OBSERVATION XLVI
(Arnott. London med. Gaz., 1840, t. XX VII, p. 447.)
M. Arnott montre les os d'une jambe d'un de ses malades de Midälesex hospital. Il rapporte d’abord sommairement l'histoire clinique. Le patient, âgé de 22 ans, au mois de mai-juin précédent fut soigné par un chirurgien pour des éruptions cutanées et pour une nodosité du tibia droit. Du mercure fut administré et le malade quitta l'hôpital, guéri de son éruption. Mais la tuméfaction du tibia persistait à un léger degré. Sept jours après sa sortie, le malade revint pour une fracture simple de la jambe droite, au niveau de la nodosité. Cela était survenu dans une chute par un faux pas. La fracture étaitoblique; des spasmes musculaires empêchèrent la contention exacte. Quelques jours après, une ulcération se produisit sur le tégument, au point soulevé par les fragments, et du pus se forma autour de l'extrémité des os. Divers moyens furent essayés pour vaincre la disposition des muscles aux spasmes et pour rendre à la jambe sa longueur, car elle était fortement raccourcie; aucun ne réussit. La suppuration devenait de plus en plus abondante et sanieuse, les altérations osseuses de plus en plus profondes. Croyant à une influence constitionnelle, Arnott donna d’abord du mercure associé à la salsepareille et à l’iodure de potassium; puis il administra le sublimé. Il eut alors une légère amélioration, mais pas de consolidation ; alors il appliqua un appareil assurant l'immobilité
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tout en permettant au malade de marcher avec des béquilles et il eut recours aux toniques; puis il revint au mercure jusqu'à salivation. Comme tout échoua, une incision fut faite jusqu'aux os pour voir s'il n'y avait pas un séquestre; aucun séquestre ne fut trouvé. Enfin, l'amput ation fut pratiquée. Pendant son long séjour à l’hôpitat, le malade n'eut pas de manifestation syphilitique (10 mois),
Le péroné était parfaitement consolidé, mais les deux bouts du tibia sont cariés, suppurent.
Arnott conclut de là que «la marche défavorable de la fracture tient à ce que cette fracture eut lieu en un point de l’os primitivement malade. I1 résulte de ce qu'il y avait une maladie de l’os en ce point, que le pus s’accumula de bonne heure autour des fragments du tibia, de sorte que la fracture de simple devint compliquée et qué la carie envahit les extrémités osseuses. » Mais si Arnott voit clairement l'influence de la lésion tibiale sur la pseudarthrose, il conteste l'influence de la syphilis en se fondant surtout sur la consolidation parfaite du péroné. Mais pourquoi le péroné ne se serait-il pas consolidé s’il n'avait de lésion locale? Sa fracture est une fracture accidentelle, survenant chez un syphilitique tertiaire, et là l’action diathésique ne s'exerce pas forcément. On peut encore objecter que le malade n’a pas eu d’autres accidents vénériens pendant les dix mois de son séjour à l'hôpital. L'observation démontre qu'il en est parfois ainsi, et que Ja syphilis latente peut agir tout aussi bien que la syphilis patente. Enfin, tirera-t-on un argument de l’inefficacité du mercure? Nous nous occuperons de ce fait dans un instant.
Mais il serait imprudent d'affirmer qu’une fracture ne guérira jamais rapidement quand elle se produit en un point osseux malade. Cela est d'apparence paradoxale; il y a là quelque chose qui nous échappe. Cependant le fait semble difficile à nier. On pourra contester la valeur de
NY JEU l'observation de Sellien, de Manzoni, de Geissler, de Parker, où il n’est pas fait mention du traitement mercuriel, pour constater, soit son absence, soit sa présence; d'autant plus que nous n'avons pas pu nous reporter au texte original. Maïs on attaquera difficilement les observations où Brodie, Stanley, ont vu, malgré leurs prévisions, se consolider rapidement une fracture spontanée produite sur un point osseux malade.