‹ Des gloires de l'opéra et la musique à Paris ...: Documents ..., Volume 3Chapitre 6 sur 14 · Concert spirituel avec Te Deum de Dauvergne · texte numérisé non relu

Concert spirituel avec Te Deum de Dauvergne

M"^ Le Chantre exécuta un concerto d'orgue de sa composition, qui a fait admirer le double talent qu'elle a de bien composer et de bien exécuter.

M"® Delcambre, dont la voix est agréable, a chanté avec goût : Quam deleda, joli motet de Bodson.

Besozzi a exécuté un concerto de hautbois de sa composition avec un brio remarquable.

On a applaudi la belle voix de M*^« Duplant, dans le motet de Dauvergne : Diligam te.

Le concert finit par le motet de l'abbé Giroust : Exurgat Deus.

H décembre. A l'Opéra : Ismène et Isménias^ joué en 1763, à Choisy, devant la cour. Cette pièce est de Laujon et La Borde, amateur. La musique est excellente, mais n'a pas la chaleur qu'on admire dans les compositions des grands maîtres. Elle est triste, presque toujours dans le bas, peu d'airs chantants ou de symphonie; quelques

morceaux assez agréables mais plus propres à la Comédie-Italienne.

Poème, Paris, De Lormel.

Artistes : M"«« Beaumesnil, Rosalie, Châteauneuf, MM. Gélin, Larrivée, Legros.

M"« Vincent a fait preuve de talent dans deux airs de Bergère.

On y a introduit une scène de Médée et JasoUy de Noverre, où M"* Âllard et Guimard ont eu un succès colossal.

Les paroles, la musique, les décorations et les ballets font, de cet opéra, l'ensemble le plus agréable et le plus magnifique; les ballets sont liés avec tant d'art à l'action qu'ils en font une partie essentielle.

Dans les scènes où le poète n'a pas été gêné par le dessin même, il s'est livré à la beauté de son art ; la danse, la pantomime et la symphonie qui dominent aujourd'hui plus que jamais ce ^enre de spectacle, laissent peu de liberté au poète.

On publie : Symphonie périodique en 4 parties obligées, par Frédéric Sautel. (i) Paris, chez l'auteur.

Vente publie : Etat actuel de la musique du roi et de tous les spectacles de Paris. In-12® avec des gravures.

Indépendamment des notices ordinaires, que donne cet ouvrage, on y trouve cette année des articles sur Blanchard, Benoît et Guillemain, morts dans le courant de Tannée 1770.

On vient de publier la partition de Topéra-comique : Le chat botté, en 1 acte, de M. G... et De la Borde.

Cette petite bagatelle a beaucoup réussi sur un théâtre de société (théâtre de M*^^ Guimard) où elle a été jouée plus de vingt fois.

Celte pièce, qui gagne à être représentée, a été jouée par M*^® Guimard et sa société. Cette artiste avait le talent d'attirer une société composée de gens du grand monde. (Chronique du temps.)

On annonce que les ouvrages de Mondonville ne se vendent que cbez lui, rue des vieux Augustins.

18 décembre. Concert dans la salle des Tuileries au profit de l'école royale gratuite de dessin, dirigé par le violoniste Gaviniés.

24 décembre. Concert spirituel. Symphonie de Milandre.

Solistes : M"® Delcambre, Besozzi, Melidor (virtuose sur le cor),Balbastre, Durand (excellent chanteur), Spandau (corniste néerlandais).

Durand chanta un motet de l'abbé Jolied, et le concert finit par le motet de Boismortier : Fugit nox.

(i) Musicien iDConnu.

Qd publia : Nouvelle manière de graduer les instruments à cardes^ par Turpin, organiste à la cathédrale de Rheiras, et Gosset, facteur d'instruments dans la même ville. Gel ouvrage a été approuvé par l'Académie royale des sciences de Paris. Ils trouvent le moyen sûr de procurer à la plupart des instruments de musique une justesse qui leur a manqué jusqu'à présent et de jeter dans les accords harmoniques une beauté et une perfection qu'on y cherchait en vain.

Gouturier publie : Les Fées de la France, à Voccasion du mariage du Dauphin avec Marie- Antoinette, archiduchesse d'Autnche, Ballet héroïque en quatre entrées, par Plaisant Houssaye, avocat au Parlement.

On ne dit pas si ce ballet a été représenté.

Le Journal des Beaux- Arts écrit : « Ge ballet nous a paru susceptible du plus brillant spectacle. 11. y a des vers de sentiments »

Recherches sur la théorie de la miisique, par Jamard, chanoine, prieur de Rocliefort Paris, Jombert.

6 sonates en trio pour flûte, violon et violoncelle, par Taîllart aîné. (i) Op. VII. Paris, chez Fauteur, Le Mercure de France en fait Téloge.

Recueil de Noëls, en 4 suites pour clavecin, f2J' Balbaslre, organiste de la Métropole, de St Roch, du concert spirituel et maître de clavecin à Tabbaye de Pantheraont. Paris, chez Tauteur.

Concerto pour clavecin avec symphonie, par Jean Tapray. (t) Op. IIL Paris, chez l'auteur.

Du H décembre 1770 jusqu'au 17 mars 1773, il n'y a plus eu de nouveautés importantes à l'Opéra. Il y a grande disette de pièces à ce théâtre, tandis qu'aux Italiens on a donné depuis le 19 février 1770 (Sylvain) jusqu'au 4 mars 1773, douze nouvelles pièces.

Nous avons promis, dans le second volume, quelques jugements sur des artistes français peu appréciés par M. Arthur Pougin^el sur lesquels un musicologue allemand donne tant de détails.

(i) Constant Taillart, né vers 1720, était flûtiste au concert spirituel. Il décéda vers 178^.

(2) Jean Tapray se fiia à Paris eu 1768, et publia plusieurs oeuvres. U 4ôc6da à Foutaiuebleau en 1819.

Voici des extraits da Lexicon de G. Scbilling sur ces musiciens :

« Francœnr (Louis-Joseph), (i) Laborde erzàhlt von ihm, dass nie

die Mitglieder des Orchesters der Oper so gui ausgewàhlt und nie

die Musikem so voi'trefflich in Paris aufgefûhrt worden seyen, als

(i) Fraacoeur (Louis-Joseph). Laborde dit ce qui suit à sou propos : Jamais les éléments de Torcbestre de l*opéra ne furent mieux choisis, ni les pièces ne furent mieux exécutées à Paris que sous sa direction.

Ce fut lui qui le premier proposa la création d'une commission qui avait à décider sur Padmission et la démission des musiciens.

Prancœur a écrit le Diapason général de tous les instruments à vent ^ etc. y excellent ouvrage, pour Tépoque où il a été écrit. Il a été chef-d'orchestre à rOpéra.

Blamont (François de). Son jeu expressif comme violoniste et sa musique de la cantate Circée, de Rousseau, lui valurent Tamitié de Lalaude, qui développa de pfus en plus son talent hors ligne.

Son ouvrage : Les Fêtes grecques et romaines, le firent connaître comme un des plus grands compo»itears français; le voi le promfût chevalier de Tordre de St. Michel et le nomma maître de chapelle.

ïlojer (Joseph). Ses opéras, malgré leur peu de valeur artistique, se distinguent par leurs mélodies agréables et furent donnés souvent avec beaucoup de succès. Mai» Royer n'a pas pu se rejouir longtemps de sa célébrité et de ses honneurs. Il mourut déjà le 11 février 1755, à Paris.

Bury (Bernard de), compositeur diligent d'opéras et de musique d'église, grand travailleur et très apprécié de son temps.

ï'armi ses meilleures œuvres on cite un ballet eu 3 actes, mêlé de chant. Par suite du succès qu'eut cette pièce, lors de la U« exécution en 1742, Bury fut Bommé accompagnateur de la musique de chambre du roi, ensuite maître de ehapelle et ainsi de suite» jusqu'à ce qu'il obtint une position des plus honorifiques comme successeur de Blamont. Il est mort eu 1790.

Rebel. Son père en fit un violoniste très distingué. En 1717 il entra dans la chapelle du roi comme violoniste. Après que plusieurs de ses œuvres avaient été très goûtées du public, il devint déjà en 1723 compositeur de la musique de dkambre du roi. Son opéra Pyrame et Thisbé aida beaucoup à son avancement. Fmneœur l'avait secondé dans cette composition. Il resta lié pendant sa vie avec ce dernier ce qui a contribué sans nul doute à assurer son bonheur. Tharsis et Éelie obtint le succès le plus éclatant. Il fut nommé par le roi surintendan de la musique de chambre et en 1739 il obtint l'inspection générale des opéras, position qu'il conserva jusqu'en 1754.

Ses opéras, les Augustales, Zélindor et les Génies tutelaires répandirent son renom au delàdes limites de la France. En 1757 il entreprit l'inspection générale de l'Opéra avec Francœur pour la 2« fois et la continua jusqu'au U avril 1767. Son opéra le Prince de Noisy lui valut la décoration de l'ordre royal. Enfin en 1772 il <tok4 admini«(r«t«ur f^Aértil de l*Opént.

unter seinem Directorium. Er war es, der zuerst ein dgenes AnsschusS'Gericht des Orchesters in Vorschlag brachte, welches ûber die Aufnahme entscheiden soUte.

» Blamont (François de). Durch sein ausdrucksvolles Spiel als violinist, und die Composition der Cmitate Circé, von Rousseau, erwarb er sich die Freundschaft desLalande, welche seine ausserordentlichen Talente noch immer mehr entwickeln musste. Bas Werk : Les Fêtes grecques et romaines, brachte ihm denRufeines der grôssten Componisten Franh^eichs; der Konig erhob ihn in denAdelstand, ernannte ihn zur Ritter des St. Michel-Ordens, und zum Capellmeister.

»Royer (Joseph). Seine Opern, ungeachtet ihres nicht sonda^lich grossen Kûnsterichen Werthes, um ihrer gefàlligen Melodien willen lange und oft mit Beifall gegeben Nicht lange indess sollte er jetzt seines Ruhms und seiner grossen àusseren Ehren sich noch freuen : er starb schon am Wten Januar 1785, zu Paris.

» Bury (Bernard de), ein seiner Zeit viel geschàtzter, auch sehr fieissigei' Kirchen- und Opern-Componist, ward in Folge des grossen Beifalls, welchen eine seiner grôsserenCompositionen, ein mitGesaîig verbundenes Ballet in 3 Acten, gleich bel ihrer ersten ô/fentlichen Auffûhrung erhielt, 1742 Accompagnateur in der Kônigliche Cammermusik dann Capellmeister und so weiter, bis er nach und nach als Nachvolger des Blamont, zu zener hochsten Ehrenstelle gelangte, in der er un 1790 starb.

» Rebel, ist von seinen Vater zunàchst zu einem tûchtigenViolinisten gebildet. Im Jahre 1717 trat er als Violinist in die Kônigliche Capelle, und nachdem mehrere Instrumentalsachen von ihm mit Beifall offentlicht aufgefUhrt waren, erhielt er 1723 schon die Stelle eines Kônigl. Cammercomponisten. Viel hatte zu der Befôrderung der Oper Pyrame et Thisbé beigetragen, bei deren Composition ihm Francœur beistand, und fesselte ihm nun fur die ganze Lebenszeit an diesen, denn mit der Schlitte war auch sein ganzes Lebensglûck entschieden.

» Tharsis et Zélie, erhielt den glânzendsten Beifall und machte auserordentliches Gluck. In Folge dessen ernannte ihm derKonig 1733 zum Surintendanten der Cammermusik; 1739 ward ihm die Genei^alinspection ûber die Oper ûbertragen, die er bis 1784 behielt.

j> Seine Opem les Augustales, Zélindor et Ismène, und les Génies

tutelaires (i) verbreiteten seinen Ruhm auch uberdie Grànzen Frankreichs hinaus. Im Jahre 1787 ûhemahm er die Genei^alinspection der Oper mit Francœur zum zweiten Male^ und veiivaltete sie bis zum \sten April 1767. In Folge der Opei* le Prince de Noisy, hatte er den Konigl. Orde erhalten, und 1772 erhob ihm dei* Konig zum General-Adminislrator der Oper. »

A chacun son tribut de succès et de gloire. Le lecteur appréciera avec nous la part que revient à ces musiciens pour le développement du mouvement musical à Paris.

1771. — Les maîtres de musique et de clavecin des Enfants de France, sont : Mion, La Garde, Le Tourneur et Simon.

Etat de VOpéra.

Berton, maître de la musique du roi, directeur-chef-d'orchestre.

Francœur, chef-d'orchestre.

Dauvergne, surintendant de la musique du roi, directeur.

Levasseur, maître de chant.

Feret et Laurent, maîtres de musique.

Gardel, maître de danse.

Simoneau et Despréaux, accompagnateurs.

Parant, claveciniste.

Beillon, violon pour les répétitions.

Pensionnaires.

François Rebel, fils 9,000 livres.

Francœur 6,000 »

Mondonville 1,000 »

Dauvergne 1,000 »

Berton 1,000 »

Il y a en tout 40 pensionnaires hommes et 23 pensionnaires femmes. Dupré, danseur, et Chassé (de), chanteur, avaient 1,500 livres de pension.

(i) Avec Francœur.

Rebel s'ëtait retiré comme chef-d'orchestre de rOpéraavee pension de 9,000 livres en 1767.

Dauvergne et Berton sont les directeurs du Ck)ncert spirituel.

Danseuses de l'Opéra : M"«» Gélin, Allard, Guimard, Peslin, NieU De Miré, Godeau, Lafond, Grandy, Duperey, Dervieux, Laprairie, Le Clerc, Gilsenais, Adeline.

L'art chorégraphique est toujours bien représenté à l'Opéra ; des artistes de premier ordre figurent dans presque toutes les pièces, aussi la danse forme une des parties principales pour le public, tant étranger que parisien.

De Virbès, professeur de musique et de piano à Paris, a inventé un clavecin acoustique, qu'il a soumis aux Académies de sciences de Paris et de Londres.

Le rapport est très favorable à cause de la grande simplicité du nouvel instrument. Il imite 18 instruments différents.

La même année on annonce un autre instrument nouveau : Clavecin hatmonieux et céleste. Il y a une imitation des instruments suivants: luth, theorbe, galoubet, flûte, tambourin, guitare, mandoline, hautbois, basson, harpe, clarinette, célestin et harmonica.

L'Académie des sciences de Paris en a fait un rapport des plus favorables.

On annonce la pièce : Le Laboureur devenu Gentilhomme^ anecdote de Henri IV, de Bouteilier et Bornet l'aîné, de l'Académie royale de musique. Poème, Paris, Herigot jeune.

DébuU à VOpéra.

8 janvier. Sacri. Retiré, 13 » Emmery. Retiré.

28 » M"- Colombe.

10 mars. Haubert. Retiré.

12 » Mazilli. Retiré.

... » M"® Desforges, dans le rôle de Florine de la Provetiçale. M^^« Dutailly, rôle de Zoraïde dans l'acte de la Sibylle. Beauvalet, basse-taille, dans une ariette A'Enée et Lavinié. Lagier, basse-*tani^.

On publie : Manuel utile et curieux sur la mesure du temps^ par M. Gabory.

Cet ouvrage n'est pas cité par MM. Fétis et Pougin.

Le comte De Lacépède, élève de Gossec, eomposa l'opéra d'Omphale, qui, après ies éludes préliminaires, fut répété généralement à rOpéra. Le caprice d'une artiste, qui chantait le premier rôle, en fit suspendre les répétitions, et il ne fut plus jamais question de la partition d'Omphale,

Déjà le môme amateur avait composé Scandenberg et Alcine, qui n'ont pas été représentés. 11 fut un admirateur passionné de la musique de Gluck.

17 janvier. A l'Opéra : Les Fêtes grecques et romaines^ avec M"®* Cliàteauneuf(Cléopatre)el Davantois (Timée).

On publie : Le printemps, de Dobct, (i) maître de. musique à Blois.

Sonate en symphonie pour le clavecin, pour être exécutée par deux personnes sur le même instmment, par le même.

C'est peut-être le premier morceau à quatre mains qui se publie.

Paris, M'^'Bereau.

6 sonates pour violoncelle, par Tillière, (2) de TOpéra.

Paris, Jolivet.

6 trios pour % violons et basse, par Paul Chélart, (3) ordinaire de la musique du roi.

S février. A l'Opéra : Pirame et Thisbé, de Rebel et Francœur. ^Donné en 1726.)

Cet opéra a fait plaisir, et il est monté avec grand luxe. ^

On a beaucoup applaudi M"®* Arnould, Beaumesnil, Rosalie, Duplant et Châteauneuf.

Le public n'a cessé d'affluer et d'être flatté de la musique qui a pIû à l'amateur et au connaisseur malgré le temps où elle a été composée, et la révolution, en quelque sorte, arrivée dans ce temps. Qu'on se rappelle le charme que M'^^ Arnould répand dans la manière dont elle chante et joue tout le rôle de Thisbé, et principalement le monologue du 5"® acte, où elle exprime avec tant de vérité, la tendre inquiétude, la cruauté, l'espérance et les. autres affections d'une amante qui soupire après son amant. (Chronique du temps.)

Leç ballets par extraordinaire y sont médiocres.

Honneur à M. Rault, qui accompagne ce monologue avec tant de

(1) Musicien iuconnu.

(2) Joseph Tillière, né vers 1730, fut attaché au prince de Conti en 1758. Il est élève de Berteau.

(s) Musicien inconnu.

justesse et de précision, qu'il laisse douter, par une fidèle imitation, si c'est la voix ou l'instrument qu'on entend.

Le 20 et 21 février. De Virbès a eu l'honneur de toucher son clavecin acoustique devant M"* la Dauphine et Mesdames à trois différentes reprises. Cette auguste assemblée a pam enchantée des beaux effets de cet instrument et de la façon dont ce claveciniste en fait ressortir les effets. C'est le même instrument présenté précédemment à l'Académie de Paris et à celle de Londres.

Ce clavecin imite à s'y méprendre 18 sortes d'instruments différents avec les simples cordes ordinaires, de façon qu'on peut exécuter une symphonie concertante comme dans un grand orchestre, mais toujours en pincé, suivant la nature de cet instrument.

