Des gloires de l'opéra et la musique à Paris ...: Documents ..., Volume 3
1768-69. — On publie le portrait de Jean-Joseph Cassanea de Mondonville, maître de la Chapelle du roi, gravé par Aug. de St. Aubin. C'est un des plus beaux portraits de ce graveur.
Gossec fils, musicim resté inconnu.
1769 (vers). — Naissance à Paris d'Alexandre-François-Joseph Gossec, fils du célèbre musicien de ce nom.
Le père Gossec épousa iMarthe-EJisabeth Georges.
Initié à la bonne école de son père, qui* se distingua comme professeur, le jeune Alexandre apprit spécialement le piano et donna des leçons sur cet instrument à Paris, comme il résulte du titre de sa première œuvre.
Aux concerts spirituels (i) à Paris, donnés au château des Tuileries les 14 et 22 mars 1788, le célèbre acteur de l'Académie de musique, Laïs, chanta une scène française ou hyérodrame, paroles et musique de Gossec le fils, et une autre de Rigel fils. Ces morceaux furent goûtés du public parisien, ce qui résulte de la chronique suivante, extraite d'un journal du temps :
« Laïs chanta un hyérodrame de Gossec le fils et une scène de Rigel fils. Tous deux ont été très iapplaudis, et Ton s'attend à voir revivre dans les enfants les talens qui ont acquis aux pères la réputation dont ils jouissent. »
Gossec fils était également poëte.
(i) Le concert spirituel a été fondé en 1725 par Philidor, qui en reçut le privilège du roi. Le premier concert eut lieu le 18 mars de cette année.
Pour Thistorique de ces- concerts, consulter le premier volume de notre ouvrage : Bibliothèque musicale populaire^ page 18.
L'œuvre de Gossec fils, que le hasard nous a fait découvrir, est intitulée :
Six folies musicales graves, pathétiques et gaies, composées pour le piano-foi*te avec accompagnement de violon très ad libitum, par Gossec, professeur de piano, fils du célèbre Gossec, el dédiées à M"® Krumpholtz. OEuvre l*"®. Paris, chez l'auteur, rue d'Àrgenteuil, Mars, 1789.
Quant à la scène française chantée par Laïs, il est certain qu'elle fut une œuvre de mérite, puisque les journaux en constatent le succès. Nous avons encore fait des recherches sur ce jeune musicien d'origine belge, mais sans résultats.
A partir de 1789, nous perdons toute trace de ce musicien-poëte, et il est à espérer que par de nouvelles investigations, on finira par connaître quelques détails sur la vie et les œuvres du fils d un des plus illustres compositeurs du XVIII™® siècle.
Chapelle du roi.
Maître de nrusique : Gauzargues, chanoine de Nîmes.
Blanchard, chevalier de l'ordre du roi.
Mathieu, en survivance.
Maître des pages : Blanchard.
Sous-maître pour le chant : Besche.
id. pour le violon : Marchand, id. pour le violoncelle : Cardonne.
Organistes : Paulin, Daquin, Fouquet.
Hautes-contres : Bertrand, Le Bègue, Bazire, Camus l'aîné. Poirier, G. Besche, Besche 3®.
Tailles : Daigremont, Filleul, Sionet, Charles, Jolly.
Basses : Ducroc père, Guérin, Joquet, Grignard, Levêque, Legros, Cauchoix, Cognier et Lauras.
Violons > Guillemain, La Mèche (le maître), Haraud, Gautherot, Bouleron, Decharmes, Ducroc fils, Mathieu, Guesnin, Camus cadet, Mondonville, Bousseau, Cardonne et Molidorf
Flûtes et hautbois : Le Grand, Desjardins, Besozzi, Scapre.
Bassons : Jadih et Metoyen.
Basses : Huet, Vernon, Dubut, Picot, Dubuisson et Talon, Contre-basses : Antonio, Gelinek, Desmigneaux et Augustin. Cors : Molidor et Gelinek.
Trompette et timbalier : Decharmes et Lameche. Facteur d'orgues : Cliquot.
Etat de la musique de la reine, des fêtes d'éclat, etc.
Semestre de janvier : Rebel, chevalier de l'ordre du roi. Bury, en survivance.
Semestre de juillet : Francœur et Dauvergne, en survivance.
Retraites : Rebel et Francœur.
Pension viagère de ces artistes : 15,000 livres, ce qui prouve combien on fut satisfait de leur gestion.
Pensionnaires-Dames.
M"«Camargo 1800 livres.
» Fel 1500 »
» Chevalier 1500 »
» Lany (épouse Gélin) .... 1500 »
» Lyonnois . 1000 »
» Jaquet . 1000 »
On a publié plusieurs ouvrages concernant les chapelles de musique des souverains de la France. Nous citons :
L'Histoire ecclésiastique de la cour ou les Antiquitez et Recherches de la Chapelle et Oratoire du roy de France, depuis Clovis i^^ jusques à nostre temps, par Guillaume Du Peyrat. — Paris, 1645, in-folio.
Histoire ecclésiastique de la Chapelle des rois de France, sous les trois races de nos i^ois, par Louis Archon, chapelain de Louis XIV. — Paris, 1704 et 1711, 2 vol. in-4^
Histoire ecclésiastique de la cour de France, oii Von trouve tout ce qui concerne l'histoire de la Chapelle et des principauj: officiers ecclésiastiques de nos rois, par Tabbé Oroux, chapelain du roi. — Paris f776 et 1777, 2 volumes in-4°.
Dictionnaire liturgique, historique et théorique de plain-chant et de musique d'église ou moyen âge et dans les temps modernes, par M. Joseph d'Ortigue. — Paris, 1883, très-grand in-8*».
Recherches sur la musique des rois de France et de quelques princes, depuis Philippe-le-Bel (1285) jusqu'à la fin du règne de Louis XIV, par F. J. Fétis. Revue Musicale, 1832, 12Mol. in-4^
Chapelle-Musique de rois de France, par Castil-Blaze. — Paris, 1832, in-12.
Parmi les plus importants et les plus judicieux nous mentionnons :
Les origines de la Chapelle-musique des souverains de France, parEr. Thoinan. Paris, A. Claudin, 1864.
Ce musicologue distingué espère plus tard, poursuivre ce travail aride jusqu'à nos jours. Toute personne qui s'intéresse à l'histoire de la musique en France, attend avec impatience les nouvelles investigations de M. Thoinan.
L'instrumentation de la musique de théâtre.
On a publié plusieurs ouvrages sur les instruments de toutes les catégories et sur le mode d'instrumentation. Dans des livres anciens on trouve ça et là quelques détails concernant les instruments.
Le Père Kircher (i) a étudié particulièrement les divers instruments de son temps.
Bonanni (2) en donne la description avec des figures de l'époque, et Verschueren-Reynvaen, dans un ouvrage déjà cité page 151 de notre deuxième volume, £;n fait l'historique, accompagnée de planches représentant les instruments en général.
Parmi les artistes qui ont attaché leur nom à l'histoire des instruments et de l'instrumentation, citons : Leblanc, Baud, Sàvaresse, Savart, Kastner, Berlioz, Wekerlin, J. Gallay, Fétis père. Pontécoulant, P. Comettant, F. Gevaert, Van der Straeten, L. De Burbure, Coussemaker, Ant. Vidal, H. Lavoix, etc.
D'après H. Lavoix (3), c'est en 1292 qu'on fabriqua des instruments
(1) Athanasii Kirchef'i fuldensis e soc Jesu presbyteri Musurgia universalis sive ars magna. Rome, 1650.
(2) Description des instrumens harmoniques, en tout genre. Rome, 1776, gros volume avec une quantité de planches. Texte français et italien.
(3) Histoire de V instrumentation depuis le seizième siècle jusqu'à nos jours. Paris, Firmin-Didot & C'o, 1878, ouvragerécompensé par l'Institut de France.
à Paris. A cette époque le livre de la Taille (i) donne trois faiseurs de trompettes, H. Lescot, Guillaume d'Amiens et Roger l'anglais, qui exerçaient à Paris le métier de fabricants d'instruments. (2)
M. Lavoix prouve dans son excellent travail, que la contrebasse fut introduite à Paris le 20 janvier 1706, lors de la représentation de l'opéra* /4 Icione, de Marais .
C'est Cambert le premier qui composa un opéra avec orchestre, représenté publiquement à Paris. Dans le principe, les violons formaient la partie principale de ses pièces. Dans sa première œuvre Pomone, on trouve une ritournelle à 3 flûtes qui provoqua un grand enthousiasme, et cela s'explique aisément. La flûte est un instrument d'un caractère doux et tendre qui flatte l'oreille^ et en trio elle forme une harmonie vraiment pittoresque et pastorale. Cependant, on remarqua l'inexpérience du musicien dans la distribution des instruments ou dans les combinaisons variées, qui forment le grand savoir de l'art d'instrumenter, et qu'on a porté aujourd'hui à un si haut degré.
Nous ne croyons pas que les anciens compositeurs faisaient une étude soignée des instruments comme le font nos maîtres d'aujourd'hui, car les instruments à vent ne formaient généralement qu'une partie très secondaire, tandis que dans Tart moderne, l'instrumentation joue un rôle important, même trop obligé dans nos œuvres lyriques.
Nous avons toujours condamné cet effet de sonorité dont abusent nos contemporains, car les voix sont trop souvent étouffées sous les forces des cuivres et instruments à percussion.
C'est à Lully, cet artiste extraordinaire, qu'on doit le plus grand développement à l'Opéra et à l'instrumentation au XVII™^ siècle.
Voici une preuve de la vénération des anciens maîtres pour Lully.
Nous extrayons de la partition de Pirame et Thisbé, opéra de Rebel fils et Francœur cadet, donné le 15 octobre 1726 :
«* C'est moins avec une confiance présomptueuse que par une louable émulation que nous donnons l'opéra de Pirame et Thisbé malgré le génie et le feu qui accompagnent ordinairement la jeunesse, malgré l'habitude où nous sommes d'admirer et de sentir les beaux endroits des opéra anciens et modernes, nous avons longtems estes retenus par notre peu d'expérience. Le désir de marcher sur les traces de
(1) Géraud, Paris sous Philippe le-bel. Paris, 1837, chez Crapelet.
(2) Nous renvoyons le lecteur à Touvrage remarquable cité de M. Lavoix fils.
-^ iO —
ceux qui nous ont heureusement précédé nous a* déterminé; il nous a esté commun dans l'entreprise de cet ouvrage, le même point de vue nous a soutenus dans la diôculté de l'exécution. Monsieur de LuUi a esté notre maître et notre modelle. Vous estes nos juges. Nous osons espérer dans votre critique cette exactitude scrupuleuse qui nous découvre jusques aux moindres déffauts, et cependant cette bonté et cette indulgence qui servent plus a nous animer qu* a nous décourager. ♦»
Du temps de Cavalli, Carissimi et de LuUy, l'orchestre se composait principalement de violons, de violes de différentes grandeurs, de basses de viole et dédoubles basses de viole (violone). Lully ajouta quelques instruments à vent à son orchestre, tels que les flûtes à bec, les hautbois, les bassons et des trombes. C'est surtout dans les ritournelles qu'on employa les instruments à vent.
