DISCOURS PRÉLIMINAIRE. .XXV
tarrhe simple est , pour ainsi dire , le sommet , l’apex des maladies de la poitrine y de même qu’une plaie avec suppuration légère , et un léger mouvement d’excitation, est le sommet, l’apex de ce qu’il nous faut pour prononcer qu’il y a fièvre , et à un degré plus prononcé de la part d’un ou de plusieurs organes, maladie avec fièvre.
Il n’y a rien de plus rare que l’esprit de discernement et d’analyse, a dit un de nos plus célèbres moralistes. Il nous semble que rien n’est plus propre à prouver la vérité de cette pensée que les distinctions dans lesquelles se sont laissé entraîner quelques médecins pour prouver l’existence ou la non-existence des fièvres dites essentielles ; et ce qui a droit de nous étonner bien davantage , c’est qu’on soit à peine arrivé aujourd’hui à des conclusions un peu positives sur ce chapitre de la médecine. Aussi la première idée qui se présente à l’esprit lorsqu’on s’aperçoit de ce chaos, c’est de chercher s’il tient à la chose elle-même.
XX vj DISCOURS PRÉLIMINAIRE.
qui de sa nature pourroit être impénétrable aux recherches des hommes, ou bien s’il tient aux fausses idées qu’on s’est généralement formées sur l’essence de ces affections. Notre opinion est que c’est à cette dernière cause qu’il faut attribuer le peu de progrès que l’art a faits pour statuer sur ce qu’il faut entendre pa v fièvres essentielles .
Nous ne ferons pas un historique des longues controverses que ce point de médecine a excitées ; nous nous contenterons d’observer que chaque jour, depuis quelques années, on voyoit disparoître quelques fièvres essentielles du catalogue de ces affections , et qu’enfin aujourd’hui, on paroît vouloir n’en admettre d’aucune sorte.
Les uns ont dit que la fièvre essentielle étoit une maladie du principe vital ; mais où est le principe vital? On nous répond qu’il est parfout dans notre organisme. L’impossibilité même de lui déterminer une place, loin de prouver qu’il existe partout, pouve bien mieux
DISCOURS PRÉLIMINAIRE. XXVij
qu il n’existe nulle part; c’est une entité, une pure abstraction, et le célèbre Barthès lui-même le reconnoissoit, lorsqu’il enseignoit que le principe vital étoit un être distinct de l’âme et du corps : « Mais, )) dit-il, page 5 de ses .Nouveaux Elè~ )> mens de la Science de V Homme, pour » mieux connoitre les forces de ce prim R cipe, il faut les considérer séparément )> des affections de Pâme pensante et de R celles du corps simplement organ isé ; )> car dans l’étude des sujets fort com- » pliques, la foiblesse de l’esprit humain » lui rend de semblables abstractions )) absolument necessaires. » On sent par cet aveu que le célèbre Barthès n ’em tendoit se servir du principe vital que pour expliquer avec plus de facilité certains phénomènes, desquels il pensoit ne pouvoir se rendre raison , ni par les facultés de l’âme, ni par les fonctions organiques du corps. La fièvre essentielle ne doit donc, dans aucun cas, être une maladie du principe vital , puisque ce principe est de pure conven-
XXVÜj DISCOURS PRELIMINAIRE.
tion, et qu’on ne doit s’en servir que pour théoriser , si on veut me permettre cette expression. Nous ne rechercherons pas si , en admettant cette manière de le considérer, on doit le regarder comme nécessaire, ou meme comme utile; et si avec la division de l’âme et du corps, c’est-à-dire, de la vie et des organes, on n’a pas tout ce qu’il faut pour se rendre compte de tous les phénomènes matériels et immatériels qui ont lieu en nous.
Cette question n’entre pas dans notre
sujet, et elle nous conduiroit d’ailleurs
dans des discussions métaphysiques, dans lesquelles nous aurions à craindre de nous égarer.
D’autres médecins nous disent que les fièvres essentielles consistent dans l’altération des fonctions par elles-mêmes, sans dépendre d’aucune lésion organique locale. Cette opinion est plus ancienne et a eu beaucoup plus de partisans que celle du principe vital. Mais en y réfléchissant bien, on la trouve également mal fondée : en elfet, elle tend à séparer