‹ Des fractures chez les syphilitiquesChapitre 49 sur 101 · SIG · texte numérisé non relu

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mis de penser, d’après ce traitement, que la syphilis en était à la période secondaire; d'autre part, vu l’issue d’un fragment au dehors, il s’agit évidemment d'une fracture traumatique. Et d’ailleurs, même si la syphilis secondaire exerçait une action notable sur la consolidation des fractures, on ne pouvait tirer aucune conclusion de ces faits où le traitement mercuriel n’a pas été un seul instant interrompu.

Mais voici des observations plus précises. La suivante, outre la rapidité de laconsolidation, est intéressante en ce qu'on y voit un cal énorme se former. Il est admissible que la vérole soit en cause pour cela, et qu'elle ait exercé son action hyperostosante de la périvde secondaire au niveau du foyer de la fracture. On pourrait à la rigueur dire, en outre, qu’il y a eu dans ce cas une poussée de manifestation syphilitique à distance.

ORSERVATION XXXV.

Syphilis secondaire. Fracture de jambe guérie dans les délais normaux.

(Folinea, Trad. par Petit, Arch. gén. de méd., juillet 188], 7 série, t. VI p. 31.)

Genovese (Philomena), syphilitique, n’a eu que le chancre initial et la polyadénite consécutive, Pas d'accidents généraux.

Fracture traumatique de la jambe droite; immobilisation dans un appareil plâtré. Huit jours après, papules muqueuses vulvaires au nombre de six, qui restent stationnaires.

Rien à la bouche, à l’anus et sur le reste du corps. Par le traitement mercuriel, ces papules guérirent en 20 jours. Au 40€ jour, on leva l'appareil ; la fracture était consolidée avec un cal énorme, La malade resta encore quinze jours en observation, pendant lesquels survinrent des papules cutanées non confluentes qui cédèrent rapidement à une reprise du traitement mercuriel. Elle ne voulut pas rester plus longtemps à l'hôpital et sortit guérie de sa fracture.

L'auteur de cetie observation ne s'étonne pas du résule

tat obtenu. Nous n’en dirons pas autant de notre collègue Wickham qui vient, avec le fait suivant, combattre l’opinion de « certains auteurs qui prétendent que le retard dans la consolidation des fractures est la règle, lorsque de telles lésion surviennent chez des syphilitiques en pleine. période secondaire et que le chirurgien n’a pas la précaution d’avoir recours aux mercuriaux pendant la formation du cal. » Nous objecterons à cette manière de voir que, dans nos nombreuses recherches sur ce sujet, nous n’avons vu aucun auteur incriminer la période secondaire. Tout au contraire, presque toutes les observations concernent la période tertiaire — et d'autre part nous ferons remarquer que le traitement antisyphilitique n’a pas été si nul que Wickham semble le croire puisque le malade prenait de l’iodure de potassium.

OBSERVATION XXXWI.

: Fracture de jambe chez un syphilitique en pleine évolution des accidents secondaires. Traitement spécifique. Consolidation rapide, par E. Wickham.

(In France médicale, 17 août 1882, t. II, p. 222.)

X..., âgé de 37 ans, entre le 20 avril 1882, dans le service du D' Mauriac, à l'hôpital du Midi, pour une syphilide papulo-squameuse généralisée, dont le début remonterait à un mois et demi environ. La date exacte de l'apparition du chancre initial ne peut être notée, le malade n'ayant jamais constaté, au niveau de ses organes génitaux ou ailleurs, une ulcération quelconque.

Malgré cela, la nature de l’éruption est indéniable; l'exploration des aines et de la nuque révèle la présence de ganglions multiples, durs, isolés, roulant facilement sous le doigt; de plus une céphalée tenace vient troubler le sommeil du malade,

Un traitement mercuriel (pilules de protoiodure, bains de sublimé) est institué lusqu'au 26 mai, jour de son admission dans le service de mon excellent maître, le D' Horteloup; cette admission était nécessitée par une fracture qui était survenue dans des conditions spéciales.

En effet X..., à l’âge de 5 ans, a été soigné à l'hôpital de Bruxelles

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pour une fracture probable de la rotule du côté droit, ayant entraîné des désordres articulaires, d’où atrophie des muscles du membre inférieur et rétraction de la masse musculaire postérieure de la cuisse.