Voici comment s'exprime M. Lavojx dans son Histoire de l'instrumentation, sur l'orchestre de Lully :
« Lulli avait toutes ces qualités et nous sommes bien loin avec lui de Pomone, des Peines et Plaisirs de V Amour et de la Pastorale. Comme Cambert il fait doubler les chœurs par le quatuor ou, plus souvent, par le quintette des cordes ; comme lui naturellement, il forme le fond de son orchestre avec les violons; comme lui aussi, il emploie les flûtes pour les ritournelles ou à Tunisson des cordes ; mais combien de nouveautés ne trouvons-nous pas dans son instrumentation, nouveautés complètement étrangères à celles de Cambert? Comme instruments nouveaux citons d'abord les trompettes, les timbales (i), les hautbois, les bassons, plus les instruments de percussion dont Lully a fait grand usage dans les ballets, le tambour de basque, les castagnettes, les tambours, plus d'autres instruments qui furent plus tard bannis de l'orchestre, mais qu'il employa quelquefois pour donner de la couleur à ses divertissements, comme la musette et la guitara, enfin les trompes de chasse, dont nous trouvons un quintette complet dans le premier intermède de la Princesse d'Elide.
» Il ne suffisait pas d'introduire à nouveau des instruments, il fallait encore les disposer dans la masse sonore et leur donner leur valeur. Avec Lulli, le coloris musical n'est pa§ né, il est vrai, mais si le vieux maître florentin avait emprunté aux Italiens quelques-unes
(i) Ca^mus,
(les formes de leur style, du moins apprit-il des Français à rechercher la vérité d'expression et à pousser cette recherche jusque dans les détails de son instrumentation. De là ces mille tentatives heureuses de style descriptif que nous trouvons chez lui, de là .ces spirituelles surprises qui viennent à chaque pas distraire l'auditeur. Lulli employait rarement ensemble toutes les forces de son orchestre, il préférait la forme du dialogue des instruments entre eux ou des instruments avec les voix. Tantôt ce sont les hautbois et musettes qui se répondent (i), tantôt la masse des violons, trompettes et timbales, est ingénieusement éclairée par une vive ritournelle de hautbois (2) ; pour ces derniers instruments et pour les flûtes, Lulli avait adopté une formule qui jetait une certaine variété sur son instrumentation. »
Après Lully, Charpentier et Michel Lalande ont donné plus d'extension aux détails de l'instrumentation.
Quand on étudie les partitions de ces deux maîtres distingués, on s'aperçoit du rôle plus important donné aux instruments à vent, la flûte, le hautbois et le basson. Charpentier pour la scène et Lalande pour l'église.
Marin Marais avait étudié l'instrumentation de ses devanciers, aussi dans ses œuvres la partie instrumentale forme une partie plus abstraite, et principalement dans l'opéra Alcyone, représenté en 1706.
Nos anciens chroniqueurs font l'éloge de la tempête, que rien ne trouble plus une fête si belle, qu'on regarde comme un chef-d'œuvre dans ce genre.
Marais employait dans son orchestre les violons, la haute-contre, les tailles, basses, basson, contre-basse de violon et une caisse roulante.
Cet assemblage d'instruments très limités pour quelques uns, doit avoir produit un eff'et bien maigre.
Marais y avait introduit la contre-basse (3) et le tambour à baguettes (à l'orchestre), que Lully avait fait sonner sur la scène avant lui.
Malgré tout le savoir et tout le talent des maîtres de cette époque,
(1) Fêtes de V Amour, prologue. (2) Thésée.
(3) C'est Michel Montéclair, qui joua le premier en 1700 la contre-basse à rOpéra, instrument déjà en usage eu Italie.
rorcliestration était bien pâle, bien sobre, à cause des minces ressources qu'offraient au compositeur les instruments à vent.
LuJIy qui avait introduit le cor de chasse, avec de simples notes, trouva en Campra un heureux imitateur, qui employa cet instrument dans Achille et Deidame, donné en 1735, à TOpéra.
Destouches et Lalande ont imaginé dans le ballet des Eléments, joué à rOpera en 1725, les petites flûtes à la tierce, dont ils tirèrent grande partie dans la tempête de cette pièce.
Mais voici une nouvelle époque pour le progrès de Tart d'instrumenter. Montéclair donna une nouvelle impulsion au coloris et à la variété des combinaisons dans son opéra Jephté, représenté à l'Académie de musique, en février 1732.
A mesure que l'instrumentation progressait, la virtuosité des exécutants ne se développa pas moins, mais il manquait encore à Torchestre la clarinette et le trombone.
Rameau, ce vaste génie, cet homme aux innovations de l'harmonie et des instruments, ouvre une voie nouvelle avec Hippolyte et Aiicie, opéra donné le 1' octobre 1733.
Enfin l'art de disposer les parties de lai mélodie et de l'harmonie, de façon que les instruments viennent donner tout leur éclat et tout leur effet désirables, n'avait jusqu'ici que médiocrement réussi .
C'est Rameau en France, comme Léo, Durante et autres en Italie, qui a produit une instrumentation ignorée avant lui.
Cette orchestration était plus nourrie, cependant sans bruit ni éclats, à cause de la faiblesse du son des instruments à vent.
Mais à cette époque, le nombre restreint des instruments en usage au théâtre, rendait l'étude de l'instrumentation bien plus facile qu'aujourd'hui, car l'art d'instrumenter est une étude aride, compliquée quand on veut lui donner le rôle qui lui convient.
M. Lavoix donne de détails fort curieux, page 227, dans son livre sur l'instrumentation.
Quant aux timbales, ce fut Lully qui les introduisit dans sa musique, et depuis elles ne quittèrent plus l'Opéra.
Les timbales sont aujourd'hui de grande ressource, et Meyerbeer, Halévy, Berlioz, Wagner et autres, ont su tirer grand parti de cet instrument ; Berlioz a imaginé des baguettes à tête d'épongé, pour donner un son plus moelleux aux timbales.
Il paraîtqu'on ignore jusqu'ici l'origine de la timbale, mais elle date
de bien loin, et les timbales employées en France, sont une imitation, dit M. Larousse, des musiques sarrasines.
Beethoven dans ses symphonies, Weber dans ses opéras, ont employé les timbales avec un art tout particulier.
N'oublions pas d'sgouter que Tartiste chargé de battre les timbales de nos jours, demande un musicien consommé, car un timbalier guide en partie tout l'orchestre.
Le triangle, qui date des premiers temps du moyen âge, fut introduit par Grétry, le 4' février 4775, dans la Fausse Magie»
Les cymbales, instrument de la Turquie, ont été employées par Gluck, dans un chœur de l'opéra Iphigénie eii Tauride.
Quant aux castagnettes, qui datent du IX""® siècle, tant employées dans les danses espagnoles surtout, on en fait peu d'usage au théâtre, ainsi que des cloches et clochettes.
Gluck après Marais, employa la caisse roulante dans un chœur dlphigénie en Taunde, et il fit usage également de la grosse-caisse, mais c'est Spontini dans la grande tnarche de la Vestale, qui donna plus d'importance à cet instrument à percussion. Malheureusement on a abusé de l'emploi de la grosse-caisse, instrument qui selon nous ne convient qu'à des fêtes, marches et principalement à la musique en plein air.
Le tambourin, originaire de Provence, fut employé par Mondonville, Gluck, Berton et autres, qui s'en servirent pour donner plus de cachet à leur musique. Il y avait même au siècle dernier un artiste chargé de cet instrument, à l'Académie de musique, qui avait le titre de Tambourin.
Il y a un grand pas fait entre Lully et Rameau quant à l'instrumentation, et c'est ce dernier qui a contribué singulièrement à enrichir et à développer le coloris et la variété de l'orchestre.
Après Rameau, l'orchestration est restée pour ainsi direstationnaire.
Il y a eu quelques perfectionnements dans certains instruments, mais ce n'est pas chez Duni, Gossec, Dauvergne, Philidor, Laruette, qu'il faut chercher le progrès de l'art d'instrumenter.
Bien au contraire, car l'instrumentation dans beaucoup d'opéras de ces compositeurs est bien faible.
Faisons une exception pour Gossec, quant à l'instrumentation de ses symphonies ; c'est lui qui a écrit le premier en France pour la clarinette.
C'est le chevalier Gluck, qui après Rameau, a fait faire un progrès sensible à l'instrumentatian, principalement aux instruments à vent, en leur donnant une couleur plus dramatique, plus pathétique, plus en rapport avec les différentes situations du poëme et des personnages, (i) et en leur faisant jouer un rôle plus particulier.
Dans son N° du 21 août 1788, le Journal de Paris s'exprime ainsi sur un sujet (Tlphygénie m Aulide :
« Dans ce morceau toute la magie consiste dans la nature du chant qui précède et dans le choix des instruments qui l'accompagnent. Vous n'entendez depuis longtemps que les tendres regrets d'Iphigénie et ses adieux à Achille ; les flûtes et le son lugubre des corjs y jouent le plus grand rôle. Ce n'est pas merveille si vos oreilles reposées, frappées subitement du son aigu de tous les instruments militaires réunis, vous causent un mouvement extraordinaire, mouvement qu'il était à la vérité de mon devoir de vous faire éprouver, mais qui cependant ne tire pas moins sa force d'un effet purement physique.»
Pour compléter ce travail succint nous extrayons de l'excellent livre de M. Chouquet : Histoire de la musique dramatique en France, (1873, Paris, Firmin-Dîdot), les lignes suivantes :
« Outre les instruments à cordes, Camberl n'emploie que les flûtes et les hautbois ; Lully y ajoute un basson et des timbales. Cette maigre instrumentation, avons-nous besoin de le dire? ne forme point la partie intéressante des opéras de ces deux rivaux. On sait que Lully attachait si peu d'importance à ses accompagnements d'orchestre qu'il se contentait d'écrire la basse de ses mélodies et laissait d'ordinaire à l'un de ses élèves, à Lalouette ou à Collasse, le soin de remplir la symphonie des instrument à cordes. Celte symphonie accompagnait sans interruption les chanteurs, parce que le moindre silence les eut exposés à perdre l'intonation.
» Cependant si Lully ne l'emporte guère sur Canibert au point de vue purement symphonique, et si son instrumentation est assez souvent pauvre ou prétentieuse, comme il se montre supérieur sous tous les autres rapports à 1 auteur de Pomone et d'Ariane. »
Le lecteur trouvera aussi d'utiles renseignements sur les instru-
(i) Lire le chapitre VIII de l'ouvrage de M. Lavoix sur l'histoire de l'instiumentatioD.
ments dans l'ouvrage du père Marin Mersenne (i) : Traité des instruments, divisé en sept livres, traitant principalement des instrunaents en usage au temps où Mersenne vivait.
Martin Agricola, un savant du XVI™« siècle, publia un ouvrage fort rare aujourd'hui et intitulé : Musica instrumentalis Geimanica, Wittemberg. G, Rhaw, 1545, in-8°, que nous recommandons spécialement aux amateurs de cette belle partie de l'histoire de la musique.
La ville de Paris est de nouveau à la tête de l'Opéra, mais elle confia la direction à Trial, Berton, Joliveau et Dauvergne. Cette direction aboutit à un déficit de 500,000 livres.
Voici comment un critique s'exprime au sujet àeVEcole de jeunesse, de Duni, opéra représenté en 1769.
« Ce compositeur a eu dans sa jeunesse des succès et de la réputation en Italie. Par quelle fatalité a-t-il pu quitter une langue enchanteresse, pleine d'harmonie, de grâce et d'expression, propre à tous les accens, secondant toujours le pouvoir de la musique. Il n'a pas de nerf ni ce style cherché à remplacer le génie des grands hommes tels que Vinc, Basse, Pergolèse, etc. »
1769. — l"" janvier. Au théâtre Français. Les Etrennes de V Amour, comédie-ballet en 1 acte, par Cailhava d'Estandôux et Boyer.
