‹ Des fractures chez les syphilitiquesChapitre 77 sur 101 · OBSERVATION LXVI · texte numérisé non relu

OBSERVATION LXVI

Fracture de l’humérus. Syphilis en voie d'évolution. Retard de consolidation. Traitement mercuriel. Guérison,

(Folinea. Loc. cit., p. 679.)

Lucie Pirone, 31 ans, paysanne, de très bonne constitution, fut reçue à notre hôpital, le 22 janvier 1876, pour fracture du tiers inférieur de l’humérus droit,

La malade nous raconte qu’un an auparavant elle avait été affectée d'écoulement utéro-vaginal et d’un ulcère à la grandelèvre droite. Guérie des deux lésions après six mois, ellé commence à sentir des douleurs à la bouche et aux parties génitales, Un médecin la cautérisa

(1) Nous devons ce volume à l’obligeance d'un de nos collègues, il manque dans la collection que possède la Faculté.

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avec'le nitrate d'argent et prescrivit sur les parties génitales des lotions avec une eau blanche dont elle ne peut préciser le nom.

‘Dans l'espace d'un mois et demi elle guérit ; peu de temps avant elle avait remarqué des pustules sur son corps, mais à cause du peu d’ennui qu'elle en éprouvait, elle crut opportun de ne pas y porter remède. Ces pustules allaient en se desséchant, lorsqu'elle tomba d’un char et se fractura l’humérus.

” Sur la peau, on observait des pustules d’acné, mais non disséminées et en voie de guérison. Nous appliquâmes un appareil amavo-inamovible en plâtre et le malade partit deux jours après.

Au bout de trente-cinq jours, alors qu’elle revint à l'hôpital pour se faire enlever l'appareil, nous trouvâmes une éruption bien nette de syphilides pustuleuses, mais cette fois abondantes et disséminées,

L'anpareil enlevé, nous pûmes constater que l'os n’était pas consolidé, et que les fragments jouissaient d’une certaine mobilité.

Nous crûmes alors que la syphilis pouvait être la cause de ce défaut de guérison, et nous conseillämes à la patiente de faire remettre l’appareil, tandis qu’à l’intérieur elle serait soumise au traitement par le sublimé corrosif.

La malade accepta docilement nos conseils, et nous la renyoyâmes en province au bout d’un mois. Les syphilides cutanées et la fracture étaient alors guéries.

Voilà donc des faits nombreux qui démentrent que les retards de consolidation, et par conséquent, si on n'y prend garde, les pseudarthroses sont un résultat assez fréquent de la syphilis, lorsque cette diathèse en est à. la période tertiaire. Par quel processus s'exerce cette influence ? Comme le dit Bérenger-Féraud, dans un passage précédemment cité, deux modes d’action sont possibles : ou bien cela dépend de la cachexie où la vérole a plongé le sujet; ou bien, et cela est probablement le plus fréquent, le foyer traumatique est le siège d’une néoplasie gommeuse. Duesterhoff (1) admet la possibilité de ces. deux

(1) Duesterhoff, Influence de la syphilis constitutionnelle sur le cours des plaies de guerre: Centralbl. med., 1878, p, 799, Zangenbeck. Arch, XXII, p.675 et 901.

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modes d'action. D’autres soutiennent que l'influence est

presque toujours, sinon toujours, locale: Cette opinion, au-

jourd’hui assez en faveur, cadrant bien avec les doctrines générales de M. Verneuil sur les manifestations traumatiques des diathèses, est, au reste, loin d’être récente, et dès 1841, Depauew (1) l’admettait. Il est vrai qu'il ajoute : « La carie précède presque toujours la fracture, en sorte qu’elle s'oppose plus souvent à la formation du cal qu’elle ne le ramollit », et qu’il n’a guère en vue D les fractures spontanées.

L'existence de lésion d’ostéo-périostite au niveau d'une fracture chez un syphilitique n'est pas aisée à constater anatomiquement, car lorsque le sujet survit assez au traumatisme pour qu'il puisse se produire des lésions spécifiques, il ne succombe ordinairement pas; et lorsque ultérieurement un autre médecin trouve la pièce accidentelle ment, il n’a pas le commémoratif étiologique di démontre l’origine ne Un dé la lésion.

C’est ce que l’on peut dire de l’autopsie pratiquée par Hanns Chiari et dont voici le résumé :

à OBSERVATION LXVIL. :

: (Hanns Chiari. Vjarsch. f. Dermat, u. Syph., 1882, IX, p. 389.)

Femme, 38 ans, Syphilis datant de plusieurs années, Cicatrices de la peau et du foie, À l'humérus droit, fracture ancienne guérie. L’os à ce niveau est complètement sclérosé, le canal médullaire obturé par du tissu osseux, petit foyer long de 272 centimètres, remplissant le canal médullaire, à centre caséeux, de consistance élastique molle; 5 centimètres plus bas, un autre foyer gros comme une noisette. L'os à ce niveau est inégal, avec bosselure et dépression, Les foyers sont formés, au microscope, de tissu conjonctif, riche, cellules avec caséification

(2) Aug. Depauew. Des causes de ramollissement du col, Th, Paris, 184),

n° 238, p. 54. dt:

ni R—

centrale, moelle voisine congestionnée, avec infiltration de petites cellules adipeuses et pigmentaires. Dans les foyers, les trabécules osseux sont atrophiés.

(Dans quatre cas d'ostéomyélite gommeuse examinés par l'auteur les lésions étaient semblables; mais il n’y avait pas de fracture.)

Mais on peut avoir des pièces provenant d’un membre amputé précédemment our pseudarthrose d’origine syphilitique. Cette opération est rarement pratiquée, il est vrai; mais depuis qu’Arnott (obs. XLVI) y a eu recours dans un cas où il y avait une lésion osseuse préalable, d’autres chirurgiens l'ont faite pour des pseudarthroses de cause trauma‘ique. Ainsi, des lésions d’ostéopériostite ont été relatées par Dupuy (4) à propos d’unefracture du 4/3 inférieur du fémur chez un syphilitique. La consolidation n'ayant pas lieu, l’amputation fut pratiquée. L’os était atteint d’ostéo-périostite, La suppuration était abondante. Le présentateur demande si on jugeait l'amputation indiquée. S'il y avait suppuration modérée, répondit Chassaiïgnac, il fallait réséquer les fragments.

Le traitement local n’a pas souvent été essayé dans les cas où la nature syphilitique a été reconnue à temps. Mais dans un fait de M. Verneuil, la vérole antérieure est bien possible, et étant donné le résultat médiocre de l’intervention locale, elle devient bien probable, malgré la bonne consolidation d’une fracture de cuisse concomitante.

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