OBSERVATION XXIX
Fractures multiples, de cause musculaire, chez un syphilitique, Consolidatién : normale. Cessation de la fragilité des os par le traitement spécifique,
(Breschet, Art. Pseudarthrose du Dict. en 30 vol., t. XXVI, p.228. Paris, 1842).
Je puis rapporter un cas très curieux de syphilis constitutionnelle chez un sujet adulte, qui rendait chaque jour avec son urine une grande abondance de sel calcaire et qui s’était fracturé dans son lit, par la seule force des contractions musculaires, plusieurs fois les cuisses et les bras. Des médecins de la capitale, et je citerai entre autres Dupuytren et le D' Koreff, ne soupçonnèrent pas l'existence de la cause vénérienne, Je traitai ce malade par le rob de Laffecteur et je fis disparaitre cette fragilité des os. Ce que je trouve de remarquable chez ce sujet, c’est que les membres fracturés, étant placés dans un appareil et maintenus immobiles, se consolidaient parfaitement bien.
Ce fait est le seul réellement incontestable, où il soit expressément noté que le traitement antisyphilitique a servi non pas à faire consolider les fractures, mais à faire cesser la fragilité du système osseux. Mais cela étant passé, il est d’autres faits que l’on peut interpréter ainsi : ce sont ceux où l’on obtient, sans traitement antisyphilitique, une consolidation rapide d’une fracture spontanée. Cela cadre mal avec l’hypothèse d'une lésion osseuse préalable. Sans doute, il y a quelques cas, dont nous parlerons plus tard, où malgré cela la réunion s’est bien faite. Mais ce sont des exceptions et d'autre part, il ya des observations où aucun changement de volume de l’os n’est noté, où aucune autre manifestation n'indique que l’individu soit sous l'influence
pot
d’une poussée gommeuse actuelle. On trouvera plusieurs
fait de ce genre dans le courant de cette thèse.
Dès lors, il y a un certain rapprochement à établir entre les fractures spontanées dues à l'influence générale de la syphilis et celles que certains auteurs ont décrite dans l’intoxication mercurielle. Virchow{{)distingue la seconde des premières en se fondant surtout sur leur consolidation rapide. D'après Gurlt (2), Jünken rapporte, au dire de deux médecins d'Almaden, que les ouvriers des mines de mercure sont forts sujets aux fractures, mais en guérissent sans dif. ficulté. Mais alors, nous dira-t-on, les observations précédentes dépendent d’une fragilité hydrargyrique des os; elles sont en général anciennes, datent d’une époque où le mercure était employé jusqu’à salivation intense,
Peut-être est-ce vraipour quelques cas. Mais que répondra-t-on à l'observation de Breschet? C'est précisément le mercure (3) qui a fait disparaître la fragilité du système osseux.
Nous venons de parler assez longuement de la consolidation dans certains cas déterminés ; c’est empiéter sur le chapitre suivant. Maïs la démonstration que nous venons d'exposer forme un tout que, selon nous, il y avait intérêt à ne pas diviser en deux moitiés, dût le plan de la thèse en être un peu altéré.
Enfin, il est encore un argument en faveur de la possibilité de l'influence diathésique obscure qui vient de nousoc-
cuper.
1) Virchow's Archiv , 1859, t. III, p. 231, d'après Follin. Loc. cit,
( (2) Gurlt. Loc. cit., p. 182.
(3; Le rob de Boyveau Laffec'eur est du sirop de salsepareille additionné de
sublimé,