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INDICATIONS THÉRAPEUTIQUES

Le traitement des gangrènes spontanées consiste à prévenir leur développement par des moyens prophylactiques, à limiter le travail destructeur quand la mortification est devenue inévitable, et à favoriser l'é-

limination des eschares et la réparation des parties mises à nu. Nous avons donc à considérer ; le traitement de la gangrène imminente et celui de la gangrène confirmée.

Dans toutes les maladies oii Ton peut craindre celle funeste complication des eschares du décubitus, dans les fièvres graves, dans les affections de longue durée, chez les alcooliques, etc., on devra journellement porter son attention sur les régions du corps exposées à subir des compressions, et prendre les mesures nécessaires pour qu'il ne se produise ni rougeurs, ni excoriations. Dans ce but, en dehors des soins de propreté, les malades seront placés sur des lits de crin, sur des coussins à air, des matelas d'eau, etc., et l'on veillera à ce qu'ils évitent de garder longtemps la même position.

Il y a lieu de surveiller avec la même sollicitude ces œdèmes considérables au niveau desquels une lésion minime en apparence est le point de départ d'un sphacèle envahissant : ici la mortification peut résulter de l'aboudance de l'infiltration, et l'on n'attendra pas que la peau devienne rouge et très tendue pour pratiquer quelques rares piqûres sur des régions assez éloignées les unes des autres.

Dans le cours des maladies fébriles, et surtout des fièvres éruptives, chez les enfants en particulier, l'état de la bouche doit toujours être soigneusement constaté, et on cherchera par des soins de propreté à éviter l'accumulation des mucosités,ou le dépôt de produits pullacés

sur les gencives,sur les replis des joues, dans les points quedes dents mauvaises pourraient à la longue excorier. Chez les petites filles, il faut songer à la possibilité d'une gangrène de la vulve et s'inquiéter du moindre flux leucorrhéique pour lequel on prescrira des lotions et surtout des soins hygiéniques.

Enfin dans toutes ces maladies comme dans les aiïeclions marastiques, chercher à soutenir ou à relever les forces, c'est par là même combattre l'imminence de la gangrène : et de fait c'est dans la gangrène confirmée la seule règle de thérapeutique qui puisse s'adresser à l'ensemble de Téconomie.

Chez les vieillards, nous avons vu quelle importance , il faut attacher à ces troubles variés, souvent fugaces ou mal accusés qui peuvent faire soupçonner l'existence du rétrécissement artpriel : la moindre exaspération de ces symptômes exige un repos absolu, car il suffit d'une cause occasionnelle minime pour transformer l'insuffisance artérielle en oblitération complète et définitive, par la suppression de fonction des quelques collatérales qui assurent encore la nutrition des membres.

Chez les diabétiques, la gangrène est une menace permanente qui doit leur faire redouter tous les écarts du régime auquel ils sont soumis : la fidèle et stricte observance des règles de traitement auquel les astreint la glycosurie est en somme la prophylaxie des gangrènes qui peuvent les atteindre.

Dans l'intoxication par l'ergoi de seigle, il y a lieu de suspendre le médicament ou de chercher à reje-

ter de l'alimentation les substances qui le contiennent.

L'administration des préparations mercurielles doit également être surveillée de très près, en raison des accidents de stomatite qu'elle entraîne souvent chez des individus sains; elle sera contre-indiquée même pour des applications extérieures, dans les maladies qui s'accompagnent de manifestations sur la muqueuse buccale, et en particulier dans la rougeole.

Il est encore quelques moyens thérapeutiques qu'on doit éviter d'employer sans grand scrupule dans certaines maladies à tendance gangreneuse : tels sont, les vésicatoires, les sangsues, qui peuvent provoquer l'apparition de gangrènes, dans le scorbut, la rougeole, etc.

Lorsqu'on constate les signes d'un arrêt brusque de la circulation artérielle dans un membre/ il faut chercher à rétablir le courant sanguin et à favoriser le développement des voies collatérales par l'application de topiques chaids, coussins de balle d'avoine, sachets de sable, cataplasmes, en ayant soin de surveiller leur action, car si la sensibilité a disparu, ils peuvent déterminer des lésions qui seront le point de départ d'un sphacèle.

