. Je sais bien que la plupart des médecins voient, dans ces phénomènes, une preuve de la propriété tonique de l’opium; en eflet.

lus du sang, cesse de se contracter presqu’au. même instant chez l’homme, et après un court espace de temps chez tous les animaux. La présence du sang est donc , pour que l’action du cœur se continue , aussi nécessaire que sa structure particulière, par laquelle il est dis* posé à la contraction.

Lorsqu’un individu, qui se portoitbien, est pris d’une synoque 3 une de ces trois choses doit arriver : ou le sang est envoyé au cœur en plus grande quantité qu’à l’ordinaire, ou il devient plus capable de le stimuler, ou le cœur lui-même devient plus capable de recevoir une impression. C’est ainsi que sont

disent- ils , les substances alcooliques sont suivies des mêmes effets. Mais quand les derniers sont le produit de l’action cle 1 alcool , ils sont précédés , comme le dit M. Barbier dans ses Principes généraux cle Pharma cologie , d’une vive excitation du cœur et du système artériel * tandis que , lorsqu’ils proviennent de l’influence de l’opium , ils se manifestent aussitôt après son administration; et dérivent alors de l’inertie des vaisseaux capillaires , qui, se laissant engorger par le fluide sanguin, dérangent l’ordre de la circulation , et produisent par là diverses congestions ; ainsi les buveurs,, avant d’avoir l’oeil hébété, avant de tomber dans un état comateux, présentent le visage enflammé , les yeux vifs et br Alans, les facultés sensitives exaltées. ( Note du Trad.)

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excitées des contractions plus fortes que celles qui s’accordent avec l’état de santé.

Quelle que soit la cause de l’action plus puissante du cœur dans la synoque, il est toujours constant que l’effet du stimulus est, jusqu’à uîl point déterminé , proportionné à la quantité qui est appliquée, et par conséquent que la diminution de la quantité de sang doit diminuer la force de ses contractions.

L’expérience suivante établit clairement ce point, qui est d’ailleurs si bien constaté, qu’il ne demande pas même celte preuve de plus. Le docfeur Haies ouvrit des vaisseaux rouges à des animaux vivans , il adapta des tubes de verre à leurs orifices, et observa à quelle hauteur s’élevoit le sang dans ces tubes à chaque systole du cœur ; il tira alors à ces animaux différentes quantités de sang; et il observa que la force du cœur diminuoit suivant et à mesure que le sang étoit enlevé.

Il doit encore arriver que plus on enlève du sang subitement, plus la diminution de la force du cœur et des vaisseaux rouges sera prononcée ; car les mêmes observations sont propres à ces derniers. Lorsqu’on enlève le sang peu à peu , la capacité des vaisseaux s’adapte facilement à la quantité qui reste; mais lorsqu’on l’enlève plus soudainement le chan-

gement de la capacité s’ef^ctue avec plus de difficulté. Lorsqu’on fait l’extraction du sang soudainement , Faction diminuée des pouvoirs qui entretiennent la circulation , doit en grande partie être attribuée aux vaisseaux qui ne s’adaptent plus avec leur contenu , et par conséquent, à ce que la quantité de sang qui revient au cœur est plus diminuée qu’il ne le faudroit, en raison de la perte réelle du sang. Il paroît que c’est de cette manière que la perte de quelques onces de sang, très-subitement extraites , produit souvent la syncope, même chez un homme fort, qui pourroit en perdre six fois cette quantité sans aucun inconvénient si on faisoit l’extraction plus doucement. En général, même la syncope par perte de sang doit dépendre de cette cause. Si elle provenoit de la perte réelle du sang, elle seroit beaucoup plus funeste qu’elle paroît l’être. Dans un grand nombre de maladies, les anciens saignoient ordinairement le malade jusqu’à ce qu’il tombât en défaillance; et cela est encore recommandé dans quelques cas.

Si le seul effet de la saignée est, dans les fièvres idiopathiques , de diminuer l’action du cœur et des vaisseaux rouges , il s’ensuit que ce remède n’est utile dans ces maladies que lorsque les symptômes de la synoque prédo-

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minent. Il n’y a pas encore long-temps qu’on étoit clans l’usage d’user de la saignée dans le typhus comme dans la synoque. Quoique cette pratique fût fondée sur des hypothèses , elle étoit cependant un peu soutenue par l’observation. On ne peut douter qu’une hémorrhagie spontanée ne devienne quelquefois une crise favorable du typhus $ mais il n’est pas prouvé qu’une pareille hémorrhagie soit la cause ou bien la suite du changement favorable qui a lieu • je penché à adopter cette dernière opinion , parce que, soit dans le cours de ma pratique, ou dans les auteurs , je n’ai jamais rencontré un cas bien évident dans lequel la perte artificielle du sang eût été avantageuse dans cette fièvre. S’il y a des cas rares de typhus dans lesquels les avantages qu’on retire de la saignée sont pins considérables que le mal fait par ses effets débilitans , si ces cas existent, dis-je, personnene nou’s a jusqu’ici donné les moyens de les reconnoitre.

Nous avons vu que Ie^> symptômes , qu’on appelle critiques , la sueur , un sédiment dans les urines, etc., sont plutôt les suites que les causes des changemens favorables qui s’opèrent à leur apparition.

