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DES

GLUCOSIDES

Ün désig’ne sous le nom générique de glucosides, certains principes immédiats, fort répandus dans les êtres-organisés, qui possèdent la propriété de se dédoubler en plusieurs composés distincts, au nombre desquels figure un sucre déterminé, la glucose. Ces principes se rencontrent dans les écorces, dans les racines, dans les feuilles, dans les fruits, dans les semences, dans les liquides d’une multitude de plantes.

Plusieurs d’entre eux jouent un rôle intermédiaire dans la formation des diverses essences qui ne préexistent pas à l'état libre dans les végétaux, par exemple dans celle de l’essence d’amandes amères, d’autres semblent précéder le développement de quelques matières colorantes, notamment de l’alizarine. Enfin un principe probablement analogue, l’hématocristalline fait partie des globules du sang et un autre la chitine concourt à former l’enveloppe de plusieurs classes d’animaux invertébrés.

Les glucosides sont des corps d’une très grande instabilité, et

nous verrons bientôt combien cette circonstance est défavorable au succès des recherches analytiques,et synthétiques de ces composés. En revanche, cette instabilité des glucosides leur permet de se prêter avec facilité et sans le concours d’agents destructeurs aux transformations qui s’accomplissent dans les êtres vivants.

En effet, sous les influences les plus légères et par la simple fixation des éléments de l’eau, les glucosides'peuvent subir les dédoublements les plus variés et acquérir des propriétés physiques, chimiques et physiologiques essentiellement différentes de leurs propriétés primitives.

C’est ainsi que la salicine, substance amère, peu soluble dans l’eau, se métamorphose sous l’influence des ferments et des acides étendus, en giucose et en saligénirie , c’est-à-dire en deux principes sucrés très-solubles dans l’eau.

A ce point de vue les giucosides qui sont formés par l’union de plusieurs principes distincts avec la giucose se prêtent aux dédoublements les plus intéressants, car ils peuvent se décomposer par degrés successifs en perdant un à un leurs principes constituants et former, suivant l’ordre suivi dans ces séparations, une très-grande variété de principes nouveaux et dissemblables.

L’amygdaline fournit à cet égard un exemple remarquable. D’après les épreuves analytiques, ce principe naturel peut être regardé comme une combinaison de quatre principes distincts à savoir : la glucose, l’aldéhyde benzoïque, Tacide formique et fi ammoniaque,

I 2 C rt H ,2 0 ,î C‘ 4 TW C«H»àïO** — 1

1 + C 2 H 2 0 4 + AzH 8 — \ TW

C’est une substance neutre fixe, cristallisable, inodore, amère, peu soluble dans l’eau ; elle n’est pas vénéneuse à faible dose ; voici ses principales transformations :

1° Soumise à l’action des ferments, elle fixe les éléments de

l’eau et produit de la g-lucose, c’est-à-dire un principe sucré trèssoluble dans l’eau, de l’essence d’amandes amères, c’est-à-dire un principe liquide, volatil, odorant, insoluble dans l’eau, et enfin de l’acide cyanhydrique, c’est-à-dire un principe acide, liquide, extrêmement volatil, odorant et vénéneux au plus haut degré. Par suite de la transformation de ce dernier corps, une substance peu active sur l’économie humaine se trouve transformée en poison violent. L’équation suivante exprime cette transformation :

C«H»AzO*? + 2 H 2 0 2 = 2 C«H«b» + C«H«0a + C 2 AzH

2" Dans d’autres conditions, mais toujours par la simple fixation des éléments de l’eau, l’amyg-daline peut se résoudre avec facilité en un composé acide, l’acide amyg-daliqüe et un composé alcalin, l’ammoniaque, tous deux fort solubles dans l’eau; le premier corps correspond à trois composants de l’amyg-daline, à savoir l’acide formique, l’aldéhyde benzoïque et la g-lucose ;

C«>H 27 Az0 22 + H 2 0 2 = C 40 H 2G 0 24 + AzH 3

Dans d’autres conditions encore l’amyg-daline fournit de l’acide benzylaloformique de la g-lucose et de l’ammoniaque.

C 40 H 27 Az0 22 + 4 H 2 0 2 = 2 C‘ 2 H» 2 0 12 + G 1 «HW 4- AzH 3

Enfin, l’amyg-daline pourra se résoudre complètement en g-lucoso, aldéhyde benzoïque, acide formique et ammoniaque.

