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XI° OBSERVATION

Steinger, 39 ans. Au siège de Paris, gelure avec phlyctènes. Peu de temps après : douleurs persistantes. Déviation des gros orteils en dehors. — En dedans de l’articulation métatarso-phalangienne du gros orteil : durillon suivi de mal perforant qui ouvre l’articulation.

Février 1878 : orteils très-déformés. — Phlyctène excoriée derrière la malléole interne droite. — Depuis la gelure : Augmentation de la transpiration des pieds. Elancements suivis d’engourdissement dans les avant-pieds. — Un peu d’hyperesthésie cutanée, pas d'atrophie des muscles des jambes.

XIP OBSERVATION

Souffray, 39 ans (mars 1877, service de M. Gubler, à Beaujon). Refroidissement intense et prolongé de la main droite. Le trois doigts internes de cette main soupçonnent plutôt qu’ils ne sentent le contact des objets. Une

piqûre d'épingle allant jusqu’au sang est très-peu douloureuse. Diminution légère de la sensibilité thermique. Cette main a depuis la gelure des mouvements ataxiques ; pour cela le malade a été obligé de renoncer à la profession de menuisier. — Le refroidissement éprouvé pendant une grand’garde au plateau d’Avrou consista en un engourdissement, sans phlyctènes, qui persista durant six semaines.

XIIIe OBSERVATION

Vignol, 56 ans (1875, service de M. Germain Sée, à la Charité).

En 1869, resta pendant deux heures dans la neige au Mont-Cenis. On le releva, l’approcha du feu qui provoqua des douleurs atroces dans les jambes, sans phlyctènes. — Quelques mois après, fourmillements et crampes dans les pieds et les jambes. Puis peu à peu, dans l’espace de deux ou trois ans, pigmentation de la peau, déformation des orteils, mais seulement du côté gauche, dont la jambe avait été contusionnée au Mont-Cenis dans une chute de voiture. Actuellement : accès douloureux parlant des orteils, remontant jusqu'à la hanche (côté gauche). Du côté droit : hyperesthésie excessive, au moindre contact il s’y produit de violentes convulsions. (Les observations 9, 10, 11, 12, 13 sont tout au long dans la thèse de Germain.)

XIVe OBSERVATION (Thèse de. Babaut. Paris, 1872.)

Gobler,63 ans, raconte le 2 novembre 1871, à la consultation de M. Tillaux : Il y a un an gelure au premier degré des mains. Depuis le retour des froids, le travail est complètement impossible. Jusqu’à ces derniers jours, simple engourdissement dans les mains ; mais aujourd’hui la force musculaire est beaucoup diminuée et le peu d’action musculaire qui lui reste est mal assurée. Ce phénomène est surtout manifeste pour les fléchisseurs des doigts : tout ce qu’il prend lui tombe des mains.

XVe OBSERVATION

(il/. Duplay a publié l'observation de ce malade dans les Archives de

médecine, en 1876.)

Morel Louis, charretier, 41 ans, entre le 28 septembre 1874, à l’Hôpital temporaire (service de M. Terrier).

En Crimée, gelure des orteils avec eschares superficielles. Au bout d’une trentaine de jours, il put reprendre son service.

En 1860, deuxième chute des ongles des gros orteils. Celui du pied droit est tombé six fois.

En 1871, plusieurs fois gonflements douloureux des pieds et des jambes.

En 1872, dartres humides, nauséabondes des deux jambes. Durillons avec mal perforant au niveau de l’articulation métatarso-phalangienne du petit orteil droit.

Eu 1874, amputation du petit orteil et résection du métatarsien correspondant. Il quitte l’hôpital en juin.

En août 1874, accident analogue au petit orteil gauche. Trente jours de repos amènent la guérison ... La cicatrice du pied droit s’enflamme : crépitation dans l'articulation du cinquième métatarsien avec le cuboïde.

Pigmentation brun foncé des pieds et du bas des jambes. Ongles mal poussés. Celui du gros orteil droit est noir, épais, formé de couches superposées.

Aux deux pieds, indurations épidermiques. A la face inférieure du gros orteil droit, perforation peu profonde.

