TRAITEMENT
La gastrite chronique est une des maladies chroniques sur laquelle le traitement hygiénique ou thérapeutique a la plus heureuse influence.
Nous avons vu, en étudiant cette maladie, que sa guérison complète était rare, mais que son existence, à un degré plus ou moins avancé, n'était pas incompatihle avec un état de santé relatif.
Il y a deux considérations qui doivent nous guider dans le traitement de la maladie.
La première est de combattre, autant que possible , la cause de la maladie et d'écarter tout ce qui pourrait aggraver l'état de l'estomac déjà malade, c'est le traitement hygiénique.
L'autre mode de traitement s'attaque à la maladie elle-même, et doit avoir pour but soit de la combattre, soit d'en atténuer la conséquence; c'est le traitement thérapeutique.
Nous avons vu que les substances ingérées dans l'estomac jouent un bien grand rôle dans le développement de la gastrite chronique. Nous avons vu que les unes, comme les boissons al-
cooliques, possédaient en elles-mêmes des propriétés qui leur permettaient d'exciter directement la muqueuse gastrique, et que les autres, comme certains aliments solides, subissaient dans l'estomac des transformations qui les rendaient irritantes, et qu'elles agissaient aussi soit chimiquement, soit mécaniquement, sur la muqueuse de l'estomac.
Il suit de là des indications importantes à observer.
Il est nécessaire de faire cesser ces causes d'excitation ou d'irritation qui viennent léser les parois de l'estomac ou aggraver des lésions déjà anciennes.
On devra donc s'abstenir, autant que possible, des liqueurs alcooliques à un degré trop concentré. C'est malheureusement un point difficile à obtenir des malades. Le choix des aliments a aussi une extrême importance. L'état et la forme qu'ils ont en arrivant dans l'estomac est trèsimportant , car nous savons qu'il faut que les aliments soient suffisamment divisés pour bien s'imprégner de suc gastrique. Il faudra donc avoir soin de n'avaler que des aliments suffisamment divisés et mâchés. Les aliments, qui se décomposent facilement dans l'estomac et qui
donnent naissance à des produits qui irritent chimiquement les parois, devront être soigneusement écartés. C'est pourquoi l'on devra éviter, dans une certaine mesure, Fusage des sauces et des viandes trop gérasses. Quelques malades se trouvent fort bien de rôti froid, de la viande salée ou fumée.
Il faut se rappeler que ces dernières viandes, quoique plus difficiles à digérer , offrent sur la viande blanche l'avantage de ne pas se décomposer aussi facilement. Enfin il faut se rappeler qu'on ne peut poser de règles fixes , oar les aptitudes individuelles devront faire naturellement varier ces prescriptions. Tel estomac supportera et digérera bien les aliments qu'un autre malade ne pourra conserver dans son estomac. Certains malades ne peuvent supporter que l'usage du lait, d'où la cure de lait. D'autres malades ne peuvent pas supporter ce régime.
Une autre considération qui a une grande importance, est la régularité des repas. Il vaut mieux aussi ne pas imposer à l'estomac un trop grand travail à la fois , et pour cela faire , plusieurs fois par jour, des repas où l'on aura soin de manger peu.
Il faudra aussi laisser un certain intervalle
entre chaque repas, pour que les aliments aient eu le temps d'être digérés avant que l'estomac n'en reçoive de nouveaux. Mais c'est surtout au médecin de jug-er des aptitudes du malade, de reconnaître la cause et le degré de la maladie, d'étudier surtout sa marche, et de régler ensuite la conduite du malade dans son alimentation.
Il faudra aussi avoir soin d'entretenir la liberté du ventre. La constipation devra être combattue soit par des lavements , soit par des laxatifs. Il faudra être sobre de purg^tions et éviter les substances médicamenteuses qui pourraient irriter la muqueuse g*astrique. D'autres considérations générales devront encore régler la conduite du malade. Il devra éviter les fatig'ues, les variations subites de température; on fera bien de porter de la flanelle sur la peau et des vêtements chauds.
Mais le rôle du médecin ne doit pas se borner à des prescriptions hygiéniques. Il doit intervenir avec les armes que lui fournit la thérapeutique et jug*er de l'opportunité de ces moyens, Il y a des symptômes qui exigent son intervention immédiate.
Il peut se présenter des exacerbations pendant lesquelles les phénomènes aig*us reprennent une
certaine intensité; il y a un peu de fièvre, quelques symptômes généraux. Dans ce cas, une application de sangsues ou de ventouses à l'épigastre, apporte un soulagement à la douleur.
