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Des gelures

Nos tissus et nos organes ne peuvent vivre et remplir les fonctions qui leur sont dévolues que dans certaines conditions de milieu, parmi lesquelles figure en première ligne la chaleur. Le froid ralentit ou suspend les actes biologiques, la chaleur les favorise; mais il est des limites que ni l’un ni l’autre ne peuvent enfreindre sans danger. Une certaine constance dans la température du milieu où se fait la nutrition des éléments anatomiques est la condition nécessaire de leur vitalité. Dès qu’elle cesse pour un temps, il survient un amoindrissement ou une suspension complète des actes organiques.

Les animaux supérieurs sont, comme les minéraux, en échange thermique permanent avec le milieu ambiant; pas plus que la matière inerte, ils n’échappent aux lois physiques du rayonnement et delà diffusion du calorique. Dans les conditions ordinaires, le corps cède de sa chaleur propre et, bien que les pertes, comme la production, varient d’un instant à l’autre, la température change peu, grâce à l'intervention continue d’une puissance régulatrice qui, selon les cas, active ou ralentit la production et la déperdition de la chaleur vitale.

La calorification est intimement liée aux phénomènes multiples de

la nutrition :« La chaleur, dit Cl. Bernard (I), qui se produit en tous lieux dans le corps vivant, se perd aussi en tous lieux. Elle se dissipe comme dans les corps inertes de la surface à la profondeur par les mêmes causes, par le rayonnement, la conductibilité, l'évaporation. » .

. Les régions périphériques du corps sont celles où la déperdition est la plus active et où la production est réduite à son minimum. Aussi sont-elles, d’une façon générale, incapables de produire ellesmêmes la quantité de chaleur qui leur est nécessaire. La chaleur centrale leur vient en aide, apportée par le sang; la circulation est le principal moyen de distribution et de régulation de la chaleur animale.

La production dépend surtout de l’alimentation, des mouvements musculaires, du travail du système nerveux. La déperdition varie avec une foule de circonstances que nous étudierons plus loin. Quoi qu’il en soit, deux grands faits attirent tout de suite notre attention.

Quand la température ambiante s’élève, on voit, pour que la déperdition devienne suffisante, le sang affluer à la surface du corps, pour y augmenter la chaleur. Le rayonnement et la perte sont dès lors accrus. Un moyen puissant de réfrigération intervient aussi : l’activité plus grande de l’évaporation sudorale.

Si la température ambiante baisse, la déperdition tend à devenir excessive, la chaleur totale est menacée. Alors les vaisseaux superficiels se resserrent, reçoivent moins de sang; la température périphérique décroît et avec elle la perte due au rayonnement.

Aux variations de la température extérieure sont liées non-seulement des oscillations circulatoires, mais encore diverses modifications du système nerveux. Dès que lés unes et les autres sortent des limites physiologiques, le danger est imminent, variable, toutes

(i) Leçon sur la chaleur animale , p. 120.

choses égales d’ailleurs, suivant que les phénomènes se produiront sur toute la surface du corps ou sur une partie limitée.

Dans le premier cas, la vie est souvent menacée d’une façon immédiate (coup de chaleur, froidure générale); dans le second cas, les accidents sont locaux au début (brûlure, gelure).

Nous ne nous occuperons, dans ce travail, que des accidents locaux produits par le froid, et encore quelques-uns d’entre eux seront exclus de notre cadre. Ainsi les paralysies, les névralgies des nerfs périphériques, sans lésion apparente, n’entreront pas dans notre sujet. Fidèle observateur de la tradition et des divisions depuis longtemps classiques, nous ne traiterons que des accidents locaux accompagnés de désordres anatomiques assez apparents

pour qu’ils appartiennent au domaine de la chirurgie.

Le plan que nous avons adopté est simple et naturel ; il nous paraît inutile de l’exposer et de le justifier.

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