‹ Des fractures chez les syphilitiquesChapitre 50 sur 101 · OBSERVATION XXXIX · texte numérisé non relu

OBSERVATION XXXIX

Syphilis secondaire. Pas de consolidation au bout de 55 jours. Réimmobilisation et traitement par les pilules de Ricord. Au bout de quinze jours, commencement de consolidation, On cesse les pilules. Aucun progrès au bout de quinze jours, A partir de ce moment, traitement mercuriel régulier. Consolidation en trois semaines, par Ollier.

(In Durand. Th. Paris, 1870, n°22, p. 12).

A. C..., garçon boucher, âgé de 25 ans, entre à l’'Hôtel-Dieu de Lyon, dans le service de M. Ollier, le 15 septembre 1868.

Dre 10! er

Constitution robuste, aucun antécédent syphilitique.

On constate une fracture du péroné au-dessus de la malléole externe et une fracture très oblique du tibia à 8 centimètres au-dessus de la malléole interne, Au niveau de cette dernière fracture, épanchement sanguin considérable, Le fragment supérieur du tibia fait saillie sous la peau qu’il menace de perforer.

On applique immédiatement un bandage plâtré, avec une fenêtre au niveau de la frac*ure, pour permettre l'application de la pointe métallique. La réduction est complète et se maintient exactement, La pointe est très bien supportée les jours suivants.

Le 24. Le malade paraît souffrir; on retire la pointe’et on ne la réapplique que le 28.

21 octobre. On enlève l'appareil. En explorant superficiellement le membre au niveau de la fracture, il semble ue les fragments soient réunis; mais un examen plus attentif fait constater l’absence complète de soudure ; des adhérences selides se sont établies entre les fragments et les maintiennent assez exactement en contact.

Le malade interrogé une seconde fois sur ses antécédents affirme n'avoir jamais eu d'accidents syphilitiques.

On enveloppe le membre dans un nouveau bandage, et, le 2 novembre, on réapplique la pointe de M, Ollier; on la laisse en place jusqu’au 19 novembre,

Alors, en présence d’une désunion permanente des fragments, M. Ollier soupçonne l'existence d’une syphilis. Le malade affirme toujours n’avoir jamais eu d’accidents. On examine la verge, et on trouve une induration de la grosseur d’un pois, sur le prépuce, ou, pour mieux dire, un chancre induré complètement guéri. Le malade, dit-il, re s’en est jamais aperçu et n’a eu encore aucun accident secondaire. [l accuse un coït suspect vers les premiers jours de septembre, c’est-à-dire quinze jours avant son entrée à l’'Hôtel-Dieu.

La pointe métallique est réappliquée et on institue un traitement mercuriel : 4 pilule Ricord pendant quelques jours, puis 2, puis 3. Au bout de quinze jours, commencement de réunion. On interrompt le traitement antisyphilitique, et, au bout de quinze autres jours, la consolidation ne fait aucun progrès.

On reprend le même traitement, et, au bout de trois semaines, c’està-dire vers la fin de décembre, le malade peut marcher. Le traitement mercuriel n'avait plus été interrompu. Il partit le 1er janvier, pour l’hospice des convalescents, la guérison a été complète.

Voyons maintenant ce qui se passera lors de fracture survenant chez un syphilitique parvenu à la période tertiaire de l'infection. [cila question se complique, car, à côté des faits où la fracture survient, par une cause traumatique, en un point quelconque de l'os, il faut tenir compte et grand compte de ceux où il se produit une fracture dite spontanée. Nous nous sommes déjà expliqué sur la fragilité générale du système osseux, et pour ne pas scinder cette étude nous avons étudié la consolidation rapide dans ces circonstances,

Reste maintenant le cas de lésion osseuse locale. Alors on a affaire à une pseudarthrose ostéophytique. Une gomme existait et tendait à s’accroître, si bien que l’os s’est rornpu. Une fois la rupture accomplie, la lésion n’a aucun motif pour rétrocéder; c’est-à-dire que la fracture ne tendra pas à se consolider. Qu'on parcoure ros observations du Ch. Ï]; dans quelques-unes de celles qui concernent les fractures par lésion locale, la consolidation a été rapide. Mais si on y regarde de plus près, on constatera que le malade a été soumis d'emblée au traitement spécifique, la spontanéité de la fracture ayant attiré immédiatement l'attention du chirurgien sur la cause diathésique. Une observation relativement ancienne, et à laquelle il a déjà été fait une rapide allusion, est d’autant plus probanté à cet égard qu'elle est suivie d’autopsie.

Page 1