Le fils de l'inventeur, âgé de 10 ans et demi, a eu également l'honneur de toucher le clavecin devant M"^ la Dauphine et Mesdames, et d'exécuter des pièces et concertos de sa composition avec le succès le plus décidé. (Chronique du temps.)

Voilà un véritable prodige.

10 mars. Aux Italiens. Début de Chaubert, dans le rôle de Lubin, A'Annetle et Lubin. Cet artiste a de la voix et peut perfectionner son talent.

Au concert spirituel de Pâques, motets de Philidor, Louet, Le Grand, Dauvergne, Giroust, puis le Stabat de Pergolèse.

Alday fils, âgé de 10 ans, y joue supérieurement la mandoline, et Darcy (Darcis), (i) plus tard élève de Grétry, âgé de 10 ans, est son digne émule sur le clavecin et sur l'orgue.

Solistes : M"^' Philidor, Duplant, La Madeleine, Devantois, Châteauvieux, Girardin, MM. Gélin, Legros, Richer, Muguet, Platel, Foray, Paisible, Moria, Le Duc jeuue.

15 mars. Thésée. Spectacle des plus brillants.

Caillot se retire de la Comédie-Italienne, et on désespère à bien remplacer cet artiste hors ligne.

Joseph Caillot a été le héros dans plusieurs opéras de Grétry, dont il interprétait la musique avec un charme particulier.

11 reçut une pension de 1,000 francs. 11 souffrait d'un enrouement fréquent, lorsqu'il quitta le théâtre; cependant il continua à chanter aux représentations de la cour jusqu'en 1776.

(i) François Darcis, né à Paris, en 1752.

18 avril. Aux Italiens : L'Amoureux de quinze ans ou la double Fjête, de Laujon et Martini, amateur, officier dans le régiment de Ç&mborand.

' Cet opéra a été composé pour le mariage du duc de Bourdon, et devait se donner à Chantilly. ' '

Comme la musique est faible, la pièce n'a pas eu tout le succès qu'elle mérite.

M. Clément dit que cet ouvrage obtint beaucoup de succès.

De Sevellinges a écrit la vie de Martini dans la Biographie universelle.

Son nom véritable est Schwartzendorf.

Martini est un des premiers auteurs qui aient mis en vogue avant Garât le genre de là Romance, et son air : Plaisir d'Amour, est devenu très populaire.

Martini, né en 1741, fut nommé en 1798 un des cinq inspecteurs du Conservatoire. En 1801 il publia une Ecole d'orgue.

11 fut avant directeur de la musique du prince de Condé et du comte d'Artois.

On cite Martini parmi ceux qui ont rendu les plus grands services à la propagation du goût de la musique en France.

11 décéda en février 1816.

Partition, Paris, in-folio.

Voici un jugement sur cet opéra :

« La musique de V Amoureux de quinze ans, par laquelle M. Martini a débuté dans la carrière lyrique, n'obtiendrait pas aujourd'hui le même succès que dans son origine. Alors les bons modèles n'étaient pas communs, et c'est d'ailleurs au poëme surtout qu'elle doit l'avantage d'être conservée au théâtre. 11 y a quelques morceaux d'un chant agréable et facile, comme l'air du marquis : Si je le gronde quelquefois, celui de la gouvernante : On ne peut élevei' l'enfance, et ceux que chantent, au second acte, les habitans du village, dont le caractère simple et naïf a le mérite d'être bien adapté aux personnages et au lieu de la scène. L'air de chasse est aussi d'un assez heureux effet; mais, à l'exception de ceux que j'ai cités, la musique est composée d'idées communes, de traits de chant qu'on trouve partout ; elle manque absolument de caractère et d'originalité. Le style du morceau : Qu'il est cn^el de n'avoir que quinze ans! est tout-à-fait antique, et la malheureuse cadence qui le termine ne contribue pas à rembellir. >

M. A. Pougin a pabifé la biographie de Martini.

On représente à TOpéra des Fragments composés du prologue de Dardanus, de l'acte d'Aréthuse, de Dauvergn'e, et de la Fête de Flore, pastorale nouvelle en 1 acte.

Cette pastorale est de Trial La musique en est gracieuse et saillante.

Ânseaume compose le compliment de clôture du Théâtre-Italien (le neuvième de cet auteur), intitulé : Arlequiii marchand de proverbes^ publié par Vente.

M"** Berard et Trial adressent des couplets au public.

Le compliment d'ouyerture des Italiens a été joué et chanté par M^^-ZanorinietBillioni.

M"* Berault publie : Trois sonates en trio pour clavecin, violon et violoncelle^ par Ernest Eichner, maître de concert du duc des deux Ponts (Op. Il), dédiées à Fontenet, surintendant de la musique de ce prince.

Il y a plusieurs concerts spirituels avec le concours de M"*» Philidor, Duplant, Charpentier, La Madeleine, Devantois, Châteauvieux, Girardin, MM. Gélin, Legros, Richer, Muguet, Plalel, Levasseur, Feray (chanteur), Besozzi, Duport jeune, Capron, Moria, Paisible, Le Duc jeune, Alday fils, âgé de 10 ans, virtuose sur la mandoline, Darcis, du même âge, Balbastre et Séjan, deux habiles organistes.

Le chœur chanta des œuvres de Dauvergne, Giroust, De la Lande, Philidor, Louet, Legrand, Pergolèse.

Voici Topinion du Mercure sur les œuvres de Dauvergne :

« Sa musique, pleine de grands effets d^harmonie et de traits de chant, est toujours reçu avec plaisir et admiration. »

L'Opéra a fait l'ouverture après Pâques par les fragments de l'acte iXAnacréon, de Rameau, i'Hylas et Zélis, de B. De Bury, et Tacte de la danse des Talents lyriques^ de Rameau.

Ces fragments sont très bien remis ; les ballets en sont charmants. Les plus rares talents dans le chant et dans la danse concourent à rendre ce spectacle très agréable, écrit le Mercure.

Charles Liénard, originaire de Meaux, et Brie, organiste à TAbbaye de St. Faron, font des clavecins à grand ravalement de S octaves. Ils sont admirés des connaisseurs, notamment du célèbre Bibaut, organiste de l'église de la dite ville; il donne une grande aisance à ses i^lâviefs; il à le don de les animer de la plus belle harmofaie. (Mercure de France.)

Le premier opérai de Martini, V Amoureux de quinze ana, ôû la double fête, est chanté par Mf^«« Trial, Larnette, Beaupré, Berard, MM. Clairval, Caillot, Laruette et Trial.

Le spectacle et les divertissements sont très bieû amenés ; le public parait se plaire à ce spectacle charmant, et a beaucoup applaudi les talents (jles auteurs et des acteurs.

La pièce naïve et charmante fait toujours de bonnes recettes.

Poème, Paris, veuve Duchesne.

Jolivet publie : 3 sonates pour clavecûiy par Romain de Brasseur. Opéra premier.

M*"« Berault publie : Ariettes choisies^ mises en sonates pour clavecin, par M*^® Branche, (i)

19 mars. Concert spirituel. Motets de Dauvergne,Giroust etLegrand.

Charpentier a obtenu grand succès par ses morceaux d^orgue.

M. et M'"® Le^iros ont chanté un motet de Dauvergne.

On y a très applaudi Le Noble, jeune violoniste du duc des Deux- Ponts, qui exécuta un concerto de sa composition; M"* De Terrelonge, dont Torgaue est flatteur et d'un timbre argentin, chante un motet fort joli : Exultate Deo, de Dauvergne.

Le Majeure de France publie un air ; Les charmes de la voix d'jEglé, paroles et musique de Dary.

Carpentier, chanoine de St. Louis du Louvre, publie son 3"® recueil de menuets allemands et contredanses, avec 21 variations des Folies d'Espagne.

6 sonates pour le clavecin avec violon, par J. Chalon. Op. Y. Paris, chez l'auteur.

Encore un artiste inconnu aux biographes. Il fiit violoniste à l'Opéra.

30 avril. On reprend ilictog, de Marais, joué en 1706, 1719, 1730, 1741 et 1786.

Brillante représentation avecM"«»BeaumesnIl, Duplant, Davantois, Allard, Guimard, MM. Larrivée, Célin, Cassaignade, Tierot, Cuvelîer, Vestris.

M"'' Niel chante dans un acte.

Il a été remis avec soin et les talents distingués dont ce théâtre est orné ont rajeuni, autant que possible, les charmes que le temps ôte souvent aux arts agréables. (Revue du temps.)

(i) MusicieuDç inconnue, probablement la ûUe de Cb. Branche, violoniste, attaché à la Comédle-ftaUenne ea 174d.

11 mai. On chanta à l'église à Versailles, en présence de la cour, un motet de Gauzargues, pour le mariage du comte de Provence.

Charles Gauzargues est connu par son talent pour la musique religieuse, et fut généralement estimé.

Représentations à la Cour à roccasion du mariage du Dauphin.

17 mai. Persée, de Lully.

34 » Athalie, de Racine, à laquelle on adapta des chœurs. 9 juin. Castor et Pollux.

13 » id.

20 » La Tour enchantée, ballet.

11 juillet. Tome-Jones.

12 » Rose et Colas.

13 octobre. Arlequin Scapin, nvaux. Le Bûcheron.

18 » La Vue, acte d'opéra de Mouret. Théonis, de Berton et Trial.

20 » Thémire, d& Duni, avec divertissement. Les Sabots, 28 » La Sybille, de Dauvergne.

27 » Les deux Avares, de Grétry.

6 novembre. Eglé, de M. De la Garde.

7 '» Les deux Avares, Le Tableau parlant, 10 » La Closière, de Kohault.

13 » L'Amitié à l'épreuve, hyeciiyeTiissemeni,

14 » On ne s'avise jamais de tout. Le Devin du village,

15 » La fête de Flore, de Trial.

Ces fêtes sont ordonnées par le duc d'Aumont, premier gentilhomme de la cour.

On devait y représenter à une fête à la cour, Mdipe, de Voltaire, avec des chœurs de Linus, opéra de Rameau, non joué.

h^ Journal encyclopédique publie dans sa livraison du mois de mai :

Lettre du célèbre Rameau sur la musique. Elle est datée de Paris, du 27 octobre 1727. Nous en extrayons :

« Informez vous de l'idée qu'on a des deux cantates qu'on m'a prises depuis ui\e douzaine d'années, et dont les manuscrits sont tellement répandus en France, que je n'ai pas cru devoir les faire graver, parceque j'en pourrois être pour les frais ; excepté que je n'y en joignisse d'autres, ce que je ne puis faire, faute de paroles.

Dans Tune, qui a po\XTi\iTe:YEnlèvement d'Oiithie, il y a du récitatif et des airs caractérisés ; l'autre a pour titre Thétis, et vous pourrez y remarquer le degrré de colère que je donne à Neptune et à Jupiter, selon qu'il appartient de donner plus de sangfroid ou plus de passion à l'un qu'à Tautre, et selon qu'il convient que les ordres de Tùn et l'autre soient exécutés. Il ne tient qu'à vous de venir entendre comment j'ai caractérisé le chant et la danse de ces sauvages qui parurent sur le théâtre italien, il y a un an ou deux, et comment j'ai rendu les Filtres, les Soupirs, les Tendres plaintes, les Cyclopes, les Tourbillons, c'est-à-dire, les tourbillons de poussière excités par de grands vents, l'entretien des Muses, une Musette, un Tambounn, etc. (Pièces de clavecin de M. Rameau) vous verrez pour lors que je ne suis pas novice dans l'art; et qu'il ne paroit pas surtout que je fasse grande dépense de ma science dans mes productions, où je tache de cacher l'art par l'art; car je n'y ai en vue que les gens de goût, et nullement les sçavans, puisqu'il y en a beaucoup de ceux-là, et qu'il n'y en a presque point de ceux-ci. Je pourrois encore vous faire entendre des motets à grand chœur, où vous reconnoitriez si je sens ce que je veux exprimer : enfin en voilà assez pour faire faire des réflexions. » Paris, 27 octobre 1727.

29 mai. A la cour : Les Projets de V Amour, paroles et musique de Mondonville.

On prétend que les paroles sont de l'abbé Voisenon.

17 juin. Aux Italiens : La Buona Figliuola,en 3 actes, de Goldoni et Piccinni, avec traduction française de Cailhava.

Baccelli a fait des changements à la musique.

Didot l'aîné en publia le poème.

La pièce originale est du célèbre Goldoni. Toute la musique en est charmante ; c'est le chef-d'œuvre du musicien et le genre de Pergolèse. (Gazette littéraire.)

« Il étoit surprenant que tandisque les théâtres d'Italie, d'Allemagne et de Londres retentissoient des applaudissements justement accordés à la Buona Figliuola, la France, où abondent les amateurs passionnés de la musique italienne, ne connût point l'ouvrage le plus estimé de Goldoni et de Piccinni ; ouvrage d'autant plus remarquable, que M. de Voltaire n'a point dédaigné d'y prendre le sujet de sa Nanine, et que quelques-uns de nos musiciens les plus fameux y ont puisé les dessins de leurs plus belles ariettes. Quelqu'ingrat que soit

pour un auteur Fart de parodier, en les traduisant, des vers d^à mis en musique, M. Cailhava, comme son compatriote H. Baurans, auteur de la parodie de la Servante Maîtresse, a adapté aux airs de Piccinni des paroles françoises, qui, en rendant le même sens que les paroles italiennes, conservent le même nombre, le même rithme et la même quantité. A la vérité, il a été obligé de faire quelques cb^* gemens au plan de la pièce italienne, dont il donne un extrait à la suite de la sienne. »

4 La musique de Piccinni est surtout admirable dans toutes les formes qu'elle prend pour exprimer la passion et le sentiment, pour parler le langage du cœur et de ses différentes affections, pour peindre , k rimaginalion et pour saisir toujours la nature dans ses effets.

» Un tel chef-d'œuvre rend raison de l'estime que les âmes sensibles de toutes les nations lui donnent, et c'est un excellent modèle pour nos jeunes compositeurs.

» W" iaruette chante avec sentiment ; M. hilîen^ qui a développé ses talents, met beaucoup d'âme, d'adresse et de goût dans son chant< Les autres rôles sont joués par M'^"" Desgtands, Menard, Matton, Uoulinghem, MM. Suin et Nainville. » (Chronique du temps.)

Poème, Paris, chez Didot.

Nous extrayons d'une revue du temps les vers suivants :

On les consulte. L*heure sonne;

Il faut voler à TOpéra :

Il le faut, Amotdd chantera.

On cause» on rit, M... étonne ;

On dit : mais Guimard n'est pas mal ;

J'attens Vestris à la chaconne :

Quelle jambe & ce d'Auberval.

18 juin. A l'Opéra : La fête de Flore, en 1 acte, de Saint-Mara et THal, directeur de la musique du prince de Conli et de l'Opéra. Nous extrayons du Journal encyclopédique :

< C'est au milieu des applaudissemens que le public prodiguoit à cette pastorale, l'un des trois fragmens joués encore sur le théâtre de l'Opéra de Paris, que la mort a enlevé M. Trial. Ce musicien, qui joignoit à l'amour de son art les mœurs et les qualités les pltis aimables, annoncQit les plus rares, talens, L& joai^ de^ sa> mort fui. ua

jour de deuil pour le public ; les acteurs le pleurèrent sincèrement : on fut obligé de suspendre les représentations de ce petit opéra, qu'on a repris depuis. Si l'on doit donner des larmes à la mort des grands artistes, c'est surtout lorsqu'elle ne leur a pas laissé le tems . de développer un talent qui annonce du génie. M. Trial eût contribué aux progrès de la musique françoise, et peut-être eût déterminé ce caractère que les enthousiastes de la musique italienne lui disputent, et que le célèbre Rameau semble lui avoir donné. Ce qu'il y avoit d'heureux pour M. Trial, c'est que l'envie le respectoit, et que son caractère doux et flexible lui faisoit des amis de ses rivaux, avantage dont Rameau ne jouit jamais. Il est vrai que, lorsqu'il parut, son génie annonça une révolution prochaine dans la musique; et la jalousie a de puissantes armes, lorsqu'elle a pour elle des préjugés anciens.

» Dans la Fête déflore, M.Trial avoit eu le bonheur d'être secondé par le poëte : c'est un avantage que peu de musiciens ayent eu depuis Lully. Aux représentations de Dardanus et de Castor et Pollux, le célèbre Rameau sentit combien il étoit important que la musique et la poésie se prêtassent un secours mutuel. Il s'écria hautement que s'il étoit à recommencer sa carrière, il se garderoit bien de recevoir aussi légèrement qu'il J'avoit fait, les poèmes qu'on lui présenteroit. Lorsque le musicien travaille sur une poésie animée des feux d'une imagination brillante, ou qui respire tous les charmes de la volupté ; lorisqu'il n'a qu'à suivre les sillons de lumière que le génie lui a tracés, il n'a qu'à se mettre à l'unisson du poëte, se pénétrer de sa chaleur, et noter. Mais que le sort d'un musicien est à plaindre, lorsqu'abandonné par le poëte, il est obligé de donner à des mots vides et sans force, à des expressions triviales des idées grandes et fortes; de changer en une langue fait pour le sentiment et le génie, un langage bas, populaire et sans harmonies ; de faire, en un mot, de l'esquisse d'un brouillon un tableau digne de Raphaël, ou du Guide ! M. Trial, dans la Fête de Flore, n'a pas eu cet obstacle à vaincre. Il esta présumer que, s'il eût vécu, l'attention qu'il auroit apportée dans le choix des poèmes, auroit réveillé, parmi nos auteurs, le vrai goût de la poésie lyrique, qu'a étouffé la manie de l'opéra bouffon. » Nous extrayons d'une lettre sur la danse à l'Opéra : « Nous voyons à leur tête Vestris et la D^^® Heinel. Les coryphées des deux sexes passent unanimement pour les premiers de l'Europe :

— Sitoutes les nations étrangères' qui nous contestent le reste, sont d'aceord sur ceci.