Aujourd’hui la jambe est immobilisée à angle droit avec le segment supérieur du membre, ce qui permet au malade de marcher le genou appuyé sur un pilon.

Le 26 mai, X... était debout le long de son lit, lorsque l'extrémité de son pilon a glissé entre le lit et le plancher; la jambe droite s’est trouvée prise entre le sol et le pilon, une fracture indirecte des deux os de la jambe s’est produite à 6 ou 7 centimètres au-dessous de l'interligne articulaire fémoro-tibial.

Nous avons appliqué immédiatement un appareil ouaté, silicaté, consolidé par des attelles en bois; le mercure a été supprimé à partir de cette époque, mais, vu les phénomènes céphaliques, l’iodure de potassium a été continué à la dose de 2 grammes par jour.

Trente-trois jours après l'accident nous avons levé l’appareil : la consolidation était parfaite. Ajoutons que l’éruption syphilitique était plus intense et plus généralisée qu’au moment de l’entrés dans notre service.

Ainsi donc, nous nous trouvons en présence d’une fracture des deux os de la jambe survenue chez un syphilitique en pleine période secondaire, dont la consolidation a été hâtive; en ce cas particulier, la syphilis semble avoir exercé une action plutôt bienfaisante. :

Ce fait nous a paru intéressant, puisque certains auteurs prétendent que le retard dans la consolidation des fractures est la règle, lorsque de telles lésions surviennent chez des syphilitiques en pleine période secondaire et que le chirurgien n’a pas la précaution d’avoir recours aux mercuriaux pendant la formation du cal.

OBSEKVATION XXXVII,

Fracture de clavicule chez un vieillard en pleine évolution d'accidents secondaires. Traitement mercuriel. Consolidation rapide, par Ricord.

(In Bull. gén. de thér, méd. et chir., 1842,t. XXIII, p. 304.)

Une opinion généralement admise, c’est que l'existence d’une syphilis constitutionvelle s'oppose à la consolidation des fractures: une autre idée également accréditée aussi, c'est que l’administration du mercure est contre-indiquée pendant l'existence d’une fracture : les propriétés liquéfiantes ou antiplastiques de ce médicament devant s'opposer à sa consolidation. Ces principes, qui ne sont point exacts, ont un grand danger, car ils peuvènt empêcher certains praticiens de traiter

la syphilis par les mercuriaux chez un sujet actuellement en traitement pour une fracture, et ce retard dans l'emploi du remède peut aggraver les conséquences de l’empoisonnement syphilitique constitutionnel,

Il est donc important de mettre sous les yeux de nos lecteurs une observation qui l'es rassure sur la portée que peuvent avoir sur la solidification des os la syphilis et le mercure. À

Un marchand revendeur dans les rues, âgé de 60 ans, mais affaibli, et décrépit par suite d'excès de tous genres, et auquel on aurait donné à son extérieur, 75 äns, fait une chute douze jours avant son éntrée à l'hôpital, et se fracture la clavicule droite à la partie moyenne. Le 2 septembre, il est reçu à l'hôpital du Midi pour cette lésion et placé -dans les salles de chirurgie de M. Ricord, où il est examiné, En outre de sa fracture, cet homme portait sur tout le corps une syphilide papulo-squameuse ; on voyait sur le gland les cicatrices indurées de plusieurs chancres qu'il avait pris, disait-il, deux mois auparavant, et de plus, des engorgements ganglionnaires inguinaux.

On appliqua sur ce malade le bandage au bonnet de coton dé M. Simonin (de Nancy); mais comme c'était la première fois qu’on l’employait et que sans doute il n’était pas bien disposé, il ne maintint pas bien la fracture et 1l fut remplacé par le bandage en écharpe. Dès le même jour, le malade fut mis aux mercuriaux pour le traitement de sa syphilide ; il prit d’abord une pilule de 5 centigrammes de protoiodure dé mercure, et, le dixième jour, deux pilules du mème remède, aidé dans son action par la tisane et le sirop sudorifiques. Le douzième jour, on remarquait déjà une modification des plus avantageuses dans les plaques syphilitiques de la peau.