On voit donc comment une substance neutre peut fournir divers acides et un alcali ; comment un corps presque insoluble peut se chang-er en d’autres corps Irès-solubles ; une matière amère en un composé très-sucré; comment un être fixe et inodore devient une essence volatile et odorante; comment enfin un principe non vénéneux se métamorphose en poison énerg-ique, toutes ces transformations étant effectuées en vertu d’actions chimiques très-

faibles et dès la température ordinaire, c’est-à-dire dans des conditions compatibles avec l’existence des êtres organisés.

Cette instabilité, si favorable aux transformations des glucosides dans les êtres vivants, est une des circonstances qui nuisent le plus au succès des recherches analytiques et synthétiques de ces composés.

Ils ne peuvent, en effet, supporter l’action de presque aucun des agents d’hydratation habituels, et on verra combien sont restreintes les circonstances de leur dédoublement.

L’eau, qui dédouble si nettement vers 220° les corps gras dont la constitution est analogue à celle des glucosides, ne peut être employée pour dédoubler ces derniers, parce que la température déjà nécessaire pour effectuer la réaction suffirait pour détruire le glucose régénéré. Si l’on essaye de se restreindre à la température de 100° au plus, l’eau demeure à peu près sans action sur les glucosides.

Les alcalis peuvent être employés, mais le plus souvent leur usage est interdit à cause de leur action sur la glucose.

Reste donc l’action des acides minéraux concentrés et celle même des acides faibles ou dilués.

Les premiers doivent être écartés. En effet, l’acide sulfurique concentré détruit immédiatement les glucosides à la température ordinaire avec formation de matières rougeâtres ou brunâtres de nature humoïde. L’acide chlorhydrique exerce à 100° une action analogue. On s’explique ces résultats en remarquant que ces agents détruisent la glucose à l’état de liberté, à plus forte raison l’allèrent ils dans sa combinaison, au moment même où ils tendent à en déterminer la régénération.

L’action des acides minéraux étendus paraît plus favorable. A la vérité les glucosides résistent assez énergiquement à l’action des acides étendus, même à 100'’; cependant, en prolongeant la réaction pendant un temps suffisant on réussit enfin a résoudre les glucosides en leurs composants. Ce mode de doublement quoi-

que plus ménagé que les précédents n’est pas tout à fait inoffensif, car il arrive souvent qu’une partie du principe sucré se trouve détruite durant les traitements et demeure transformée en acide glucique et en matières humoïdes. Un mélange d’acide chlorhydrique et d’alcool agit à froid dans le même sens qu’un acide dilué.

Enfin les ferments permettent quelquefois de résoudre par simple hydratation les glucosides en leurs générateurs. Leur action est d’autant plus utile, qu’elle opère ce dédoublement dès la température ordinaire et sans l’intervenlion d’agents violents. A ce point de vue, elle rappelle les circonstances qui président aux métamorphoses des mêmes principes dans les êtres vivants.

On voit, par les détails qui précèdent, les difficultés que présente l’étude analytique de ces composés ; on ne sera donc pas étonné des nombreuses discussions dont la constitution des glucosides a été l’objet.

On a surtout controversé l’origine du glucose qui résulte de leurs transformations. Plusieurs chimistes ont pensé que la substance primitive, alors qu’elle donne naissance à des glucoses, est détruite sans retour par la décomposition qu’elle subit; d'après cette opinion les corps qui en dérivent ne présentent avec le principe générateur aucune relation nécessaire et indépendante du réactif spécial qui en provoque la formation.

Au contraire on peut soutenir que cette décomposition est dans la plupart des cas un simple dédoublement; elle se borne à mettre en liberté des corps préexistants et intimement combinés les uns avec les autres. Dans les cas même où l’action des réactifs modifie les combinaisons autrement que par simple fixation ou soustraction d’eau, elle ne s’exerce pas accidentellement; mais, comme le prouvent les métamorphoses des corps g’ras et de la salicine, cette action des réactifs peut toujours s’expliquer par l’influence distincte que les agents chimiques exerceraient sur chacun des composés préexistants.

Larnaudie.

C’est ici que la synthèse doit intervenir d’une manière décisive.

Elle a déjà tranché la question au moins dans sa signification la plus générale.

En effet, M. Berthelot a réussi à former, par voie de combinaison directe, tout un ensemble de substances comparables aux composés naturels dont il s’agit.

