‹ Des gastrites chroniquesChapitre 2 sur 10 · CHAPITRE ^EMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE ^EMIER

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L'inflammation deJ l'e^fômac paraît avoir été connue de toute an^fiegiité'.

Mais si l'on étudie ce que les auteurs ont entendu par inflammation de l'estomac, et ce qu'ils ont écrit sur cette maladie, on ne tarde pas à se convaincre de la différence qu'il y a entre l'idée que nous nous faisons aujourd'hui de la gastrite, et ce qui, dans leurs écrits, paraît se rapporter à cette maladie.

Hippocrate a parlé de la gastrite en traitant de l'inflammation des hypochondres. Après lui Galien a parlé de l'érysipèle de l'estomac. L'inflammation de l'estomac semble encore avoir attiré l'attention de quelques autres auteurs, et on trouve dans les travaux de Gelse , Alexandre de Tralles, Gœlius Aurelianus, Aetius, Avicenne,etc,

quelques indications semblant se rapporter à la gastrite. Mais ce n'est qu'à propos de lésions de l'estomac de nature bien différente , qu'ils parlent soit de l'inflammation de ce viscère , soit de quelques symptômes paraissant appartenir à la gastrite.

Ce fut Frédéric Hoffmann qui le premier réunit ces notions éparses en corps de doctrines {de Eebri stomachi inflammatoria , et Dissertatio de inflammatione ventriculi fréquent issima).

Morgagni parle incidemment de l'inflammation de l'estomac, mais à propos de perforation de cet organe à la suite de blessures. Il cite des observations de ses devanciers, parlant d'inflammation de l'estomac à la suite de traumatisme , et du développement consécutif de tumeur squirrheuse.

La gastrite prend rang* dans les traités. Van Swieten , dans ses Commentaires sur les aphorismes de Boerbaave, décrit parfaitement la gastrite aiguë {de Ventriculi infîammatio) . Pour lui, la gastrite aiguë n'est qu'un premier degré d'affections beaucoup plus graves qui auront leur siège dans l'estomac. Il sépare cependant pour la première fois l'inflammation aiguë de l'inflammation chronique, qu'il ne considère cependant

qu'au point de vue de sa coïncidence avec la dégénérescence squirrheuse de cet organe.

On voit déjà poindre une opinion qui sera défendue avec un immense talent par M. Andral, et qui régnera pendant un temps assez long dans la science.

C'est cette opinion qui consiste à regarder la gastrite chronique comme une période de dégénérescence cancéreuse de l'estomac.

Pinel, en 1813, consacre quelques pages à la gastrite aiguë, parle de son importance au point de vue de la toxicologie et ne donne que quelques lignes à la gastrite chronique.

Pour lui, la gastrite devient chronique et peut amener une véritable dégénérescence squirrheuse du pylore, du cardia ou de toute autre partie de l'estomac. « Cependant il ne faut pas regarder cette maladie comme étant toujours la suite de l'inflammation, car on trouve souvent le squirrhe du pylore sans phlogose et sans ulcérations. »

Il parle aussi de l'atrophie que subit l'estomac à la suite d'un empoisonnement par l'acide nitrique.

J. Franck étudie avec soin la gastrite aiguë et donne une assez longue description de la gas-

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trite chronique. Il s'occupe avec soin de son étiologie , des conditions de son développement et des coïncidences qui l'accompagnent. Son article mérite une attention particulière , il dénote une étude approfondie et consciencieuse du sujet.

Il distingue les gastrites chroniques en gastrites primitives et en gastrites consécutives. Il les sépare nettement des affections cancéreuses de l'estomac. Il étudie en outre les lésions de l'encéphale, du cœur et du foie qui coïncident avec la gastrite chronique.

Au moment où Broussais apparut dans le monde médical, il s'opérait une grande réforme dans les idées scientifiques, la théorie faisait place à l'observai ion.

Les connaissances anatomiques permettaient de mieux apprécier les lésions des divers tissus. Mais le travail se faisait lentement, car le passé se dressait encore debout avec ses opinions métaphysiques, sans rapports avec les faits, nées de la spéculation pure.

Broussais , s'appropriant les faits qui germaient dans la science , les fécondant à sa manière , produisit un système tout nouveau qu'il opposa aux médecins ontologistes>

Ses qualités personnelles , son audace , son ta-

lent de dialectitien et d'écrivain , lui assurent une victoire rapide. Enfin il s'appuyait sur des faits, sur l'anatomie pathologique.

