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OBSERVATION IV

Fracture compliquée du tiers inférieur du tibia en V avec prolongement vers l’articulation tibio-tarsienne. — Issue d'un fragment. — Désinfection du foyer. — Suture au fil d'argent. — Plâtre. — Amputation secondaire au tiers inférieur de la jambe.

Louise H..., couturière, 15 rue Vandrezanne entre salle Richet dans la nuit du 27 décembre 1898. Après un réveillon elle reçoit un violent coup de pied à la jambe droite; elle s’affaisse et ne pouvant se relever doit se faire transporter à l'hôpital. Elle présente à la jambe une plaie par laquelle fait saillie un fragment osseux en forme de V. Impossibilité de mouvoir la jambe et de soulever le pied au-dessus du plan du lit. Onse trouve donc en présence d’une fracture compliquée de la jambe, de cause directe et dite fracture en V.

Le fragment supérieur à pointe tournée en bas fait saillie au dehors ; sur ce fragment est un triangle osseux dépourvu de périoste de 1 centimètre environ de hauteur. Le fragment inférieur est au contraire attiré par les muscles en arrière et en dehors. Pas de gonflement mais simplement une ecchymose ressemblant assez comme aspect à un érysipèle bronzé.

Dans la nuit on désinfecte sous chloroforme la plaie qu’on bourre ensuite de gaze iodoformée. On immobilise le membre dans une gouttière et l’on fait une injection de sérum antitétanique.

29 décembre. — La température ayant atteint 39° on

change le pansement.

Cas 30 décembre. — Température 383. Nouveau pansement, 31 décembre. — Température 39°2. La plaie a bon aspect.

Puis la température oscille aux environs de 37 degrés.

2 janvier 1899.— On faitla réäuction de la fracture, on suture les fragments au fil d'argent : gouttière plâtrée avec fenêtre.

Pendant tout le mois de janvier les pansements sont renouvelés tous les deux ou trois jours.

3 février. — La plaie suppure beaucoup (pus fétide), l’état général devient mauvais.

5 février. — La suture osseuse n’a pas tenu. L'état général a empiré, il se produit une hémorragie par la plaie. On

pratique l’amputation circulaire à manchette au tiers supé-

rieur de la jambe.

A l'examen du membre amputé on trouve deux décollements étendus, l’un en avant, Yautre en arrière, pleins d'un pus horriblement fétide. En avant le décollement suit la face antérieure du jambier antérieur, et remonte d'environ 15 centimètres au-dessus du trait de fracture, en arrière le décollement s’est produit au-dessous du soléaire; il remonte moins haut, mais s’étend largement de tous côtés.

Les vaisseaux ne semblent pas être atteints ; mais le nerf tibial postérieur est hypertrophié sur une longueur de 10 cen timètres environ. Tous les tissus environnants sont lardacés, durs, crient sous le scalpel, et les dispositions anatomiques sont difficiles à retrouver. L’articulation tibio-tarsienne est pleine de pus.

17 février. — On enlève les fils de suture de la peau. La plaie a un peu suppuré, mais a bon aspect. On fait un panse-

ment mixte : gaze iodoformée et compresses humides.

Mars 1899. — La plaie bourgeonne rapidement et se referme presque complètement, mais il reste une petite surface qui se cicatrise difficilement ; on la cautérise au nitrate d'argent; on la panse à la gaze stérile et avec de la poudre de Lucas-Championnière.

L'état général de la malade s'améliore très rapidement.

5 avril. — Elle se lève pour la première fois, et soutenue par plusieurs personnes peut faire quelques pas avec sa jambe artificielle. Ç

Les jours suivants la malade marche seule et le 24 avril

elle part en convalescence au Vésinet.

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