*• Dauberval et la D^^* Allard (qui débuta en 1761) sont des coryphées du second ordre des danseurs ; expression d^infériorité qui tombe sur leur genre et non sur leur talent, aussi grand sans doute, aussi achevé que celui des premiers. On sait que la danse haute Ta toujours cédé à la danse terre à terre ^ soit que la musique en étant singulièrement vive, pittoresque, énergique, Tacteur n*ait proprement qu'à obéir à son impulsion, soit que consistant moins en des mouvemens réguliers, qu'en des tours de forÔe, on y remarque plus d'habitude que d'invention, plus d'art que de génie, soit qu'enfin la facilité s'en détermine par la quantité des sujets qui s j consacrent et réussissent.-

» A la suite de ces quatre coryphées, nous trouvons sur la liste des danseurs seuls, le sieur Gardel, digne émule de Vestris, dans sa manière, qui donne l'espoir de le remplacer, le suit même déjà de près, et a sur lui l'avantage d'avoir toujours dansé sans masque.

» Les D"«« Peslin, Pitrot, Asselin, visent toutes trois à remplacer M*^® Allart, et ne l'imitent qu'en détail. »

Voici un autre jugement sur Topera de Trial :

« La musique de la Fête de Flore, de Trial, joué le 19 juin, dans des Fragments, est d'un style naïf et qui lui est particulier. Il joint à cet avantage un génie chaud et fécond, que le bon goût dirige d'une manière toujours agréable. Il y a de grands effets d'harmonie dans les chœurs et une agréable variété. 11 est mort le 23 juin, d'une mort subite.

» Dans une ariette avec cor, M. Rodolphe, retiré de l'orchestre, a bien voulu dans cette œuvre, donner à M. Trial, une marque d'amitié que le public a partagé avec délices.

» Tout a été bien chanté par M["®'Chàteauneuf,Beaumesnil,MJf.Larrivée et Legros.

» Les danses, qui sont de Vestris et Dauberval, donnent beaucoup d'attrait à l'œuvre. »

23 juin. Décès subit du compositeur Jean Trial.

On devait jouer le jour de sa mort : La Fête de Flore, mais les acteurs étaient tellement affectés de la perte de leur camarade, qu'ils sanglottâlent sur la scène. On dut remettre la représentation.

On trouve une notice détaillée sur cet artiste dans la MusiMisch- Kritische Bibliothek, de Forkel.

Forkel dit, qu*à Tage de 13 ans il dirigeai la musique à Téglise de \aison. La notice de Forkel est la plus complète de toutes. Trial était âgé de 39 aus.

En juillet. M""" Le Maure parut au Colisée. La foulé des spectateurs était immense. Elle chanta le monologue de Pacte de Sylphe, avec Legros. Il y avait plus de 5000 personnes, et Tanimation était gênéraie ; on entendit avec plaisir le reste de cette voix jadis si pénétrante.

3 juillet. Grétry épouse à l'église St. Roch à Paris, M"« Jeanne- Marie Grandon, fille de Jacques-Renée et de Benoîte Toupet.

Jeanne-Marie, née à Lyon, avait pour protecteur l'abbé Fr. Rozier, de Lyon, et c'est lui qui prit toutes les dispositions nécessaires pour hâter le mariage du compositeur; aussi tout allait à merveille.

Le mariage se fit sans grand bruit, et après bien des angoisses et des revers, les jeunes époux goûtèrent le bonheur.

Ils eurent trois filles qui moururent très jeunes.

L'une, Lucile Grétry, née en 1773, s*est aussi distinguée par deux opéras : le Mariage d'Antonio et Toinette et Lucas,

15 juillet. Aux Italiens : Les Jardiniers, en 2 actes, de Davesne et . . .

Il y a de Texpression et des effets dans la musique.

Nainville a joué le rôle de Thibaut avec beaucoup de gaité et de franchise.

On a beaucoup applaudi Fargès, dans le rôle de Colin, ainsi que M™« Berard et sa sœur.

On n'indique pas l'auteur de la musique.

Poème, Paris, veuve Duchesne.

31 juillet. Service pour le repos de l'âme de Trial. Exécution de la messe des morts de feu Gilles, et d'un De Profundis, deDauvergne.

On n'y entrait que par billets. Tous les artistes de l'Opéra assistaient à Texécution qui fut vraiment grandiose.

Beauvalet débuta dans les rôles de basse-taille à l'Opéra.

Il a l'organe agréable et facile; il a montré depuis deux mois des progrès dans le chant et de Tintelligence dans le jeu.

M"® Thetelet, de l'Opéra de Londres, venue à Paris, pour se perfectionner chez Gardel, débuta avec beaucoup de succès dans les pas que dansait M"® Asselin dans l'acte de la Vue.

Sieber publie : Marche du Huron avec variations pour le violon, par Cardon, violoniste de la maison du roi.

C'est probablement l'artiste belge de Mons, que nous avons signalé dans le volume précédent.

A A/'^® Le Chantre, jeune musicienne éCun mérite distingué.

Tu réunis à lesprît, la sagesse, Mille talens, mille charmes divers.

Ta voix, tes jeux inspirent la tendresse ; Chaque cœur vole au devant de tes fers, Tu nous ravis ainsi qu*une autre fée ; Chacun t'admire et t'aime tour-à-tour.

Lorsqu'on t'entend, on te prend pour Orphée, Lorsqu'on te voit, on te prend pour l'Amour.

D'AzBMAR, lieutenant au régiment de Touraine.

W Beaumesnil, en l'absence de H""" Arnould, chante avec âme et intelligence dans Alphée et Aréthuse, de Campra.

Larsure remplace Larrivée.

Houbaut publie les airs détachés de la bonne Fille ^ de Piccinni, arrangés par Baccelli.

M^"" Heinel est toujours l'héroïne de la danse à l'Opéra. On n'a jamais vu tant de grâces, de noblesse et de dignité unies à tant de précision, de force et de perfection.

Août. On annonce le mariage de la célèbre et capricieuse Sophie Arnould avec un directeur des Menus, sans mérite.

33 août. A l'Opéra : La Cinquantaine^ en 3 actes, de Desfontaines et De la Borde, valet de Chambre de Louis XV, amateur passionné pour la musique.

Poète et musicien ont tiré tout le parti qu'ils pouvaient, et malgré tous leurs efforts, ce spectacle n'a pas obtenu tout le succès qu'ils en attendaient. On en grava la partition.

Il y a peu de caractère dans les chants, et à part un duo du i^ acte, le tout a paru monotone, triste et ennuyeux. Les ballets ont donné quelque divertissement. Outre plusieurs huées, l'Opéra a flni par un chorus général d'un rire bouffon. (Bachaumont.)

Nous lisons encore dans une revue du temps :

« La musique est d'un amateur célèbre, qui a le génie, le goût et l'acquit d'un habile compositeur. Il a fait des chants très agréables et des airs de danse variés avec beaucoup d'art et d'esprit.

» Cette pièce méritait son succès; il y a du naturel, des mœurs vraies, du pathétique et de la gaité. »

On sait que La Borde fut un des assidus de H"'' Guimard, la célèbre danseuse. Sa dernière pièce a donné lieu à cette épigramme :

Après Rameau paraît La Borde^ Quel compa^pnoD \ mtséricordo ) Laisses notre oreille en repos :

De vos talens faites- nous gr&œ ; De la Quimard allez compter les^ a», MoRjsieur Fauteur on voae le passe.

Artistes : M"''* Larrivée, Lafond, Rosalie^ Diervteux, MK Lanivtf^ Durand, Legros.

Ballets : M^^ Heinel, Julie» AUard^ Guimard» Pesliii^ Defviaox» UM. Gardel jeune, Simonin.

34 août. Aux Italiens : Le& deux Miliciem, en l acte, rt*iVTifmrrl, lieutenant au régiment de Touraine, et Fndzeri„ aveugla.

On en trouve l'analyse dans la Gazette littéraire^

La musique a été très applaudie et fort au delà de ce qu'elle iiétite^

Le public a été émerveillé de deux ariettes de bravoure que cbuta M*"*^ Trial.

19 septembre. La coquette de village, en S aetes^ d*A05Minift el Saint-Amand, donné aux Italiens.

Les paroles ont paru si détestables, que la musiqiie, tout agréaUe qu'elle fût, n'a pu en faire disparaître le dégoAt ^ la idatitiftAe, d« sorte que la pièce est tombée.

Les directeurs des concerts du Cotisée ont donné une S((Hcâek 38 août avec écho. Ce n'est autre chose que des violons placés dABS réloignement en haut, et qui répètent les finales des modulations des voix. Ce genre de musique avait dé}à été essayé le 19 août et n'était pas du goût du public.

M'"'' Bruna, qu*on avait déj,à entendu dan& un concert particulier, n'a pas eu du succès à celui du Colisée, du 27 septembre, quoique sa voix avait de rétendue et paraissait belle.

On a repris à l'Opéra le Devin du Village, avec M. et M"« Larrivée et M^^'' Cbâteauaeuf.

Rien de nouveau aux théâtres.

On doit remeltre à TOpéra A^tadis, de Lully, avec beaucoup de

changements dans les airs de danse, dans quelques airs de chant et

de symphonie, comme onavait l'habitude de faire aux anciennes pièces^

Bluet publie : Leçons de clavecin et principes d'hajTnonie, par

Bémetzrieder. In-4".

Il est question dans cet ouvrage de M"® Diderot, élève de Bémetzrieder. On y trouve une pièce de clavecin de M"® Diderot.

On a retiré après la première représentation, la Coquette de villagcj opéra en 3 actes, d'Anseaume et Saint-Amand, représenté le 19 septembre aux Italiens.

1 octobre. A Passy. Naissance de Pierre de Sales Baillot, un des plus célèbres violonistes que la France ait produits, et qui parcourut une grande partie de TEurope.

1 oct., mardi. A TOpéra. Fragments composés i'Ixion, de l'acte de VAir, du ballet des£/^ente,deDestouches,etStW//e,(r)deDauvergne, et la 1" du Prix de la valeur, ballet héroïque en 1 acte, de Joliveau et Dauvergne. Le ballet de ce dernier est de Gardel. Le Journal encyclopédique écrit au sujet de cette représentation : « De ces trois morceaux le Piix de la valeur, dont les paroles sont de Joliveau, directeur de l'Académie royale de musique, et la musique de Dauvergne, directeur de la même Académie, parut pour la première fois. C'est comme on le voit, un opéra de famille. Les directeurs ont prouvé qu'ils pouvoient se passer de secours étrangers pour la composition d'un opéra. Il faut espérer que le public se trouvera bien de cet accord entre le poète et le musicien. Leur coup d'essai est déjà fort applaudi. »

Vénus termine les chants par le couplet suivant, après lequel tous les personnages dansants se réunissent et forment un divertissement général.

Vole, Zëphire, viens, que l'amour te ramène : Il enchaîne nos cœurs, viens aimer nos jeux Par la douceur de ton haleine Des fleurs qui forment notre chaîne Augmente encore le charme heureux.

(i) Cet opéra n'est pas cité par M. Clément. Gibert composa la musique de Smile, donné en 1758, aux Italiens.

On en trouve l'analyse dans la livraison du mois de novembre du Journal encyclopédique,

Grétry est chargé par les Comédiens Italiens de la direction de la musique, tant du chant que de l'orchestre, avec des gages annuels de 1,200 livres. Le roi a voulu personnellement reconnaître les services rendus par Grétry à la musique de théâtre.

26 octobre. A Fontainebleau : L'Ami de la maison^ de Grétry, qui n'obtint pas le succès qu'on en attendait.

Quant à la musique, tout en a paru de la meilleure composition. L'ouverture a produit grand effet. On a été vivement ému de plusieurs adagios, très tendres, mais qui, trop répétés, ont dégénéré en monotonie. Tel est le jugement de la cour, communément en contradiction avec celui de la ville. (Bachaumont.)

Grétry dirigeait cette représentation.

Ce serait trop généraliser fes plaintes que l'on fait de l'abus de la musique pour faire passer des pièces qui ne sont pas soutenables à la lecture, que de les entendre sur cette comédie, qui peut servir d'exception ; nous disons plus, il serait à désirer qu'on ne mit plus au Théâtre-Italien que des drames de cette espèce : ce que la musique pourrait perdre de ses brillants, de ses pompons, et de ces petites niaiseries musicales, qui ne disent rien à l'esprit ni au cœur, tournerait au profit de l'art, du bon sens et de nos plaisirs ; car enfin on doit en sentir toujours, lorsqu'on voit un sujet bien traité, tant par le poète, que par le musicien. Toutes les scènes de cette pièce sont théâtrales, et demandent beaucoup de jeu et de finesse, ce qu'on ne peut rendre dans un extrait : il faut avouer que les acteurs se sont surpassés, et que M"*® Laruelte est céleste dans ce rôle, ainsi que le dilCliton àOrphise. M. Grétry adonné de nouvelles preuves d'un rare talent pour ce genre de comédie; sa musique est tantôt noble, tantôt comique, suivant ce qu'elle exprime, sans la moindre charge, ni ces extravagances de chant qui font géniir le goût. (Chronique du temps.)

Le Mercure de France publie dans la livraison de novembre une dissertation signée de Virgil : De l'Expression en musique. On y lit : c Mes réflexions n'enseignent donc rien à MM. Harmontel et Grétry; mais elles pourront servir à faire mériter tout ce que l'on doit. J'adresse à l'un et à l'autre ces conclusions comme un faible témoignage de mes reconnaissances pour le bien qu'ils m'ont fait. »

\jtJmixmàl d'erque, de Lasceux, (i) continue. Il était oi^niste des Mathurins à cette époque.

1 novembre. A la cour : Le Faucon, en 1 acte, de Sedaine et

MoAsifm'.

Cet opéra est iHen inférieur au DéserteÊur, qu*bn jouait encore à cette époque.

Pome, Paris, P. R. Ballard.

Nous extrayons d'une revue :

« Depuis la Semante Maîtresse, qui fut, pour ainsi dire, le premier essai de ats CMiédies lyriques, le public a trouvé dans ce genre, qw nous tenoas des Italiens, «ne nouvelle source de plaisir ; n^ais il est dontenx s'il y a (dos gagné que perdu. D*ua côté, TOpéra-Comique a considérablement bâté les progrès de la musique; on a prétendu qull a porté beaucoup plus loin que Rameau, à qui le fanatisme veut mteie ôter la gloire d'avoir opéré dans cet art, une révolution inespérée; ce^ui n'est ni vrai, ni juste. D'un autre côté, on regrette qv'on ait sacrifié à quelques ariettes i'anciea genre de comique, consacré au théâtre d'Arlequin, où regaaieiU la raillerie piquante, le vrai sel «ttiqoe, l'aimable gaité.

» Il tvA convenir que la plupart des auteurs de comédies lyriques ont de grandes obligations aux musidens, qui font passer tant d'absurdités; nais les personnes qui s'intéressent au maintien du bon goÉt, doivent leur savoir gré de continuer à sa perte totale. »

9 novembre, à Fontainebleau : Zémire et Azor, comédie-balleien vers et en 4 actes avec danses, de Marmontel et Grétrjr^

Poème, Par», ebea Veate.

Celle pièce nous paraît être du petit nombre de celtes da Théâtre- ItaKen de nos foors , qui sont dans le vrai genre de comique lyrique; de la gaîtéaans bouffonnerie, de llntérèt sans douleur, de la morale aans trâtesse, de boas vers sans prétentiMet sans pédantisme.

Le musicien a très bien secondé le poète. II y a de la gaité éMs tCRites les aoèwes oà parait AH, et beaucoup d'intérêt dans toutes les afUtres^ G^ opéra a été joué aux Itsdiens le 16 décembre de la même aimée*

(0 ChiiUauuié Lascaux, né en 1740 à Foissy, se fixa à Paris en 1762, en de viol «ft 1709 organiste d«^te.-&tientltf» et plustard organisa à Téglise des MâthttHns. Il décéda à Pana MlW).

... novembre. A l'Opéra: Pygmalion, deJ. J. Rousseau etCoignel, négociant à Lyon, qui fut d'abord joué sur un théâtre de société à Lyon en 1771, et y eut du succès.

Nous lisons dans une revue :

€ A rOpéra : Pygmalion, avec SP^'^^Dervieux, Guimard, MM.Legros et Gardel. M*^*^ Dervieux a conduit avec goût, intelligence et sensibilité son filet de voix, et s'est surpassée dans l'autre genre où elle déploie depuis plusieurs années une exécution non moins savante qu'agréable. Dans l'acte de Physché on a vu avec douleur manquer M"« Arnould. Elle a été remplacée par M"® Beaumesnil, qui a de très belles attitudes, et tout l'extérieur d'une actrice faite pour plaire, mais dénuée de l'âme nécessaire au rôle de Psyché, le plus susceptible de sensibilité. »

Le rôle de la statue, extrêmement difficile à rendre par le double talent qu'il exige pour le chant et pour la danse, a été bien joué par 5111e Dervieux. M"** Guimard et M. Gardel ont enrichi les ballets d'une pantomime gaie, naturelle et ingénieuse. (Chronique du temps,)

Rousseau, on peut le dire hardiment, est le créateur de ce genre de pièces, où l'orchestre dialogue heureusement avec les paroles des personnages.

Rousseau se trouvant à Lyon en 1770, demanda à Coignet de mettre en musique ce mélodrame. Ce dernier avait composé la musique d'un opéra : Le Médecin de l'Amour, qu'il fit entendre à Rousseau, qui en fut très enchanté.

On donna encore : Le Devin du village. M"® Rosalie a joué le rôle de Colette, de la façon la plus vraie et la plus ingénue. Il est fâcheux que le sieur Legros ait substitué dans celui de Colin, le niais au naturel, et par cette charge ridicule en ait ôté toiit l'intérêt. M"«' Allard et Peslin se sont distinguées dans les ballets de cet acte. M^^® Guimard et Gardel n'ont pas également réussi dans une nouvelle pantomime peu naturelle et fatiguante pour l'intelligence du spectateur.

Le Devin de Village, donné en 1783, fait encore aujourd'hui l'objet de nos délices, il excite dans tous les cœurs une sensation toujours vive. Ce qu'il y eut de plus singulier dans l'événement en principe, c'est que, par une contradiction inconvenable dans tout autre, mais peu rare dans la conduite du philosophe de Genève, il était un des plus chauds protecteurs des Bouffons, et il les anéantit; il avait

-Sacra foire de la musique italienne, et il ne fit que de la musique française ; il s*en fit applaudir à toute outrance, et réunit les sufl*rages les plus opposés.