Le public a rendu justice aux traits piquants répandus dans les scènes de l'Amour de la comtesse.
La musique en est agréable, très légère et bien analogue au sujet. Elle est de M. Boyer, jeune musicien, qui a donné à l'Opéra des preuves de son talent. (Chronique du temps.)
Il y a de la variété, de l'esprit et des plaisanteries qui foflt rire.
M. Clément a omis cette pièce.
Poëme, Paris, Le Jay, avec musique.
5 janvier. Aux Italiens. Lucile, en 1 acte, de Mormontel et Grétry.
Le musicien a secondé le poète à merveille, et a brisé le cœur par des ariettes passionnées. Chacun est sorti pleurant et enchanté : en sorte qu'on regarde la pièce comme couronnée par le plus grand succès.
(i) Savant écrivain, né en 1588, dans le bourg TOlzé, déo4dé en 1647.
La musique de Gréiry s'annonce avec le plus grand talent, et elle est toujours fidèle au sens des paroles, elle en augmente Ténergie; et par tout exacte, pittoresque et du choix le mieux senti, elle rendrait seule dans le plus haut degré les différents sentiments et la situation des personnages.
Cette pièce jouit du succès le plus complet et lemieux mérité. Les situations, les tableaux, que les plus beaux sons rendent encore plus intéressans, doivent nécessairement influencer sur la réussite. (Chronique du temps.)
Nous lisons dans Fouvrage de Martine : De la musique dramatique en France, concernant Grétry :
« M. Grétry, le plus fécond de nos compositeurs (i), est en même temps le plus varié. Son génie flexible sait prendre tous les tons; il traite avec un égal succès le pathétique et le comique. Sa musique est pleine d'esprit et de finesse; presque toujours mélodieuse, constamment expressive, le mérite en sera mieux apprécié par l'examen que, d'après leur date< je ferai de ses productions, dont aucune ne ressemble aux autres. »
La Gazette littéraire s'exprime ainsi sur Grétry :
« Une imagination vive et sage, un goût exquis, une justesse de perception qui participe également de la sagacité de l'esprit et de la sensibilité de l'àme démontre aux plus incrédules, que notre langue est susceptible de tous les caractères, de toutes les nuances de l'expression musicale ; quelle pouvait se prêter aisément à toutes les inflexions de la mélodie, à toutes les variétés du nombre, puis aux traits les plus énergiques d'un sentiment passionné. »
Larousse, dans son Dictionnaire écrit en parlant de Gossec :
« Mais en 1769, parut un rival redoutable, Grétry, qui éclipsa bientôt Gossec. Celui-ci, homme de tact et de flair, sentit l'impossibilité de la lutte et quitta momentanément le théâtre pour se vouer à l'art instrumental. »
Ce fut en 1768.
Voici l'opinion de La Harpe sur la musique de Grétry :
« L'opéra-comique, en changeant de scène, étendit beaucoup sa sphère, et varia ses productions sous les auspices de Favart, de
(i) Dalayrac est le seul qui pourrait lui coatester (|e titre ; mais sa fécondité n'est pas à beaucoup près aussi heureuse. ^
Sedaine et de Monsigny. Le naturel heureux et original de ce célèbre musicien, est encore aujourd'hui très goûté dans toute l'Italie, où ses pièces sont souvent représentées. Ce genre de mélodrame acquit encore plus de lustre par les productions nombreuses et brillantes d'un artiste (Grétry) dont le génie fécond, formé de bonne heure à la grande école des Italiens, parut supérieur dès son coup d'essai (Le Huron), et fait pour prendre tous les tons, hors celui de la tragédie, le seul qu'il n'ait pas heureusement essayé, tant il est vrai que dans les artistes même dans ceux du premier rang, le talent a son caractère et ses bornes, et qu'if est donné à très peu d'hommes de réunir éminemment la grâce et la force. Le Tableau parlant, l'un des premiers ouvrages de Grétry est, je crois, ce que nous avons de plus voisin de Pergolèse, non pas tout-à-fait pour la richesse, mais pour l'esprit et les grâces du chant. C'est le véritable pendant de ce chefd'œuvre fameux, la Serva Padrona, et peut-être encore celui de notre Pergolèse français, qui compte tant d'autres ouvrages d'un mérite supérieur. C'est pour lui qu'un Académicien distingué fit Lucile, Sylvain, rAmi de la maison, Zémire et Azoi\ pièces qui honorent également le poète et le musicien, et dont le ton et l'intérêt étaient assez ennoblis et assez soutenus pour prouver enfin, malgré Rousseau, que notre langue n'était pas si peu musicale, qu'elle ne pût produire de beaux eifets dans les mains d'un homme noble.
» Cette musique qui savait émouvoir l'âme et plaire à l'oreille, aurait suffit pour résoudre le problème, s'il pouvait ici s'en offrir un ; mais il est par soi-même assez évident qu'une langue qui n'est point trop chargée de consonnes, une langue dont la prosodie n'est que faible et non pas dure, dont les éléments, quelque fois un peu sourds, ne sont jamais baroques, peut fort bien être relevée par tous les agréments de la mélodie, comme par ceux de la poésie, et s'embellir également du charme de ces deux arts. Ce n'est point cette langue qui avait manqué au génie musical ; c'est le génie qui lui avait manqué à elle-même. »•
Nous extrayons d'une lettre insérée dans les œuvres de Dorât, concernant Lucile :
« Vous étiez à la première représentation de Lucile. Vous avez été témoin de l'effet général. Les larmes d'étiquette tomboient des premières logos, et vous en avez versé dans la vôtre, sans songer à
les cacher, ni à les faire voir, la pièce est jugée. Le fond de Lucile est pathétique, et je ne regrette point que l'harmonie prête ses charmes à Texpression de la douleur.
» La pièce ne se rechauife qu'à ce quatuor enchanteur qui fixe la réputution du musicien. L'entrée de Caillot m'a causé la plus vive sensation. J'ai tremblé, j'ai vu la décoration s'obscurcir un instant, et mon imagination avec elle.
» Mes larmes ont coulé et j'ai rendu grâces à celui qui ne prôcuroit cette douleur voluptueuse, un des plus grands plaisirs de la vie.
» L'air qu'il chante, ne vous a-t-il pas transporté ? N'admirezvous pas le respect de la musique pour les paroles, des instrumens pour la voix? Harmonie, mélodie, desseins, motifs, jours ménagés dans les parties accessoires, pour faire ressortir la partie principale, tout s'y trouve. C'est un chef-d'œuvre selon moi, que Pergolôse n'auroit pas desavoué, et l'Himne qu'il faut chanter sur sa tombe. Gretrick (Grétry) nous a indiqué en musique des effets inconnus jusqu'à lui. Un de ses titres, à l'admiration des connaisseurs, est sa fécondité. Je ne connois presque point de morceau de musique de la longueur des siens ; mais la variété de ses modulations, leurs gradations ou dégradations insensibles, la fidélité et l'adresse de ses rentrées dans le premier motif, empêchent de remarquer la durée du morceau. Voilà le secret du génie. »
Voici une autre jugement sur la musigue de Grétry : « Ce Grétry est un jeune homme qui fait ici son coup d'essai ; mais ce coup d'essai est le chef-d'œuvre d'un maître qui élève l'auteur sans contradiction au premier rang, II y a dans toute la France que Philidor qui puisse se mesurer avec celui-là, et espérer de conserver sa réputation et sa place. Le style de Grétry est purement italien, Philidor a le style un peu allemand et en tout moins châtié, il entraîne souvent de force par son nerf et par sa vigueur, Grétry entraîne d'une manière plus douce, plus séduisante, plus voluptueuse, sans manquer de force lorsqu'il le faut, il vous ôte par le charme de son style la volonté de lui résister; du côté du métier il est savant et profond, mais jamais aux dépens du goût.
» La pureté de son style enchante : le plus grand agrément est toujours à côté du plus grand succès ; il sait surtout finir des airs et
leur donner la justç étendue, secret peu connu de nos compositeurs.
» Grétry est de Liège; il est jeune, il a Tair pâle, blême, souffrant, tourmenté, tous les symptômes d'un homme de génie. •
» La musique de Lucïle de Grétry est très digne de l'auteur de celle du Huron. La plupart des airs ont trop de paroles qui n'ont fait qu'embarasser le musicien; il y en a dont les images sont fausses. »
A iH/"® Amould de t'Opéra.
C'est vous qui donnez à la fois,
Du sentiment au geste, et de Tâme à la voix.
Sur la scène de Tharmonie,
Le tendre amour a dit, vous voyant sans défaut,
Tout fut embelli par Quinault,
Il est embelli pas Sophie.
24 janvier. On reprend à VOpétSi: Sandomir, prince de Danemarck, de Philidor, joué en 1767, sous le titre i'Ernelinde.
Les auteurs y ont fait des changements et malgré cela la reprise n'en a pas été heureuse.
Cependant Philidor y a ajouté des morceaux supérieurement traités.
Il y a beaucoup de chant et une expression bien vive et variée dans les différents airs de danse et de symphonie.
C'est un spectacle pompeux sans le secours des machines et de la fiction surnaturelle.
Un travail nouveau, et des changements heureux dans le poème et dans la musique ont rendu ce spectacle plus animé et plus intéressant. La musique est du genre le plus noble; elle parle au cœur et à Tesprit; elle a l'éloquence des passions et le pathétique du sentiment.
Le Journal encyclopédique publie dans sa livraison du mois d'avril une étude fort instructive intitulée : Réflexions sur Vopéra italien, à Voccûsion d'Ernelinde ou Sandomir.
Elle est datée de Dole, du 25 mars.
Le même journal donne une lettre au sujet du début de M"« Niel, danseuse du Théâtre-Italien.
En janvier, reprise de Topera : Enée et Lavinie, de Dauvergne.
Dans une revue on lit : « Cet opéra, un des plus beaux qui soient au théâtre, par la pompe du spectacle, par la dignité de la musique, par rélégance des ballets, a beaucoup réussi. L'hymne adressé par le roi Enée, Turnus et par le chœur à Janus, est du plus bel effet ; il y a aussi un grand nombre de morceaux de musique qui ont été remarqués et vivement sentis. »
M. Clément dit que cet opéra fut joué en 1758, et qu*il n'eut qu'un succès passager.
6 mars. Aux Italiens : Le Déserteur^ en 3.actes, de Sedaine et Monsigny.
La musique a des détails très agréables, il y en a de très expressifs, et d'autres d'une composition recherchée : l'ensemble plaît, et plaira d'autant plus qu'on verra ce spectacle qui est neuf à bien des égards. Poème, Paris, Hérissant, (i)
Ce qui distingue surtout la musique du Déserteur, c'est l'analogie la plus intime entre le chant et les paroles ; la nature semble dans chaque air, avoir indiqué à l'auteur le motif le plus convenable, et les accompagnements n'ont pas moins de mérite ; ils sont caractérisés dans cette œuvre peut être plus que dans aucune autre.
Ce drame offre alternativement des tableaux très pittoresques de gaîté et de tristesse ; il fait pleurer et rire presque dans les mômes situations.
Tout Paris a couru aux Italiens, et déjà à la répétition du 4 mars, on avait remarqué plusieurs grands seigneurs. Il y a des endroits fort applaudis et d'un joli travail, et Monsigny cherche à sortir de la tristesse et de la mélancolie oii-le jette le poëte.
