OBSERVATION XXIII
Syphilis. Fracturés spontanées du fémur. Traitement par l'iodure de potassium. Consolidation, par A.-C. Robert.
{In Conférences de clinique chirurgicale, Paris- 1860, p. 498).
Au n° 1 de la salle Saint-Jean (Hôtel-Dieu), est couché un homme, âgé de 50 ans, le nommé Louis D..., qui présente un exemple remarquable de fracture spontanée, suivie de consolidation.
Cet homme est commissionnaire à la Halle, c'est-à-dire que chaque jour il se livre à des travaux très rudes. Il est de petite taille, mais il a une constitution vigoureuse; il se nourrit bien, le logement qu'il habite n’est pas humide; enfin, dans ses antécédents on ne trouve qu’une maladie vénérienne qui remonte à vingt ans environ : il eut alors des chancres qui ne tardèrent pas à disparaître, et qui sont aujourd’hui représentés par des cicatrices parfaites. Depuis lors, il n’a jamais eu d'accidents secondaires, ni tertiaires, pas de syphilides, pas de plaques muqueuses, pas de douleurs ostéocopes. Il y a environ deux ans, D... commença à ressentir des douleurs erratiques dans les membres inférieurs; il consulta un médecin qui crut à l’existence d’un rhumatisme et le soumit en conséquence à un traitement consistant en bains sulfureux et douches ; mais le malade n’en éprouva aucune amélioration,
Ces douleurs n’ont pas disparu et ont persisté pendant dix-huit mois, variant seulement d'intensité.
Enfin, le 15 mars 1858, cet homme descendait paisiblement l'escalier de sa maison pour se rendre à son travail, lorsque tout à coup il sentit un craquement dans la cuisse droite, il tomba et ne put se relever,
Que l'on remarque bien ce fait que la fracture du fémur a eu lieu avant la chute, et que c'est elle qui a déterminé la chute.
Le malade fut immédiatement transporté à l'hôpital Cochin, où
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M. Gosselin lui appliqua un appareil de Scultet et prescrivit l’iodure de potassium, Au bout de deux mois de traitement, le 24 mai, la fracture était consolidée, le malade put quitter l'hôpital. On constatait alors l’état suivant : le fémur a été fracturé au-dessous des trochanters, le cal est volumineux, le membre est un peu atrophié; il y a un raccourcissément d'au moins 4 centimètres, le malade peut, quoique difficilement, marcher avec des béquilles.
Après avoir passé quelque temps à l'Asile de Vincennes, D... est retourné chez lui, où il a gardé le repos, espérant sé rétablir bientôt; mais enfin, ne voyant aucune amélioration et ne pouvant, dans l’état où il est, songer à reprendre son travail, il se décide à entrer à l'Hôtel- Dieu.
Si j'appelle votre attention sur ce malade, ce n’est pas au point de vue du traitement, car je ne vois pas ce que l’on pourrait faire pour améliorer sa position, mais c’est parce qu'il présente un exemple curieux d’une fracture survenue spontanément et qui a pu se consolider.
De même encore, pour le fait de Gross, pour celui de Nœdopil. Dans ce dernier, pourtant, il n’est pas dit si l’iodure fut administré lors de la première fracture.