Ceux-ci s'aperçurent trop tard du tort irréparable qu'ils faisaient à leur cause, ils voulurent revenir contre leur jugement ; ce fut en vain, l'ouvrage avait reçu la sanction de la raison et du bon goût, il était consacré au sceau de l'immortalité (Extrait d'une revue du temps.)

Nous lisons dans la Gazette littéraire au sujet de M"^' Ârnould :

c On a sçu que M"* Arnould n'avoit pas chanté le lundi 24, par un pur caprice et que ce Jour même elle avoit eu Timpertinence de se montrer à l'Opéra, en ajoutant le persiflage et disant qu'elle venoit prendre une leçon de M""" Beaumesnil. Les directeurs se sont plaints à M. le Duc de la Vrillière qui au lieu d'envoyer cette actrice au fort l'Évêque, s'est contenté de la réprimander. Des spectateurs de mauvaise humeur s'étoient portés à rOpéra le mardi 2S, pour 1 humilier en sifflant, mais il n*ont pu avoir ce courage, et la séduction de son jeu leur a fait oublier leur projet : elle a joué les deux autres fois avec le plus grand succès. »

36 novembre. A l'Opéra : Amadis de Gaule, tragédie donnée en 1684, et qui n'avait plus été jouée depuis 1759.

On n'a point touché aux scènes de Lully, mais on s*est permis de refaire la musique des chœurs et des divertissements qui, ne pouvant avoir été faits par Lully comme on le désire actuellement parce que cet homme célèbre manquait de premiers sujets pour exécuter tout ce que son génie lui aurait dicté.

Ce sont Laborde et Berton qui ont enrichi la musique d^ Amadis, Ces compositeurs habiles ont consulté le goût du siècle pour retoucher, changer et refaire toute la musique de cet opéra à Texception des récitatifs qui appartiennent à Lully et qui doivent dans tous les temps être respectés et servir de modèle.

On lit dans une revue :

« L'Opéra donne Amadis, de Lully, ouvrage de féerie, à grande machine, qui prête beaucoup au spectacle par un concours singulier d'aventures romanesques.

» Il y a un ballet général dans lequel Vestris brille avec toutes ses grâces majestueuses ; on y trouve un pas de six très agréablement et supérieurement exécuté. »

Cet opéra attire une grande affluence. Les changements faits à la

partition par La Borde, ont paru si disparates avec celle de Lully, qull est résulté une dissonnance générale »

Artistes : M*^^' Arnould, Durancy, Rosalie, Duplant, Châteauneuf, MM. Gélin^ Legros, Durand.

Cet opéra est remis avec beaucoup d'éclat et de magnificence.

On fait l'éloge dans les revues de Lagier, débutant dans les rôles de basse-taille. On lui a trouvé Torgane agréable, volumineux et égal dans tous les tons.

H"®Compain, de 14 ans, a quitté sa place de l''^' danseuse à la Comédie-Française, pour entrer à l'Opéra. Son accueil a été favorable pour le genre de M"® Allard.

En l'absence des premiers sujets aux italiens, M"*Billioni a chanté avec succès plusieurs rôles. Elle chante avec goût et précision, et elle met beaucoup d'intelligence et d'esprit dans son jeu.

W^^ Bussa, l' sujet des Italiens, (Billioni Catherine, Billion dit), (i) fille de comédiens forains, née àNancy en 1781, élève de Ch.Véronèse dit Pantalon, et qui entra aux Italiens en 1763. Elle remplit des rôles dans les ballets et dans les comédies italiennes et françaises, sous le nom de M"* Placide; elle charma le public des Italiens et du théâtre de Bruxelles.

Elle épousa le maître de ballet des Italiens, Michel Billion (dit Billioni).

M"* Bussa doublait des rôles avec Jacquette Véronèse (dite Camille), et partagea avec elle les succès. Reçu en 1769 aux Italiens, elle y chanta les premiers rôles dans les opéras de Philidor, Duni et Grétry.

Sa voix douce, agréable, naturelle et son jeu spirituel. Ta fit distinguer entre ses camarades.

Cette artiste fut tellement zélée et aimée du public, que le roi lui accorda en 1772 une gratification de 1,000 livres.

En 1771, elle comptait parmi le personnel du concert spirituel, alors dirigé par Gosséc et Gavigniés.

Lié intimement avec Clairval (J. B. Guignard), chanteur de grande réputation, elle eut à traverser une vie accidentée jusqu'à sa mort, arrivée le 19 juin 1783. Elle était âgée de 32 ans.

Elle était également élève de Robert Desbrosses, compositeur de la musique des ballets des Italiens et acteur de ce théâtre.

(i) Son nom était Bussa ou Bussart.

16 décembre. Aux Italiens : Zémire et Azov, (i) en 4 actes et en vers, de Marmontel et Grétry. OEuvre VU.

Grétry dédia sa partition à M"® la Comtesse Du Barry. L'auteur s'y exprime ainsi ;

« Quand on possède si bien Fart de plaire, Ton ne peut manquer d'être sensible à tous les arts d'agrément ; et puisque ce dernier ouvrage m'a mérité vos bontés, il devoit vous être offert par ma reconnoissance. »

Cette pièce, dans laquelle il y a beaucoup de jeu et de mouvement, doit produire un grand effet au théâtre et faire la plus grande sensation, accompagnée de toute la magie du spectacle, de la pompe de la danse et des ballets, et surtout d'une musique délicieuse. (Chroniqtie du temps,)

La musique en est délicieuse et toujours vraie, sentie et raisonnée; elle rend toutes les affections de l'âme. On ne peut jamais assez louer le trio en sourdines du père; il est d'un pathétique attendrissant qui fait couler les larmes.

Les rôles ont été supérieurement joués et chantés.

Le compositeur Grétry a comparu, amené par les acteurs; le poète Marmontel s'est éclipsé. (Chronique du temps.)

Cette pièce a fait grande sensation à la cour.

La Gazette littéraire en donne l'analyse.

On l'avait joué à la cour le 9 novembre 1770.

Nous lisons dans La musique dramatique en France^ de Martine :

« M. Grétry^ après avoir été comique dans le Tableau parlant, et pathétique dans Sylvain, réunit ces deux caractères dans Zémire et Azor, où tous les genres de musique, le noble, le gracieux, le brillant sont rassemblés ; c'est de toutes ses compositions la plus variée. Traduite dans toutes les langues, elle a eu le plus grand succès en Italie, et son auteur qui, en y travaillant, éprouvait des jouissances continuelles, ainsi qu'il nous l'apprend lui-même, dit qu'il serait difficile de réunir plus de vérité d'expression^ de mélodie et d'harmo-

(i) Od jouait cet opéra en flamand à Amsterdam, en 1788, sous la direction de M. Neytfl. M^^^ Stasinon (Isabelle), née à Bruges vers 1740, brillait au premier rang dans cette pièce.

Jules Lardin publia en 1846, chez Ad. Moessard et Jousset : Zémire et Azor. Quelques questions à propos de la nouvelle falsification de cet opéra.

nie. On recohnait, dans ce langage, la candeur du génie qui se rend justice, et tous les connaisseurs partageront cette opinion. L'allégro de Touverture est brillant et d'un bon effet, ainsi que le presto qui la termine et qui annonce l'orage; le larghetto n'a rien de remarquable. Les airs d'Ali : Plus de voyage qui me tente^ Les esprits dont on nous fait peur, sont agréables ; les accompagnemens du dernier se font remarquer par la grâce et la légèreté, et ceux du morceau : L'orage va cesser, ont beaucoup d'expression Le duo de Sander et d'Ali :L^ temps est beau, est pittoresque; le contraste des deux interlocuteurs y est bien rendu, et les bàillemens y sont exprimés avec une telle vérité, qu'ils ont fait souvent bâiller au théâtre. »

Zémire et Azor, de Grétry.

Le succès obtenu à la cour avait excité un concours prodigieux de monde. Plusieurs grands seigneurs y assistaient. L& ville n'a pas été tout-à-fait d'accord avec la cour. Plusieurs morceaux de musique ont allumé les plus vifs transports, mais le total a paru triste et langoureux, et le drame n'était pas soutenu par la magnificence, etc , qu'il avait à la cour, il a manqué une partie de son effet. (Bachaumont.)

Concert spirituel du 24 décembre. Motet de l'Ecuyer, ordinaire de l'Académie de musique. Coronate, morceau de Lefèvre, chanté par M"« Dubois, âgée de 13 V» ans, élève de l'artiste de ce nom. Elle a fait grand plaisir.

Le Journal encyclopédique donne c^te année un compte-rendu détaillé sur l'ouvrage de Burney, concernant l'état de la musique en Europe.

Publications.

Journal de pièces (Torgue, par Lasceux.

Méthode facile pour la viole d'Amour, par Milandre. (i) Op. V. In-4®. Paris, Lemenu.

Cousineau publie :

Méthode ou abrégé des règles de l'accompagnement du clavecin et recueil d'airs, etc., par M"»® Govigelot. (t) Op. IIL

Recueil d'airs pour le clavecin, d'un nouveau genre, par la même.

(i) Ce musicien virtuose suf la viole d*amour, fut attaché à la musique de Louis XV. M. Fétis dit que cette méthode fut publiée en 1782. (s) Musicienne inconnue.

i concnios pour violon, avec accompagnement, par Paisible. Paris, chez Bailleax.

Ces morceaux ont été exécutés avec le plus grand succès par Fauteur au concert spirituel.

Sieber publie : Le Débat, duo pour dessus et taille avec symphonie, par M. de Norciat, musicien inconnu.

Du même : La raUon surprise par VÀmour. Aimer est un plaisir.

Collection lyrique, ou choix des plus beatut morceaux pour la voix et pour toutes sortes d'instruments, par Moret-de-Lescer, écuyer, ordinaire de la musique du prince de Condé.

Chasse en sonate de violon et basse continue, par C. Royer. Paris, chez les auteurs.

1772. — Cette année la clarinette fit son apparition à l'Opéra.

8 janvier. A TOpéra. Reprise de la Reine de Golconde, (i) de Monsigny.

M. Durand joué et chante très bien à cette nouvelle reprise le beau rôle de St. Phar. H^^^ Larrivée reçoit de nouveaux applaudissements dus à son jeu et à sa voix brillante et légère.

Les ballets de la composition de Gardel, Dauberval et Yestris, sont parfaitement exécutés.

On reprend en janvier à TOpéra : Amadis de Gaule, tragédie de Lully, jouée en 1684.

Dans les divertissements les airs de danses sont d'un genre qui ne s*éloigne point de celui des scènes et ils ont le mérite de produire de grands effets d'orchestre, que l'on ne connaissoit point du temps de Lully. Ils sont de De la Borde et Berton.

Vers à AT"* Billioni, qui chante le rôle de Lindor dans

L^AmOURBUX DB 15 ANS.

Par quel art cet aimable enfant, Qui de Tamour emprunte la figure, Rend-il si bien le sentiment Qu'il déplore son imposture ?

Comment se peut-il qu'A quinze ans La tendre et tardive nature Inspire de si doux accens?

(i) Oa Aline, reine de Golconde.

12 janvier. On a remis Topera de Rameau : Castor et Pollux, et jamais on n'a vu une plus brillante assemblée. On a fait plus de 3,000 écus. La foule a dérangé beaucoup la représentation et les princes qui y assistaient ont reçu le tribut d'applaudissements à leur entrée.

Enfin le public a été si tumultueux que plusieurs personnes (quinze dit-on) se sont trouvées mal dans le parterre, et qu'il a fallu enlever.

On avait refusé beaucoup de personnes.

Castor et Pollux est chanté par M"«* Arnould, Durancy, Rosalie, Duplant, MM. Legros, Gélin, Durand, Beauvalet, Cassaignade.

Cet opéra fait toujours l'admiration et les délices des amateurs éclairés.

Il y a une telle affluence de monde à Castor, que l'administration a été forcé de fixer le nombre des billets au parterre.

Dauberval en a fait les beaux ballets.

3 février. Concert spirituel avec le concours ;de Salomon, l' violon du prince de Prusse, M"« Davantois, Baër, M"® Charpentier et Leduc jeune, excellent violoniste.

Parmi les débutants des Italiens signalons :

22 janvier, M"« Paris, rôle des amoureuses.

18 mars, M. le Courtre, dans le Huron.

3 mai, M"« Gaut, rôle des mères.

28 juin, M. Darcis, rôle des amoureux.

30 novembre, M'^"" De la Bassière, rôle d'amoureuses.

Hue Virginie, cantatrice, et Vestris, fils du célèbre danseur, débutèrent à l'Opéra le 17 novembre.

Vestris, âgé de 11 ans, obtint un succès inouï.

W^^ Compain débuta dans la danse à l'Opéra, et Lagier, bassetaille, continua à débuter avec succès à ce théâtre.

Le Mercure de France publie dans son numéro de janvier :

Eloge de M. Trial, né le 13 décembre 1732, décédé le 23;wm 1771.

C'est une biographie de ce charmant compositeur.

A M^^^ Durancy j jouant le rôle de Jumont dans Vacte de l'Air.,

De Jupiter que voilà bien l'épouse !

Qu'il a tort de la rendre jalouse !

Mais... si te déclarer sa tendre passion Suffit pour mériter les éclats du tonnerre • Fais donc frapper tout le parterre, Plus criminel encore que l'est Ixion.

Accidenta l'Opéra lors de la représentation d^ Castor et Pollux.

De bonne heure foule aux alentours de ce théâtre. Les fastes du théâtre lyrique ne font point mention d*une journée aussi brillante que celle-là; la foule était telle, que la représentation s'en est ressentie et que les deux premiers actes n*ont point été absolumeot entendus. Cet enjouement n'est pas un effet de la mode et du caprice, il subsiste avec la même constance depuis près d'un mois et tous les jours, et même ceux où les bons acteurs sont doublés et triplés.

Epoque honorable pour la nation, puisqu'elle prouve que le goût des belles choses n'est pas perdu chez nous.

Le poëme de Castor et Polliuc est si beau en lui-même, si varié« si bien coupé ; la musique si analogue aux paroles, si expressive, si pittoresque, qu'on ne peut assister à cet opéra sans être transporté de la plus vive admiration.

Beaucoup de spectateurs ont été obligés de sortir, dont quinze sans connaissance; on assure qu'un ou deux en sont morts et que plusieurs s'en ressentirent longtemps.

Cette représentation a produit près de deux mille écus, sans les petites loges de loyer à Tannée, ce qui est sans exemple dans les fastes de ce théâtre. (Chronique du temps )

Concours de composition musicale ouvert par l'école roijale gratuite

de dessin.

Les administrateurs de cette école, voulant favoriser l'art musical et les jeunes compositeurs, ont adjugé une médaille d'or de la valeur de 300 livres à la meilleure symphonie à graoïd orchestre, qui sera couronnée au l' concert que donnera cette école. Les, étrangers y sont admis.

Le premier prix a été obtenu par Cann^biche» attaché à l'électeur de Palatin à Mannheim, et le secqnd a été accédé à Eicbner, musicien attaché au prince des Deu^^-Ponts.

Juges : Duni, Philidor et Rigel.

Le Mercure de France donne dans son numéro du mois d'avril une dissertation fort instructive sur la musique d'opéra :

Opéra, Sur la musique à l'occasion de Castor.

On reprend la musique de Mondonville au concert spirituel.

Les chants faciles et gracieux, les effets d'harmonie, les chœurs

brillants de ses motets, méritent en tout temps les suffrages des amateurs.

Pygmalion, Psyché et le Devin du village, attirent la foule à TOpéra.

H^^"" Rosalie, Legros et Géiin forment un ensemble complet dans la pièce de Rousseau.

Un critique écrit de M"® Guimard, qui ouvrit un théâtre particulier à Paris :

« Au rang des danseuses seules s*offre encore H"^ Guimard, la première, lorsque H*^^' Heinel, s'est montrée et a éclipsé tout ce qu'on en disoit avant elle. Petite, maigre et laide, c'est une espèce d'araignée; elle manque de dignité, qualité essentielle à son genre; légère, facile, précise, rapide dans son exécution, elle substitue trop l'afféterie à la grâce, le lascif au voluptueux. »

Cette année un artiste liégeois Chartrain, débuta comme violoniste au concert spirituel, dans des concertos de sa composition, et s'y fit distinguer par la bravoure de son jeu.

Cbartrain, né vers 1740, fut membre de l'orchestre de l'Opéra, et décéda à Paris en 1793.

De laChevardière publia de lui deux trios et des sonates de clavecin.

Voici un extrait d'une lettre du temps sur le théâtre :

M Dans le genre des acteurs françois nous ne voyons plus personne.

f» Trois coryphées se distinguent dans le chant. Le sieur Caillot est le premier sans contredit, il a toujours les qualités du chanteur et même du comédien ; A la noblesse près sa voix embrasse les genres composés, et se montre aux différons tons avec la même aisance ; elle vaut un concert entier.

n Le sieur Clairval, impertinent de son naturel, tire parti de ce défaut et le convertit en dignité au théâtre; il fait les princes et les rois : c'est une haute-contre ; mais il n'a qu'un filet de voix, assez étendu pour le théâtre de TOpéra-Comique et trop faible sur celui des Italiens.

** Il 7 supplée autant qu'il peut par une prononciation nette et par beaucoup de goût.

n Laruette repare â force d'art la nature la plus ingrate ; c'est un musicien consommé, mais dont la pantomime ignoble et monotone déplaît à beaucoup de gens, et qui, s'il ne se retire bientôt, est menacé d'une disgrâce générale.

Googk

- Au milieu des douze actrices, dont trois à la pension. M"* Favart domine comme la plus ancienne et comme entourée d*un phantôme de réputation que le tems n'a pas encore dissipé tout-Àfait. Elle a la voix aigre, elle manque de noblesse, elle subgtitue la finesse à la naïveté, les grimaces À Tengouement et Teffort au naturel.

n Depuis la réunion de TOpéra-Comique, le sceptre avoit passé dans les mains de M"^ Laruette, qui le tient encore avec succès.

