‹ Des glucosidesChapitre 12 sur 12 · CINQUIÈME CLASSE · texte numérisé non relu

CINQUIÈME CLASSE

Dans la cinquième classe, nous placerons les glucosides qui semblent par leur dédoublement dériver de l’ammoniaque et de la glucose. On peut, en effet, concevoir un très-grand nombre de

combinaisons entre Ces deux corps; mais aucune n’a encore été obtenue synthétiquement.

A.MYGDAIJNB.

L’amygdaline a été découverte en 1830 par MM. Robiquet et Boutron - Charlard, dans les amandes amères. MM. Liebig et Wœbler l’ont étudié, et en ont fixé la composition. M. Wicke a rencontré cette substance en petite quantité dans les feuilles de laurier-cerise, dans les jeunes pousses de différentes espèces, de prunus et de sorbu$. On peut supposer que tous les produits végétaux qui donnent de l’acide prussique par la distillation avec l’eau, renferment de l’àmygdaline.

Pour préparer l’amyg'daline, on écrase des amandes amères dans un mortier, et on les comprime pour en extraire l’huile grasse; on épuise le résidu par de l’alcool à 90 degrés bouillant, et on abandonne pendant quelque temps les liqueurs pour qu’elles s’éclaircissent, on sépare ensuite par décantation l’huile grasse qui les troublait. On distille la solution alcoolique jusqu’à ce quelle soit réduite au sixième de son volume, et, après l’avoir laissée refroidir, on y ajoute la moitié de son volume d’éther.

Celui-ci précipite toute l'amygdaline; on exprime le précipité entre deux papiers buvards, on le lave à l’éther, afin d’enlever les dernières traces d’huile, et on la fait cristalliser dans de l’alcool concentré bouillant. 2 kilogrammes d’amandes amères donnent, terme moyen, 30 grammes d’amygdaline.

L’amygdaline cristallise en paillettes soyeuses ; elle est peu soluble dans l’alcool froid, soluble au contraire dans l’alcool bouillant; elle se dissout facilement dans l’eau, et retient une quantité d’eau d’hydratation qui est environ de 10,57 p. 100,

L’amygdaline peut être obtenue à l’état anhydre par l’action d’une température de 120 degrés.

La composition de l’amyg'daline peut ôlre représentée par les rapports G" 0 H î7 Az 0“.

Chauffée avec un mélange de peroxyde de manganèse et d’acide sulfurique, elle s’attaque violemment, et donne par son dédoublement : de F ammoniaque, de la glucose, de l’aldehyde benzoïque et de l’acide formique.

| AzI-F + 2Cï2H‘*Oi2 C*>H27Az022 =a <

I + CFH 6 02 + C2H20F

L’amygdaline est donc en définitive un corps amidé, produit par l’union de la glucose avec l’ammoniaque et avec divers autres principes simultanément.

Une solution d’amygdaline dans l’acide chlorhydrique fumant, se colore en jaune, et finit par déposer une grande quantité de matières chimiques. La solution retient du sel ammoniac et de i’aeide formobenzoïlique.

Lorsqu’on met l’amygdaline en contact avec l’émulsine, elle se transforme en aldéhyde benzoïque, acide cyanhydrique et glu-

C«>H27Az 022 -f 4 HO = CtfiFO 2 + C 2 AzH + 2Ci2H‘20i2 f

Chauffée doucement avec de la baryte caustique en poudre, l’amygdaline se décompose violemment en dégageant des vapeurs blanches d’une huile odorante, en même temps qu’il se développe de l’ammoniaque. Lorsqu’on la fait bouillir avec des alcalis aqueux, elle dégage de l’ammoniaque et se convertit en acide amygdalique.

Suivant M. Yœlher, oh obtient de l’éther amygdalique lorsqu’on fait tomber goutte à goutte, dans le gaz chlorhydrique, un mélange épais d’alcool et d’amygdaline. C’est un sirop amer plus pesant que l’eau, et qui se décompose par la chaleur.

PHLORIZEINE.

La phlorizeine est un corps solide, cristallisable ; son aspect diffère selon l’état où on l’examine. Sa saveur est légèrement amère. Elle se dissout facilement dans l’eau bouillante; l’alcool, l’esprit de bois et l’éther la dissolvent à peine.