On a donné à l'Opéra la i'^ représentation des Fragments, qui consistent toujours en 3 actes détachés qui n'ont aucun rapport de sujet, et qui sont de trois auteurs différents. Il y a un acte de la Provençale, de Mouret, un acte i'Hippomène et Atalante, de Vachon, et l'acte i'Anacréon, de Rameau. Tout a été applaudi par le parterre bénévole à l'exception du second acte; c'était nouveau, car c'est un usage sacré sur ce théâtre, que toute musique nouvelle soit §ifflée. On le continue avec succès.
Cl) Dans l'ouvrage de G. Grosheim : Versuch einer âsthetischen Darstellung mehrere Werke dramatischer Tonmeister, (Mayence, Schott, 1834), on trouve des appréciations sur le Déserteur, de Monsigny, la Rosière de Salency, de Orétry, Joseph, de Méhul, Zémire et Azor, de Grétry, et autres maîtres.
La Gazette littéraire annonce plusieurs nouveaux opéras, sans parler de la musique.
Concours de composition du Concert spirituel.
Le comité de ces célèbres concerts avait ouvert un concours de composition de musique religieuse depuis 1766.
Une personne inconnue fit remettre à M. Dauvergne une médaille d'or de la valeur de 300 livres, destinée à un concours pour la composition de musique du psaume 45, Deus noster.
Une afttre personne fait don d'une médaille d'or de la même valeur, pour la mise en musique de Tode IV de Rousseau.
Juges : Dauvergne, Blanchard et Gauzurgues, tous de. la Chapelle du roi.
Ontrouveles parole^s de Rousseau dans \e Journal encyclopédique de juin 1768 et dams le Journal des Beaux- Arts, \\\T2l\soïï du mois d'août.
On reçut vingt compositions pour cette lutte intéressante.
Avant de se prononcer, le jury fit exécuter au concert spirituel les meilleurs motets, ce qui excita vivement la curiosité publique. On les exécuta encore aux concerts des 28, 27 et 29 mars 1768, devant une assemblée nombreuse.
Dauvergne, l'artiste si clioyéàParis,présidaità ces curieux concerts.
II y avait trois prix à donner.
Le premier fut obtenu à l'unanimité par Tabbé Giroust, maître de chapelle à la cathédrale d'Orléans.
Le second prix lui fut également attribué.
Bué, jeune artiste de 19 ^ns, maître de chant à la cathédrale de Constances, obtint le 3™® prix.
La distinction unique et le succès obtenu par les compositions de Giroust, font beaucoup d'honneur à ce jeune musicien.
Il y avait certaines conditions à suivre pour les concurrents.
11 fallait deux récits, un duo et deux chœurs, dont un en fugue.
On a ouvert un même concours pour Tannée 1769.
Voici les conditions de ce concours :
« Il faut que l'ouvrage contienne au moins deux récits, un duo et des chœurs, dont un en fugue, et qu'il ne dure que 25 minutes au plus. Ce concours se donnait au concert spirituel pendaiit la quinzaine de Pâques, »
Dan$ une nouvelle annonce du mois de septembre, il a été décidé, qu'il ne serait pas nécessaire qu'un des chœurs de Tode fût en fugue.
Le public acclame toujours avec frénésie les artistes de la danse. Dans DardanuSy à TOpéra, tout concourt à l'effet général de ce bel ouvrage.
Parmi les débutants des Italiens, citons Guilminot (acteur estimé de province), Tue et Desforges.
Ce dernier qui était en même temps poète, adressa au duc de Richelieu une longue fable, insérée dans le Mercure de France.
Le Déserteur à réuni à la 2'^*' représentation les suffrages qui paraissaient avoir été partagés à la première.
Il faut rendre justice aux talents deM"*® Laruette, de Clairval, Caillot, Trial, C'est principalement Clairval, rôle d'un dragon, qu'il chante avec une vérité et une gaieté grivoise, qui a contribué au succès.
Il y a eu, selon l'usage établi aux Italiens, un compliment de clôture. Anseaume chante ce couplet, où il rappelle le Huron et Lucile, de Grétry :
Ces deux enfants des mêmes pères, Ont eu le sort le plus heureux, Puissent-ils au gré de nos vœux Avoir beaucoup de frères.
Clairval chante ces vers :
Dans la dernière disgrâce Plongé par excès d amour, Le Déserteur a sa grâce, Confirmez-la dans ce jour ; Pour ceux que l'amour égare, Les cœurs sont toujours ouverts.
Que votre bonté répare Tous Jes maux qu'il a soufferts.
Le compliment finit par des vers récités par la charmante Laruette, et en voici cinq :
Avec cette émulation
Par qui le talent se déploie
De la douleur et de la joie
Nous avons essayé la double illusion
Dans le Huron et dans Lticile.
On chante après un chœur général d'Anseaume, secrétaire des Italiens.
On jouait le Déserteur ce jour-là.
L'administration a décidé d'accorder des pensions aux artistes, dans le but d'encourager et de récompenser les talents distingués qui ont contribué à la gloire et au succès du Théâtre-Italien.
Les premiers artistes auxquels on accorde une pension viagère de 800 livres, sontFavart et Duni.
M*^® Rivière, connue par les charmes de la danse, demande sa retraite.
Le Mercure de France publie une série de lettres sous ce titre : Suite des conseils d'un père à son fils, sur la musique. De l'harmonie.
On a exécuté aux concerts spirituels deux motets du concours sur le psaume Deus noster refugium, et deux autres pour le prix proposé sur l'ode de Rousseau.
On a trouvé dans ces essais quelques traits d'harmonie ; mais peu d'expression, peu de chant, un dessin faible et un style monotone. Les prix ont été réservés pour une autre année.
Le Stabat Mater, de Pergolèse, dont la musique est si pittoresque, si éloquente, si expressive, a profondement frappé les âmes sensibles. M""* Fel et Richer ont eu les honneurs de cette œuvre sublime.
Ces concerts ont eu lieu avec les concours de M"*** Rozet, Lobardini, Sirmin, (i) Morizet, Chenays, La Madeleine, MM. Legros, Gélin, Beauvais, Platel (abbé, très belle basse-taille), Muguet, Péré, Levasseur, Besozzi, Barthélemont, Capron, Harant (violoniste), Balbastre, Rodolphe (corniste), Hinner (harpiste), Salentin (flûtiste).
On y chante des motets de Mouret, de La Lande, Giroust, Doriot
(i) Sirmin^ élève de Tartini, violoniste de premier ordre.
(maître de musique de la Ste. Chapelle), Jollicr (abbé), Saint-Amans, Milandre.
Parmi toutes ces œuvres, on a remarqué un Super flumina Babylonis, de RicBter, avec des chants neufs, bien traités, et une harmonie sagement combinée.
4 avril. Reprise à TOpéra de Ragotide et de Vacicà'Erosine, qui produisent toujours le même plaisir.
Cardonne vient de mettre en musique Omphale.
Quatrain à M^^^ Le Chantre, très jeune et très aimable artiste,
qui réunit tous les applaudissements du public par son talent pour
le clavecin et par les agréments de sa figure.
Par tes talents, par ta mine jolie, Tu nous enchantes tour-à-tour; Tes doigts sont ceux de Tharmonie Et tes traits sont ceux de Tamour.
Mars-avril. Retraite de Jean-Baptiste-François Dehesse (ou Deshayes), qui parut aux Italiens en 1734. II finit sa longue carrière par le rôle du geôlier du Déserteur. II a été depuis 1766 maître des ballets aux Italiens, place qu'il occupa jusqu'à sa mort, qui arriva le 22 mai 1779.
Il épousa en 1742 Catherine Visentini, fille de l'Arlequin connu, Thomas Visentini (Thomassin).
... avril. Favart obtient une pension de 800 livres de la Comédie- Italienne. En 1777 elle augmenta de 600 livres. Le roi lui accorda en 1780 (avril) une pension de 2,000 livres.
On fait connaître par la voie des journaux qu'un nouveau concours de musique religieuse est ouvert par le concert spirituel.
Chaque prix est double et consistera en deux médailles d'or chacune de 300 livres. On accorde aussi un second prix.
13 avril. Belleval a joué sans être annoncé dans les Sœurs rivales et dans le Roi et le fermier. On espère qu'en travaillant sa voix, il pourra se rendre utile, écrit le Mercure.
A M^^^ Des Coings, cantatrice.
Que les vertus de Rosine et Lucile,
Tendre Des Coings, par toi savent intéresser;
De tes heureux accens Texpression facile,
Comme ton cœur j paroît ajouter.
Ton art, sans se montrer, embellit la nature.
Dans ton jeu naïf et charmant
Du plaisir, du bonheur on trouve la peinture,
A ta voix on connoît celle du sentiment.
Madrigal à AP^^ Ratel, chanteuse,
Epicure philosophoit,
Et par ses leçons vouloit plaire;
Vous chantez, aimable Glycôre,
Vous faites ce qu'il apprenoit.
Par une route bien plus sûre ;
On vous voit obtenir un succès plus brillant,
Et ce môme plaisir que cherchoit Epicure
Vous le procurez en chantant.
Arisse.
16 avril. Début de M. De la Haye, dans le rôle du prince de Ninette.
On a trouvé à cet acteur de rintelligence, de la noblesse, de la facilité dans l'organe et une bonne manière de chanter, mais pas assez de voix pour le théâtre de Paris II s'est retiré après les débuts.
2 mai. 4''^ représentation à TOpéra à'Omphale, en 8 actes, de La Mothe et Cardoime, ordinaire de la musique du roi.
C'est le même opéra que composa Deslouches. Cette nouvelle musique offre du chant et des grâces. On ne peut lui reprocher que de n'être pas toujours assez variée, ce qui nuit quelquefois à l'effet, mais n'empêche pas d'y remarquer un grand nombre d'airs très agréables qui reçoivent les applaudissements qu'ils méritent.
Artistes : M"®' Larrivée, Duplant, MM. Larrivée, Legros.
Lani, Laval et Vestris sont les auteurs des ballets. M"® Heinel (i) y fut très acclamée.
Le poëme est assez connu, la musique n'est pas digne de Tètre. Aussi la salle qui était si pleine à la première représentation, étaitelle presque vide à la seconde. (Chronique du temps,)
Il y a de très jolis airs de symphonie dans cet ouvrage. Il y a des
• (1) M>i« Heinel épousa le danseur Gaôtan Vestris.
personnes qui préfèrent les modulations tendres et agréables de Destouches au travail de Cardonne, et ce compositeur manque de science pour un pareil opéra.
On va remettre à ce théâtre Zais, de Rameau,
Il n'est pas de parterre plus honnête que celui de TOpéra : il est aussi fidèle à affecter du plaisir, que la musique l'est à lui procurer de l'ennui.
Le prodigue de la musique de Rameau est en raison inverse de celui qu'opéra autrefois la musique d'Amphion sur les murailles de Thèbes.
Cet opéra-ballet historique en 4 actes date de 1748, et Jélyotte, le ténor tant choyé à Paris, y chanta le rôle de Zais.
On apprend avec regret la retraite de M"® Arnould. Elle n'a pas obtenu de pension, à cause de ses absences, de ses caprices continuels, qui Tempêchaient de jouer régulièrement. C'est une grande perte pour rOpéra, et il sera difficile à la remplacer.
Les Italiens continuent avec le plus grand succès le Déserteur, pièce qui allie les pleurs et les ris par le contraste de la gaieté et du pathétique.