*• Elle avoit débuté à TOpéra, où son volume de voix trop médiocre lui faisoit désespérer de réussir : elle remplit mieux le théâtre des Italiens, otl elle brille depuis dix ans sans être éclipsée par aucune rivale. Son talent musical occasionne seul le prestige universel ; il seroit même détruit, s'il étoit possible, par la laideur de sa figure : elle a un certain air niais que beaucoup de gens prennent pour du naïf et qui ne va pas mal à quelques rôles. Elle n'a du reste ni chaleur ni sentiment; ce n'est qu'une cantatrice, mais du premier ordre, surtout pour le genre italien, par la flexibilité et la légèreté de l'organô.

n On n'admire pas autant d'agrément, de goût et d'art dans le chant de M'^® Beaupré, mais il est plus varié, plus fin, plus spirituel; elle joue d'ailleurs singulièrement de la physionomie, et son minois piquant lui concilie le grand nombre des spectateurs.

» La voix de M"® Trial est pleine, sonore, nullement factice: c'est un don de la nature qu'elle rend, à peu près, comme elle l'a reçu. Elle est plus propre que ks voix des deux autres À la musique françoise, parce que l'actrice saisit mieux le sentiment et l'expression de celle-ci, et que son organe libre et fier se refuse aux points d'orgue, auxfrédons, aux martellemens de la musique italienne; enfin, elle a une grande action naturelle, qui pénétre le cœur.

n C'est avec ce petit nombre de sujets pour soutiens que l'Opéra- Comique lutte aujourd'hui contre l'Opéra, le fait déserter, l'écrase et l'oblige à solliciter la réunion des deux spectacles pour renoître et se régénérer. A l'Opéra la haute-contre est dans le plus grand délabrement; Legros seul la soutient.

n II est véritablement doué du plus bel organe possible. Sa voix est étendite et légère, vigoureuse et flexible, tendre et terrible; elle se modifie au gré du chanteur : mais sa figure plate, son gros ventre et son âme molle et froide détruisent toujours l'illusion, l'ariette enchante, et le récitatif laisse le spectateur inanimé comme le héros«

n Gélin et Larrivée nous dédommagent dans la basse-taille; Tcin a le timbre plus sonore, plus mâle; l'autre plus onctueux, plus pathétique; mais le dernier a sans contredit plus de feu, plus de naturel, plus d'aisance dans son jeu ; c'est un homme d'un talent rare et qui peut se promettre les plus grands succès. Larrivée est aujourd'hui l'âme de ce théâtre lyrique ; on trouve toujours un vide lorsqu'il ne joue pas. Son rival, au contraire, a prodigieusement dégénéré; sa voix chevrote, il n'a plus la cadence, et son chant bourru donne à son action un air dur qui le rend désagréable.

» Durand est le troisième chanteur de cette classe ; il a une voix moyenne, entre les deux premiers, c'est-à-dire, qui participe au moelleux de Tune, et à la profondeur de l'autre.

^ Les femmes brillent davantage à ce théâtre, qui est proprement leur empire.

r> Des quatorze actrices six ont diverses prétentions et méritent un détail particulier.

« La première est à coup sur M"® Arnould.

» C'est la plus naturelle, la plus onctueuse, la plus tendre qui ait paru sur cette scène. Bien inférieure à M"® Le Maure pour l'organe, pour la noblesse du jeu, ou les rôles de dignité, pour l'expression des sentimens froids et réfléchis, elle ne peut en avoir été surpassée dans le pathétique et dans les scènes d'entrailles : ainsi que cette sublime actrice, elle est sortie telle des mains de la nature et son début a été un triomphe.

» Qui ne seroit enchanté de la méthode, du goût, du prestige avec laquelle M"® Larrivée nous peint tous les objets sensiblesde la nature? Sa voix est une magie continuelle ; c'est tour-à-tour un rossignol qui chante, un ruisseau qui murmure, un zéphire qui folâtre. Est-elle en scène? ce nest plus la même, son art l'abandonne, et son dialogue est aussi froid, aussi monotone, que son chant à été varié et séduisant.

« Les rôles à baguettes vont merveilleusement à M"® Duplant. Sa taille majestueuse, sa laideur noble, sa voix étendue et profonde, lui donnent tout l'imposant nécessaire aux enchanteresses.

n Ces trois actrices font l'admiration, l'amour et les délices des amateurs du théâtre lyrique.

» Les D"®^ Beaumesnil, Rosalie et Duranci ont aussi leurs partisans dans un degré différent.

»» M"® Beaumesnil, au minois fin, à la taille élégante, à la voix

légère, se destine aux personnages des déités du second ordre, à ceux des nymphes de bergère ; elle a le jou sûr, mais sec et coquet, quelque chose d'aigre dans les sons, qui la rend peu propre à exprimer le sentiment. Il est mieux rendu par M"® Rosalie; elle joint (cette dernière) à beaucoup d'àme .la gaité, la franchise, la vivacité du dialogue, et quoique non jolie, l'esprit perce sur la physionomie; elle a le Je ne sçai quoi, qui plaît et lui concilie les spectateurs dès qu'elle paroît.

» On ne peut contester à M"® Duranci beaucoup de talent pour l'action. Elle débuta en octobre 1767,' et reparut en octobre 1768.

» La laideur de sa figure et le désagrément de sa voix sont des défauts trop essentiels pour que le public s'engoue d'elle aujourd'hui. Elle est obligée de se retrancher aux rôles où il faut plus de force que de grâce, plus de déclamation que de chant.

n La partie la plus brillante de l'Opéra c'est la chorégraphie. Jamais ce genre n'avait été si parfaitement exécuté, si nombreux en sujets de distinction.

« Les danseurs seuls ont l'habitude d'avoir un masque, sous prétexte de dérober au public les grimaces qu'ils peuvent faire dans les efforts d'une exécution laborieuse. »

Le lecteur appréciera avec nous tout Tintérêt du jugement de ces différents artistes.

Hardouin, maître de chapelle de Téglise de Reims, propose la souscription de six messes de sa composition, exécutées à Notre-Dame, à la Sainte-Chapelle, aux Innocents et à St. Germain à Paris.

Elles sont approuvées par les maîtres de chant de ces églises, qui ont souscrit.

Souscription : 36 livres.

S'adresser à l'auteur et affranchir les lettres.

L'abbé Henri Hardouin, naquit à Grandpré en 1724, et décéda à Reims, le 13 août 1808.

L'Opéra a continué la Cinquantaine, de La Borde, que le public a revue avec un plaisir toujours nouveau, parce qu'une musique où il y a beaucoup de chant et d'élégance doit nécessairement être toujours agréable. (Chronique du temps.)

M. Clément écrit dans un sens opposé à celui du critique du temps. Voici l'extrait de son Dictionnaire lyrique :

« Comme toutes les productions de cet amateur, cet ouvrage 6st médïocï'e, et il parut tel aux artistes chargés de l'interplréter. »

Cet opéra avait été joué le 2â août 1771.

14 mars. Aux Italiens : rAmi de la maison, tn 3 actes, de Mai^montel et Grélry.

ïl faut avouer que les acteurs se sont surpassés^ et que M'"® La-ruette est céleste dans le rôle ainsi que le dit Cliton à Orphise.

Grétry y a donné de nouvelles preuves d un rare talent pour ce genre de comique ; sa musique est tantôt noble, tantôt comique, suivant ce qu'il a à exprimer, sans le moindre charge, ni ces extravagances de chant que font gémir le goût.

On a trouvé dans la musique de Grétry de la richesse, de la variété dans la composition, des accompagnements de la plus grande beauté, d'une magnificence d'harmonie merveilleuse.

C'est un pas de plus que Grétry a fait sur ce théâtre lyrique. Le succès de cet ouvrage est très grand. L'exécution ne laisse rien à désirer.

Cet opéra a été bien accueilli.

M^^^ Laruette, cette actrice enchanteresse, qui met tant d*àme et d'esprit dans son chant et qui possède un si bel organe, a été très applaudie dans cette pièce.

19 mars. Aux Italiens: Le Faucon, en 1 acte, de Sedaine et Monsigny.

Il fut joué à Fontainebleau devant la cour le 1^ novembre 1771 .

Poëme, Paris, P. R. C Ballard.

Cette pièce fut assez froidement reçue à la cour et à Paris.

Le Journal encyclopédique en donne l'analyse, mais ne dit rien de la musique.

On trouva la musique jolie et la pièce détestable ; cependant l'opéra fut mieux accueilli aux représentations suivantes.

H. Audiffret écrit de Monsigny :

« Le carartère dominant de la musique de ce musicien est le naturel et la vérité; sans' aucun effort, sans aucune recherche, il lui arrive souvent d'atteindre à un degré d'expression et de pathétique qui lui rendait digne du surnom de Gluck de l'Opéra-Comique.

» La concurrence qui s'établit entre lui et Grétry, sans nuire à la réussite de ses ouvrages, a empêché le public de lui rendre en tout point une exacte justice. Grétry, généralement accusé de jalousie, a

cependant cité plusieurs fois son illustre rival dans ses Essais sur la musique, »

Pierre Monsigny naquit le 17 octobre 1729, à Fauquemberg, d'une famille noble. En 1789, les artistes du Théâtre Favart lui donnaient une pension de 2000 fr. En 1800, à la mort de Piccinni, il obtint la place d'inspecteur supplémentaire au Conservatoire, et y fut remplacé en 1802 par Martini. Il décéda le 14 janvier 1817.

On entend au concert spirituel M. Cliquot, facteur d'orgues, dans un jeu de flûtes imaginé et adapté au forte-piano par Balbastre.

M''* Fleuri, âgée de 16 ans, élève de M™® Levesque et de Mayer, exécuta un concerto pour harpe de ce dernier.

Aux Italiens, après l'ouverture de Pâques, Tom Jones.

M""* Billioni a prononcé le compliment.

28 mars. Concert spirituel. Symphonie de Désormery. Motet Deus noster, du même (qui a obtenu le prix en 1770). Concerto de clarinette par Baër. Motet de Giroust, chanté par M'^® Davantois. Sonate de Petrini pour harpe, par Hinner. Magnus DominuSj deMondonville.

1 avril. Aux Italiens : Le Bal masqué, de Darcis, âgé de 12 ans, élève de Grétry. La musique est agréable, mais dénuée d'harmonie et sans aucune chaleur.

L'affiche annonce que Darcis est élève de Grétry.

Cela est pitoyable du commencement jusqu'à la fin ; pas l'apparence d'une idée dans toute la pièce, encore moins de science d'harmonie et démodulations; des chants insipides pris adroite et à gauche, et rédigés en couplets : voilà tout le mérite de l'ouvrage de ce petit écolier. (Correspondance du baron Gnmm.J

Le succès de Castor et Pollux est tel, qu'il a produit en peu de temps 115,000 livres, ce qui est sans exemple dans les fastes du théâtre lyrique. Il est à sa 31"'*' représentation.

On publie à Paris le portrait de Grétry, dessiné et gravé par Moreau le jeune. Paris, chez l'auteur.

Ce portrait vu de profil est renfermé dans un médaillon. Il est gravé d'une pointe légère et spirituelle. On lit au bas ce vers d'Horace, dans l'application à la musique pittoresque et dramatique de Grétry et qui est très heureux :

Imtat, mulcet, falsis terroribus implet, utmagus.

On annonce de nouveau la retraite de M"® Sophie Arnould.

Parmi les débutariLs de l'Opéra citons Beauvalet, J)asse-taille, et M"« Thételet, danseuse.

Après Pâques de 1772, Caillot a quitté définitivement à la rentrée des Italiens.

Narbonne doit débuter à ce théâtre dans les rôles de basse-taille.

20 avril. Décès à Paris de la célèbre M"'^ Favart du Ronceray, femme d'un esprit droit et d'un talent peu commun.

Oifenbach a fait jouer, il y a quelques années à Paris, un opéra en a actes : Madame Favart, qui eut grand succès.

Le 22 décembre 1806, on avait déjà joué une comédie en 1 acte, mêlée de vaudevilles et de chant, sous le titre de : Madame Favart^ en 1 acte, de Moreau et Dumolard, dont Giguet et Michaud publièrent le poème. Dans cette pièce figurent Tabbé de Voisenon, le maréchal de Richelieu, M. et M™« Favart.

On fait dire à Voisenon, sur l'air: Oui, mon cher Favart^à tés yeux:

Près de Favart et près de vous, Trop heureux de passer ma vie, Je sens que plus d*un jaloux Mon sort doit exciter l'envie.

De ces traits qu'on ne peut parer.

Méprisons l'atteinte perfide.

L'amour ne saurait s égarer Quand Tamitié lui sert de génie.

On fait chanter à M"® Favart s'adressant au public :

Favart enchanta la France ; Essayer de Timiter, Messieurs, sur votre indulgence Sans doute c'est trop compter.

Ah! pour moi quel doux salaire, Si, surpassant mon espoir, Un instant le parterre Avait cru la revoir !

Lafausique, sauf un morceau nouveau de Doche, se compose d'airs cojinus.

29 avril. Concert donné par Técole royale gratuite de dessin an Wauxhal de la foire St. Germain. Foule.

On y a exécuté les deux œuvres couronnées et le public a très applaudi les artistes et les compositeurs. On y clianta de plus : Deucalion et Pirrha, ouvrage nouveau de Sihert. Plusieurs morceaux ont eu beaucoup de succès et le bureau a cru devoir récompenser le mérite du musicien en lui accordant une médaille d'or de 300 livres.

Le public a applaudi Le Duc aîné, Guénin, qui conduisait les seconds-dessus, et le célèbre Besozzi.

Le comité propose pour le concours prochain le sujet : Didon et Enée dans la grotte.

Un événement dans le régime de l'intérieur de l'Opéra, y a occasionné beaucoup de cabales. La ville ayant repris la manutention de sa finance, a imaginé de créer un directeur-général; elle a- choisi le sieur Rebel, un des deux qui avaient précédé ceux-là et dont le public était en général moins mécontent, pour lui confier la sur-intendance de ce tripot de musiciens, d'acteurs et de danseurs, fort difficiles à faire aller, et dont les chefs actuels ne semblaient pas bien entendre les détails.

En conséquence le chevalier de l'ordre du roi Rebel, a pris le lundi 27 avril, le gouvernail de la machine lyrique, si compliquée, si mal agencée. Les sujets des deux sexes rassemblés, Dauvergne, lun des trois directeurs, leur a annoncé la nouvelle dignité du directeurgénéral, qui a prononcé un discours fort plat d'un ton emphatique. Tout le peuple a fléchi le genou devant le nouveau despote, mais quelques danseurs se sont récriés contre l'extorsion . M^'*'^ Peslin, Guimard, MM. Dauberval, Gardel, demandaient leur congé, mais le duc de Vrillière, secrétaire d'état, les a menacés de peines rigoureuses s'ils ne retiraient leur assignation. (Chronique du temps.)

26 mai. Reprise de /a i?dng de Golconde, de Monsigny. La pièce est bien remise et fait honneur au nouveau directeur.

Larrivée, absent depuis plusieurs mois, a été applaudi avec transport. Il a chanté avec son goût et sa facilité ordinaires.

On lit dans une revue du temps :

« François Rebel est nommé en avril directeur général de l'Opéra.

» Le roi avait jugé k propos de réunir toutes les parties de l'administration. La veille de l'ouverture de ce spectacle tous les artistes se sont réunis, et Dauvergne a donné connaissance du nouvel arrêta .

Après un accueil amical, Kebel a répondu : « Je suis très flatte'. Messieurs et Mesdames, de me trouver à portée de pouvoir contribuer par de nouveaux soins au soutien d'un spectacle auquel je dois mon existence; je serai très charmé de saisir toutes les occasions qui se présentent de vous prouver mon estime et de rendre au Ministre le compte le plus favorable de toutes les personnes qui compose TAcadémie. »

Rebel et Francœur, tous deux chefs-d'orchestre à l'Opéra en partage, étaient étroitement unis pendant le cours d'une très longue carrière, et jamais une note discordante n'a démenti Tamitié réciproque.

Tous deux étaient chevalier de l'ordre de Saint-Michel.

Les spectacles de M'^® Guimard continuent à sa maison de Pantin.

A la fin d'un spectacle du 23 juillet. M"® Guimard et Dauberval ont dansé la Fricassée, pantomime qui couronnait à merveille ce spectacle, beaucoup fréquenté par les femmes légères.

Voici un jugement du temps sur l'opéra Aline, Reine de Golconde, de Monsigny :

« Aujourd'hui a paru enfin Aline, qui n'était pas annoncé favorablement. Les directeurs répugnaient même à la jouer ; il a fallu qu'un grand Ministre la prît sous sa protection.

» M. le duc de Ghoiseul, malgré ses importantes occupations, s'est trouvé à six représentations de suite ; il s'y intéressait fortement, il a exigé de Rebel et Francœur qu'ils n'épargnassent rien pour la réussite, qu'ils s'épuisassent pour la pompe du spectacle, la richesse des habits, la magnificence des décorations ; on assure qu'ils ont fait pour 30,000 livres de dépenses.

» L'affluence a été aussi considérable, que l'exigeait une pareille nouveauté. Quant à la musique, le premier acte est triste et peu chantant. L'ouverture du second acte est un morceau des plus harmonieux et des plus agréables; elle peint tout ce qui accompagne la naissance du jour; le cri du coq y est surtout exécuté avec une grande vérité.

» En un mot, ce genre de récitatif demande d'être encouragé ; il doit faire tomber malheureusement celui de nos anciens opéras et même des modernes, ce qui occasionne nécessairement beaucoup de jalousie et de contradictions.

» On lui sut gré d'avoir innové dans le récitatif, la partie de nos opéras où il y avait le plus à changer, d'y avoir jeté plus de vie, de mouvement,de variété, en faisant passer le chanteur d'une modulation à l'autre suivant les passions diverses dont il est agité successivement.

t> Cette pièce n'a pu empêcher la désertion du public ; il n*y a rien de remanjuable que le retour de Larrivée, après une absence de plusieurs mois; on Ta applaudi avec transport et il a chanté avec son talent ordinaire. »

C'est le 2Ç mai qu'il reparut, après une maladie grave.

