Y» OBSERVATION
(Recueillie par M. Tedenat, à V Hôtel-Dieu de Lyon.
Service deM. Letiévant. — Résumé.)
Gelure au 2e degré des deux pieds. — Maux perforants.
Paul Lebel, 50 ans. Entré le 3 mai 1874, salle St-Louis. Bonne santé habituelle, pas de rhumatisme, de syphilis, nie tout excès alcoolique.
Gelure au 2e degré des deux orteils en 1871. Phlyetènes. Guérison lente... A la suite de cet accident, picotements persistants, production de durillons, suppression de la transpiration des pieds, jusque-là abondante.
Depuis u-n an : mal perforant à la partie interne de F articulation métatarso-phalangienne des deux gros orteils. Le stylet pénètre sur les surtaces articulaires dénudées, sans provoquer de douleurs. — En divers points sur la surface dorsale des pieds, au bas des deux jambes; plaques cornées, souvent un peu d’œdème se produit. — Ongles rayés, déformés. Plaques disséminées d’anesthésie tactile. Le malade souffre aux pieds de la chaleur du lit.
Il sort de l’ Hôtel-Dieu très-amélioré (28 mai).
VIe OBSERVATION
( Résumée d'après une communication du DT Marquez, de Colmar à la Soc. méd. du Haut-Rhin.
In Gazette méd. de Strasbourg, 1866, p. 146.)
Mal perforant suite de gelure du pied. Douleurs prémonitoires. Sensibilité nulle. Récidives.
Homme de 51 ans, lymphatieo-sanguin. — Il y a 11 ans, gelure peu grave des pieds suivie de guérison x'apide. — Jusqu’à l’an dernier santé bonne. Alors gonflement érysipélateux des jambes avec fièvre.
Depuis 5 ou 6 ans : douleurs vagues, sourdes, parfois térébrantes depuis le gonflement érysipélateux. La peau s'était épaissie et aux points les plus douloureux s’étaient formées de plaques cornées, qui tombaient à la suite de pédiluves, puis se reproduisaient.
Peu de temps après la poussée érysipélateuse, il se forma sur le dos du gros orteil, dans l’épaisseur d’un cor volumineux, une collection de liquide sanieux etfétide qui suppure encore.
Là existe maintenant, au milieu de plaques cornées, un ulcère ayant les
dimensions d’une pièce de 20 centimes; le stylet pénètre jusqu’à l'articulation, sans provoquer de douleur.
Çà et là plaques cornées, points anesthésiés ou hypéresthésiés. Œdème inflammatoire de tout le pied qui est cyanosé.
Malgré le repos et le traitement, le mal gagnait en profondeur.
Le 15 juin : amputation du 1er métatarsien. Le 10 juillet, le malade quitte l’hôpital.
Six semaines plus tard, le malade entre. C’est le pied droit qui est atteint. Le 2e orteil est déformé. Sur la face dorsale au niveau de l'articulation phalango-phalangienne : ulcère s’ouvrant au milieu d’une plaque d'épiderme hypertrophié. L’articulation a ses surfaces dénudées et crépitantes au moindre mouvement. — Durillons à la base du 1er et du 5e orteils.
29 août. — Désarticulation du 2e orteil droit. Guérison rapide.
2 décembre . — Ulcère perforant à la face dorsale du gros orteil droit avec ostéo-arthrite, épaississements épidermiques.
7 décembre. — Amputation du 1er métatarsien rouge et ramolli.
12 mai 1865. — Le 2e orteil du piel gauche est atteint de mal perforant comme l’avait été le même orteil du pied droit.
15 mai. - Désarticulation de cet orteil.
Deux mois après, le malade reprend son poste de mécanicien au chemin de fer... Un an après la guérison ne s’était pas démentie. Les douleurs profondes du pied avaient disparu; la marche était relativement aisée.
VIIe OBSERVATION ( Communiquée par M. Duplaij. Résumé.)
Gelure, mal perforant des deux gros orteils simulant à droite une gangrène spontanée.
Ricard, 49 ans, cantonnier, entre le 27 août 1872 à la Pitié, dans le service deM. Duplay.
Nie tout excès alcoolique, malgré un tremblement des doigts et de la langue. Cheveux gris, un peu de gerontoxon. Sénilité précoce. Souffle systolique léger à la pointe, pas d’athérome.
Il a eu les pieds gelés à l’âge de 15 ans. Depuis lors, plusieurs des ulcérarations aux orteils qui avaient conservé leur sensibilité.
Il y a deux ans et demi, ulcération à la face interne du gros orteil gauche (soignée par Broca).
