‹ Des fièvres typhoides et du typhus, histoire et description de ces affections; analogies et différences qui existent entre ellesChapitre 4 sur 32 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Hippocrate semble avoir compris, sousle nom de typhus, toute maladie aiguë accompagnée de stupeur et plusieurs espèces de fièvres. Galien, Aètius, P. Forestus appelaient indifféremment typhus ou fièvre typhode les affections dans lesquelles ils admettaient un érysipèle du foie. Cullen appelait de même typhus toute fièvre avec symptômes graves et danger réel. La dénomination de typhus peut encore s'appliquer aux fièvres ma-

ligne-soporeuse , maligne-nerveuse, des hôpitaux, des prisons, des camps, des vaisseaux, décrites par Rivière, Willis, Huxham, Pringle , Poissonnier-Desperrières , etc. Les humoristes des deux derniers siècles confondaient ensemble le typhus et les fièvres putrides et pétée hiales. Pinel a rangé le typhus parmi les Jièvres ataxiques. La dénomination Ae fièvre typhoïde, particulièrement appliquée par Neumann (1) aux fièvres putrides et tnalignes des auteurs anciens, est généralement adoptée aujourd'hui pour exprimer l'analogie qui existe entre ces maladies et le typhus (Chomel, Louis, Fouquier, Roche, etc.) Enfin, la fièvre typhoïde a encore été appelée typhus spontané. D'un autre côté, beaucoup d'auteurs contemporains, Hildenbrand lui-même, différencient, à certains égards du moins, le typhus et les fièvres typhoïdes. Ces considérations ne sont-elles pas plus que suffisantes pour faire ressortir l'importance et l'opportunité de la question proposée pour sujet de prix par l'Académie royale de médecine ?

Nous avons dû chercher d'abord à préciser ce qu'il faut entendre par les dénominations de typhus et de fièvres typhoïdes, avant de faire connaître les analogies et les différences qui peuvent exister entre ces maladies : nous avons pensé que, par^zévres typhoïdes , le programme désignait ce que les auteurs ont appelé fièvre entéro-mésentérique, dothinentérie, fièvres graves, putrides ou adynamiques, malignes ou ataxiques, en un mot, les fièvres du quatrième et du cinquième ordre admis par Pinel ; que cette dénomination de fièvres typhoïdes avait été de préférence adoptée par l'Académie, parce que, tout en donnant un aperçu des principaux phénomènes qui caractérisent ces maladies, elle ne préjuge rien sur leur nature ou cause prochaine. Il ne faut pas, d'ailleurs, oublier que les symptômes des fièvres typhoïdes sont assez communément précédés des formes dites

(1) Médecin de l'hôpital de la Charité de Berlin. (Voir le Journal des progrès des sciences médicales, 1827 , vol. V.)

inflammatoire , bilieuse, muqueuse; que ces symptômes typhoïdes surviennent souvent dans le cours ou au déclin de maladies diverses; qu'ils semblent, dans quelques cas, suivie les progrès de l'âge, et qu'ils constituent l'un des accidtns les plus terribles de la phlébite, toutes considérations qui trouveront leur place dans ce travail (1).

Le typhus ne s'étant que rarement montré en France , et par intervalle seulement, nous avons dû chercher à préciser, avec un égal soin, le sens que l'on doit attacher à cette dénomination qui peut, à la rigueur, être appliquée à un grand nombre de maladies réputées pestilentielles. Hildenbrand divise le typhus en 1° typhus malin qui comprend la peste et la fièvre jaune; 2° typhus d'Europe, qui a pour variétés les fièvres des hôpitaux , des prisons, des camps, des vaisseaux et des villes assiégées. Quelques auteurs ont admis 1° un typhus d'Europe, 2° un typhus d'Amérique, ou fièvre jaune ; 3° un typhus d'Orient , ou peste ; 4° un typhus de V Inde ou choléra-morbus épidémique. Bien que nous pensions qu'il existe une forte analogie entre ces divers typhus , tant sous le rapport de l'expression symptomatologique que sous celui du mode de propagation ; bien que , par exemple , l'action des miasmes animaux, la propagation rapide de la maladie à une grande masse d'individus et sa communication fré-* quente des individus infectés aux sujets sains, rapprochent à tant d'égards la fièvre jaune, la peste et le typhus européen, nous avons cru, tout en nous réservant de faire ressortir ces analogies, dans l'occasion, devoir nous borner à l'histoire du typhus d'Europe, ou typhus nosiras, en y comprenant les variétés admises par Hildenbrand, c'est-à-dire , le typhus ou les fièvres des hôpitaux , des prisons, des camps , des vaisseaux, des villes assiégées, t