15 juin. Décès à Paris de Louis Daquin, célèbre organiste delà cour de France, né à Paris en 1684. (Voir sa notice dans la Biographie universelle, de M. Fétis)

Daquin composa a Tâge de 8 ans un motet à grand chœur et symphonie, qui* fut applaudi. Un seul trait de la vie de cet artiste suffit pour son éloge.

Rameau concourut avec lui, en 1727, pour la place d'organiste à St. Paul, et Daquin l'emporta avec justice. Le grand Rameau, bien digne d'apprécier ses talents, disait :

« La musique se perd, on change de goût à tout moment, il n'y a que Daquin qui ait eu le courage de résister au torrent. Il a toujours conservé à Torgue la majesté et la grâce qui lui conviennent ; il ne tiendroit cependant qu'à lui de faire des folies ; et c'est en quoi je l'admire. »

A M"^^ Pitrot, dansant à la Comédie- Italienne et à V Opéra,

Après avoir brillé sur un double théâtre, Une d elles au loin étendoit ses exploits, Charmoit le Polonois, le Saxon, le Danois, De ses talens rendoit tout le nord idolâtre ; Mais d'une flamme opiniâtr^^ Elle brûle en dépit des héros et des rois.

A M. Pitrot. (i)

Le sieur Pitrot hi dompte et dans ses bras lubriques, De ces soupirans dédaignés Brave les regards indignés.

Et les promesses magnifiques,

(i) Pitrot, après avoir dansé à TOpéra, passa à TétraDger, où il épousa Louise Régis, dite Ray. Ce mariage eut lieu à Varsovie, le ... novembre 1761, et le 29 juin 1764. la femme quitta sou mari. M"» Pitrot fit paraître uu mémoire en réponse à celui publié par son mari.

^ Ray^ pourtant quelquefois rougit

De cette passion risible Ouvre les jeux et la maudit ; Veut vaincre sur son cœur trop sensible, De sa couche avilie expulser ce danseur, Et par un attrait invincible Retombe en proje à son vainqueur.

20 juin. Aux Italiens: Le Poirier, en lacté, deVadé (retouché par Anseaume) et Saint-Amans.

11 a fait grand plaisir.

Artistes : M"®' Trial, Beaupré, MM. Larrivée, Trial, Julien.

La nouvelle musique est de Saint-Amans, qui a su se prêter au ton général de l'ouvrage, et lui donner des grâces simples et naïves. (Chronique du temps.)

M. Nérée Desarbres, dans son ouvrage insignifiant : Deux siècles à rOpéra, annonce le Poirier comme étant de Vadé. Favart et Gluck, joué à l'Opéra, le 28 février 1778.

Cet opéra bouffon, avec musique de Gluck, fut joué sans succès à Versailles, devant la cour, le 28 février 1775.

10 juillet. A l'Opéra. Premier acte des Fêtes de VHymen etde r Amour, de Rameau, l'acte i'Eglé, de M. De la Garde, surintendant de la musique du comte de Provence.

Le chant du dernier acte est doux, naïf et expressif.

Les premiers sujets de l'Opéra et de la danse y figurent.

On fait l'éloge de la voix et du chant expressif de M"® Rosalie et de M'^^Beaumesnil.

Désordres à l'Opéra,

Un critique du temps écrit :

« Le prologue de VHymen et de V Amour par les Plaisirs, a été on ne peut plus mal donné. Les D"^? Châteauneuf, qui faisoient le premier rôle, et Garus, qui faisoit le second, ont été hués du public presque pendant tout l'acte; et pour ne point entendre leurs voix discordantes on les a applaudis de la façon la plus outrée et la plus soutenue. L'indisposition de M"® Rosalie, qui auroit représenté l'Amour, a été la cause principale de ce désordre. L'absence de Legros n'a pas concilié les spectateurs avec les acteurs, et Muguet,

— no —

qui a remplacé celui-là, a essayé toute la mauvaise humeur du public, qu'il mérite par son jeu exécrable et sa voix fausse et aigre.

» Ce tumulte n'a point encouragé M^^** Duplant ni M'^® Duranci, une de ses confidentes, qui a excité pour sa part beaucoup de huées.

» Les ballets ont fait le plus grand plaisir. Dans celui du premier acte, M'^*^. Heinel, absente depuis longtenips, a reparu avec applaudissements indicibles ; cependant les connoisseurs lui reprochent d'avoir rapporté d'Angleterre une courbure en avant qui lui ôte une partie de ses grâces.

» L'Opéra n'ayant osé reproduire deux fois ce spectacle, y a substitué le 47 juillet le prologue des Indes galantes. Celui-ci a été beaucoup mieux accueilli. M'^® Rosalie y a chanté, et dans le ballet on a eu soin d'y faire paroître M"^Peslin, que le public se plaignoit de ne pas voir, et que des intrigues sourdes, telles qu'il s'en passe souvent dans le tripot, en avoient fait exclure. »

17. Reprise des hides galantes, de Rameau. M^^*' Rosalie joue et chante avec un succès bien mérité le rôle d'Hébé

Le Mercure de France donne une notice sur M™® Favart, décédée le 20 avril 1772, ainsi qu'une pièce de vers en son honneur, par Guérin de Frémicourt.

22 août. Aux Italiens : La Ressource comique, en 1 acte, d'Anseaume et Méreaux.

La musique, où il y a des airs agréables et bien adaptés aux situations et au caractère des personnages, est de Méreaux, organiste.

On a justement applaudi l'organe brillant de Julien, ainsi que le goût de son chant.

Julien y jouait trois personnages, celui de valet, celui d'un amoureux et celui d'un rabin disgracié avec un entraînement et une variété de jeu qui transportèrent le public.

Il créa ensuite des rôles dans la Bona figliuola, et dans VAini de la maison.

Cet artiste prit sa r^etraite à Pâques 1780 et décéda probablement cette année.

Il jouait en général les rôles d'amoureux.

Le plus grand mérite de cette comédie, dans laquelle deux comédiens jouent les rôles de six acteurs, consiste dans l'adresse de l'auteur à ne mettre que deux personnages en scène, qui doivent

ménager Tillusion, de manière que le spectateur voit agir et entend parier six personnages différents {Chro7iique du temps.)

L'idée en est prise dans la Comédie à deux acteurs, de Panard.

24 août. Aux Italiens : Les deux Compères, en 2 actes, de Lourdet de Santerre et Laruette.

Artistes: M^^^'Moulinghem, Billioni, Desglands, MM. Laruette, Suin.

On lit dans une revue du temps :

« On a joué Zémire et Azor, et cette pièce a été' jouée presque jusqu'à Pâques. On dit que la Belle était la musique et la Bête le poëme ; elle est tirée des contes marins d'une M'"® Villeneuve. On a joué VAmi de la Maison depuis Pâques ; il peut aller très longtems. »

Nous extrayons d'une lettre sur le théâtre et sur les artistes :

« Ce sortit donc une extrême injustice de ne pas faire mention des hommes fameux qui se sont distingués en cette partie au théâtre Italien: tels que MM. Dauvergne, Duni, Philidor, Monsigny, Grétry, de la Borde, etc.

» Le premier n'a composé qu'un seul opéra comique, mais qui fait époque, par la révolution qu'il commença dans la musique de ce spectacle. Il trouva dans les Troqueurs un sujet gai et bien choisi qui fournit à son enthousiasme ; il s'y livra, oubliant qu'il travailloit pour la Foire; il produisit un petit chef-d'œuvre d'harmonie pittoresque et animé, qui causa d'abord plus d'étonnement que d'admiration, mais qui après avoir emporté les suffrages des connoisseurs donna lieu à de nouvelles études et excita une émulation rapide parmi ses confrères. •

» Elle pensa perdre le second, qui essuya encore plus de contradictions en voulant imiter cette heureuse innovation dans sa première pièce : le Peintre amoureux de son modèle, d'un genre plus délicat, ne prêtoit pas à ces touches fortes, à cette harmonie vigoureuse, capable d'ébranler les oreilles les plus paresseuses. Cette musique, moins sentie, plus douce, plus moelleuse, ne devoit s'insinuer que lentement et par degré : elle eut enfin son effet; elle est citée entre les morceaux du genre vraiment précieux. M. Duni a soutenu sa réputation dans plusieurs autres ouvrages : les deux Chasseurs et la Laitière, la Fée Urgèle, les Moissonneurs, les Sabots, etc., lui ont mérité un rang parmi les illustres compositeurs du Théâtre-Italien. On lui reproche cependant d'entendre mieux U

mélodie que riiarmonie, de n être pas assez varié, assez abondant, de n avoir point la tête remplie d'idées fortes et hardies, de ne se livrer à aucun de ces écarts qui décèlent le génie et conduisent quelquefois au sublime.

» On trouve, au contraire, que M. Philidor sacrifie le chant à raccompagnement,qu'il affecte de paroître sçavant plutôt qu'agréable, qu'il est obscur, pour être trop fécond, pour trop surcharger ses images, et qu'il prodigue à tout propos ses richesses musicales. Entre ses divers opéras comiques, tous marqués au coin du grand maître, %on Maréchal ferrant a joui d'une vogue extraordinaire; il ydéveloppoit cet art si recherché des Italiens, et dont les Bouffons (i) avoient apporté le goût à Paris, do peindre la nature muette et- inanimée, d'imiter jusqnes aux mouvemens physiques de l'homme, et de rendre, pour ainsi dire, palpable à l'oreille tous les plus petits détails que le peintre peut offrir aux yeux.

n Ce compositeur gêné, rétréci par la petitesse des sujets où il se trouvoit comme circonscrit sur le théâtre de la Foire, parut un torrent qui se débordoit sur celui de la Comédie-Italienne. Le nouveau genre offrant à son génie de quoi s'étendre, il enfanta -des ouvrages plus relevés, mieux proportionnés et conséquemment plus approchans de la perfection ; dans Tom Jones surtout le musicien se montra bien supérieur au poète : celui-ci, sec et stérile, ne produisoit aucun effet ; celui-là faisoit passer dans l'âme le pathétique, le sublime du roman ; il rendoit à ce beau sujet toutes les grâce«, tout l'intérêt que l'autre en avoit ôté. Le premier, entraîné par le second dans sa chute (t), le releva avec lui, et le fera passer à la postérité la plus reculée, tant qu'il se trouvera des oreilles susceptibles d'harmonie et des cœurs ouverts au sentiment.

n Lors des nombreux succès de MM. D^ni et Philidor, se distinguoit aussi M. de Monsigny, rival de ces deux maîtres et participant au genre de l'un et de l'autre : dans le grand nombre de ses compo-

(i) On peut se rappeller le bruit que les Bouffons firent à Paris en 1753. et la guerre qu'ils occasionnèrent entre les partisans de la musique francoise et de la musique italienne.

(%) Le 27 Février 1765 Tom Jones tomba de la façon la plus humiliante relativement au poôme qui n'avoit pas le sens commun. Poinsinet, auteur lie .cette pièce, très rempli d'amour- propre, s'étoit vanté assez plaisamment qu'il alloit faire lever le Siège de Calais; c'étoit le tems brillant des succès de M. de Belloy.

sitions, il est tendre, doux, insinuant comme Tltalien, mais sa musique a moins de monotonie, elle a plus de coloris et de caractère ; dans certaines compositions il est éloquent, chaud, divin, ainsi que le François, quoique moins profond, moins énergique. On ne s'avise jamais de tout. Rose et Colas la feront mettre au rang des compositeurs les plus agréables; le Roi et le Fermier, ainsi que le Déserteur^ relèvent au degré des plus sublimes. •»

M"® Colombe a débuté le 9 septembre, aux Italiens, dans les rôles de M""® Laruette (Le HurœiJ. Cette actrice dansait autrefois à ce théâtre et s'est fait remarquer par sa beauté.

Une figure intéressante et noble ; une taille aussi belle et aussi noble que sa figure; une voix juste, sensible, brillante, flexible et légère ; un goût de chant un peu italien, mais qu'il est aisé de réduire à une plus grande simplicité; un jeu naturel, aisé, décent, animé ; beaucoup de sensibilité et d'intelligence; enfin tout ce que la nature peut donner à une actrice pour exceller au théâtre.

Son regard auguste, noble et tendre, ses grands yeux les plus beaux du monde, sembleraient plutôt l'appeler à la tragédie. Elle a une voix charmante, et un goût de chant excellent, plein de cette grâce, de cette douceur, de cette facilité qu'on n'a jamais su sentir en France. (Chronique du temps,)

A ilf "« Colombe.

Toi dont les charmes sont puissans,

Auroient seuls fixé nos hommages ;

Quand le prodige des talens

S'y joint peut ravir nos suffrages ;

Jeune et belle Colombe, en ce précieux jour

Goûte bien ton triomphe, il est cher à Tamour.

25 août. Reprise à l'Opéra de la Cinquantaine, qui n'avait pas fait fortune l'année dernière. On y a trouvé de jolis airs, quelques détails agréables, mais point d'ordre, d'ensemble, une surabondance des mêmes choses répétées jusqu'à satiété.

L'exécution n'a pas été parfaite. Tirot a joué le rôle du Seigneur, qu'auroit dû faire Legros, qui s'est trouvé malade. M'^* Rosalie a fait le jeune amoureux, et M'^® d'Ervieux l'amoureuse. M. et M"*®Larrivée ont fait les vieux mariés.

- lu ~

M"*^ d'Ervieux n'a qu'un filet de voix, et quoique danseuse par état, a montre du moins de Tingénuité, principal caractère de sa situation.

Les ballets ont été beaucoup mieux exécutés que le reste ; le sieur Gardel y a reçu des applaudissemens affectés et capables d'exciter fortement la jalousie du sieur Vestris, cjui a été reçu infinement plus froidement en comparaison. (ChroniqiLe du temps.)

22 septembre. Aux Italiens: Julie.m 3 actes, de Monvei et Dezèdes.

C'est le premier opéra composé par Dezèdes, et ce début fut assez heureux.

Il y a ici une erreur de date. Le Journal encyclopédique dit qu'il fut joué le 22 septembre, et M. Clément indique le 25 de ce mois.

Poëme, Paris, veuve Ducliesne.

Le Journal encyclopédique en donne une longue analyse, mais ne dit mot de la musique. Il écrit : « Cette pièce fait le plus grand plaisir à la représentation, et mérite son succès. »

Artistes: M"®' Moulinghem, Billioni, Laruette, Berard, Desglands, MM. Clairval, Nainville, Julien, Suin, Laruette.

Cette pièce est gaie, intéressante et amusante. La musique en est agréable; il y a dans cette pièce un grand nombre d'acteurs, qui tous suivant leurs rôles, ont concouru à son succès.

Elbuin, graveur, mil en vente une gravure, représenlant Zémire et Azor, d'après l'opéra comique de ce nom, peint par Ingout l'aîné, et gravé par Ingouf le jeune.

Fin septembre et commencement d octobre, on représente aux Italiens : le Huron, Tom Jones, le Bûcheron, le Roi et le Fermiei\ le Déserteur, Zémire et Azor.

M. De Chab^non, amateur distingué, a publié dans \Çi Mercure de France un article sur Castor et Pollux.

Un anonyme L. D. L., associé de l'Académie de Villefranche, y répond dans la livraison d'octobre.

Il y est dit que Gluck a composé un opéra français, que ce musicien désirait qu'il fut donne à Paris, et qu'il voudrait en même temps savoir si la direction de l'Opéra aurait assez de confiance dans ses talents pour se déterminer à donner son opéra et qu'il est prêt à faire le voyage de France ; mais qu'il veut préalablement être assuré que son opéra sera représenté. M. Gluck est demandé avec beaucoup d'empressement à Naples pour le mois de mai 1773. Il est déterminé

à faire le sacrilice des avantages qu'on lui propose, s'il peut être assuré que son opéra sera agréé par l'Académie de musique à laquelle on vous prie de communiquer cette lettre, et de me faire passer la détermination qui fixera celle de M. Gluck (on écrit Glouck).

M. Gluck n'exige point pour son ouvrage au delà de ce que la direction paya pour les auteurs des opéras nouveaux.

Cette lettre est adressée à M. D...., un des directeurs de TOpéra, et elle prend plus de six pages.

On y fait l'éloge de la musique de Gluck.

C'est, croyons-nous, le premier pas fait indirectement à Paris pour l'introduction de la musique de Gluck.

8 octobre. A Belleville. Décès du célèbre compositeur Jean Cassanea de Mondonville, dont nous avons eu occasion de parler souvent.

En 4756, Tavenot lui adressa des vers insérés dans notre Bibliothèque musicale populaire, T. III, p. 151.

Ses travaux multiples, ses opéras, sa coopération au mouvement musical, placent ce nmsicien dans la classe des compositeurs les plus distingués de la France.

Bon mari, bon père, bon ami, il laisse une veuve qui a beaucoup de talent pour la musique et la peinture, un fils qui cultive les arts, et des amis nombreux qui regrettront sa société douce, honnête et agréable. (Chronique du temps.)

25 octobre. Début aux Italiens de Narbonne, dans le rôle de Sylvain de cet opéra.

Le public lui fit un accueil favorable, et son jeu, son chant provoquèrent d'unanimes applaudissements, et on le jugeait digne de remplacer Caillot.

Le baron Grimm, ce critique malveillant, a très malmené cet acteur, qui prit sa retraite en 1787, et obtint comme ses devanciers, une pension de 1,500 livres.

Un critique écrit :

« Cet acteur est excellent musicien, ayant exercé la musique dès sa tendre enfance. Il a chanté fort jeune le rôle de Colin du Devin du Village, à l'Opéra. 11 a joué souvent avec feu, il a rendu ce rôle pathétique avec sensibilité ; et il a mis beaucoup de vivacité dans le rôle du chasseur de Tom Jones. Le public espère beaucoup de son talent et lui a prodigué ses applaudissements.

» Son organe est flexible, étendu et sensible. Nous l'invitons à ne

jamais forcer, parce que le cri n'est pas un ton ; et d'ailleurs quand on est bien partagé par la nature, il ne faut pas la contraindre. »

M. Philidor se rend à Bruxelles où on donne son opéra Emelinde, le jour de Ste. Thérèse, fêle de llmpératrice.

La musique a été entendue avec transport. Philidor a été invité d'aller jouir lui-même des applaudissements donnés à son opéra.