14 mai. Concert spirituel avec le concours de l'abbé Platel (très belle basse-taille et très bon musicien), Besozzi, Legros, Cramer (violoniste), Frentzl et M"* Fel.
Cramer a étonné le public par la beauté des sons et l'énergie de son jeu.
Le concert finit par un Confitebor tibi, de Pergolèse, avec une musique inégale et quelquefois diffuse et d'une expression vague, écrit le Mercure,
17. On a donné àVensailles le jeudi 17 mai, à l'occasion du mariage du Dauphin, Persée, de LuUy.
Voici deux extraits quant à la musique de Lully : '
« Quant aux œuvres de Lully et Rameau, on a vu à leurs dernières représentations autant d'affluence qu'en aucun autre temps. Ce fut plutôt l'esprit de parti, l'intrigue, Tengouement vrai ou factice pour tout ce qui étoit étranger, qui privèrent la France de ces productions du génie, qu'elle admirait avec raison, et dont les jeunes gens d'aujourd'hui ne peuvent se faire une juste idée. » Decroix.
« Lully peut-être considéré comme Français, puisqu'il s'établit à Paris à l'âge de 13 à 14 ans.
» De son temps, les l'^^ violons seuls faisaient entendre la mélodie et Taccompagnement des autres instruments fut bien monotone. C'est Lully, le premier qui y jetta la variété, et il y introduisit de nouveaux instruments, tels que les timbales et les trompettes.
» Santeul composa son épitaphe, en six vers latins, dont voici la pensée : morty nous savions que tu étôis aveugle; mais en frappant Lulliy tu nous a appris que tu est sourde! » De Sevelinges.
Rebel, Francœur, De Buri et Dauvergne, avaient fait les changements qu'exigeaient la pièce, et composèrent la musique de nouveaux morceaux de chant répandus dans les fêtes, ainsi que ceux des danses.
Artistes : M"*'* Arnould, Rosalie, Dubois, Duplant Larrivée, Aveneaux, Morizet, MM. Gélin, Larrivée, Legros, Huguet, Cuvelier, Durais, Cassaignade, Durand, Cavallier et Péré.
Les ballets sont de la composition de Laval, des ballets du roi.
Quelques longueurs ont nui à L'ensemble de l'œuvre.
La pièce est montée avec une pompe imposante.
9 et 13 juin. A la même fête : Castor et Pollux.
L'Opéra va perdre M^*« Pestel, danseuse de talent par la vigueur de son jarret. Elle doublait M"® Allard. M. le prince de Conti Ta mise dans un état d'aisance.
14 juin. A l'Opéra : Za:is, ballet féerique de Rameau. La musique est douce, aérienne, forte, mâle et souvent terrible selon la situation des scènes.
L'Opéra est en grande agitation à cause de la retraite de M"« Arnould. Après bien des raccommodements et des discussions où des personnes de la cour se sont mêlées, elle s'est décidée à rester.
20. La Tour enchantée, ballet figuré, mêlé de chant, avec M"®" Arnould, Peslin, Guimard, Dubois, Pitrot, MM.Larrivée, Pillot; Peré, Legros, Lani, Dauberval. (i)
La musique est de Dauvergne, les paroles de Joliveau.
Rebel, surintendant de semestre, a été particulièrement chargé de l'exécution des représentations à la^cour, et a été secondé par De Buri et Dauvwgne.
24 juillet. Début aux Italiens de Suin, dans la Servante maîtresse (Pandolphe). Il demanda sa retraite en 1783.
(i) Dauberval épousa M"« Théodore, femme honnête, jeune et jolie. Bile avait Texécution légère et excellait dans la danse brillante.
8 août. A rOpéra : Hippomène et Alante, en 1 acte, de Brunet et Vachon.
14 août. Trial (Antoine) épouse M"® Milon, connue sous le nom de Félicité Mandeville, dont nous avons parlé dans notre précédent volume et qui prit sa retraite en 1786.
2 septembre. Aux Italiens : L'amant déguisé ou le Jardinier supposé, en 1 acte, de Favart et Philidor.
Artistes : M^'®* Trial, Favart, Beaupré, MM. Clairval, Laruette, Nainville.
Poème, Paris, veuve Duchesne.
La musique en est gaie, agréable et tout-à-fait convenable au sujet.
M"'® Favart, par la vivacité de son jeu, et M™* Trial, par les sons séduisants de sa voix, contribuent beaucoup au succès de la pièce.
M"® Beaupré, MM. Clairval, Laruette et Nainville, figurent dans cette pièce.
A 3/™® Trial, chantant dans le Jardinier supposé.
Sous les traits de ce magistrat.
Quelle jeune beauté m enchante !
Son teint est frais et délicat.
Son œil vif, sa bouche riante ;
C'est Hebé... mais fluel doux accens !
Quelle voix brillante et légère ?
C est Tamour même que j'entends !
Oui, c'est lui : voici le mystère.
Vénus, jalouse de Trial,
Qui dispute le droit de plaire ;
La cause se plaide à Cythère ;
L'amour, en juge impartial,
Lui-même condamne sa mère,
Et le public, dans cette affaire,
Et de i'avis du tribunal.
Cette bagatelle fut représentée en 1756, sous le titre de la Plaisanteiie de campagne. Son succès alors fut interrompu par la maladie et la mort de M"® Silvia.
8. Au concert spirituel de ce jour on entend M"® Plantin, cantatrice, Balbastre, l'abbé Platel, qui chanta un motet de Tabbé Brouin,
le fameux Cramer et M"® Leclerc, qui chanta avec beaucoup de talent un air italien.
20 septembre. Aux Italiens : Le Tableau parlant, (i) en 1 acte, d'Anseaume et Grétry, qui a beaucoup réussi.
Le musicien n'a reçu que des éloges, que de gaîté, de grâces et de variété dans ses airs ! M. Grétry semble créer un genre nouveau, ne s'écartant jamais du sens de ses paroles, il trouve le moyen d'ajouter encore à leur expression ; son génie abondant et facile se prête à tout sans effort, et Ton voit que ses compositions lui coûtent aussi peu de peine qu*elles procurent de plaisir à les entendre. (Mercure.)
La musique en est excellente. En général ce genre plaît pluS à ce théâtre et il aurait mieux valu le monter depuis quelque temps.
L'Opéra a remis Psyché, de Mondonville, avec M"* Arnould, qui a déployé tant de grâces et de jeu. Cette artiste a été reçue avec des transports indescriptibles Elle a été très bien secondée par M"® Rosalie dans le rôle de l'amour. Elle a un jeu naïf, gai et piquant en même temps.
L'acte de Bacchus etErigone, de Bruyère et Mondonville, n'a pas eu de succès.
Trial, le Breton, Dauvergne et Joliveau, administrateurs de TOpéra, jouissent d'un appointement de 5,000 livres, et les dépenses de l'Opéra se font par la ville.
Le Tableau parlant attire toujours une nombreuse affluence.
Cette musique si naturelle, si naïve et si en rapport avec le caractère français, est un des grands soutiens de la Comédie-Italienne. C'est un succès sans précédents dans la musique de théâtre.
« Ce succès est très grand et ira encore en augmentant, grâce à la musique charmante et délicieuse de Grétry. 11 n'y a rien à dire de cet ouvrage, c'est un chef-d'œuvre d'un bout à l'autre; il n'y a que le premier air que chante Cassandre qui soit faible et commun, tous les autres sont charmants, et il n'y a pas du reste un seul morceau médiocre. C'est une musique absolument neuve et dont il n'y avait point de modèle en France; c'est un modèle de musique comique et bouffonne, cela est à tourner la tête. Ce compositeur ira loin s'il vit ; mais malheureusement il crache le sang. »
(i) Le Tableau parlant est un des opéras le plus joués en France, en Belgique et en Hollande, et il a été môme traduit en flamand sous le titre : De sprehende Schilderij.
» Le poème est une farce divertissante, la meilleure de ce genre, et qui ne laisse pas de plaire sur la scène quand il a quelque naturel et point de grossièreté. Ce fut le mérite d'Anseaume, homme modeste et laborieux, qui rendit beaucoup de service au Théâtre-Italien, dont il était souffleur. Il avait contribué à la renaissance de l'Opéra- Comique de la Foire par le succès, de son opéra : Le peintre amoureux, joli petit acte qui est resté au répertoire. » ' La Harpe écrit au sujet de cette pièce :
« Le Tableau parlant, l'un des premiers ouvrages de Grétry, est, je crois, ce que nous avons le plus voisin de Pergolèse, non pas toutà-fait pour la richesse, maïs pour Tesprit et les grâces du chant.
» C'est le véritable pendant de ce chef-d'œuvre fameux, la Sei^a Padrona, et peut-être encore celui de notre Pergolèse français, qui compte tant d'autres ouvrages d'un mérite supérieur. Ludlej Sylvain, Zémire etAzor, pièces qui honorent également le poète et le musicien, et dont le ton et l'intérêt étaient assez ennoblis et assez soutenus pour prouver enfin, malgré Rousseau, que notre langue n'était pas si peu musicale, qu'elle ne put produire de beaux effets dans les mains d'un homme habile. Cette musique, qui savait émouvoir l'âme et plaire à l'oreille aurait suffi pour résoudre le problème, s'il pouvait ici s'en offrir un. »
M"® De Bawr, dans son Histoire de la mmique^AW, ceci sur Grétry :
« Dans cette foule innombrable de morceaux qu'il a composés, on ne saurait trouver ni un plagiat ni même une répétition; il imitait la nature avec trop de justesse pour ne pas avoir de diversité, et Grétry ne pouvait se répéter que s'il avait fait deux fois la musique du même opéra. Nul n'a plus que lui noté la parole sans que l'étonnante vérité de sa déclamation nuise en rien au charme de sa mélodie. Grétry composa des chants, pleins de grâce, d'esprit et de vérité; mais il les accompagna d'un orchestre pauvre, dans lequel il s'est glissé même des incorrections. »
M"® Laruette, Trial et Clairval ont fait preuve de leurs talents divers.
V octobre. M*^® La Neuville commença ses débuts à l'Opéra par une loure qui a été ajoutée dans l'acte' i'Anacréon.
Cette danseuse a été à bonne école.
M^^® Châteauneuf, née dans la terre dont elle porte le nom, a montré du talent dans le rôle de Florine de la Provençale.
Elle a le maintien noble, la taille et la figure théâtrales, et mérite les encouragements qu'elle a reçus.
Elle doit son éducation au comte de Florentin, son protecteur.
Duchesne (veuve) publie le poème de : L'amant déguisé, de Philidor, opéra joué en 1786, sous le titre: La Plaisanterie de Campagne.
La mort d'une actrice en enterrompit le succès. Philidor y a ajouté des ariettes, pour se conformer au goût dominant.
A Jl/"® Rosalie, jouant le rôle de V Amour dans Psyché.
On sait rendre justice à l'aimable Sophie;
Mais voyant chaque jour vos progrès étonnans,
On dit la jeune Rosalie,
Si sa tête résiste aux vapeurs de Tencens,
Doit l'atteindre dans peu de tems
Et devenir une actrice accomplie.
A i/"® Guimard de l'Opéra.
Parmi les jeunes merveilles Qui brillent dans ces beaux lieux, L'une enchante nos oreilles Et l'autre charme nos yeux ; Guimard forte de sa puissance Sur des droits multipliés ; Mais, surtout quand elle danse.
