INTRODUCTION
Pendant mon internat à l'hôpital Saint-Louis, dans le service de M. le Dr S. Duplay, j'ai eu l'occasion d'observer avec mon maître une variété fort rare de fracture de l'extrémité supérieure du tibia. L'histoire de cette lésion n'étant pas faite, j'ai essayé de combler cette lacune. Mais je n'ai pas tardé à me convaincre que ma tâche était difficile.
L'étude que je me suis proposée embrasse en effet deux affections parfaitement distinctes : les fractures du tiers supérieur du tibia, et celles de l'extrémité supérieure proprement dite.
Sur les premières les documents ne manquent pas. Dès 1850^ Laugier appelait l'attention sur la lenteur de leur consolidation ; et cette idée a été développée dans plusieurs thèses passées à la Faculté de médecine de Paris. Ce sont celles de MM. T)al-
las (1854),Laborderie (1834), Fargeaud (1866), Durochas (1867), Marie (1867).
Plus tard, mon excellent maître, M. le professeur Rich< t, montrait que ces fractures sont dues non-seulement à des causes directes, les seules admises jusqu'alors, mais encore à des causes indirectes, et en particulier à l'arrachement. C'est ce fait que M. Gazeneuve s'est attaché à mettre en relief dans sa thèse (1875).
Mais si nous passons à la seconde partie de notre sujet, c'està-dire aux fractures de l'extrémité supérieure de l'os, nous ne retrouvons plus la même abondance de publications. Les recherches bibliographiques assez nombreuses que j'ai faites, m'ont prouvé que, sur cette matière, la littérature chirurgicale est pauvre.
Astley Cooper consacre quelques lignes à ces fractures, pour ne parler que de leur traitement. Malgaigne, ainsi que nos traités classiques de Nélaton et de Follin, ne font qu'effleurer leur histoire. Les thèses, que j'ai citées plus haut, les confondent dans une même description avec les fractures du tiers supérieur du tibia. M. Poncet, dans l'article qu'il consacre aux fractures de jambe dans le Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques, insiste davantage sur la question, et cite un certain nombre défaits nouveaux.
Cependant les matériaux, puisés à ces diverses sources, étaient complètement insuffisants. J'ai dû rassembler les observations éparses dans les recueils périodiques et dans différents travaux ; j'y ai joint quelques faits personnels ; enfin je me suis basé sur des pièces anatomo-pathologiques, déposées dans les musées de Paris, ou figurées dans le traité de Gurlt (Handbuch der Lehre von den Knochenbrùchen, Frankfurt, 1860-62).
Qu'il me soit permis d'exprimer ici ma gratitude à mon cou-
sin, M. F. Ehrmann, qui a bien voulu faire le dessin des deux planches annexées à ce travail.