Aux deux pieds, des gouttes de sueur perlent sur la peau.

Quelques poussées inflammatoires (octobre, novembre 1874).

En janvier 1876, le malade entra au service de M. Duplay pour deux ulcérations aux orteils de chaque pied.

Ce malade présentait en outre :

Sensibilité très-vive aux pieds qui ne pouvaient supporter la moindre pression.

A partir de 1856 (deux ans après la gelure) : névralgies, douleurs vives, lancinantes, allant d’un point à un autre dans toute l’étendue des membres inférieurs. Les crises duraient une ou deux heures et revenaient tous les quinze jours.

En 1867, à ces accidents s’ajoute un peu d’amaurose (vue trouble et diplopie quand le regard se porte de côté).

Actuellement les crises douloureuses sont semblables à celles de l’ataxie locomotrice.

Anesthésie thermique et tactile très-prononcée. Quand on demande de porter le doigt sur le point brûlé ou piqué, c'est toujours à 2 ou 3 centimètres au-dessous qu’il le porte.

Analgésie, impuissance. Le malade sent très-mal le sol sur lequel il marche, frappe du talon en chancelant, mais ne jette pas ses jambes en avant comme les vrais ataxiques.

XVIe OBSERVATION

(Publiée inextenso dans la thèse de M. Folquet. Strasbourg, 1865.) Gelure des pieds. Petite gangrène spontanée.

Vitteman Charles, 53 ans, fendeur de bois; entre à la clinique de M. Sédillot, le 8 juin 1865.

Tempérament lymphatique. Constitution assez bonne. Hygiène peu favorable.

Le malade porte à la partie antérieuro de la face plantaire du cinquième métatarsien gauche une ulcération arrondie de 1 1/2 centimètre de diamètre au pourtour de laquelle l’épiderme est três-épaissi. Le stylet pénètre profondément jusqu’à la face dorsale.

D’après le malade, le mal a débuté, au mois d'avril, au niveau d’un durillon, au centre duquel se forma un trou de la grandeur d’une balle de fusil. La marche jusqu’alors difficile devint tout à fait impossible et le malade dut entrer à la Clinique.

Le malade présente une difformité particulière. Le premier et le cinquième orteils ont été détruits dans l’hiver 1851-52, par une congélation.

Le 5 mai, le malade entre dans le service de M. Rigaud, la plaie se rétrécit rapidement et n’avait plus que 3 millimètres de diamètre quand le malade demanda à sortir (23 mai). 11 boitait. Sous l'influence de la marche, la plaie s’agrandit, et Vitteman rentra le 8 juin dans l’état sus-indiqué.

Du 8 au 21 juin ; repos, cataplasmes. A deux reprises, abcès sous l’épiderme hypertrophié.

21 juin. Sédillot fait une incision cruciale pour cautériser au fer rouge, mais trouvant la tête du cinquième métatarsien à nu, il l’enleva avec le quatrième orteil et une partie du métatarsien correspondant.

Quelques accidents fébriles, légers.

11 juillet. La plaie avait bien marché et s’était rétrécie. Ce jour-là, on trouve au milieu de la plaie une plaque gangréneuse, ayant la dimension d’une pièce de 2 francs et soulevée par du liquide. On l’enlève avec les ciseaux et on trouve une cavité remplie de pus, profonde, admettant deux doigts. 19 juillet. Pas d’amélioration. Sédillot fait l’opération de Lisfranc, mais le scaphoïde et les cunéiformes étant malades, le chirurgien pratique damputation de la jambe au lieu d’élection.

La guérison se fit rapidement.

En résumé, à l’âge de 40 ans, gelure des premiers et cinquième orteils.

Treize ans après, mal perforant avec lésions de l’épiderme, dénudation des os. A la suite d’une opération, les phénomènes inflammatoires ayant cédé, production d'une plaque gangréneuse. Du côté du squelette : lésions de l'ostéite végétante, plutôt que de la nécrose.

XVIIe OBSERVATION

( Personnelle , recueillie en 1874, salle St-Louis, Hôtel-Dieu de Lyon, service de M. Létiévant.)