Cest aussi une raison d'encourager un artiste célèbre, dont le genre fécond peut relever l'honneur de la musique française. (Mei'cure de France.)

27 octobre. A l'Opéra : Reprise des fragments des actes de Pygmaliort, de Tirté, des Talents lyriques et du Devin du Village. Exécution parfaite.

M"® Dervieux a fait plaisir dans la représentation de la statue animée par le double talent qu'elle a du chant et de la danse.

Muguet a joué le rôle de Pygmalion, et M"® Durancy celui de la femme jalouse.

M. Gélin se distingue dans l'acte de Tirtéy à côté de M'*^ Duplant.

M*^^' Heinel et Asselin ont dansé le divertissement. Un accident fâcheux a empêché M^*® Heinel de continuer ses pas ce jour.

La musique si naïve, si simple du Devin du Village fait un plaisir toujours nouveau.

Legros, Gélin et M"^ Durancy y sont parfaits.

On ne peut trop applaudir dans le divertissement W^^^ Guimard, Asselin et M. Gardel.

On encourage beaucoup les progrès de M*^®' Hidou etCompain, deux jeunes danseuses d'avenir.

31 octobre. Aux Italiens : Le Billet de Mariage, en 3 actes, de Desfontaines et La Borde.

Aucun échec ne décourage le jeune La Borde. Des farceurs annoncent déjà que le Billet de Mariage pourrait bien être celui du Billet d'Entérinement.

Nous extrayons d'une lettre particulière :

« Un homme à talens, plus connu dans son genre, vient de mourir et laisse un vide difficile à remplir.

^ Nous voulons parler du célèbre Mondon ville. Nous avons remarqué qu'il excelloit surtout dans le chant d église, où il occupoit le premier rang.

^ Les direct3urs du concert spirituel avoiont passé un bail de neuf ans, moyennant 27,000 livres, à condition de fournir ses motets, toutes les fois qu'ils en seroit- requis d'en diriger rexécution, de battre la mesure, etc.

» On lui reproche une avarice sordide, au point de s'être laissé mourir plutôt que d'appeler à son secours les gens de l'art. Quant à M. De la Borde, il vient d'essuyer tout récemment une chute aux Italiens, qui n'a point découragé son amour-propre.

» Son Billet de mariage^ en 3 acte», joué le 31 octobre 1772, a été converti le jour même eh billet d'enterrement^ comme l'ont qualifié des plaisans toujours armés du sarcasme.

» Après cet insuccès le compositeur dît aux comédiens : A six semaines ma revanche. »

On fête beaucoup à la cour et à TOpéra M"« Heine! et Vestris, deux artistes de la danse de premier ordre.

Désordres à la Comédie-Italienne.

Nous extrayons d'une lettre concernant les théâtres de Paris :

« Les deux Compères a voient été affichés depuis plus d'un mois, et des tracasseries survenues dans le tripot en avoient suspendu la représentation. Ils ont été exécutés le 4 septembre. La machine en a paru si platte, et la musique est si mince, si triviale, que le parterre, tout bonnasse qu'il soit, n'a pu y tenir.

f* Le sujet est tiré d'une fable de La Fontaine : V Ivrogne et la femme. L'auteur des paroles, qui prudemment ne se nomme pas, est M. Anseaume. (i)

» Laruette, l'auteur de la musique, y foisoit le rôle de l'ivrogne.

» Enfin l'usage où on est aujourd'hui d'aller en deshabillé, sans armes, mais avec une canne, a fourni une nouvelle manière de siffier et de persiffler ; les spectateurs ont battu la mesure avec leurs bâtons sur le plancher, et il en a résulté un bruit sourd et soutenu, qui a étourdi l'orchestre et les acteurs, au point qu'ils ont pris le parti de céder le champ à cette nouvelle musique, et les derniers ont quitté le théâtre avant la fin de la pièce.

f» Le sieur Carlin, l'Arlequin, avant qu'on jouoit cette pièce, étoit

(i) Selon d'autres, Lourdet de Senterre.

venu capter la bienveillance de rassemblée, par un compliment à sa manière, qui avoit été bien accueilli, ce quisembloit de bon augure pour le nouvel ouvrage : Les deux Compères, en 2 actes. »

C'est la première fois qu'un scandale de ce genre eut lieu à ce théâtre ; une grande partie du public était indignée de la conduite de certains faiseurs.

L'Amoureux de quinze ans, de Martini, est un grand succès pour M"« Trial. On lui adressa à cette occasion ces vers :

Qu'il est joli, Tamoureux de quinze ans !

Ah ! que Trial y met de charmes !

t^our couronner tant de talens.

L'amour lui prête encore ses armes.

L'attrait touchant de ces tendres accens Fait à nos cœurs partager ses allarmes ; Mais quel plaisir ravit nos sens. Lorsque l'amour vient essuyer ses larmes !

G. de F....

Nous extrayons d'une lettre :

« Vestrallard a débuté dans la danse à l'Opéra avec un succès si prodigieux, que c'est un vrai phénomène dont il faut vous entretenir. Cet enfant de 12 ans et demi, né des amours du sieur Yestris avec la D*^® AUard, réunit en sa personne les divers talens des illustres auteurs de ses jours. .

' » Il a la noblesse de l'un, l'enjouement de l'autre; il est plein de grâces et de force, il a surtout une assurance qu'il tient sans doute de son origine. C'est dans la chacone de la Cinqicantaine qu'a paru pour la première fois, le vendredi 8 septembre, cet enfant admirable.

f* Des plaisans ont ainsi baptisé ce petit bâtard des noms de ses père et mère, et il paroit que ce sobriquet lui restera. n Paris, ce 2 octobre 1772. »»

En novembre. Chez le prince de Condé sur son théâtre particulier, et composé pour la naissance du duc d'Engbien :

Le nouveau né, musique de Martini.

La princesse Constance deSalm a publié dans ses œuvres complètes (Paris, 1842), une notice sur ce musicien et sur le violoniste Gaviniés.

An eoncdfl spirituel de laToussaint, motets de ItlmwkmviMejMouret.

Solîsefô : Besozzi, Capron, M"« Dutmis (âgée de 14 an^ élève de Taetrice de ce nom), ^i ehante un motet de Monrel.

Une voix sonore, des cadences briUantes et im iMm gaûl de chant lui ont mérité les applaudissements du publie^ peu babilifé à voir dans an âge si tendre un talent si décidé.

6 novembre. Colombe ainéc (Marie-Thérèse), dont le véritaMe nmn ^1 Romboeeli Higgieri, née k Venise^ rentre aux IlaUena^ oii elle débma principialtment dans la danse, le 19 mars 1766.

Elle chanta le rôle d'Horlense du Huron^ de Grétry, et d'autos pltts importants dans Tom Jones, Lueile, le Bai et le Fermier, etc.

Cette actrice, d'iine grande beauté, avec une voix afréabte et une contenance noble, a de grands succès. Enfin le rôle de fiélinde de la Colonie, de Sacehioi, (16 août 1776)^ étaMit pio«r de boa sa réfutation de cantatrice et de comédienne.

Le baron de Grimm en fait de grands éloges.

En 1788, elle prit sa retraite avec une pensien de 1^860 livres, mais bientôt eNe se trouva dans une position sf malbeureiise, ({tt*cflie organisa en 1799 une représentation à son bén^fice^ qui ne i^asit point. EHe décéda le 39 mars 1837.

Son début a été des plus brillants. Tous nos auteurs» tant peéles qae musiciens, la regardent comue un sajet de la fim grande espérance.

tut se montra parfaite et ciHnme actrice et comme cantatrice dans te tôte de Bélinde de lu Colonie. Toutes les actrices seront jalonses à'eWé, ety en vf Hu de leur ancienneté, elles l'empêcheront de jouer tant qu'elles pourront. (Chronique du temps.)

il novembre. A TOpéra. M>^. Virginie, débutante, se foit entendre dans un air dn ballet des Sens. Sa voix est onctueuse, mais elle était très gauche sur la scène. Elle doit remplir les rôles de M^ Mho<iM. Elle est d'Ofne taille élevée et d'une figure agréable^

31. Narbonne fut reçu par le roi aux Italiens, à raison de 300 Kvres par mois,r Avec jeton» d'assemblée et de réperloif e.

Les actes de ce genre se signaient par le due de Richetien et le duc de Duras.

SG novembre. Débat aux Italiens de M^* Baxiè.rcy (i) dans On ne s'avise jamais de tout (Lise).

(i) Remarquons quVae quantité (l*arttst«s cba&tMita de Paris ùtà été omit par les biographes.

Cette jeune actrice est d'une figure très jolie ; elle est très intelligente et d'une taille avantageuse ; elle a la voix agréable, sensible et juste. Elle joue avec intelligence et avec une ingénuité charmante.

Elle a été fort applaudie et encouragée par le public, qui juge moins de ce qu'elle est déjà, que de ce qu'elle peut devenir.

Elle ne parut sur aucun théâtre particulier ni public. (Chronique du temps.)

1 décembre, (i) A l'Opéra : Adèle de Poiithieu, en 3 actes, de Saint- Marc, (oflScier aux Gardes), De la Borde et Berton, donné avec grande pompe et luxe. Foule. Chuté malgré le talent de M"«Arnould etLegros.

Quoiqu'on fut assez généralement prévenu que ce nouvel opéra n'aurait aucun succès, le public s'y est rendu avec un empressement extaordinaire.

On avait annoncé la pièce avec beaucoup de faste.

On loue les costumes et les ballets. Les symphonies sont médiocres.

Le poème est d'une sécheresse, d'un froid, d'un dur, d'une platitude, qu'on ne peut rendre ; la musique est un cahos non débrouillé, où tous les modes se trouvent confondus, qui ne fait éprouver que des demi-sensations, où le savant est à côté du trivial, le moderne auprès de l'ancien; mélange bizarre qui répugne aux diverses sortes d'amateurs.

La musique est si baroque que le chanteur n'y trouve rien à exprimer.

Artistes: M"«*Arnould, Châteauneuf, MM. Larrivée, Gélin, Legros.

Le Mercure de France en donne la description. La musique de cet opéra est en général d'une belle expression dans les scènes et d'une modulation agréable dans les divertissements.

L'ouverture est d'un style mâle ; elle annonce très bien le genre de spectacle. Le monologue est d'un beau chant, et peint avec, vérité la situation d'Adèle. La sensibilité de l'organe de M"® Amould, la beauté de cette actrice, son jeu intelligent et expressif ajoutent encore au mérite de son rôle d'Adèle.

Le divertissement qui coupe le 1"^ acte est très applaudi. Il y a des airs naïfs et d'un chant simple dont la nuance douce et tendre contraste à merveille avec le ton énergique de la scène.

Les petits airs des bergers sont charmants et chantés avec goût par M"** Beaumesnil et Châteauneuf.

(i) La Gazette littéraire dit le 2 octobre.

Les ballets sont de Gardel et font honneur à son génie fécond et flexible. (Chronique dû temps.)

Artistes de la danse : M"®* Allard, Peslin, Guimard, Heinel et Dauberval.

Le rôle d'Adèle, en l'absence de M"® Arnould, a été rendu avec succès par M"® Beaumesnil, et M'^® Dervieux (ou d'Ervieux), remplaça M»« Heinel.

7 décembre. Aux Italiens : Le Fermier cru sourd, en 3 actes, de Laùjon et Martini.

La musique a été peu entendue, mais assez pour qu'on ait pu y trouver des airs d'un chant remarquable.

Le succès bien mérité de l'Amoureux de quinze ans, (1771) par les mêmes auteurs, faisait espérer au public que ce nouvel intermède aurait autant de grâces et de naturel que le fruit de leur première association ; mais le choix d'un sujet moins heureux, auquel s'obstine quelquefois un homme d'esprit, trompe ses espérances et ses talents. C'est ce qui est arrivé au poète et au musicien qui viennent de mettre sur la scène le Feimier cru sourd. (Chronique du temps,)

Le Journal encyclopédique en donne l'analyse.

8. M"« Guimard fait l'ouverture de son théâtre de ville. Chaussée d'Antin, appellée le Temple de Terpsichore. Grâce à la protection du prince de Soubise et La Borde, on a cassé l'arrêt du duc de Richelieu qui défendait ce spectacle. Cette salle contenait 800 personnes.

Le publiera paru très satisfait du timbre de la voix de M^^« Virginie et de son exécution.

On avait choisi le morceau le plus propre à développer la sensibilité de son âme et l'étendue de son organe. Elle se perfectionna sous la conduite de M"® Arnould.

M"® Rosalie chante avec beaucoup de grâce larôle de Colette dans le Devin du Village. Elle a été très applaudie.

Il parait que ce théâtre a coûté une somme fabuleuse. Quand l'artiste était pour ainsi dire ruinée, c'est le banquier Perregaux à qui échut ce théâtre dans une loterie, qui rapporta 300,000 francs (1786).

Collé composa pour l'ouverture de ce théâtre; qui était un véritable monument, la pièce : La vérité dans le vin, qui souleva une grande opposition de la part de l'archevêque de Paris.

M"« Guimard habitait la petite maison de Pantin, qu'elle reçut du maréchal de Soubise, un de ses amnureux assidus.

Le vice et la débauche formaient la vie de cette artiste aux mœurs légères.

Lors de la révolution française cependant, eMe donnait encof e des fêtes, mais bientôt elle s'éclipsa complètement.

Louis XV lui accorda une pension de 6,000 livres, et ses camarades de FOpéra lui servirent une pareille rente.

La célèbre danseuse Marie Guimard épousa le danseur et auteur dramatique J.-E. Despréaux.

En 1789, elle se retira du théâtre et mourut à Paris en 1810, dans un âge avancé.

8 décembre. Concert spirituel avec des motets de Fabbé Giroust et Mondonvitle. Sonate de Pitrini, par Hinner. Concerto de vioton par Pai&îl)le. Deux motets chantés par M"« Charpentier et W^ Daventois.

1B"« La Caille, à celui du jour de Noél, a chanté avec applaudissement^ un motel à voix seule.

Publications.

6 quatuors pour S violons, alto et basse, par F. J Gpssec, i^Mvm- PW8, Siôbar.

Cb^ te «BÂme : QEuvres de somUes pour vi(do7iceUe, par Lei^ine.

Dnj^od f^btie JUkSdfèffeà basse cAi^r^, de Levesque et Bâche, (i) ordinaire de la muaique du roi.

JJhéé^e^ljtrique, par M. Delà Jonquière, 2 vol. la-8^ -Kuris, chez Barbon.

ymÀ WBi «xlF^ 4e oat ouvrage :

« l4è Féoîlalif des Italiens n'est qu'une déclamation sautillante, et leurs accompagnemens sont chargés d'une fi^usse harmonie et de {l»pti^8 soraboaddBleft, qui étouffe^ la voix.

» Si le récitatif de LuUy pc^roit i^anq^er de mesure, c'est la faute te dÉnntour, qui se ereit permis de le défigurer par une affectation de ebfint pbitrAipe et vicieuse. Pour s'en convaincre qu'on chante le réeitaiif de liully sur les anciennes pikftitions, en s'as^ijettissant ngiMIFa^semeat à la mesure qu'il présente; on épro«.vera que cette exaotitud^ donnera au chant plus d'expression qu'il n'en reçoit dee; prétendues grâces que cns^ient lui donoer i^os acteurs. »

(i) Bêche, eous-maitre des pages de la cour. Levesque fut en 1763 wftître d^ musique des pages de Louis XV.

Le critique du Journal mcyclopédique ajoute au compte-rendu qu'il donne de cet ouvrage :

« Nous ne nous étendrons pas sur la réunion de la déclamation et de Fart du chant, si rare à l'Opéra; sur le projet de l'auteur d'une école de chant et de déclamation; sur les qualités qui constituent rexcellent chanteur, telles que la sensibilité, Tintelligence, le geste, le goût du chant. En un mot, l'auteur convient avec impartialité qu'il y a des défauts dans notre opéra ; mais il n'en conclut pas moins que c'est le spectacle le plus parfait qu'il y ait en ce monde, et même l'unique qu'il y ait dans ce monde; que les spectacles méritent l'attention du Gouvernement, parce qu'ils influent sur le goût, sur le caractère national et sur les mœurs : la musique surtout a une influence générale, puisque le goût de cet art est devenu universel. »

On s'aperçoit, combien déjà à cette époque on appréciait les bienfaits de la musique.

L'auteur de ce livre finit son ouvrage par le poème de huit ballets et opéras : Amphitrion, Antiope, Alexandre et Thalestris, ballets héroïques en 3 actes; le Siège de Tyr, tragédie en 8 actes; Scamandre, pastorale héroïque en 4 actes ; Massilie, opéra en 8 actes ; Thésée et Sapho, opéras en 3 actes.

Le Journal encyclopédique donne l'analyse de Massilie, et il ajoute : «L'auteur entend la coupe d'un opéra; il paroit avoir le véritable goût de la musique. Ses vers sont chantans et harmonieux, mais un peu foibles. »

Les quatre saisons européennes^ collection des meilleurs morceaux de chant avec accompagnement, par Denis.

Paris, marchands de musique.

2 livres de sonates, par Lasceux. Paris, chez l'auteur.

3 quatuors et 3 trios, par H. Demignaux, ordinaire de la musique du roi. Paris, chez Fleury.

Eléments de musique avec des leçons à ietài voix, par Cajou, maître de musique. Paris, chez l'auteur. In-8®.

Antoine Cajon, né en 1741, se fixa en Russie. (Voir sa notice dans l2i Biographie universelle, de Fétis.)

Nouvelle méthode pour apprendre à jouer du violon et à lire la musique, dédiée à Gaviniés, par Labadens. Paris, aux adresses ordinaires, et à Toulouse, chez l'auteur.

Labadens, né vers 1740, habitait en 1772 Toulouse. II vint se fixer

à Paris, et fut nommé 1^ violon à TOpéra. En 1797 Nadermann en flt une seconde édition. Il doit être décédé vers 1801.

Cette méthode est faite avec beaucoup d'intelligence, d'art et de précision et mérite d'être distinguée. Elle est très utile pour ceux qui veulent apprendre les bons principes de la musique et le jeu du violon. (Mercure,)

Lettre critique sur notre danse théâtrale^ adressée à l'auteur du spectateur François, par un homme de mauvaise humeur. Paris, chez Jorry fils.