Les auteurs ont omis de parler, autant que je puis en juger, d’une partie cfe la manière

d’agir de la saignée. Elle se rapporte surtout aux cas dans lesquels la maladie est entièrement ou en partie locale. Nous savons que dans l’inflammation des poumons , par exemple, ou dans celle des viscères abdominaux, on retire souvent un plus grand avantage en tirant une quantité de sang de la peau , dans le voisinage immédiat de la partie enflammée, qu’en le tirant d’une partie éloignée • et que dans ce dernier cas la même quantité de sang donnée ne produirait que peu ou point d’effet (i)* il est bien difficile de se rendre raison de ce phénomène ; puisque souvent il n’y a pas de communication directe des vaisseaux entre la partie malade et celle d’où le sang est tiré ; entre la peau de la poitrine et les poumons, par exemple, et entre celle de l’abdomen et des intestins. Cette question paroit

(i) Cette pratique est un peu trop exclusive ; il sembleroit qu il faut., dans tous les cas, préférer les saignées locales aux saignées générales ; nous ne pouvons nous dissimuler qu il est des médecins qui semblent avoir renoncé à ces dernières ; mais il en est d’autres aussi qui ont su se garantir de tout excès à cet égard : ceux-ci distinguent les cas. Ils emploient la phlébotomie de préférence aux sangsues , toutes le, s fois que l’organe enflammé est d’une texture molle et spongieuse , comme certains organes parenchymateux. Mais, au contraire , si le tissu malade

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être de la même nature que celle-ci : pourquoi l’inflammation tend - elle à se communiquer aux parties contiguës, quoiqu’il n’y ait pas de communication directe des vaisseaux, des intestins aux parois de l’abdomen , et des poumons à ceux de la poitrine, et vice versa? Je pense qu’avant qu’il y ait adhésion des parties , l’inflammation des intestins tend à se répandre dans les intestins contigus , de la même manière qu’elle se répand dans le cours des vaisseaux d’une partie enflammée; car l’adhésion n’a lieu qu’après l’inflammation des surfaces.

Pour expliquer ces phénomènes, il faut faire attention à la sympathie qui existe entre différentes parties du corps par le moyen du système nerveux- Un fait curieux, que nous

est dense et serré, comme le sont les membranes séreuses , par exemple , rien alors ne peut remplacer les sangsues. Ce n’est pas non plus sur la situation anatomique des parties qu’il faut mesurer la distance qui les sépare , les communications et les sympathies sont à considérer; c’est ainsi que dans l’hépatite on croiroit que les sangsues doivent être appliquées sur l’hypocondre droit, si l’expérience n’avoit prouvé qu’elles sont mieux placées aux vaisseaux hémorrhoïdaux , ce qu’il est facile d’expliquer par les anastomoses. ( Note du Trad , )

développerons lorsque nous traiterons des phlegmasies , semble venir à l’appui de cette explication : dans les cas où l’inflammation existe dans une partie, et où la douleur est ressentie par la sympathie nerveuse dans une autre partie qui est saine ; cette dernière , si la maladie continue , s’enflammera aussi , quoique la cause de l’inflammation soit entièrement restreinte à la partie d’abord affectée , c’est ce dont on s’est bien assuré par l’ouverture des cadavres. Nous avons un exemple de cela dans quelques cas d’hépatitis. La douleur est souvent rapportée au sommet de l’épaule, il est clair cependant que dans le commencement cette partie n’est point malade , nous pouvons la presser et la frotter sans occasionner de douleur ; mais si la douleur y est rapportée pendant long temps , elle devient, comme j’ai eu plusieurs fois occasion de l’observer, si sensible que le malade peut à peine supporter qu’on la touche. Si on guérit l’hépatitis par des moyens appliqués sur la région du foie seulement , la douleur de l’épaule se guérit aussi , et on peut la presser et la frotter comme auparavant.

Nous voyons donc que la saignée locale soulage non-seulement les vaisseaux de la partie d’où le sang est extrait, mais encore des par-

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ties qui sympathisent avec elle, c’est-à-dire, quelquefois des parties éloignées , mais toujours des parties voisines ; car toutes les parties voisines sympathisent. Ces observations conviennent aussi à la saignée générale : car puisque le cœur et les gros vaisseaux contribuent le plus à entretenir la circulation , il y a de l’avantage à tirer du sang des parties qui sympathisent le plus avec eux ; d’où il résulte qu’il vaut mieux tirer du sang des extrémités supérieures que des inférieures.

Quant à ce qui regarde la manière d’agir des moyens employés pendant l’apyrexie , je ne rappellerai au lecteur qu’un petit nombre d’observations que j’ai déjà faites.

J’ai parlé de la manière dont semblent agir les médicamens donnés vers le moment où on attend l’accès. On ne peut attribuer les effets de plusieurs d’entre eux qu’à l’impression qu’ils font sur le système nerveux 5 car ils sont trop soudains pour qu’on puisse les attribuer à un autre changement produit sur d’autres parties. Ce n’est que de cette manière que nous pouvons expliquer les effets du quinquina lorsqu’on prévient le paroxysme par ce médicament , donné une heure et demie seulement avant le temps où il auroit dû venir; d’ailleurs lorsqu’on veut réfléchir aux obser-

Mo DES FIÈVRES INTERMITTENTES, elc.

vations do docteur Jackson, du docteur Monro et autres auteurs, savoir que, si on persiste à donner le quinquina , on guérit entièrement la fièvre, quoiqu’il soit toujours rejeté par le vomissement ou par les selles ; on est en droit de penser que de quelque manière qu’on l’administre, on doit attribuer les effets de ce médicament , dans la cure des fièvres intermittentes , à son action sur les nerfs de l’estomaa et des intestins.

Les fréquentes guérisons des fièvres intermittentes par des affections de l’âme , prouvent qu’on peut les traiter par des moyens qui agissent entièrement sur le système nerveux.

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