Depuis, engorgement des ganglions de l’aine.
Il y atrois mois, ulcérations à la face externe du gros orteil droit. A l’entrée : pied droit, orteils déformés. Ongles transformés en masses cornées. Durillons nombreux à la face plantaire; à la face externe du gros orteil, dont l’ongle est remplacé par un durillon irrégulier, existe une masse noire sphacélée- entourée d’un sillon suppurant. Nulle part de fistule pénétrant profondément.
La tibiale antérieure bat.
La sensibilité superficielle et profonde manque dans toute l'étendue du gros orteil et dans la moitié interne du 2e. La sensibilité superficielle fait défaut au niveau de tous les durillons; elle est conservée partout ailleurs.
Pied gauche. — Mômes déformations des orteils. A la face interne du gros orteil, gros durillon circatriciel (là existait l'ulcération traitée par Broca en 1870).
La sensibilité superficielle manque dans toute l’étendue du gros orteil, la sensibilité profonde ne fait défaut qu’au niveau du durillon.
5 septembre. — L’eschare est tombée et à sa place existent des granulations insensibles. Au milieu d'elles se trouve un orifice fistuleux qui mène sur la phalange nécrosée.
VIIIe OBSERVATION
( Communiquée par M. Duplay. Résumé.)
Gelure. Suppression de la transpiration. Insensibilité. Mal perforant.
N..., garçon de magasin, âgé de 46 ans, entré le 15 mai 1874, à la Pitié (service de M. Duplay) .
Dans l'enfance, épistaxis fréquents et abondants. Il est sujet à de violentes migraines. — Quelquefois douleurs rhumatoïdes. Père rhumatisant. — Pas d’autres maladies. — Le sphygmographe révéle de l'athérome insensible au doigt.
En 1851, coup de pied de cheval au tiers moyen de la jambe droite. La contusion ne fut pas très-violente, néanmoins quand il se fatigue il éprouve des douleurs assez vives au point contus.
En 1855, chancre simple.
Les gros orteils sont fortement déviés en dehors. A sa dernière garde aux remparts, il souffrit, beaucoup du froid. Quelques jours après : un durillon se forma à la face interne des gros orteils au niveau de l’articulation métatarso-phalangienne. La transpiration des pieds jusque-là abondante se supprime brusquement.
Le malade reprend son service de garçon de magasin qui l’oblige à se tenir longtemps debout. 11 y a quatre mois, un mal perforant situé au niveau du durillon du gros orteil droit l'oblige à entrer à l’Hôtel-üieu (service de M. Guérin).
Il sort de l'hôpital, reprend sa profession. Nouveau mal perforant au gros orteil gauche et symétrique de celui du pied droit.
A son entrée à la Pitié : Epiderme épais, bourgeons charnus saignant facilement, gonflement étendu tout autour et considérable. Articulation ouverte, les os ne paraissent pas attaqués. Pas de douleurs spontanées; la pression les fait naî+re.
La sensibilité est très-diminuée dans tout le pied, sauf au niveau du cin-
quièrne métatarsien, dans une zone peu étendue. — On peut enfoncer une épingle dans les tissus sans provoquer de douleur.
La perception du froid et du chaud se fait, mais avec un retard notable.
Autour de l’ulcère, il y a une simple déviation de contact.
Le gonflement a disparu, la plaie se cicatrise peu à peu.
IXe OBSERVATION
Pacheloche, 74 ans, service de M. Terrier, à l’Hôpital temporaire. - Larges squames aux pieds, aux jambes. Coloration brun foncé occupant les deux jambes. Ongles rayés transversalement, — Anesthésie consistant en un retard très-net dans la perception du contact. — Cause très-probable : gelure au premier degré remontant à 1870 (longue marche dans la neige).
Xe OBSERVATION
Vercin, 49 ans, entré le 8 octobre 1874 dans le service de M. Terrier, à l’Hôpital temporaire. — Engagé volontaire, il eut en hiver 1870-71, plusieurs gelures au premier degré consistant en engourdissement, insensibilité. — Peu après : douleurs vagues dans les orteils, insensibilité permanente. Arrêt de la transpiration des pieds. En novembre 1871, ulcère perforant à la partie interne de l’articulation métatai'so-phalangienne du gros orteil gauche. — Douleurs névralgiques s’irradiant vers le genou. — En 1874 : ulcère perforant à la partie interne de l’articulation métatarso-phalangienne du gros orteil droit. — Analgésie. — Anesthésie. — Sens thermique trèsobtus. — Déviation des orteils.