Tous les cœurs sont à ses pieds.
M°*® Day débute à l'Opéra dans le rôle de Florine de la Provençale. Elle a reçu des applaudissements mérités.
P. C. Gibert publie son ouvrage : Solfège ou leçons de mtisique sur toutes les clefs et dans tous les tons, etc.
Cousineau publie : Recueil d'airs choisis pour la harpe propre à former la main des écoliers, par C. Moreau, de l'Opéra.
... octobre. Plaisant, avocat du Parlement, écrit la lettre suivante à l'abbé Aubert, directeur du Journal des Beaux-Arts, Parîy, Didot le jeune :
« Le nom des hommes célèbres faits pour passer à Timmortalité, est toujours favorablement accueilli dans votre journal; c'est la
raison qui ma déterminé à vous adresser ces vers que le désir de rendre hommage à M. Couprin m'a inspirés.
*» Jamais TeDeum n'a peut-être été exécuté avec plus de pompé, de majesté et de richesse d'harmonie, que celui des Matines de la veille de St. Barthélemi par ce grand homme. Surtout il s'est surpassé dans les difTérens tableaux qu'il nous a présentés des circonstances du jugement dernier.
» Vous vous apercevrez aisément, Monsieur, que je me suis efforcé de suivre dans mes vers les idées et les images de ce célèbre musicien, le Rameau de nos jours pour l'orgue. Mais que nVt- il plutôt eu pour auditeur dans un pareil moment; ou Corneille, ou M. de Voltaire. »»
Vers à M, Couprin^ en sortant de son Te Deum.
Grand Dieu ! quel jugement Couprin nous fait entendre !
(Voir cette longue ridicule pièce dans le numéro du mois d'octobre 1770 du Journal des Beaux- Arts.)
On publie les quatuors et concertos du célèbre Louis Boccherini . Paris, au bureau de l'abonnement musical.
14 octobre. A l'Opéra : Reprise d'Ajax, jouée en 1716, reprise le 16 juin 1726, le 2 août 1742 et le 13 mai 1755. La musique est de Berlin, qui fut maître de clavecin des princesses d'Orléans.
Artistes : M"*^ Duplant, Chàleauneuf, MM. Pillot, Gélin, Cavalier et De la Suze.
M"® Pezé, âgée d'environ 14 ans, y débute dans le rôle de l'Amour et on lui trouve la voix agréable et propre aux airs légers,
M''® Châteauvieu, nouvelle débutante, a chanté avec une très belle voix la grande prêtresse de l'Amour.
M"® Vincent, Bourgeois et Tirot, ont été applaudis dans plusieurs airs de ballets.
La musique a été retouchée par Francœur, neveu ; il a refait en partie celle des danses, dont plusieurs ont été très goûtées.
Les ballets sont de Vestris.
Danses: M"«* Heinel, Asselin, Guimard, Louison Rey, MM. Vestris, Dupré, Malter, Delaistre et Pielrot.
Tout Paris a couru au Tableau parlant, pour entendre la musique de Grétry, musique qui rend tous les jours ce musicien plus cher au public.
Palissot, littérateur, mort en 1814, jaloux du succès de Grétry, surtout du Tableau parlant, lança une sanglante satire contre TOpéra- Comique. Cette pièce est adressée à son digne ami Nicolet.
Il est question de plusieurs musiciens dans cette épître. Voici les vers qui s'adressent à Grétry :
MarmonteU tu rendis Cléopatre hjdropique,
Tu fis à Topera mourir Hercule étique,
Tu sentis qu'il fallait, pour te faire un grand nom,
En vers bien boursouflés composer le Huron ;
Mais comme un faible enfant, bronchant dans la carrière,
Tu fis choix, de Grétry, pour tenir ta lisière.
Miger a gravé le portrait de Joseph Caillot, comédien du roi, d'après le tableau de Voiriot, peintre du roi. On y trouve ces vers :
Lorsqu'on nous traça son image Pour y faire passer sa gaite, sa candeur, On n'a pas consulté seulement son visage, On a sçu lire dans son cœur.
On publie plusieurs recueils de chant de Taillard l'aîné et Papavoine, ainsi que le concerto pour plusieurs instruments de L. Boccherini, op. VIII (Paris, Vernier).
6 sonates pour harpe et airs connus avec variations^ par Petriui. Op. 2 et 3. Paris, chez l'auteur..
1 novembre. Concert spirituel. Symphonie. Requiem œternam, de Gilles. Concerto de Fridzeri pour mandoline, par M"® de Villeneuve. Concerto de violon de sa composition par Fridzeri. Motet de Giroust, chanté par l'abbé Platel. Le concert finit par un beau De Profanais , de Dauvergne.
M"^ D'Hauterive remplace M"® Chàteauvieux dans Ajax, et Duranci y remplace M"* Duplant.
M^'® Duperay et Simonin sont très applaudis dans le ballet Za:is.
Champville, (i) que nous avons cité souvent dans cet ouvrage, se relire de la Comédie-Italienne, avec une pension de 1,800 livres. Il décéda vers 1794.
(i) Gabriel Dabus.
Duni obtient une pension viagère de la Comédie-Italienne de 800 livres, en conservant ses droits d'auteur.
28 novembre. Reprise de Dardanus, de Rameau, très réussi; M"* Arnould a redoublé l'intérêt de son rôle par Tonction, Tintelligence et les charmes de sa voix.
En décembre, Grélry souffrait fortement de la poitrine et on craignait pour ses jours.
Bachaumont écrit à ce sujet dans ses Mémoires secrets :
« C'est une douleur que les amateurs du théâtre italien, qui avoient conçu les plus grandes espérances sur le compte du sieur Grétry, ce Pergolèse de la France, voient que ce musicien est sur le point d'être moissonné à la fleur de son âge. Il est attaqué de la poitrine, et son genre de vivre ne contribue pas peu à aggraver son état. On convient assez généralement qu'il était fait pour faire une révolution dans la musique de ce théâtre dont les coryphées ne paroissent que des gens médiocres auprès de cet auteur. »
8 décembre. Concert spirituel avec le concours de M"« Duplant, Besozzi, Durand et Cramer. Le chœur chante le beau motet couronné de l'abbé Giroust, et Durand un nouveau motet très agréable de Tabbé Feray, ordinaire de la musique de la duchesse de Villeroy.
On attend l'ouverture delà nouvelle salle de l'Opéra.
La Rosière de Salency, opéra en 3 actes, représenté le 28 octobre avec succès à la cour, Ta été avec je même bon accueil aux Italiens.
Biaise en a composé les airs, mais à cause de maladie, Philidor et d'autres amateurs de distinction ont bien voulu les achever.
Artistes : M"®* Laruette, Trial,-Beaupré, Favart, Berard, Frédéric aînée, Desglans, MM. Laruette, Caillot, Clairval, Nainville, Desbrosses.
Poème, Paris, veuve Duchesne.
Cet opéra de Favart fut joué aux Italiens le 14 décembre de la même année.
Toujours Dardanus à l'Opéra.
On y prépare pour l'ouverture du nouveau théâtre, le 16 janvier Zoroastre, de Rameau.
La salle est construite par Moreau, architecte de la ville.
M"® Rosaline, Fargès et Tessier, débutent aux Italiens.
M"*® Rosembert débute à ce théâtre dans les Moissonneurs^ dans le Bûcheron et dans Tom Jones, avec applaudissements.
M"« Desforges débute à l'Opéra. Sa voix est moins forte qu'agréable, mais elle est flexible.
Lé Mercure de France donne une longue description du nouveau théâtre de TOpéra.
La nouvelle école des femmes, opéra de Philidor, n'a pas réussi aux Italiens.
Bouin publie : 6 symphonies à i parties obligées, par J.B.Houlinghem.
Vers à ilf "® Duplant, jouant le rôle d'Erinice dans Zoro astre.
De tes rôles, Duplant, 6 que tu sais bien prendre L'esprit, le mouvement, le ton !
J'éprouve un grand plaisir à te voir, à t'entendre, Quoique le même sexe, un peu jaloux, dit -on. Quoique le même emploi sembleroit le défendre. La vengeance n'a point Tœil plus fier ni plus dur, ' Ta fureur plait, ta haine engage !
L'empire des talens est infaillible et sûr.
Homme, j'en dirois davantage. Mais l'éloge seroit moins pur.
Par une de ses camarades,
22 décembre. Aux Italiens : Le fleuve Scarnandre, en un acte, par Renout et Barthélemont.
M. Clément indique le 28 décembre 1768.
On lit dans le Journal encyclopédique de 1769 :
« La pièce a été interrompue après la première représentation ; les uns veulent que ce soit par l'indisposition d'une actrice, les autres par l'indisposition du public. j>
Barthélemont naquit à Bordeaux en 1731. Fixé à Londres depuis 1766, il y fit représenter plusieurs opéras. Finalement il devint chefd'orchestre à Dublin en 1784, retourna à Londres, où il décéda en 1808.
Décès de M^^® Duval, née vers 1695, actrice de l'Opéra, qui composa le ballet les Génies, représenté en 1736. En 1741 elle publia : Méthode etc. pour apprendre facilement à chanter juste et avec goût, in-fol. obi.
M"® Anne Piccinelli, née à Naples,qui débuta aux Italiens, le 6 mai 1761, dans la Cantatrice italienne (Angélique), quitte Paris.
Elle chanta au concert spirituel.
J. A. Desboulmiers publie ses ouvrages : Histoire du théâtre de V Opéra-Comique. Paris, Lacombe, 2 vol. in-12°.
Histoire anecdotique et raisonnée du théâtre italien depuis son rétablissement en France jusqu'à Vannée 1769. Paris, Lacombe, 7 volumes in-12« (1767 à 1769).
On publia a Paris un grand nombre d'ouvrages sur le théâtre, dont plusieurs méritent à peine une mention.
Il n'entre pas dans notre plan de les indiquer tous.
Les ouvrages de Desboulmiers (né en 1731, mort en 1771), donnent de très curieux détails sur les pièces et les acteurs; ils renferment des documents qui ont de Futilité et du mérite.
On publie : Lettre à M. de Voltaire, sur les opéras philosophiecomiques, oii Von trouve la critique de Lucile. Paris, Desnos, broch. in-12«. Prix : 8 sous.
Nous extrayons d'un compte rendu de ce livre :
« On se propose de faire voir dans celte lettre, où il règne en général un ton gai, combien la philosophie perd aujourd'hui de sa dignité, par Tabus qu'en font la plupart des écrivains ; tant qu'on ne verra que des déclamations ampoulées que des pièces insipides ; tant qu'on ne nous donnera que des maximes, au lieu de caractères ; de belles pensées, au lieu de bonnes actions ; de foiblcs agrémens qui éblouissent, au lieu de l'intérêt qui attache; tant que l'amour de l'humanité n'existera que dans des ariettes, et jamais dans la pratique; tant que de froides plaisanteries changeront les sots ; il est â craindre, dit ironiquement l'auteur, que le genre humain et la France surtout, ne retournent à leurs anciens préjugés, et qu'on n'en reste au milieu du beau chemin que les philosophes nous ont tracés. »
Faisons suivre un nouveau jugement sur Lwd/d, qui continue à faire de bonnes recettes aux Italiens :
« Par le charme d'une musique chantante, vive, ingénieuse et naturelle, cet opéra est très-acclamé par un nombreux public qui se presse dans la salle de bonne heure. Tout Paris y passe. 11 n'y a pas dans. les annales du théâtre un exemple de cette vogue soutenue pendant plus de cinquante ans.