La phlorizeine résulte de l’action simultanée de l’ammoniaque et de l’oxygène sur la phlorizeine, suivant la réaction indiquée par l’équation suivante :

C«H2«02<> + 2 AzH 3 -t- O 6 — C«ÏI30A. Z 2()26 Phorizine. Phlorizéine.

D’après son origine, il est probable qu’elle pourrait fournir de la glucose sous l’influence des agents d’hydratation. On pourrait la considérer comme dérivant de la glucose, de l’ammoniaque et de certains autres générateurs jusqu’ici inconnus, mais qui se rattachent sans doute à ceux de la phlorizine, c’est-à-dire à la phoroglucine et à l’acide phlorétique.

HÉMATOCRISTALLINE.

M. Funke a, le premier, observé que le sang donne, dans certaines circonstances, une matière cristallisée albuminoïde. Cette matière qui est l’hématocristalline, a été particulièrement étudiée par Lehman.

Voici comment on l’obtient : on laisse le sang se coaguler, on exprime ensuite le caillot contracté pour en exprimer le sérum ; on divise ce caillot, et on le lave sur un linge avec de l’eau. Dans la liqueur rouge filtrée, on fait d’abord passer un courant d’oxygène pendant une demi-heure, de manière qu’elle se recouvre d’une forte écume : puis on dirige un courant d’acide carbonique pendant une demi-heure. La liqueur se trouble alors au bout de

quelques minutes, et se remplit peu à peu de petits cristaux; la séparation de cette matière se complète par le repos de la liqueur ainsi traitée.

11 est difficile de se rendre compte de la formation de ces cristaux. Employés séparément, ni le g'az oxygène, ni l’acide carbonique ne semblent suffire à leur production. Leur séparation n’est pas non plus un simple effet d’évaporation. Toutefois, M. Lehman s’est assuré que la lumière y agit d’une manière favorable.

Ces cristaux sont toujours souillés de sang et de lymphes qu’on ne parvient pas à séparer; on ne réussit pas non plus à les faire recristalliser de leur solution aqueuse, même en opérant dans le vide; au contact de l’air, la matière se décompose entièrement par évaporation spontanée.

Cette substance a été très-peu étudiée jusqu’ici; cependant on sait que, sous certaines influences, elle se décompose en produisant de la glucose. Elle est d’ailleurs azotée et analogue à l’albumine ; tous ces caractères tendent à la l’approcher des glucosides amindés.

CHITINE.

La chitine constitue la substance organique dont se composent les élytres et les téguments des insectes, ainsi que la carapace des crustacés.

M. Frémy donne, pour l’obtenir, le procédé suivant : les différentes parties du squelette tégumentaire d’un crustacé sont traitées d’abord à froid par l’acide chlorhydrique dilué, de manière à dissoudre complètement les sels calcaires qui se trouvent à la surface du test; on lave à l’eau distillée, et on fait bouillir pendant plusieurs heures avec une dissolution de potasse, qui dissout les substances albumineuses adhérentes au test, et qui n’exerce aucune action sur la chitine. Cette substance est de nouveau lavée à l’eau distillée, puis purifiée au moyen de l’alcool et de l’éther.

. Lan audie. 7

La chitine ainsi préparée, est solide, transparente, d’aspect corné, insoluble dans l’eau, l’alcool et l’éther. Les acides étendus et les alcalis étendus n’exercent aucune action sur elle.

Les chimistes ne sont pas d’accord sur la composition de la chitine; cette substance est encore fort peu étudiée.

M. Bertheiot a cependant constaté que, sous l’action des acides, elle était décomposée avec formation de glucose.

Il est probable que la chitine dérive de la tunicine, principe isomérique avec l’amidon, et que la glucose qu’elle fournit est un produit secondaire résultant de la métamorphose du véritable générateur. Dans tous les cas, la chitine est une substance comparable aux corps qui dérivent à la fois de la glucose et de l’ammoniaque.

Vu : Bon à imprimer ,

Le Directeur de l’École de pharmacie,

Page 1