‹ Des fractures chez les syphilitiquesChapitre 22 sur 101 · OBSERVATION XIII · texte numérisé non relu

OBSERVATION XIII

Joh. Kugler, Pracktische Abhaudl. Sämmlt, Knochenbr. an Mensch, Korper. Vienne, 1837, p. 9. D'après Gurlt, p. 181.

L'auteur a observé, en 1831, à la Clinique chirurgicale de Vienne, un ancien syphilitique, qui s'était fracturé l'humérus droit dans son lit, sans cause appréciable.

Si nous voulions continuer à passer en revue les cas où, sous l'influence de la syphilis, la fragilité osseuse a été constatée, noùûs aurions à relater ici un nombre considérable d'observations qui {trouveront mieux leur place ultérieurement. Aussi bien, pour démontrer la réalité de l’assertion par laquelle nous avons commencé ce chapitre, suffit-il des observations que nous venons de grouper en une sorte de revue historique.

Étant admis qu'un sujet syphilitique est, dans certains cas, prédisposé aux fractures, il me reste plusieurs points à étudier pour établir par quel procédé la syphilis arrive à causer les solutions de continuité des leviers osseux,

Quelques auteurs, pour expliquer la fragilité des os chez les syphilitiques, ont mis le mercure en cause. On a vu, dans ce qui précède, l'opinion de quelques auteurs anciens. « Maïs, comme le dit Follin (1), il n’y a à cet égard que l’assertion générale des antimercurialistes, assertion dont j'ai fait bonne justice ailleurs, » (Arch. gén. de méd.;

(D Follin. Traité élémentaire de pathologie externe, t. II, p, 746.

5° série, t. III, p. 466 (1).» Nous ne pouvons entrer ici dans cette discussion. Les antimercurialistes sont, du reste, devenus très rares aujourd’hui, et point n’est besoin de réfuter leurs doctrines.

La syphilis agit donc par elle-même comme cause prédisposante des fractures, mais comment? Est-ce en tant que maladie générale causant une sorte d’ostéomalacie mal déterminée ? Est-ce en tant que produisant des lésions locales, qui affaiblissent individuellement un os au niveau du point où elles se manifestent? Enfin, quelle que soit celle de ces deux hypothèses que les faits vérifient, quelle est la période où la syphilis exerce une action nuisible sur le système osseux, et faut-il mettre sur le même plan la syphilis secondaire et la syphilis tertiaire ?

La plupart des auteurs classiques se bornent à mentionner la syphilis comme cause prédisposante vague, la rangeant à côté du diabète, du scorbut, etc. : tels Nélaton (2), Follin (3), Gross (4), Vallette (5), Terrier (6), Guyon (7), Erichsen (8), Hornidge (9), Dusterhoff (10), Gurit (41), etc.

(1) Cette indication, prise textuellement dans Follhn, id., ibid., est fausse. La vraie est Arch. gén. de méd, 5€ série, t. XVIII, p. 466.

(2) Elém. de pathol. chir., Paris, 1844, t. I, p. 638.

(3) Traité de pathol. ext., t. II, 746.

(4) À system of surgery, Philadelphia, €, I, p. 855.

(&) Dict. Jaccoud, t. XV, p. 433. Art. Fractures.

(6) Manuel de pathol. chir., t. I.

(7) Cours de Faculté, inédit, 1880.

(8) Science and art of Surgery. London, 1877, t. I, p. 390 et 353.

(9) System de Holmes. Pathol. gén. des fractures, par T.-K. Hornidge, revue par W.-H.-A. Jacobson. London, 1885, 1. I, p. 403.

(10) Arch. de Langenbeck, Band XXII, Heft 4,

(11) Gurit. Handbuch der Lebre von den Knochenbrüchen, 1 theil, p. 177. Franckfurt A. M., 1860.