» Grétry, par son chant naturel, par ses combinaisons heureuses de la musique aux paroles, avait le talent de faire vibrer le cœur des masses, et de donner aux spectateurs de douces émotions et des sensations agréables. Quel dommage qu'il n'en soit plus ainsi aujourd'hui
de beaucoup d'auteurs modernes, qui sacrifient le charme aux recherches factices. » (Chronique du temps.)
Voici comment un critique juge le talent de Caillot dans Lucile :
« Eh! parlez moi donc de Caillot? Il est sublime dans Lwd/^. Il touche parce qu'il est touché lui-même. Sa figure parle, parce que son âme sent. Il est Biaise, il est un père tendre vertueux désolé. Il pleure et arrache les larmes. »
Un chroniqueur du temps s'exprime ainsi sur la musique de Sandomir (Ernelinde), de Philidor :
« La musique de cet opéra a souvent captivé mon admiration, et m'a rarement ému. Cet ouvrage renferme de grands trésors d'harmonie ; mais l'harmonie seule n'est que la solution d'un problème géométrique plus ou moins étendu. Les beautés de calcul étonnent l'esprit, Teffrayeni quelquefois et ne plaisent jamais àTàme sensible et délicate. La multiplicité des notes épouvante, et le cœur qui s'épar nouit aux sons du hautbois solitaire, se ferme au fracas d'un orchestre armé d'un Arpégio éternel.
» Tout me semble trop fort dans Philidor. Sa tête calculante n'aime que les échevaux brouillés. Il oublie trop que le spectateur regrette tout plaisir qui le fatigue. Quand Rodoald et Sandomir peignent dans un duo animé tout ce que la jalousie a de fureur, est un chef-d'œuvre à la fois d'harmonie et de débit, où Larrivée est ce qu'il est toujours, et où Legros fait une fois un usage heureux de cette force d'organe qu'il employé si souvent mal-à-propos. »
Publications.
6 trios pour deux violons et basse, par Zappa. Op. III.
Musicien inconnu.
4 anettes et deux duos pour les dessus ou hautes-contres, avec grande symphonie, par Lejay.
Le Tableau parlant; de Grétry.
2 sonates pour clavecin avec quatuor, par L. J. de Saint-Amans.
6 duos pour deux violons et deux mandolines dans le goût italien, par Jean Fouquet.
Recueil de chansons avec guitare et une tablature de cet instrument, par Van Hecke, ordinaire de l'Opéra.
Cet artiste porte un nom flamand.
^qmtuorspour flûte et violon, etc., par Fr. Jos. Gossec, d'Anvers. Op. 14.
Sei duettiper dm violi, par A. L. Baudron, l' violon de la Comédie-Française.
Sonates de clavecin, par Poulain.
Nouvelles sonates à violon et basse, par Tabbé Robineau. Lacombe publie : Histoire anecdotique et raisonnée du Théâtre- Italien, etc. 9 volumes in-42® (suite).
Essai sur le beau, par J. André, (i) Paris, L. Etienne. La première édition date de 1741.
Il y a un chapitre intitulé: Sur /eb^au musical, ^ous en extrayons : < D'abord, il est certain que la musique nous charme tous naturellement. C'est un goût aussi ancien que le monde, aussi répandu que le genre humain; et le créateur qui nous Ta inspiré avec la vie, n'a rien oublié pour Tentretenir dans notre âme par les concerts naturels de voix et d'instrumens, que sa providence nous fait entendre de toutes parts.
» Nous la voyons aimée parmi tous les peuples de la terre. Mais si le goût en est commun, on peut dire que le vrai en est assez rare.» Le Mercure de France annonce :
€ On nous prie de proposer aux libraires de France et de Hollande, l'acquisition d'un manuscrit original de 400 pages in-4'', d'une écriture nette, et orné de SO dessins et de planches. Il a pour titre : Dictionnaire de musique, contestant VeœpUcaHon de tous les termes de Vart, tant grecs et latins, qu'italiens et français, employés dans la théorie et la pratique. Il a passé sous les yeux de feu M. Rameau, et il renferme quantité de notes sçavantes qui le rendent extrêmement curieux. Il est beaucoup' plus étendu, plus complet, plus approfondi qui celui de Tabbé Brossard, auquel il manque tant de choses. »
Le Manuscrit était revêtu de l'approbation du censeur royal, M. Marin, et il fallait s'adresser à M. De Lusse.
Recueil de sérénades en trio pour deux violons et basse, par Berton. Paris, Le Chevardière.
Messe des morts, de feu Gilles, maître de musique à St. Etienne à Toulouse, avec un carillon ajouté à la fin de la messe par M.Corrette. Pdris et Rouen, chez Laigle.
(i) Père jésuite, né & ChAteaudin, le 22 mal^ 1675, décédé à CaeD, •n 1764.
Recueil d'airs choisis, avec accompagriement de harpe et dé lyre, par M™* de St. Aubin. Paris, Lemenu, auteur et maître de musiclue.
L'art de toucher le clavecin selon la manière perfectionnée par les modernes, de Marpurg, mis au jour par Valentin Roesa, musicien du prince de Monaco, d'après les conseils des plus grands maîtres et particulièrement par M. Honover, etc., par Sorge, organiste. Paris, Lemenu.
gme recueil des recréations de Polymnie, etc., recueilli et mis en ordre par Leloup, maître de flûte et éditeur de ce recueil.
V amour de Vénus, cantatille à voix seule et symphœiie, par Pouteau, organiste de St Jacques de la Boucherie et de St. Martîn-des- Cliaraps. Paroles de Guichard. Paris, chez Tauteur.
C'est le premier ouvrage d un jeune artiste, connu par ses talents sur l'orgue.
Le coup d'aile de l'amour, ariette avec symphonie, par le chevalier d'Herbain.
// faut céder à son vainqueur, ariette théâtrale à voix seule et dessus et grande symphonie, qui offre le tableau des ravages d'un totrent. Par le même.
Quatre mélodies : Le danger du badinage ; Le galant percepteur (avec deux violons alto et basse) ; Le rêveur infortuné (avec symphonie), et Les doutes amoureux (avec symphonie et guitare), par Lemenu. Paris, chez Fauteur.
Monnet publia chez Ballard : Anthologie Françoise, ou chansons choisies de tous les genres et de tous les âges. Il était ci-devant entrepreneur de TOpéra-Comique.
Il y a trois volumes in-8^, ornés de vignettes, de fleurons et de culs de lampe, dessinés par les meilleurs maîtres.
Le premier volume contient un mémoire historique sur l'origine de la chanson et sur ses progrès en France.
Premier recueil d'airs choisis, etc, par Gougelot, ordinaire de la musique du duc de Gramont. Paris, Vernier.
6 duos pour 2 violons ou par-dessus, par Cardoni, ordinaire de la musique du roi. Paris, De la Chevardière.
6 quatuors d'Haydn, Id.
6 duos pour flûtes, par Paganelli.
Du théâtre ou nouvel essai sur l'art dramatique, par H. Mercier. Paris.
Vari du plain-chant, par Ph. Fornas, curé de Lacenas. Vol m-4**.
La musique rendue sensible avec un traité de monocorde^ par Coquet. Un volume in-8*.
Le Rossignol et la Fauvette, 2**® cantatille pour le Dessus^ avec symphonie, par M. Lejay.
Lacombe publie la continuation du : Dictionnaire lyrique portatif, contenant des ariettes de tous les genres, disposées pour la voix et pour les instruments, par Dubreuii.
Apologie du théâtre adressée à M"® Clairon, actrice de la Comédie Françoise, par Huerne de la Mothe.
6 trios pour 2 violons et une basse, par Cardonne, ordinaire de la musique du roi et officier de la Chambre de M"® la Dauphine. Versailles, chez Tauteur.
Premier livre de pièces de clavecin, par Paraut, organiste des Quinze-vingt. Paris, chez Tauteur.
La Bataille de Fontenoy ou V Apothéose moderne, opéra-tragédie en 3 actes, traduit du grec par un encyclopédiste. Paris, D. Expilly.
Nous n'avons aucun détail sur cette pièce.
Le Clavecin électrique, avec une nouvelle théorie du Mécanisme et des Phénomènes de V Electricité, in-12", par le Père De la Borde. Paris, Guérin et Délateur.
L'art de la flûte traversière, par M. De Lusse. Aux adresses ordinaires de musique.
L'amour justifié, concert. Premier divertissement à 2 voix avec symphonie, par M. Lefèbvre, organiste de Téglise royale de St. Louis d'Isle des Blanc-Manteaux. Paris, chez l'auteur
Six Ariettes italiennes, auxquelles on a ajouté des paroles françoises, composées par Galuppi, Sarti, Jomelli etRinaldi. Paris, Huberty.
Dans les six ariettes qui sont regardées comme chefs-d'œuvres, on a substitué des paroles françoises aux paroles italiennes. Les paroles françoises sont si bien choisies, que, quelle que soit l'expression de la musique, noble ou légère, douce ou frappante, terrible ou tendre, elle lui conviennent parfaitement. (Revue du temps.)
Deux livres de sonates, de J. C.Mozart, âgé de 7 ans. Paris, Bordet.
Un journal écrit :
« La première œuvre de cet enfant qui a fait l'admiration de tout Paris, l'hiver dernier, et qui depuis n'a pas moins réussi à Londres,
contient des sonates dédiées à M"® la Victoire de France. Le prix de chaque œuvre est de 4 liv. 4 sols, mais il n'en reste que peu d'exemplaires, l'édition étant épuisée et les planches n'étant plus en France. Ceux qui voudront joindre à ses sonates le portrait du petit auteur,' le trouveront à la même adresse. On y voit ce maître enfant jouant du clavecin, sa sœur à côté de lui regardant un papier de musique, et son père derrière lui accompagnant du violon ; la ressemblance est parfaite. Il est gravé par de Carmontelle. »
gme symphonie avec flûte en hautbois et corSy par Chambray. Paris, Bordfet.
Solfèges ou leçons de musique sur toutes les clefs et dans tous les tons, etc., par P.-C. Gibert. Paris, chez l'auteur.
M. Fétis dit que cet ouvrage fut publié en 1783.
Nouvelle méthode facile et curieuse, pour connaître le pouls par les notes de là musique, par feu M. F. N. Marquel. Seconde édition. Paris, Didot jeune.
Marquet naquit à Nancy en 1687, et mourut le 28 mai 1789.
Parmi les critiques qui furent faites de cette méthode, il y en a une en bouts-rimés, où l'on trouve :
toi I qui nous apprends le régime des sons,
Quel prix veux-tu de nous? pour son reçois des sons.
M. Fétis dit que Buchoz, gendre de Marquet, publia en 1808 une nouvelle édition.
Nouveaux: principes de musique, etc., auxquels V auteur a joint Vhistoire de la musique et de ses progressions, depuis son origine jusqu'à présent, par Dard, ordinaire delà musique du roi. Paris, chez l'auteur. In-4*'.
6 Duetto, par Avolio. Paris, Venier.
6 Sonates par violon, par Mondonville le jeune, ordinaire de la musique du roi.
Jean Mondonville a laissé un fils, qui jusqu'ici est peu connu.
Recueil d'ariettes et chansons avec clavecin ou harpe, composé par Ethis, amateur, et mis au jour par un de ses amis. Symphonies à grand orchestre, par Antoine Bailleux, compositeur et éditeur de musique.