Lorsque l'hyperémie et la gastrite chronique sont dues à une pléthore abdominale excessive, tirant son origine d'une compression de la veine porte ou d'une déplétion incomplète des veines hépatiques, les sangsues à Fanus produisent souvent un grand soulagement. Mais on n'aura presque jamais, dans cette maladie, besoin d'avoir recours à la saignée générale.
La douleur peut encore être combattue par l'usage de l'opium. On l'administre par pilules de 2 à 3 centigrammes, le soir, quatre heures environ après le dernier repas, ou le matin à jeun. Il réussit quelquefois mieux lorsqu'on l'administre, mélangé aux aliments, au milieu du repas.
On emploie encore quelquefois avec succès les révulsifs cutanés à la région épig^as trique.
Les vésicatoires , les cautères et même les moxas auraient donné quelques bons résultats. On se trouve bien aussi de frictions irritantes faites avec de la pommade stibiée ou bien avec de l'huile de croton tiglium : on peut, pendant
le cours de la maladie, déterminer plusieurs éruptions successives, et le plus souvent on voit survenir un amendement au moins passager dans les symptômes.
Dans certains cas, il existe un état d'atonie de l'estomac qui indique le besoin d'une légère médication excitante. L'usage des aromatiques et des amers est alors d'un bon effet. On prescrit avec avantage une infusion de tilleul ou de fleur d'oranger, ou bien encore des décoctions peu chargées de quinquina ou de quassia. On donne encore, quelquefois avec succès, la poudre de quinquina, seule ou mélangée avec un peu de rhubarbe. A ce moment, on pourra aussi revenir à l'usage des viandes noires notées dans l'alimentation, et comme boisson de l'eau de Seltz, ou enfin une boisson un peu excitante.
Un grand nombre de médicaments ont encore été préconisés dans le traitement de la gastrite chronique; mais leur grand nombre lui-même prouve leur peu d'action. Ils ont eu tour à tour un moment de vogue et sont bien vite rentrés dans l'oubli. Nous ne citerons que ceux qui ont paru donner quelques résultats sérieux.
Le bicarbonate de soude, à petites doses , longtemps continué seul ou uni au sous-nitrate de bis-
muth, paraît exercer une certaine action sur la muqueuse gastrique.
Niemeyer recommande également le sous-nitrate de bismuth et le nitrate d'argent. Il pense que ce dernier agit comme un astringent puissant sur la muqueuse hyperémiée et boursouflée de l'estomac. Il l'ordonne à la dose de 5 à 10 centigrammes à la fois le matin à jeun. Il dit que le nitrate d'argent, pris ainsi, est bien supporté par les malades et n'a jamais produit d'accident.
L'usage de la pepsine a produit de bons résultats lorsque les digestions très-longues paraissaient dues à l'insuffisance des sécrétions gastriques.
Enfin les médications qui s'adressent à l'organisme tout entier exercent aussi une heureuse influence sur la guérison de la gastrite chronique. L'hydrothérapie, par son action générale reconstituante , compte un grand nombre de succès dans le traitement de la gastrite chronique. Elle ranime l'activité fonctionnelle de la peau, maintient l'intégrité des fonctions. Combinée avec des soins hygiéniques, une alimentation méthodique, avec un bon régûme hydrothérapi-
que, elle constitue un des meilleurs modes de traitement.
Le traitement par les eaux minérales compte aussi un grand nombre de succès. Indépendamment des avantages que les malades retirent des distractions du voyage, du changement dans les habitudes et dans le climat, ils mènent aussi une vie plus régulière, et échappent, jusqu'à un certain point, à la préoccupation des affaires. Ils s'astreignent aussi à un régime meilleur, et,placés sous les yeux du médecin , observent souvent plus exactement ses prescriptions.
Les eaux de Vichy, de Plombières , de Carlsbad, d'Ems, etc., jouissent d'une vogme bien méritée par les succès que l'on y obtient.
Nous n'avons pas à insister ici sur le mode d'action de chacune de ces eaux; nous avons voulu seulement poser les indications que comportent les gastrites chroniques. Les variétés individuelles, les causes diverses de l'affection , le degré plus ou moins avancé de la maladie, doivent nécessiter des médications différentes. Le médecin , après avoir apprécié les différents éléments que lui offre l'examen du malade , agira en conséquence.
Quant aux gastrites secondaires, qui sont liées à des maladies générales, l'on conçoit que le médecin ne pourra ag"ir que contre leur manifestation symptomatique, et que la médication devra s'adresser à la maladie générale ou locale dont la g*astrite chronique est ici la conséquence.