La muse lyrique, recueil d'airs, par Patouart fils. Paris, Jolivet.

Cette œuvre est dédiée à la Dauphine.

Haubaut publie les airs détachés de Julie, de Dezède, avec accompagnement de harpe, par Le Bel.

Diapason général de tous les instmmens à vent, par Louis Francœur, neveu. Paris, Marchand, ordinaire de TOpéra, et éditeur de musique. Ouvrage très utile pour cette époque.

Le Mercure en fait l'éloge.

De Chabanon publie une longue lettre sur les propriétés musicales de la langue française, dans le Mercure de France, On y lit :

« 1® Notre langue est musicale; mais LuUy a créé la seule musique dont elle soit susceptible.

» 2® Cette langue se prête aux tournures du chant moderne; mais ses tournures ne siéraient pas à la dignité de l'Opéra.

» 3** Aucune bonne musique ne peut nous convenir, et nous sommes condamnés à ne jamais chanter. »

Cette lettre occupe plus de vingt pages.

Opuscules sacrés et lyriques ou cantiques sur différens sujets de piété. Avec les airs notés, etc. Deux gros volumes avec de très jolies gravures. Paris, N. Crapart.

Cet ouvrage, un des plus importants sous le rapport des chansons, contient une notice des cantiques qui ont paru en France depuis 1586 jusqu'en 1772.

Le plus ancien livre de cantiques est intitulé : Les cantiques du sieur Maison fleur. Paris, Guillaume Anuray,in-12^ de 362 pages.

On publie la 23™® année de : Les spectacles à Paris, ou calendrier historique et chronologique des théâtres, etc. Paris, veuve Duchesne.

Duchesne et sa veuvne comptent parmi les plus grandes éditeurs du siècle dernier.

Desprez De Boissy, avocat au parlement, publie chez Butard et Boudet : Lettres de M. Desprez de Boissy, sur les spectacles, avec une histoire des ouvrages pour et contre le théâtre, 2 parties in-12®, 4"® édition.

Le Niel, ariette avec symphonie, par Légat de Furcy, maître de goût de chant, et organiste de MM. de St. Croix, de la Bretonnerie et des grands Carmes.

Par symphonie on entendait le quatuor de deux violons, alto et basse.

Elle est d'un chant brillant et facile.

Méthode pour apprendre en peu de temps la mandoline, etc., par Corrette, chevalier de Tordre du Christ. Paris, aux adresses ordinaires.

Cet auteur composa plusieurs méthodes pour instruments divers*

Critique sur les ballets et de l'Opéra. Paris, 1772, chez les marchands de nouveautés.

Rousseau de Genève a prétendu que la France n'avait pas de musique et qu'elle pouvait ne pas en avoir. Ici on prouve que la France n'a pas de danse.

Observations sur les spectacles en général, et en particulier sur le Colisée, par L. Cachet. Cet auteur est inconnu.

Essai sur le moyen de faire du Colisée un établissement national et patriotique. Paris, 1772.

Dialogue sur les spectacles. Paris, 1772.

Traité de mélo-drame, ou réflexions sur la musique dramatique, par Laurent Garcins. In-8**. Paris, Vallat-la-Chapelle.

C'est un excellent ouvrage.

Principes de violon, par Abbé (fils, Joseph Barnabe St. Sevin, dit), mort en 1787. Paris, 1772. Une seconde édition parut en 1781, chez Desjauriers. (Journal de Paris, 1871, N** 214.) Abbé est cité parmi les bons violonistes de son temps, et obtint par son merveilleux mécanisme, des succès aux concerts à Paris.

Au concert spirituel de Noël 1785, à Paris, on exécuta de lui une symphonie à grand orchestre, puis un Laudate pueri Dominum.

Méthode nouvelle pour apprendre facilement le plain-chant, etc., par Oudoux. Paris, Lattin aîné. In-8^

On a publié antérieurement plusieurs méthodes de plain-chant, parmi lesquelles nous citons :

Nouvelle méthode etc. de plein-chant, Paris, Savreux, 1669.

L'art déchanter etc. pour apprendre en peu de temps les vrays principes du plein-chant, par Claude deLancelot, Paris, Pralard, 1688.

Chansons françaises.

Le nombre de chansons à une et à plusieurs voix, publiées en France, est considérable.

Parmi les musiciens qui se sont distingués dans ce genre de musique, signalons: Claudin Lejeune, Guedron, Bœsset, Cambefort, Charpentier, Camus, Mouliné, Perdigal, Cambert, Lambert, Dumon, DeMollier, Lully, Celasse, Destouches, Campra, De la Barre, Marais, Bouvard, Gilier, Duvivier, De la Tour, Du Buisson, etc.

Le plus ancien recueil de notre bibliothèque contenant des chansons à quatre parties date de l'année 1830.

Il est publié à Paris, chez Pierre Attaignant. (i)

Le même éditeur publia plusieurs de ces collections.

Après Attaignant, c'est Jacques Moderne dit Grand Jacques, qui continua à Lyon la publication des recueils de chants à plusieurs parties.

Parmi les livres rares de cet éditeur, citons son Parangon de chansons, contenant 29 chansons nouvelles à quatre voix. 1543, in-4<> oblong.

On y rencontre des pièces de P. de Villiers, Certon, P. Colin, Bouteillier, Sandrin, Symon de Lamer, Mornable, Vassal, J.Berchem, Finot, Lupi, Claudin, Maillard, Mittantier, S. Ronce, Cheurier, Courtoys, Th. Crequillon, Jennequin, Godard, G. De la MoeuUe, A. Yver et Gosse.

Un exemplaire vendu à Paris il y a quelques années, a été acquis pour leBritisb Muséum, pour la somme de 2,000 francs.

Robert Ballard (s) et Adrien Le Roy, sont les successeurs de deux imprimeurs mentionnés.

(i) Né vers 1490, mort en 1556. Il fut un des premiers qui se servit des caractères mobiles, gravés d^une sejile pièce pour imprimer la musique.

(2) C'est la maison Ballard à Paris, qui eut pendant plus de deux siècles le monopole des livres de musique'.

Robert Ballard est le chef de la famille. En 1552, Adrien Le Roy, musicien attaché à la cour d'Henri II, s'est associé pour l'impression de^ musique avec Robert Ballard, son beau-frère, obtinrent les lettres-patentes (16 février), qu'ils seront seuls imprimeurs de musique pour le service de Sa Majesté, et qu'ils seront couchés sur l'état des domestiques ou chantres de sa Chambre.

Nous avons sous les yeux un recueil A^ mélange de chansons tant des vieux autheurs que des modernes j à 5, 6, 7 et 8 parties, publiée en 1872, in-4*» oblong, par ces imprimeurs.

Nicolas Duchemin, fondeur de caractères et imprimeur de musique à Paris, né vers 1818» imprima un grand nombre d'œuvres musicales de 1880 et 1871.

C'est lui qui imprima en 1888 avec Claudi Goudimelli : 9. Horatii Flaccipoetœ lyrici odœ omnes, etc., in-4® oblong.

Duchemin, un des plus grands éditeurs de Paris,- publia en 1886 un ouvrage excessivement rare :

C*est Guillaume Le Blé, fondeur, qui grava pour eux quelques caractères de musique et de tablature de Luth en 1554 et en 1555.

Le 28 avril 1568, les mêmes éditeurs obtinrent un brevet de Charles IX, pour continuer leur« impressions de livres d« musique.

Robert Ballard, étant mort au commencement du XVII°a« siècle, son fils Pierre lui succéda, et obtint à son toi)r le ^5 mars 1607, de Henri IV, les lettres-patentes données à feu son frère. . ,

Il avait 75 livres de gages.

' Une clause particulière de Tarrôté défendit à tout éditeur de contreÉiire les notes, caractères, etc., inventés par Ballard.

Nicolas Metru, compositeur et maître de Lu Uy, obtint également de Louis XIII en 1635, le droit de faire imprimer de la musique, mais sur la réclamation de Pierre Ballard, un s^rrété du 3 juillet 1635, lui ôta ce privilège.

Le 29 avril 1637, de nouvelles lettres- patentes furent accordées au susdit Ballard, qui jouissait seul du privilège des impressions de musique. L*arrété porte qu'il est défendu à toute personne de contrelaire les notes etc. de P. Ballaird, sous peine d'une amende de 6,000 livres.

Après un procès entre Ballard et de Sanlecque, Mpulinié, compositeur, et Jacques de Sanlecque firent un traité, en 1655, par lequel ce dernier s'eagage d'imprimer les œuvres de Moulinié.

Jacques de Sanlecque décéda en 1660j et avec lui finit les graveurs de9 caractères en France.

SfL veuve Marie Vaohon succéda pour la continuation du oommeroe de musique, par un acte du 16 avril 1660.

François Roberday, valet de Chambre de la reine et compositeur estimé, fit un traité avec la veuve Sanlecque pour Timpression de ses œuvres. Déjà le 27 février 1660, ce compositeur avait obtenu du roi le privilège de faire imprimer en tel lieu, ou par telles personnes ses œuvres pendant 9 ans.

Les derniers survivants de la famille Ballard, sont Christophe-Jean-François, né au commencement du XVUIme siècle, qui obtint ses lettres-patentes de Louis XV en 1750, et décédé en 1765, puis- Pierre-Robert- Christophe, son fils, qui obtint les mêmes lettres-patentes en 1763.

L'Art, science et pratique de pleine Musique et de Vinstituiion musicale^ très-utile^ profitable et familière, InA^,

Le même imprima j)Iusieurs autres traités de musique.

La veuve Baliard édita les chansons de Claude Lejeune, qui étaient également à 2, 3, 4, 5, 6, 7 et 8 parties.

Pierre Baliard, successeur de la veuve, publia en 1607 un recueil renfermant vingt-sept chansons, trente-six canzonnettes italiennes, à 4, 8 et 6 voix, et sept motets latins, à 8, 6, 8 et 10 voix.

Cet imprimeur a été un des plus laborieux de la France, et c'est lui qui édita les chansons d'Antoine Boesset (maître de musique de la chambre du roi), de P. Guédron,de Denis Macé, de Chancy, d'Etienne Moulinié et de Fr. Richard (1607 à 1637).

Robert Baliard publia les airs à boire de Sicart (1666), Bénigne de Baciily. Christophe Baliard est l'éditeur des chansons de Lambert (maître de la musique du roi), en 1689, et de plusieurs recueils fort intéressants.

Quant aux chansons à voix seule, le plus ancien recueil à notre connaissance, date de Tannée 1551. Il est intitulé :

Livre d'airs de cours miz sur le luth, par Adrian Le Roy. 1 vol. in-4*» oblong.

Cl. Micard publia en 1876 un recueil des plus belles et excellentes chansons en forme de voix de ville, tirées de divers auteurs et poêles, tant anciens que modernes, etc., par Jehan Chardavoine.

Les caractères sont gravés et fondus par Robert Granjon, et ce volume est très rare. Il se trouve à la bibliothèque de feu Fétis.

Pierre et Christophe Baliard publièrent entre 1620 et 1703 un bon nombre de collections de chansons à une voix, et qui sont toutes d'une rareté extrême aujourd'hui.

Le genre en vogue était des chansons à boire, des chansons à danser, des chants de Noéls, des airs tendres.

Après, on a vu publier en France un grand nombre de recueils de chansons de caractères diflférents.

Nous faisons suivre quelques ouvrages publiés à Paris aux XVI™® et XVII"® siècles, concernant la musique, qui sont d'une grande rareté et dont beaucoup se font remarquer par une belle typographie.

1541. Briève et facile méthode pour apprendre à chanter en musique, par Emery Bernard d'Orléans. Paris, Jehan Petit. In-S*'.

On a publié en 1561 et 1870 d'autres éditions à Orléans et à Genève.

1880. Livres de tabelature de Guiterne^ etc., par Guillaume Morlaye. Paris, Michel Fezendat. In-8**.

1880. Pierre Attaignant publia :

Quart livre contenant XXV J. chansons musicales à troys parties à deux dessus et,ung concordant. Le tout de la composition de Claude GeiDais, sçavant musicien. In-4® oblong.

Gervais, né vers 1810, fut luthiste de la chambre de François P.

On ne connaît pas Tannée de sa mort.

1882-88. Premier, second et troisième livres de tabalature de leut, etc., composés par Maistre Gauillaume Morlaye et autres bons autheurs. Paris, Michel Fezendat. In-4** oblong.

1883 (4 novembre). Quatre livre de tabalature de luth, etc., par feu Maistre Albert de Rippe de Mantoue. Paris, Ad. Le Roy et Rob. Ballard. In-4** oblong.

1883. Premier livre contenant XX VJ chansons en musique à quatre parties, en deux volumes. Paris, chez la veuve de Pierre Attaignant.

Magnifique recueil très rare et peu connu.

1686. Traité de musique, etc., par De la Voye Mignot, géomètre français. Paris, in-4®.

1864. Premier livre de tabelature de Luth, par Vincent Bacfart. Paris, A. Le Roy et Robert Ballard. In 4**.

1868-87. Airs et chansons, à3, i,o et6 parties, par Nicolas De la Grotte, valet de chambre et organiste du roi de France en 1887.

De la Grotte fut un des plus célèbres organistes et virtuose sur 4'épinette de France.

1869-83. Recueil de chansons à i,^ et 6 parties. Paris, Adrien Le Roy et Rob. Ballard: 21 livres.

Il contient des morceaux de musique des plus grands maîtres de cette époque.

1872. Mélanges de 148 chansons tant des vieux autheurs que des modernes, à ^ et à S parties, avec la préface de P. Ronsard. Paris, Le Roy et A. Ballard. In-4^

1875. Recueil de chansons, en mode de vaudevilles, etc., par Jean Chardavoine. Paris, Clause Micard. In-16*».

1876. Recueil des plus belles chansons modernes, par le même. Paris, chez Cl. Micard.

1576. 38 Airs mis en musique sur les poésies de P. Rousart et autres, par Fabri-Marin Cacétain. Paris, A. Le Roy et R. BaVkird.

1577. 43 Chansons mises en musique à 4, S e^ 6 parties, par Fr. Roussel. Paris, Ballard. In-8*.

1578. Tablature de Mandorre, par Pierre Ërunet. Pai'is,. chez Adrien Le Roy. în-4*.

1579. Airs sur aulcunes poésies de Baif,^\c,, par Didier Le Blanc. Paris. In-8^.

1633. Airs mis en tàbalature de luth, par Louis de Rîgaud. Paris. In-4®.

1624. Airs avec tàbalature de luth, par Et. Moulinié. Paris. ïn-4''.

1635. Airs de cour y à iparties^ par Chancy. Paris, Pierre Ballard.

1650. Les chansons pour danser et pour boire^ par De la Harre. Paris, Rob. Ballard. Petit in-8^

Ouvrage très rare.

1699. Recueil de chansons, par Bénigne de Bacilly. In-S''.

Voici quelques chansons appartenant à la France :

16™® siècle, vers 1570.

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zzr

Vu qu'a-mour monstre ses for- ceg pour me ren-dre^ Puis-que les dou- ces a- mor-ces de son dard ble-

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ser- vi- leur, Il faut que ma belle maî-tres-se tùet- te cent mon cœur, ^

pf ^rfrrfr ?^^

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pei- ne de me gue- rir au lieu la doû- leur qui m'op-

JÊ,

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près- se de son dard me fe- ra mou- rir.

lô""* siècle, vers 1570.

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Elle hé- las que je suis lan-gou-reux Que ton cœur

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ri- goureux, Ne me don- ne quel- que son- las, Des en-

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nuis et de la pei- ne du- re Que j*en du- re tant

jH ^ !|

de jours que de nuits .

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Que s'est du cœur tant de douleur que s'est en Tes-

HZ — <^ '"■ zzfr /V"":^ =zz

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prit tant d'en- nuis. Au- vi-sai- je pal-le cou- leur,

Plo-rer et gé- - mir jours- et nuits.

A deux voix. Henri Dumont.

Gay et animé.

r^p^ ^^gizioi^

nou- vel- le plei-ne de joye, nous ver-rons cet au-

^rYT-ini£qq:? ^^ TTfrTT^ J^^^

Basse continue.

VZ

ii^^lliilli

gas-te lieu, d'où l'homme ses plaintes en voye

jusqu'au trô-ne de son Dieu.

EgEBEtSa

Animé.

:fc:^

Henri Dumont.

lÉxie

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JL

Ceux qui sans se fi- er à leur propre pru- den-

i^Sife

Basse continue.

fe^^ï^Si

ce, Prennent pour leur a p- puyia di- vi- ne bon-

^^i^i^^iii

s=lï

té;

té ; Font de tous leurs mallieurs tri-om-

^i^^^Hiiiiiiiliiiii

tm:jrr^

pher lear con- stan-ce, Et le Mont de Si- on a moins

atzst

de fer-me- té.

té.

fi^^-

wzw^iti

tz.:M.

*=fciî

Sçavez- vous bien pourquoy il est morne? Corne,Maisjedissans

ei?

fc

bornes, Me-na- ce sonfront,Plusgrandes, Li- cornes Jamais

n'en au- ront : Ce pau-vre hè-re, Se ver- ra pè- re

Si^^

ti:

ZZIiC

D'enfants que maint blon-din es- pô-re Faire; Mafoy telle af-

^^p^^ ^-gg^±li i

fai- re Fa-clie-roit le plus ré- jou- i ; Ouy, Parla mor-

dien-ne, Ver-tu- dien- ne, Ouy.

Tir-cis voy- antque sa ber- gè- re Le fai-soit

^Eï3ESE^-33Ë3Êdz3[Eâ3^.^^±Ï^S=

mou- rir de lan-gueur, Et que, quoy qu'il fit pour luy

E^Ë^iiÉlËi^^^^ÉÉ^

plaire, Il ne pou-voit tou- cher son cœur : Un jour il

^iiiïii^pi^^i^^l

dit à rin-hu- mai- ne, Qu'il é-toit las de souf-frirnuitet

wm

jour, Qu'à la ser- vir on a- voit trop de peine, Qu'il aimoit

fei

mieux re- non- cer à l'a- mour.

ii=i

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