Digitiz'ed by
En 1788, il édita ses premières symphonies à 4 parties.
En 1760, il fit graver sa Méthode de chant, et il publia un journal de musique à abonnement : Journal d'anettes italiennes, dont il a paru dix années.
Cet artiste laborieux décéda à Paris, en 1791.
Recheiches sur la théorie de la musique, par Jamard, chanoineprieur de Roquefort. Paris, Jombert, in-8® de 269 pages.
Le Mimographe, ou idées d'une honnête femme pour la réformation du théâtre national. Amsterdam et Paris.
Etat actuel de la musique du roi et des trois spectacles de Paris. Paris, Vente. In-12*.
Histoire de V Opéra-bouffon, etc. Paris, Grange. In-12°.
Ce livre est de deux frères, dont on ne cite pas les noms.
Nous recommandons au lecteur le compte-rendu qu'en donne le Journal des Beaux-Arts, dans la livraison du mois d'octobre, page 120, travail détaillé et très consciencieux.
Traité général des éléments de chant, par l'abbé Jos. Lacassagne. In-8® de 190 pages. Ouvrage d'une riche exécution. Paris, veuve Duchesne et chez Fauteur.
Il y est question des réformes déjà proposées par Rameau et J. J. Rousseau.
De Lacassagne y répondit par une brochure sous le titre : L* Univers musical.
Loiseau publia avec une nouvelle notation musicale : Amu^emens lyriques.
Selon Gerber, il y eut un procès au sujet de cette publication avec l'imprimeur Rallard, dont le résultat fut en faveur de Loiseau.
Essai sur les moyens de rendre la comédie utile aux mœurs, par M. R.... Paris.
L'Unicle fier musical, pour servir de supplément au traité général des éléments du chant, par Vabbé Lacassagne et pour servir de réponse à quelques objections. In-S**.
Sur cet ouvrage, M. Royer, ci-devant maître de chapelle, publia une lettre-réponse à M. Diderot, sur le projet d'unité de clef dans la musique. Voir le Journal des savants, juin 1768, page 79, pour les détails sur l'onvrage de l'abbé Lacassagne, et la lettre de Royer.
Lettre de M. Desprez de Boissy, avocat au Parlement, sur les
spectacles, 8"»« édition, revue et corrigée. Paris, chez Ballard. Un volume in-12*» de près de 800 pages, juillet 1769.
Observations sur les principes d'oii M. Rameau fait descendre les deux accords parfaits^ l'un majeur l'autre mineur. Sans nom et sans date.
Eloge historique de M. Rameau, compositeur de la musique du cabinet du rot, lu à la séance de l'Académie des sciences de Dijon, le 35 août 176S, par M. Haret, secrétaire perpétuel de TÀcadémie. Dijon, chez Causse, In-S"^, 78 pages.
Les détails sur la vie du célèbre maître ont été principalement fournis par De Feligonde, secrétaire perpétuel de l'Académie de Clermont, Vénévaut, peintre à Paris, Balbastre, de Dijon, organiste à Paris, Piron et De la Condamine.
Un critique écrit :
« Le discours a Téloquence douce et sage qui convenoit au sujet. Les notes sont instructives et pleines d'agréments, et l'ouvrage entier a le mérite de rassembler tout ce qu'il importe de sçavoir sur Rameau.
» Rameau parut après Lully, et fut plus loin que son prédécesseur, l'envie toujours prête à déchirer les grands talens, se déchaîna contre lui ; Rameau en triompha, et ses ennemis furent forcés d'applaudir aux beautés sans nombre répandues dans Dardanus et Castx)r et Pollux. »
Il résulte de cette notice, que le père de Rameau était organiste, que sa sœur Catherine enseignait la musique et touchait bien du clavecin, et que Claude Rameau, leur frère, se distinguait parmi les organistes de son temps.
Phaon, cantatille avec symphonie, par Pouteau, organiste à Paris.
6 trios de violoncelle^ basson et violon de bassCy par Talon^ ordinaire de la musique du roi. Paris, Venier.
Arbre généalogique de l'harmonie, par Vidal, neveu de Leclaif.
C'est d'après le système de Rameau.
Gerber en fait l'éloge dans son Lexicon.
C'est un abrège succint et clair des principes de musique qui 6e trouvent réunis sous un seul point de vue.
Pierre Nougaret publie chez Cailleau à Paris : L'art du théâtre en général, où il est parlé des différens spectacles de l'Europe et ce <fiti concerne la comédie ancienne et nouvelle, etc. 2 volumes in-12*.
Cet ouvrage fort peu connu parle en détails de lX)pérft, et lès tférôs
de là scène lyrique, dit-il, sont trop tendres et trop remplis de maximes d'amour.
Les anciens auteurs ne sont pas d'accord sur les bienfaits du théâtre et de la musique, sous le rapport de la morale. Il serait curieux et utile de connaître le jugement de quelques hommes à ce sujet, et de les mettre en lumière.
Le second volume contient : Histoire philosophique de la musique.
Dissertation sur les spectacles, par Rabbeleau. Paris,
Poëme des saisons^ par M. de Saint-Lambert II y a une description naïve de tous les spectacles.
Méthode de musique sur un nouveau plan, par Jacob, de l'Académie royale. In-S*'.
Le but de cette méthode est d'apprendre à solfier sur la seule position des notes, au lieu de ne faire connaître ces notes qu'au moyen de telle ou telle clef, ainsi qu'on le fait communément.
Le Journal des Beaux-Arts en donne l'analyse dans la livraison du mois de mars 1769. Paris, Leclerc.
Histoire générale, "tritique et philologique de la musique, par Ch. H.Blainville. Paris, Poissot, in-4*».
Les journaux du temps en font l'éloge.
Gerber écrit au sujet de cet ouvrage : Welches aber so wenig wie aile seine ûbrigen Werke, gelobtwird.
Lettre à M. Diderot sur le projet de l'unité de clef dans la musique, etc., proposé par l'abbé de Lacassagne dans ses Eléments du chant, par Boyer, ci-devant maître de chapelle. Paris, Vente.
Dans le Gazette littéraire de Suard et Arnaud, on trouve un résumé sur ce livre.
Publications de M. De la Garde, maître des Enfants de France, compositeur de la Chambre du roi et ordinaire de la musique de Sa Majesté : Deuxième suite des différentes morceaux de musique, à 1 et à 2 voix ; Eglé, ballet en 1 acte ; Enée et Didon, cantale ; La sonate, id.; Le tnomphe de V Amour, id.; le Bouquet; la Musette; le Songe ; la Bose; Diane et Endimion; l'Inconstance; Vénus et Adonis; l'Adolescence : le Point du jour; les Soirées de l'ile-Adam,
Bordet publie des trios de Richeter (op. 4), 6 symphonies de Tyter (allemand), 6 sonates de R. Galley, 6 id. de Léop. Royer (allemand) et 6 sonates pour flûte de Starck.
Orphée et Eurydice, tragédie-opéra, donnée à Vienne en 1764, par
Calsabigi et Gluck, traduite deritalien par M.... avec des réflexions sur cette pièce de Gluck. Paris, Bauciie et Duchesne.
De la Ghevardière, un des grands éditeurs de musique de la France, a entrepris la publication d'un ouvrage périodique qui contient des morceaux d*opéras avec accompagnement et basse chiffrée, dont il parut chaque semaine une feuille. Il y a également quelques pièces originales de différents auteurs. Le tout forme tous les ans un volume de plus de 200 pages. Grétry et Gossec y ont leur bonne part. Cet ouvrage porte pour titre :
Journal hebdomadaire ou recueil d'airs choisis dans les opéras comiques mêlé de vaudevilles, rondeaux, duos, etc. Prix : 12 livres. Dans chaque volume il y a une table. Nous en possédons six années.
Causes de la décadence du goût sur le théâtre. Paris.
Histoire de V Opéra-Bouffon, contenant les jugements de toutes les pièces qui ont paru depuis sa naissance, etc., par Constant d'Orville. Amsterdam et Paris. En 2 volumes.
De Vart du théâtre en général, oit il est parlé de différents genres des spectacles et de la musique adaptée au théâtre^ etc. Paris, 1769, J. Cailleau.
On attribue cet ouvrage àP.-J.Nougaret. Il est en faveur du théâtre.
Traité des accords et de leur succession, selon le système de la basse fondementale, etc., avec une méthode d'accompagnement Paris, Duchesne.
Sonates et pièces de clavecin, par Couperin. Op. II. Paris, chez l'auteur.
L'auteur de ces sonates est neveu de l'ancien et célèbre François Couperin. Il doit à lui-même la haute réputation dont il jouit.
Mélange d'airs avec accompagnement de guitare, par Morbé. Paris, chez l'auteur.
6 sonates, par Janson, de la musique du prince de Conti. Paris, chez Moria.
Symphonie avec hautbois, flûtes ou cors de chasse, par Papavoine. Paris, chez l'auteur.
Terpsicore aux saiso7is, ou ariettes qui ont rapport aux saisons de Vannée, avec violon. L'hiver. Paris, chez Dessons.
Une livraison tous les trois mois.
La feuille chantante, ou le Journal hebdomadaire, composé de chansons, vaudevilles, etc. Paris, De la Ghevardière. In-8*.
Lettre sur l'état présent de nos spectacles, avec des vues nouvelles sur chacun d'eux particulièrement sur la Comédie-Française et sur l'Opéra, par Chabanon. (Année littéraire.)
La troisième lettre traite de TOpéra, et la quatrième contient des renseignements sur les concerts spirituels.
Un critique écrit : « Ce petit ouvrage est rempli d'excellents principes et de vues judicieuses ; on y voit éclater le zèle d'un auteur patriote, qui s'intéresse à l'amusement, et j*ose dire à Tinstruction de ses concitoyens. Sa brochure est très bien écrite. »
Ariettes périodiques à voix seule avec violon, alto-basse, hautbois et cors de chasse, etc., par Philidor et Trial, compositeur et directeur de la musique du prince de Conti.
Une livraison tous les quinze jours. Paris, Le Chevardière.
Trio pour deuxviolœis et basse, par Bonneau. Paris, M"** Castagneri.
Trio pour deux violons et basse, (ouvrage posthume), par Le Clair rainé. Paris, veuve Leclair.
L'Hymen, couronné par l'amour, cantatille avec hautbois et basse, par Dard, ordinaire de la musique du roi.
Cette cantatille, bien faite et d'un chant gracieux, se trouve chez l'auteur.
6 quatuors en symphonie pour violon, alto, violoncelle obligé et oi^gane, par Lamoniary. Op. 4. Paris et Valenciepnes, chez l'auteur.
6 sonates pour violoncelle, par Duport, de la musique du prince de Conti. (i) De la Chevardière.
Le père de famille, ariette à grand orchestre, de Philidor.
Méthode pour apprendre à jouer du Tambourin, par Carbonel.
Marchi publie de sa composition : 6 duos à 2 mandolines ou violons ou pardessus de violons Op. XV. Paris, chez l'auteur.
Recueil d'airs pour flûte, par Dard.
Sonates pour le basson, id. Paris, chez M"® Girard.
Instructions musicales, par Bouré. Paris, M"*^ Girard.
Pensées sur les spectacles, par l'abbé Duguet, maître de musique à St. Germain. Paris.
Principes de chorégraphies, suivis d'un traité de la cadence, détaillés par caractères, figures et signes démonstratifs, in-8*, par Magny, maître de danse à Paris.
(i) Nous avons fait des recherckes sur cette musique, mais sans fruit.