OBSERVATION LXXXI
Pseudarthrose de la cuisse, datant de près de six mois, chez un syphilitique. Traitement mercuriel. Guérie par des injections irritantes. «
(Bourguet, d'Aix. In Bull. Soc, chir., 28 janvier 1874, 3° série, t. III, p. 40.)
B..., camionneur, âgé de 34 ans, d’une bonne santé habituelle, conduisait son camion le 28 octobre 1872, lorsqu'une des roues lui passa sur la cuisse gauche.
Transporté à l'hôpital d'Aix, on constate une fracture de cuisse au tiers inférieur.
Réduction impossible, Double plan incliné.
2 novembre, Appareil de Scultet.
29 décembre. Pas de consolidation, Appareil dextriné. On apprend les antécédents syphilitiques du malade, Sirop de Boutigny.
4er février 1873. Même état du membre. Bandage dextriné,
19 mars. Suppression du traitement mercuriel.
3 avril. Même état du membre. Pas la moindre consolidation, raccourcissement de 8 à 9 centimètres. Appareil dextriné. Extension permanente. Des injections d'ammoniaque, puis de solution iodée sont faites au niveau de la fracture. Enfin le 25 novembre le malade est débarrassé de tout appareil et peut marcher avec une canne.
Mais malgré ces quelques observations, il ressort de l’étude à laquelle nous venons de nous livrer, qu’en présence d’une fracture qui ne se consolide pas, on doit songer à la syphilis et à la combattre. Durand loc. cit.), après avoir passé en revue les causes des pseudarthroses, conclut avec justesse :
« De toutes les causes que nous venons d’étudier, aucune n’entraîne fatalement l'établissement d’une pseudarthrose. Mais, nous l'avons vu, il existe dans la science un assez bon nombre d'observations qui prouvent d’une manière évidente que chacune d'elles a pu, dans certains cas, retarder la formation du cal, Une seule, à notre avis, offre un intérêt pratique, qu'il importe au chirurgien de ne pas oublier. Quel inconvénient y a-t-il à ce que le chirurgien, en face d’une fracture coïncidant avec le scorbut ou le typhus, cas nécessairement fort rare, néglige l'influence de ces affections sur la soudure des fragments? Le traitement n’en serait pas modifié. Mais qu’il méconnaisse l’action de la vérole, et les syphilitiques ne sont malheureusement pas bien rares, il peut toujours voir la fracture résister au traitement local le mieux dirigé, accident qu’il évitera à peu près sûrement, si, se rappelant les observations assez nombreuses où la syphilis a entravée la réunion, il administre le mercure, »
Faut-il aïler plus loin et dire que lorsqu'on se trouve en présence d’une fracture chez un syphilitique, il faut toujours faire marcher de pair le traitement local et le traitement général. Quoique l’action dissolvante du mercure sur le cal soit hypothétique, il serait exagéré d'appliquer à tous les cas la médication hydrargyrique. Les fractures se conso: lident anormalement à la période secondaire par exemple; de même dans bon nombre de cas de syphilis tertiaire latente. Mais il faudra commencer immédiatement le traitement antisyphilitique quand il s’agira d’une fracture traumatique chez un syphilitique tertiaire en puissance d’accidents, de plus encore, s’il s’agit d’une fracture spontanée. Sigmund nous présente une série de six fractures traumatiques à résolution normale, pendant un traitement hydrargyrique.