Nous n'avons pas à raconter ici ce que fit Broussais pour la gastrite aiguë. Ce point d'histoire est généralement assez connu, et nous n'avons à traiter ici que ce qui se rapporte à la gastrite chronique.

Pour lui, la gastrite chronique est celle qui « ne s'accompagne pas d'une réaction générale énergique , qui détruit les ressorts de la vie avec des troubles si légers, qu'on les méconnaît infailliblement si l'on n'y porte pas la plus grande attention . »

« La g*astrite chronique est celle qui ne s'annonce pas avec un appareil orag*eux. » Elle paraît quelquefois aussi c ..urte que la gastrite aiguë, «parce que ces gastrites insidieuses, qui ont paru mortelles en peu de jours , avaient duré fort longtemps avant que les malades en eussent fait la déclaration au médecin. »

Ce que l'on considère comme préliminaire dans la phlogose violente , doit être regardé comme la maladie elle-même , dans ce cas-ci , lorsqu'il s'agit d'établir la durée.

La g*astrite chronique prélude de la même ma-

nière que la gastrite aig^uë : a Il y a longtemps qu'elle dure lorsque l'attention se trouve éveillée. Les symptômes sont semblables à ceux de la gastrite aiguë , mais dans un degré moins considérable. »

Les causes sont toutes les excitations qui portent leur action principale sur la muqueuse gastrique. Il y a les causes prédisposantes qui agissent ou bien sur tout l'organisme (chaleur, électricité, saisons), ou bien des causes prédisposantes qui agissent directement sur la muqueuse de l'estomac.

Guersant, dans son admirable article du Dictionnaire des sciences médicales, étudie la gastrite chronique d'une manière très-complète. Il ne se contente plus de cette étiolog^ie banale que l'on rencontre dans tous les livres, et cherche à donner une division aux gastrites chroniques. Il prend pour division les causes.

D'abord les empoisonnements, puis les gastrites par métastases (et cette partie est remarquablement intéressante) , les gastrites essentielles, avec leurs complications, enfin les gastrites latentes.

Tous les points de son article sont remarquablement traités. Il différencie bien l'inflamma-

tion de l'estomac des altérations cancéreuses. Les symptômes sont tracés de main de maître.

Cet article, le meilleur que nous ayons lu sur ce sujet, est digne de cet excellent observateur. Les opinions de Broussais avaient été un moment adoptées par la majorité des médecins en France, mais bientôt l'expérimentation et l'observation commencèrent à livrer de rudes assauts à ses doctrines exagérées.

En 1828 , Abercrombie faisait paraître son Traité des maladies de l'estomac. II démontrait la rareté de la gastrite aiguë , admettait l'existence de la gastrite chronique , décrivait son mode d'invasion, et surtout sa terminaison en gastrite ulcéreuse.

En 1825, M. Louis présentait à l'Académie de médecine un mémoire sur l'amincissement et le ramollissement de la membrane muqueuse de l'estomac.

Les études se portaient sur les autres affections chroniques dont l'estomac est le siège.

Au lieu de l'affection unique que Broussais avait vouiu y voir, on découvrait de nouveaux faits, qui contribuèrent rapidement à édifier l'histoire des différentes maladies de l'estomac.

Les travaux de Gruveilhier et de Rokitansky

séparèrent du cancer, avec lequel il était confondu jusqu'alors, l'ulcère simple de l'estomac.

Les travaux de MM. Louis, Cruveilhier, Andral jettent un jour tout nouveau sur l'étude du cancer de l'estomac.

L'étude du ramollissement de la muqueuse gastrique donna lieu aux intéressants travaux de MM. Cruveilhier, Louis. Carswell, Wilkinson King.

Sous l'influence de ces nouvelles idées, la gastrite aiguë est complètement abandonnée, niée même, et la gastrite chronique, dont le sort lui est malheureusement trop uni , éprouve les mêmes vicissitudes.