Louis P..., âgé de 42 ans, cultivateur.

Rien à noter dans les antécédents. Pas de syphilis, pas de rhumatisme Bonne santé antérieure.

En janvier 1873, cet individu mania de la glace pendant deux jours dans une glacière. Ses mains perdirent toute sensibilité, se tuméfièrent. En divers

points, il se produisit des phlyctènes. Pendant trois mois, elles restèrent tuméfiées, douloureuses, surtout la nuit; le malade y éprouvait des picotements, des sensations de piqûres d'épingle, quand il les réchauffait.

Au mois de décembre 1873, nouvelle gelure au premier degré. A partir de ce moment, commencèrent à se développer les accidents qui l’amènent à l’hôpital.

Mai 1874. — Il éprouve dans les deux mains des picotements trèsdouloureux; quelquefois, des douleurs lacinantes qui remontent vers les uocdes, où il ressent une sensation habituelle de froid, tandis que les mains sont le siège d’une sensation fréquente de chaleur. La sensibilité est considérablement diminuée ; la paume des deux mains est couverte de sueur.

A certains moments, surtout quand surviennent des douleurs lancinantes, elle perle sous forme de gouttelettes. Sur la face dorsale des doigts et de la main, on remarque des élevures papuleuses, dures, rouges, qui ont l’évolution suivante. Au point où une papule va se former, on voit, dans les petits vaisseaux dilatés et ayant l’aspect des veinosités qu’on remarque sur le nez de certaines personnes, une stase brusque se faire. Les petits vaisseaux se tuméfient et deviennent le centre de formation d’une petite plaque dure, sur laquelle ils se dessinent gorgés de sang et comme thrombosés. En deux, quatre jours, la papule est complètement développée. A la base, elles ont un diamètre de 2 à 5 millimètres ; leur hauteur varie de t à 4. Eu plusieurs endroits, des élevures se juxtaposent au nombre de 3 à 6. L’épiderme tombe sous forme de lamelles sèches, puis il se fait une sorte de désintégration à sec et, au bout de huit ou dix jours, on trouve à la place de chaque saillie une petite cicatrice déprimée de couleur brunâtre.

Presque tous les ongles sont jaunes, rayés transversalement, incurvés à leur extrémité.

La pulpe des doigts est dure, violacée, recouverte d’un épiderme épais. A l’index, au médius, à l’auriculaire des deux mains, existent de petites ulcérations qui donnent une très-minime quantité de pus fétide, quelquefois mêlé de sang. Elles existent depuis quatre ou cinq mois, sans se modifier.

Il existe une atrophie notable des intérosseux et de quelques muscles de l’avant-bras.

Les mains, à la suite des plus légers efforts, sont affectées de tremblement et, pour ce motif, le malade est obligé de se reposer plusieurs fois pendant son repas. Sans cette précaution, il court risque de faire fausse route en portant les aliments à sa bouche et de se blesser.

L’état général est bon.

Deux mois après, le malade quitta l’hôpital très-légèrement amélioré (?) à la suite d’électrisations, de frictions sèches sur le bras et les avant-bras.

XVIIIe OBSERVATION

(Recueillie par l'auteur à V hôpital du Val-de-Grâce, salle 29, lit 39, service de M. Gaujot.)

Très-bonne santé antérieure. Ni syphilis, ni rhumatisme.

Au mois de décembre 1879, pendant l’exercice, ce soldat, eut, aux deux mains, une gelure au premier degré. Dérivés douleurs s’irradiant des doigts aux épaules ont existé pendant deux mois et se reproduisent encore de temps en temps.

Tous les ongles ont jauni, sont tombés lentement. Ceux qui les ont remplacés présentent des rayures superficielles, de fines ondulations transversales.

La face dorsale des mains est le siège d’une congestion passive, violacée en certains points, vineuse en d’autres. Vers la partie supérieure de la région caro-métacarpienne, on trouve quelques plaques d’épiderme dur, mais il y a tendance générale à l’atrophie. Elle est surtout manifeste aux doigts, surtout à l'auriculaire de la main droite.

