MARCHE, DUREE ET TERMINAISONS. — PRONOSTIC
La durée de la gastrite chronique est toujours fort longue. On conçoit, après ce que nous avons dit desdiférentes va:iétés de gastrites, des causes déterminantes ou accessoires qui les ont produites, qu'il est impossible de poser une règle fixe quant à leur marches et à leur durée. Chaque variété de gastrite se présente avec des caractères étiologiques , anatomiques , symptomatique plus ou moins tranchés, mais ont une influence sur la durée, la marche et le pronostic de la maladie.
Les grastrites chroniques primitives , qui se sont produites à la suite de troubles fonctionnels ou par irritation mécanique et chimique des parois de l'estomac, une fois établies, n'ont pas toujours une marche uniforme. Elles présentent dans le cours de leur durée des alternatives d'améliorations et d'exacerbations.
Elles peuvent se prolonger pendant un temps plus ou moins long; tantôt quelques mois, plus souvent encore plusieurs années. Enfin, certains malades ne guérissent jamais et conservent pen^
~ 88 — riant toute leur vie ce que les gens du monde appellent un estomac délicat. D'autres fois, la g*uérison peut se faire de deux manières différentes. Tantôt elle survient peu à peu, par des gradations insensibles, ou elle peut survenir à la suite d'une exacerbation momentanée de la maladie dans laquelle ont apparu les caractères de la forme aiguë. MM. Béhier et Hardy ont décrit ce mode de guérison d'une maladie chronique guérie par le développement dans le même organe d'une maladie aiguë. Enfin, la maladie peut se terminer d'une manière funeste, soitlentement par les progrès de la maladie chronique ; ou bien les malades peuvent succomber, soit à une complication de la gastrite chronique ou être enlevés par une maladie intercurrente.
La gastrite chronique alcoolique peut se terminer de diverses manières; M. le professeur Leudet a étudié avec soin les ulcères de l'estomac qui sont fréquents à la suite de l'abus des alcooliques. Enfin l'existence de la gastrite phlegmoneuse à la suite de l'abus des alcooliques a été bien démontrée par le professeur de Rouen et par M. Auvray, dans son excellente étude sur la gastrite phlegmoneuse.
Quant à la marche des gastrites chroniques
secondaires, elle est subordonnée aux maladies générales ou locales qui les ont produites. On ne peut faire aucune règle à leur égard. En général, on peut dire qu'elles jouent un rôle secondaire au milieu des phénomènes plus graves que présentent les malades atteints, soit d'affection du cœur ou du foie ou de ceux qui sont atteints d'affections tuberculeuses ou d'intoxication urémique.
Quant à la terminaison cancéreuse de la gastrite chronique, il est à peu près admis par tout le monde aujourd'hui que le cancer de l'estomac n'est ni une variété ni un effet de la gastrite. On voit cependant quelquefois le cancer succéder à une inflammation chronique de la muqueuse gastrique, comme à la suite d'une inflammation traumatique de la mamelle on voit quelque fois survenir le cancer du sein ; mais dans ce cas il faut admettre que l'inflammation joue le rôle d'une cause déterminante ordinaire, qui n'agit qu'en vertu d'une prédisposition antérieure du sujet.
D'après ce que nous venons de dire, l'on voit que le pronostic de la gastrite chronique est assez grave. Cependant elle susceptible, d'une part, de guérison, et d'autre part, son existence n'est pas
incompatible avec la vie et même avec un état de santé relatif. En effet, sa gravité dépend encore de l'étendue et de la profondeur des lésions. Si une partie de la muqueuse de l'estomac est encore en état d'exercer ses fonctions et si Jes digestions s'opèrent, même partiellement et avec douleur, on peut encore espérer, sinon le retour de la santé, au moins la prolongation indéfinie delà maladie.
Al —