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Gurlt, cependant, lui consacre un chapitre assez étendu, dans lequei il rapporte 45 observations, dont nous avons cité quelques-unes sur sa foi, Il est vrai que, pour cet auteur, si l’on considère la fréquence de la syphilis et la rareté des fractures spontanées, la syphilis est rarement une cause prédisposante aux fractures. D'autre part, il se demande si le mercurialisme n’a pas sa part. Toutefois, malgré ces restrictions, Gurlt est un des rares écrivains qui spécifient bien l’influence de la syphilis tertiaire; il pense à l'influence locale des lésions osseuses, mais regrette de manquer d’aulopsies pour affirmer le fait. Ailleurs, enfin, dit-il, il peut y avoir atrophie générale du système osseux, et il cite à cet égard les observations de Delpech (obs. XI) et de Vénot (obs. XX VIII). Nous verrons ultérieurement ce qu'il faut penser de ce fait.

Hamilton (1), lui aussi, spécifie « la syphilis à la période tertiaire >». En cela, 1l a incontestablement raison. Toutes les observations où l’âge de la syphilis est noté en font foi; dans toutes là vérole est arrivée à sa période tertiaire. Cela est aisé à comprerdre., Dans quelques circonstances, la syphilis secondaire altère notablement la santé générale de l'individu, mais jamais elle ne lui imprime cette cachex'e qui caractérise certaines syphilis invétérées. Si, d’autre part, on considère les lésions syphilitiques osseuses locales dans leurs rapports avec les fractures siégeant à leur niveau, on se rend compte immédiatement de la différence qu’il doit y avoir à ce point de vue entre les périostoses de la syphilis secondaire et les gommes osseusés dé la syphilis tertiaire. Sans doute, la syphilis secondaire frappe le sys-

() Hamilton. Traité pratique des fractures et des luxations, trad, par Poin= sot, Paris, 1884, p. 4.

CR ES tème osseux, mais sans y produire ces lésions profondes, destructives, telles que l’os affaibli se rompt au moindre effort.

L'influence de la syphilis est-elle générale ou locale ? L'opinion qui accuse les gommes des os n’est, certes, pas récente, et si nous avons vu Delpech se refuser à admettre une relation entre la carie et la vérole, nous avons cité par contre un passage d’un auteur plus ancien que lui, Daniel Turner, pour lequel la syphilis engendre des lésions osseuses destructives capables d'expliquer la fragilité des os dans l'observation de Marcellus Donatus. Mais il serait fastidieux de recommencer une revue historique à propos de cette discussion. Nous nous contenterons de citer quelques-uns des auteurs récents qui soutiennent l'influence exclusive des lésions locales de la syphilis osseuse. Parmi eux se trouvent Lancereaux (1), Hennequin (2). En Allemagne, Volkmann (3), auteur d’un article classique, admet que tout ce qu’on a écrit sur la carie et la nécrose syphilitique, sur la fragilité et l’atrophie des os chez les syphilitiques se rapporte à des cas d’ostéite gommeuse.

En somme, l’opinion qui tend à prédominer, c’est que la syphilis agit en déterminant en un point donné des lésions qui diminuent à ce niveau la résistance de l'os, et il est hors de doute que la majorité des faits confirme cette hypothèse.

L'existence de ces lésions au point fracturé est, en effet, souvent démontrée cliniquement, quand on a constaté en

(1) Lancereaux. Traité de la syphilis.

(2) Hennequin. Des fractures du fémur et de leur traitement par l'extension

continue, 1877, p. 4.

(3) Volkmann. Handbuch von Pitha und Billroth, Art, sur les maladies des

os. Bd. II, Abth IT, 1865.

Se ee cetendroit soit la présence d’une exostose, soit des douleurs plus ou moins tenaces, plus ou moins invétérées. Voici quelques observations où l'influence locale est d’une évidence indiscutable. La première a trait à un enfant chez lequel on pouvait aisément croire à de la syphilis héréditaire; la lésion fut constatée à l'autopsie.

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