Si la mobilité de ces derniers et le peu de stabilité du glucose que l’on peut considérer comme leur générateur opposent encore de grands obstacles à leur reconstitution artificielle, cependant l’élude des composés analogues suffît jusqu’à présent pour définir la loi des séries fondamentales et le caractère des méthodes synthétiques relatives à ces nouveaux problèmes.

Il résulte des expériences de M. Berthelot que les composés artificiels du glucose présentent l’analogie la plus frappante avec les corps gras neutres.

Les propriétés physiques des combinaisons formées avec un même acide, soit par la glycérine, soit par le glucose, sont tellement analogues que Ton pourrait les confondre : même aspect général, fusibilité pareille, solubilité analog'ue dans les mêmes dissolvants, tout concourt à rapprocher ces deux catégories de combinaisons. Seulement les composés glueosiques possèdent une fluidité moindre, une tendance plus marquée à prendre l’état solide; mais ces différences sont d’ordinaire peu apparentes et d’une appréciation difficile.

Les propriésés chimiques des composés glueosiques sont également semblables à celles des corps gras neutres, car les deux groupes de substances se forment et se décomposent dans des conditions à peu près identiques.

Les combinaisons que la glucose forme avec les acides g’ras et avec les corps analogues sont neutres; traitées parles alcalis elles so changent en sels neutres avec production d’un corps identique pour toutes : le glucose. Ce corps même, uni directement à l’acide, peut régéner le composé primitif; quand la glucose s’unit à un

acide, de l’eau s’élimine et les propriétés de l’acide deviennent latentes; quand il s’en sépare, de l’eau se fixe sur les éléments de la combinaison et les propriétés de l’acide reparaissent. On observe ces memes phénomènes de décomposition dans les circonstances les plus variées, souvent sous les influences les plus légères, ce qui confirme la préexistence du g’iocose dans ces composés.

Ces faits établissent un rapprochement étroit entre les composés glucosiques, les corps gras neutres et les éthers; formation directe de corps neutres, par l’union d’un acide avec l’alcool, la glycérine ou la g'lucose, avec séparation des éléments de l’eau; régénération de 1-aoirle et de l’alcool, de la g’lycérine ou du .glucose, sous l’influence des alcalis, de l’eau et des acides, avec fixation des éléments de l’eau; enfin, décomposition des corps gras neutres ou des composés g'lucosiques par l’alcool, avec formation d’un éther, .et mise en liberté du corps sucré. Tels sont les phénomènes qui établissent, tant par l’analyse que par la synthèse,, une extrême analogie de constitution entre les éthers, les corps gras neutres et les composés glucosiques.

. Le rôle de la g'lucose dans les glucosides est donc parfaitement déterminé.

11 joue, dans oes composés un rôle complète ment analogue .à celui des alcools dans les éthers proprement dits, cl s’il s’en .différencié, e’est seulement par son atomicité» Les alcools, en effet, sont mono-atomiques, tandis que la glucose est susceptible de s’unir à six atomes d’acides, comme l’a prouvé M. Berlhellol par la synthèse de l’acide gluoosohexaeitrique. On peut donc le considérer comme un alcool hexatomique susceptible de s’unir aux acides, aux autres alcools, aux aldéhides, pour former des glueosides, véritables éthers dont la constitution est parfaitement analogue à celle des éthers dérivant des alcools proprement dits,.

Cette qualité d’alcool hexatomique que possède le g'lucose, fait prévoir le grand nombre do composés dont il est la base. Aussi semble-t-il bon, avant d’entrer dans l’étude particulière de cha-

cun de ces composés, de les ranger dans les cadres d’une classification qui rende leur élude plus méthodique et plus claire. Pour arriver à ce but, nous les diviserons en cinq classes, en nous appuyant sur leur propriété générale et essentielle, sur leur faculté de se dédoubler :

1° Dans la première classe viennent se ranger ceux qui produisent parleur dédoublement de la glucose et un acide : le tannin, l’acide amygdalique, par exemple.

2“ A la seconde classe appartiennent ceux qui se dédoublent en glucose et en un autre alcool : le sucre de canne, par exemple.

3° A la troisième, ceux qui fournissent par leur dédoublement de la glucose un alcool et un acide.

4" Dans la quatrième, ceux qui se dédoublent en glucose et une aldéhyde.

5° Dans la cinquième, ceux qui dérivent de la glucose et de l’ammoniaque.

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