Enfin, malgré l’âge avancé du malade, malgré sa faiblesse, sa décrépitude, en dépit de l’iufection syphilitique constitutionnelle bien constatée par des preuves irrécusables, malgré encore le traitement mercuriel que le sujet a continué et qu’il suit encore, sa fracture était parfaitement bien consolidée au bout du vingtième jour du traitement. En ce moment cet homme est presque entièrement guéri de sa syphilide; il ne reste plus que les taches brunes de la période de réparation.

Pour terminer ce quiatrait à la guérison rapide des frac: tures traumatiques dans la syphilis secondaire, nous né saurions mieux faire que de citer les lignes suivantes empruntées à M. Petit (thèse citée, p. 26). « On sait, en effet, que la syphilis constitutionnelle, à la période secondaire, n’attaque que la peau et les muqueuses, et à la période

Fa Couee tertiaire les viscèreset les os : elle est superficielle pendant un certain temps et ce n’est que plus tard qu’elle se porte sur les tissus profonds. Si donc une opération d’une lésion traumatique quelconque guérit bien chez un individu porteur d'un chancre et avant toute manifestation de syphilis constitutionnelle, si une fracture suit une marche régulière chez un autre qui n’aura que des accidents secondaires, il me paraît peu logique d’en conclure que la plaie du tégument guérirait aussi bien si l'individu avait des accidents secondaires, et la fracture s’il avait des gommesou des périostoses. »

Mais il ne faudrait pas croire qu'un syphilitique à la période secondaire guérisse constamment bien d’une fracture. C’est la règle, mais elle a des exceptions. La règle résulte de ce qu’à cette période le sujet est rarement cachectique et qu’il n’a pas de lésions osseuses compromettant la solidité du squelette. La seconde condition ne se réalisera dans aucun cas, mais la première peut exister et de même que la vérole peut, uniquement en tant que diathèse, causer la fragilité du système osseux, 'elle est capable, dès son début, de débiliter un sujet qui, dès lors, s’il est atteint de fracture, sera exposé à une pseudarthrose. C’est ainsi, croyonsnous, qu’on peut interpréter les deux observations suivantes. Une autre analogie les unit, sans que nous cherchions à en tirer de conclusion. Ces deux malades ont eu la fracture entre l’apparition da chancre et le début des accidents secondaires, c’est-à-dire pendant la période tout à fait initiale de la syphilis. Y a-t:1l à cette époque quelque chose d’un peu spécial? Nous n’en savons rien, Mais il est remarquable que les deux seul cas où nous ayons vu le retard du cal avant la période tertiaire, soient précisément

tous deux analogues à ce point de vue.

OBSERVATION XXXVIII (résumée).

Syphilis latente amenant un retard de consolidation de sept mois, dans une fracture du tibia. Guérison rapide par le traitement spécifique, par J.- Wilson Steele.

(In Lancet, 1873, t. II, p. 627).

Pierre R., , âgé de 30 ans, fut reçu le 17 mars 1873, pour une fracture oblique du tibia à l’union du tiers moyen et du tiers inférieur. Réduction facile et immobilisation. A la levée de l'appareil au bout du temps habituel, Ja jambe était à l'état de plaie,

10 juin. Même état. On emploie la méthode de Dieffenbach, pour enflammer les fragments, |

29 juillet. On enlève les pinces qui ont amené de la suppuration.

40 août. Toujours mème état.

Le 13. On constate sur la face et le corps une éruption érythémateuse en même temps qu’une poussée d'iritis à gauche. On prescrit un douzième de grain de bichlorure de mercure uni à 40 grains d’iodure trois fois par jour.

8 septembre. Le malade sort la jambe consolidée. Il nie toujours tout antécédent vénérien, quoiqu'il avoue s'être exposé à la contagion neuf semaines avant son entrée à l'hôpital.

On pourrait objecter que c'est une simple coïncidence : il survient bien des pseudarthroses chez des sujets non syphilitiqués. Mais M. Ollier a vu la consolidation suivre dans sa marche les oscillations auxquelles on soumettait le traitement hydrargydique. C’est donc bien la syphilis qui était en cause,

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