M. Andral, dans sa Clinique médicale, se sert encore du mot gastrite chronique, mais «comme d'une sorte d'étiquette générale sur laquelle se range toute affection organique de l'estomac. »

Il désigne sous le nom de gastrite chronique, « plusieurs altérations qui sont ordinairement décrites comme des maladies toutes spéciales , comme par exemple le cancer de l'estomac. Si sous le rapport de leurs caractères anatomiques ces altérations paraissent être différentes les unes des autres, elles se rapportent et se confondent véritablement , soit par les symptômes qui ré-

vêlent leur existence, soit par la nature des causes occasionnelles qui leur donnent naissance et qui pour toutes sont identiques, soit enfin pour le traitement, qui pour toutes aussi doit être le même. »

A leur point de départ, elles offrent toutes un élément commun très-important , savoir : l'irritation qui les précède et qui les accompagne dans leur développement. Mais, pour expliquer les différences des altérations de texture des différentes espèces de maladies qu'il confond sous le nom de gastrites, « force sera, dit-il, d'admettre des causes prédisposantes particulières pour chaque cas. »

L'irritation n'agit plus que comme une simple cause occasionnelle, impuissante par elle-même à produire ces altérations.

Roche et Sanson, dans leur ouvrage, confondent, comme des formes de la gastrite chro* nique, l'embarras gastrique, la dyspepsie, la gastrite subaiguë, le cancer, l'ulcère et la gastralgie.

On voit que l'on peut assigner jusqu'ici à l'histoire de la gastrite chronique , deux périodes.

Dans la première, qui se termine à Broussais,

l'inflammation de l'estomac, d'abord confondue par les anciens avec les 'autres affections de cet organe, se dégagée peu à peu, et prend à la suite des travaux de Franck, de Guersant et de Broussais, une importance telle, qu'elle [fait méconnaître les autres lésions de l'estomac. Mais cette exagération amène une réaction.

La pathologie de l'estomac fait de nouveaux progrès ; la g'astrite chronique joue un rôle secondaire; presque effacée, elle est méconnue, niée même.

Les travaux de Gruveilhier, de Louis, d'Andral, sur le cancer et l'ulcère simple de l'estomac, sur le l'amollissement de la muqueuse gastrique, attirent toute l'attention.

Cependant la g'astrite chronique avait conservé sa place dans les traités de pathologie. Si, à cette époque, Roche et Sanson, Valleix, subissant l'influence de l'époque, la méconnaissent, et ne lui accordent qu'une simple mention, une époque n'est pas loin où l'on se tiendra aussi éloigné des exagérations de 'la première période que de la réaction qui caractérise la période suivante.

En effet, dans le Traité de Béhier et Hardy, la g'astrite Chronique, sépaéer de l'ulcère simple et

du ramollisement de l'estomac, y est consciencieusement étudiée. L'anatomie pathologique et surtout la symptomatologie sont traitées avec un soin particulier.

Trousseau, dans sa Clinique de l'Hôtel-Dieu, affirme l'existence de la gastrite chronique, et étudie ses rapports avec les vomissements pituiteux.

En même temps , l'étude des intoxications alcooliques, urémiques, fait faire de nouveaux progrès à cette question,

En Allemagne,, la gastrite chronique devient aussi l'objet de travaux intéressants. Niemeyer, dans son Traité de pathologie interne, lui consacre un de ses chapitres, le plus long.

Bamberger l'étudié avec un soin particulier.

En Angleterre, elle est l'objet de travaux importants.

Les traités classiques de Habershon , Budd, Brinton et Hansfild Jones, sur les maladies de l'estomac , consacrent une part importante a l'étude de la gastrite chronique. Elle a été l'objet d'un article bien fait , très-complet de Wilson Fox, sur lequel nous aurons à revenir.

Nous ne pouvons, dans cet historique, citer tous les auteurs qui se sont occupés de la gastrite

chronique. Surtout dans ces dernières années, elle est devenue l'objet de remarques intéressantes de mémoires.

Nous renvoyons à la bibliographie pour les noms que nous n'avons pu citer ici.

Ainsi , une première période, finissant avec Broussais, dans laquelle la gastrite chronique règne aux dépens des autres altérations de l'estomac, et où elle joue un rôle qui ne lui appartient pas. — Une deuxième période, pendant laquelle les travaux faits sur les autres maladies de l'estomac la font perdre de vue, et la jettent dans un oubli immérité.

Enfin, une troisième période, dans laquelle on se tient aussi éloigné des exagérations de l'école physiologique de Broussais , que de la réaction qui marque la deuxième période , et où l'on commence l'étude des différentes variétés de gastrites produites par des causes diverses.

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