(1) C'est pour nous conformer aux termes de la question proposée que nous donnons ici une aussi grande étendue à la dénomination de fièvres typhoïdes ; car , pour nous , la fièvre typhoïde existe comme maladie spéciale et nous semble réclamer, sous ce rapport , un nom plus précis, tel que celui de fièvre entéro-mêseiitérique , entéro-mésentèrite-tyyhoïde , etc.

Quant aux ouvrages que nous avons dû consulter pour rendre notre description du typhus aussi complète que cela nous a été possible, nous avons long-temps médité sur les ouvrages de Pringle, Rouppe, Poissonnier-Desperrières, Lind, etc.; nous avons tiré parti des travaux non moins importans des auteurs contemporains ; nous avons surtout pris pour guide le traité d'Hildenbrand et mis à profit les notes et additions dont il a été enrichi par son traducteur (1).

Dans le travail soumis par nous au jugement de l'Académie , nous avions cru devoir diviser notre sujet en six chapitres , dans chacun desquels a été successivement faite l'exposition graphique , analogique et différentielle du typhus et des fièvres typhoïdes sous le rapport 1° des causes, 2° des symptômes, 3° de la marche, de la durée, du pronostic , des crises , des complications , des terminaisons , 4° des altérations des organes et des liquides , 5° de la nature ou cause prochaine , 6° du traitement ; en sorte que, pour mieux établir le parallèle , nous avions ainsi pu mettre en regard et présenter par tableaux chaque partie de la description de ces maladies et en même temps les analogies et les différences correspondantes. Mais l'impression dans les Mémoires de V Académie , dont notre travail a été jugé digne, devant nous faire renoncer à ce plan , nous avons adopté une division nouvelle en trois parties dans lesquelles il est successivement traité l°de l'histoire des fièvres typhoïdes, 2° del'histoire du typhus, 3° des analogies et des différences qui peuvent exister entre ces maladies. Ce mémoire est suivi d'une récapitulation générale de toutes les analogies et différences que nous avons constatées entre le typhus et les fièvres typhoïdes , et terminé par un appendice contenant, résuméessous forme de tableaux synoptiques, soixantequatorze observations qui ont en partie servi de base à nos re-

(1) J.-V. Hildenbrand, Du typhus contagieux : suivi rie quelques considérations sur les moyen* d'arrêter ou d'éteindre la peste de guerre ou autres maladies contagieuses, traduit de l'allemand par J.-Ch. Gasc. Paris , 1811 , in-S.

cherches sur les fièvres typhoïdes , observations qui doivent ici , comme toujours, tenir une place importante, parce que, ainsi que l'a dit Baglivi , elles sont comme la pierre de touche qui sert à éprouver les théories en médecine.

On voit , par ce qui précède , que , dans ce travail , où nous nous sommes surtout montré jaloux de faire preuve d'un esprit exempt de prévention, mu par un ardent amour de la vérité et guidé par l'observation et le raisonnement d'après les préceptes si connus d'Hippocrate, de Baglivi, de Bacon, nous avons non seulement tâché Refaire connaître les analogies et les différences qui existent entre le typhus et les fièvres typhoïdes ainsi que l'exigeait la question proposée par l'Académie , mais que nous avons de plus essayé de donner une description de ces maladies, autant du moins que le permet l'état actuel de la science. Puissionsavoir jeté quelque jour sur une question si importante !

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