A la face dorsale de ce doigt, la peau est rouge, lisse, plaquée sur le squelette, le tissu sous-cutané n’existant plus. Au niveau de la 2e phalange : plaque blanche, d’aspect cicatriciel, quoiqu’il n’y ait pas eu d’ulcération. Ça et là, plaques arrondies de 1 à 3 millimètres de diamètre offrant à couleur jaune du masque des femmes enceintes.

A la face palmaire de la plupart des doigts, la peau est lisse, rouge, amincie. A la paume, la dystrophie s’est faite dans le même sens, mais est moins marquée.

Les poils ont disparu sur plusieurs doigts à la face dorsale de la première phalange, et aussi en divers points du dos de la main, çà et là ils sont fauves, frisés, allongés.

Les articulations des phalanges présentent dos lésions très-nettes, surtout aux auriculaires. Elles sont tuméliées, déformées angulairement et sur le côté. L’auriculaire droit est spiroïde. Dans ces articulations, les mouvements se font mal; ori peut leur imprimer des mouvements de latéralité très-étendue et, en pressant les surfaces articulaires l'une contre l'autre, on sent des frottements doux, râpeux ou franchement crépitants, selon l’articulation. Il existe un degré notable de rétraction des tendons fléchisseurs; les doigts sont légèrement fléchis et si, après avoir augmenté la flexion, on les abandonne à eux-mêmes, ils s’étendent brusquement.

Le malade ne serre la main qu'avec très-peu de force. La contraction musculaire est considérablement affaiblie à l’avant-bras et au bras. 11 n’offre qu’une très-minime résistance à la flexion et à l’extension du coude. Les muscles sont manifestement atrophiés.

La paume de la main est continuellement mouillée par une abondante sueur, alors que la température locale est diminuée d’une façon très-sensible

Les sensations de contact et de température laissent beaucoup à désirer.

XIXe OBSERVATION

(' Communiquée par le docteur Chavanis, médecin des hôpitaux de Saint-Etienne (Loire)

J.-B. Bui’ghard, âgé de 27 ans, né à Kaysesberg (Haut-Rhin), menuisier, entre à l’Hôtel-Dieu de Lyon (salle Saint-Louis, 49, service de M. Fochier), le 25 mai 1876.

Cet homme fait la campagne de l’Est en 1871, il passe en Suisse au commencement de février et reste à Lucerne jusqu’au 5 avril. En arrivant à Lucerne, les extrémités des pieds étaient gelées (phlyctènes et gangrène superficielle limitée à la peau). Le 5 avril, il est évacué A Toulon, où il reste deux mois. Réintégré dans ses foyers, le 6 juin, il y reste un an sans trop souffrir et travaillant un peu. En juin 1872, il entre à l’hôpital de Fribourg, où, à un mois d'intervalle, on lui ampute les cinq orteils des deux pieds. Ces deux opérations s'accompagnèrent de lymphangite; on trouve , encore aujourd’hui la trace de petits abcès le long de la saphène interne.

Il rentre chez lui jusqu’en juin 1873; à cette époque, de nouvelles phlyctènes se montrent sur les moignons des deux pieds; les cicatrices se rouvrent et laissent les os à nu. M. Bœckel pratique un double Chopart à un mois d’intervalle. La guérison fut rapide.

Le malade alla bien jusqu’en novembre 1874. Alors phlyctènes, ulcérations, dénudation des os. Le 5 juillet 1875, il entre dans le service de ’ Lücke, à l’hôpital de Strasbourg, qui pratique un Pirogoff au pied droit.

Un mois après, Sonemburg fait la même opération au pied gauche.

Le 15 septembre, le malade marchait sans bâton, sans douleur et se croyait capable de faire 15 kilomètres à pied.

En janvier 1876, ulcérations aux deux moignons.

Actuellement, les deux membres inférieurs se terminent par deux pilons parfaitement réguliers. Le moignon gauche est douloureux et de temps en temps se tuméfie. La sensibilité est intacte.

Je dois à M. Terrier les deux planches suivantes, qui sont l’œuvre de M. P. Riclier, son interne. Elles représentent fidèlement diverses lésions trophiques et déformations consécutives à des gelures de tous les degrés.

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