Les médicaments qu'on a conseillés pour éviter la gangrène n'ont aucune action sur son mode de développement. Je signale ici les alcalins, vantés par Becquerel, et dont on n'a pas eu à se louer ; le quinquina, l'opium, qui n'agissent que sur les symptômes, douleur et putridilé. Un seul mode de traitement domine toute

l'histoire des gangrènes, c'est la médication tonique, et c'est sur lui seul qu'il faut fonder des espérances pour espérer une réaction salutaire contre une destruction qui ne peut rétrogiader, mais qu'on a parfois le bonheur de limiter. Et même dans les formes inflammatoires des gangrènes, comme on le voit pour le poumon, ce qui domine, c'est la prostration, et c'est à ce symptôme essentiel que doit s'adresser la première indication thérapeutique. Ilya bien loin de ces données rationnelles à celles qui avaient présidé à la vulgarisation de la méthode antiphlogistique dans les gangrènes : Dupuytren n'avait en vue que l'artérite. Mais de nos jours, si celle-ci ne peut être mise en doute dans l'étiologie de cerlainps gangrènes, nous la rencontrons surtout, comme l'a observée M. Potain, à la fin des maladies fébriles, de la fièvre typhoïde, et c'est encore dans ces circonstances qu'ily alieu de combattre l'état d'inopexie, et de relever les forces par l'emploi de la médication tonique et d'un régime réparateur.

La gangrène une fois déclarée, on doit chercher à en arrêter les progrès. Dans les gangrènes viscérales, il est difficile de remplir celte indication; le traitement s'adresse alors uniquement à l'état général. En même temps, on cherche à atténuer le symptôme pénible fourni par la fétidité de l'haleine au moyen de médicaments appropriés.

Sur les téguments, quand la gangrène s'accompagne d'un cerole éliminatoire, le rôle du médecin se borne à surveiller les complications possibles, à favoriser

la chute des eschares, à combattre leur odeur putride.

Dans les gangrènes des muqueuses, il faut souvent chercher à Hmiter leur extension par des cautérisations et celles-ci doivent dé[)asger la zone envahie par la mortification. C'est dans ce but que l'on a recours au fer rouge, à la pâte de Vienne, à l'acide chlorhydrique.

Comme solution désinfectante, on emploie le permanganate de potasse au millième, les liquides chlorurés. Sur la joue, on fait des applications de compresses trempées dans le vin rouge, la décoction de quinquina, etc.

Les mêmes indications sontappHcables à la gangrène du pharynx, à celle de la vulve.

Pour les gangrènes du poumon, on associe assez souvent les chlorures désinfectants à l'opium. Les pulvérisations de permanganate de potasse diminuent. souvent la fétidité de l'haleine et des crachats, et dans ce but, M. Bucquoy recommande beaucoup les préparations d'eucalyptus. D'après Filehne, le ferment qui dissout les fibres élastiques serait détruit par la térébenthine, le thymol, l'acide salicylique, le sulfate de quinine. Avec tous ces moyens, on insistera particulièrement sur les préparations d'alcool et de quinquina.

La gangrène symétrique des extrémités donne lieu à quelques indications spéciales. Le traitement général doit évidemment tenir ici la première place et chez les femmes anémiques^ d'une grande susceptibilité ner-

veuse, la médication reconstituante doit primer l'emploi des moyens locaux. Il en est de même dans les autres maladies et en particulier dans le diabète. Une femme observée par M. Raynaud, vit sa gangrène diminuer et s'améliorer jusqu'à guérison par l'emploi d'un régime approprié qui amena également la disparition du diabète. Il faut donc examiner les urines de tous les malades atteints de gangrène, car de la présence du sucre dérivera la notion principale qui présidera à une thérapeutique efficace .

Mais ainsi que l'admet M. Vulpian, la gangrène du type symétrique n'est pas toujours de cause centrale ; les modifications vasculaires qu'on observe sur les extrémités peuvent dépendre d'une action indépendante des ganglions annexés aux nerfs vaso-moteurs, et dans ces cas, on bénéficie bien souvent d'un traitement local.

L'emploi de l'oxygène a donné des résultats heureux, mais il s'en faut qu'il agisse toujours aussi efficacement que l'avait espéré Laugier. On doit cependant en essayer l'usage et ne pas en attendre des résultats rapides, car M. Raycaud cils un malade en voie d'amélioration par la continuation de ce moyen depuis plus d'un an.

La caiitérisation n'a pas été non plus sans amener quelques succès : M. Bernheim a publié l'observation d'une femme atteinte d'asphyxie symétrique des extrémités ; des cautérisations ponctuées arrêtèrent h gangrène sur un doigt qu'elle avait frappé, et depuis,

dans chaque crise accompagnée de douleur, la malade revenait se faire cautériser, en éprouvant chaque fois un grand soulagement. M. Bernheim attribue ce résultat à la résolution du spasme vasculaire {Revue médicale de r Est, i8l 8). C'est encore, en s'adressantà l'élément vaso-moteur qu'on a proposé le Iraitement parles courants continus, dont l'emploi pourra donner d'excellents résultats.

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